Nos corps étrangers, Carine Joaquim

Les insoupçonnables tourments du corps et de l’esprit, un premier roman noir qui bouleverse nos certitudes

Plonger en apnée… dans la vie de ce couple qui s’exile en banlieue parisienne « pour que ça aille mieux » mais qui manifestement s’exile aussi pour tenter de se raccorder. À qui et à quoi ?
Quand un mari part chaque matin travailler à Paris, dans ces transports qui vous abîment plus sûrement que quelques dizaines d’années de plus au compteur
Quand son épouse se morfond à longueur de journée même si elle a enfin de la place pour manier les pinceaux et s’adonner pleinement à ses aspirations d’artiste peintre.
Quand leur fille rejette avec force le nouveau lycée dans lequel elle va pourtant enfin trouver une épaule attentive et aimante en la personne d’un jeune émigré africain qui sort indiscutablement du lot des autres lycéens.

Difficile de les rassembler ces corps qui s’évaporent, se rejettent, s’ignorent.
De nombreux thèmes sont abordés par l’auteur, relation de couple, adultère, crise d’adolescence, émigration, secret et anorexie, handicap et différence, solitude et perte de confiance. Et pourtant tout s’enchaîne, s’emboîte comme une évidence jusqu’à ce final qui nous entraîne vers les plus sordides faits divers, et dans lequel éclate toute la solitude, le désespoir de certains êtres que l’on aurait pourtant bien imaginés capables de bonheur.

Un premier roman très prometteur, où la violence éclate et bouleverse, et que l’on ne peut pas lâcher avant de savoir, mais surtout avant la claque finale.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : La manufacture de livres

Quand Élisabeth et Stéphane déménagent loin de l’agitation parisienne avec leur fille Maëva, ils sont convaincus de prendre un nouveau départ. Une grande maison qui leur permettra de repartir sur de bonnes bases : sauver leur couple, réaliser enfin de vieux rêves, retrouver le bonheur et l’insouciance. Mais est-ce si simple de recréer des liens qui n’existent plus, d’oublier les trahisons ? Et si c’était en dehors de cette famille, auprès d’autres, que chacun devait retrouver une raison de vivre ?

Dans son premier roman, Carine Joaquim décrypte les mécaniques des esprits et des corps, les passions naissantes comme les relations détruites, les incompréhensions et les espoirs secrets qui embrasent ces vies.

19,90 euros / 232 pages / Parution le 07/01/2021 / ISBN 978-2-35887-724-4

Harvey, Emma Cline

Harvey Weinstein, manipulation ou emprise, séduction ou violence, autopsie d’un déni

Le procès vient de se dérouler. Long, ennuyeux, parfois même soporifique pour Harvey pourtant le premier intéressé. Cette dernière journée avant les résultat et la nuit qui va suivre s’annoncent longues et perturbées. Pourtant, il est serein cet homme en plein déni, rien ne peut lui arriver, et même si tous se sont détournés de lui, les affaires vont bientôt reprendre Il en est convaincu.

Armé de son déambulateur et de son mal de dos, mais surtout de son aveuglement et aplomb légendaire, rien ne peut l’atteindre. Sa dernière soirée dans la maison du milliardaire Vogel s’annonce longue et solitaire. Fort heureusement sa fille Kristin et Ruby, sa petite fille, viennent le voir pour alléger la soirée. Mais il n’est pas stressé, la confiance est là même si parfois un sournois regain de lucidité fait vaciller son assurance.

Les appels des avocats, les appels aux journalistes, à ces soutiens qui semblent l’avoir fuit, la visite du docteur avec son shoot miracle aux antidépresseurs pour apaiser ses douleurs, et les projets plein la tête avec son voisin Don DeLillo sont là pour lui montrer la lumière qui l’attend au bout du chemin.

C’est le récit imaginaire d’une nuit d’incertitude, la veille des résultats du procès en pleine période #metoo. Celle d’un homme dans le déni qui ne prend jamais la mesure de ses actes, espère et imagine jusqu’au bout des lendemains qui chantent. Après le succès du déroutant « The Girls » roman dans lequel elle s’est inspirée de l’affaire Charles Manson, Emma Cline évoque à nouveau un personnage réel de l’actualité contemporaine américaine, nous parle de ses faiblesses, de sa folie, de son rapport aux autres, aux femmes en particulier, à travers emprise et séduction, manipulation et violence.

J’ai aimé cette vision décalée et très personnelle qui amène ses lecteurs à envisager les affaires médiatiques dont elle s’empare sous un autre angle, beaucoup plus intime et au plus près de l’humain.

Condamné en mars 2020 à vingt-trois ans de prison pour viol et agression sexuelle et incarcéré depuis, Harvey Weinstein a fait appel, lundi 5 avril 2021 de cette décision, estimant que ses droits à la défense n’ont pas été respectés.

Catalogue éditeur : La Table Ronde

Traduction (Anglais) : Jean Esch

Harvey a mal partout. Le bracelet électronique n’arrange rien, il a les chevilles fragiles et craint de chuter dans l’escalier tapissé de la villa qu’on lui a prêtée. Demain c’en sera fini, il sera disculpé de tout ce qu’on lui a mis sur le dos dans le seul but de lui nuire. Dès demain il pourra se… Lire la suite

Paru le 06/05/2021 / 112 pages – 115 x 190 mm / ISBN : 9791037108272 / 14€