Le bonheur est au fond du couloir à gauche, J. M. Erre

Un roman mélancolique, déjanté, critique et totalement loufoque

Moi aussi, un jour, quand j’aurais atteint le stade ultime de la dépression, je deviendrai un grand écrivain humoristique. Comme Michel.

Michel, H. grand admirateur de Houellebecq, mélancolique et procrastinateur en chef, vient de vivre trois semaines de vie commune intense et mouvementée avec Bérénice, sa dernière compagne en date. Pourtant elle le quitte en lui laissant une caisse de livres et de nombreuses interrogations. Pourquoi est-elle partie, et pourquoi maintenant ? Il doit trouver le moyen de s’en sortir pour retrouver le bonheur et reconquérir sa belle. Mais comment s’y prendre ?

Peut-être tenter le suicide, mais il doit trouver quelqu’un capable de lui donner de judicieux conseils dans ce domaine. Ni Siri, ni Alexa ne semblent coopératives ou prêtes à relever le défi.
Continuer dans la voie de l’addiction suivie à tous ses meilleurs amis, Xanax, Prozac, Lexomil and Co ?
Se faire aider par la littérature ? Il épluche tous les guides pour trouver le bonheur que lui a laissé Bérénice, et aucun ne semble convenir.

Il faut dire qu’il n’est pas aidé non plus par Mr et Mme Patusse, un couple de voisins, ni par Piotr l’artiste intermittent du spectacle qui habite au dessus, un grand amateur de pétards. Chacun est à l’affût de ses moindres faux-pas, les Patusse le harcèlent et ne lui laissent jamais le temps de respirer.
Il ne lui reste plus qu’a analyser et appliquer les règles aussi idiotes qu’inefficaces des guides du bonheur et à attendre le retour de sa belle. Enfin si tout cela ne marche pas, reste le recours à un grand marabout ou la technique de rangement par le vide qui a fait le succès mondial d’une certaine japonaise.

C’est drôle et en même temps cruellement critique face à certains excès de notre société. Personne n’est épargné, l’éducation nationale et son nivellement par le bas pour que tout le monde obtienne le même diplôme, les parents et le laisser faire à tout va, qui au lieu de responsabiliser et libérer enfants et adolescents cause de véritables troubles métaphysiques, les guides de pensée positive qui donnent tous des clés du bien être contradictoires, stupides et inutiles, le dalaï-lama et sa béatitude parfois confondante, tous les anglicismes des termes professionnels qui perdent le commun des mortels en faisant croire à d’autres qu’ils appartiennent à l’élite des sachants, les traitements psy inutiles et souvent dispendieux, les contraintes toujours plus fortes d’une société que les jeunes ne comprennent plus et dans laquelle ils ne trouvent plus leur place, l’œuvre mais aussi l’état dépressif permanent de Michel Houellebecq, et j’en oublie.

Tout y passe, et j’avoue que je me suis délectée à découvrir ce long monologue introspectif, divertissant, désespéré et absolument jubilatoire. J’ai eu de nombreux éclats de rire solitaires et joyeux en lisant ce roman, ce qui je dois dire ne m’arrive pas si souvent. J’ai bien envie de découvrir d’autres titres de cet auteur.

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Enfant morose, adolescent cafardeux et adulte neurasthénique, Michel H. aura toujours montré une fidélité remarquable à la mélancolie. Mais le jour où sa compagne le quitte, Michel décide de se révolter contre son destin chagrin. Il se donne douze heures pour atteindre le bien-être intérieur et récupérer sa bien-aimée dans la foulée. Pour cela, il va avoir recours aux pires extrémités : la lecture des traités de développement personnel qui fleurissent en librairie pour nous vendre les recettes du bonheur…

Quête échevelée de la félicité dans un 32m² cerné par des voisins intrusifs, portrait attendri des délices de la société contemporaine, plongée en apnée dans les abysses de la littérature feel-good, Le bonheur est au fond du couloir à gauche est un roman qui vous aidera à supporter le poids de l’existence plus efficacement qu’un anti-dépresseur.

J.M. Erre est né à Perpignan en 1971. Il vit à Montpellier et enseigne le français et le cinéma dans un lycée de Sète. Il écrit des romans publiés par Buchet-Chastel depuis 2006.

Un roman qui devait initialement paraître en 2020, et dont la sortie a été retardée à cause du confinement.

Parution : 07/01/2021 / Format : 11,5 x 19,0 cm, 192 p., 15,00 € / ISBN 978-2-283-03380-7

Les lettres d’Esther, Cécile Pivot

Petit éloge de la lenteur et du regard porté à l’autre

Esther, libraire à Lille, organise un atelier d’écriture épistolaire. Les lettres, elle connaît bien, car elle en a rédigé des milliers qu’elle a échangé avec son père, un auteur connu qui vivait à quelques rues de chez elle.
Des lettres comme un pont, une porte ouverte entre eux, ces mots couchés sur ce papier qui permet de dire tout ce que l’on ne peut échanger par la parole. Manque de temps, mauvais moment, pas la bonne attitude, qu’importe les raisons, les mots dits ne sont pas les mots écrits, n’ont pas la même pondération, la même portée sur celui qui les émets comme celui qui les reçoit.

Dans cet atelier d’écriture, les participants ont tous les âges, tous les passés et tous un avenir, mais ils sont à un croisement de leur vie. Et cet échange aussi bouleversant que sincère et ouvert, va aider chacun à avancer.

On y trouve Juliette et Nicolas, un couple qui se déchire depuis la naissance de leur fille. Juliette ne se sent absolument pas mère et les angoisses causées par la naissance de sa fille vont peut-être briser son couple. Nicolas essaie de tenir, d’élever sa fille dans l’amour de cette mère en pleine dépression post-partum qui tente de mettre des mots sur le mal qui la ronge. Samuel, un adolescent qui cherche sa place dans sa famille anéantie par le décès de son frère mort d’un cancer, mais aussi Jeanne, une dame âgée veuve qui n’en peut plus de sa solitude. Et enfin Jean, un homme d’affaires hyper actif qui semble avoir perdu le goût des affaires, et cherche sans doute à donner un nouvel élan à son existence.

À travers les exercices donnés par Esther, chacun avance à petit pas sur le chemin du mieux-être. Ce regard posé sur eux-mêmes, ces pensées intimes qu’ils s’avouent puis dévoilent, sont aussi des moyens de progresser vers une introspection thérapeutique et salvatrice.

Petit éloge de la lenteur, de la pensée structurée, du regard porté à l’autre. Il y a beaucoup de sincérité et de douceur, un brin de nostalgie peut-être, et un grand bonheur à se poser, loin de l’immédiateté de notre monde en perpétuel mouvement, où chacun réagit à la seconde sans prendre le temps de vivre réellement avec cet autre que l’on côtoie trop souvent sans même le regarder ni l’écouter.

J’ai beaucoup aimé ce roman empreint d’humanité et de sincérité. J’apprécie également l’écriture de Cécile Pivot que je découvre avec « Les lettres d’Esther ».

On ne manquera pas de lire également les chroniques des blogs Les livres de K79, Doucettement et Encres vagabondes

Catalogue éditeur : Calmann-Levy

« Cet atelier était leur bouée de sauvetage. Il allait les sauver de l’incompréhension d’un deuil qu’ils ne faisaient pas, d’une vie à l’arrêt, d’un amour mis à mal. Quand j’en ai pris conscience, il était trop tard, j’étais déjà plongée dans l’intimité et l’histoire de chacun d’eux. »

En souvenir de son père, Esther, une libraire du nord de la France, ouvre un atelier d’écriture épistolaire. Ses cinq élèves composent un équipage hétéroclite : une vieille dame isolée, un couple confronté à une sévère dépression post-partum, un homme d’affaires en quête de sens et un adolescent perdu.
À travers leurs lettres, des liens se nouent, des cœurs s’ouvrent. L’exercice littéraire se transforme peu à peu en une leçon de vie dont tous les participants sortiront transformés.
Roman initiatique, pétri de tendresse et d’humanité, ces Lettres sont un éloge de la lenteur, une ode au pouvoir des mots.

EAN : 9782702169070 / Prix : 19.50 € / Pages : 320 / 135 x 215 mm / Parution : 19/08/2020 / EAN numérique : 9782702169452 / Prix Numérique : 13.99 €

Trencadis, Caroline Deyns

Nikki de Saint Phalle, artiste inclassable et libre

Le Trencadis, c’est l’art de créer une mosaïque en partant d’éclats de céramique. Typique de l’architecture catalane et du parc Güell de Barcelone, l’œuvre de Gaudi qui avait tellement séduit Nikki. C’est typiquement la technique du pique-assiette.

Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle (1930- 2002) est une artiste qui traverse le XXe siècle en précurseur, en féministe, novatrice en particulier dans cet art plus communément associé aux hommes, la sculpture.

Dans son roman Trencadis Caroline Deyns pose une mosaïque de textes, de personnages, de témoignages, pour reconstituer la vie de Nikki de Saint Phalle, artiste singulière, femme et amante, mère qui abandonne ses enfants à son mari pour se réaliser dans l’art. Elle découvre l’art et le bonheur de la création dans les années 50 lorsque victime d’une dépression nerveuse elle est internée en hôpital psychiatrique, hospitalisation qui ne sera pas sans conséquences sur sa santé, compte tenu en particulier du type de traitement opéré à cette époque (électrochocs, néfaste pour la mémoire entre autre). C’est aussi cette jeune fille de 11 ans violée par son père, cette blessure sera exorcisée par la parole que nombreuses années après la mort de ce dernier, lors de la parution de son livre. Enfin, amante puis épouse de Jean Tinguely avec qui elle vivra pleinement la passion de la création, mais jamais cette de la maternité.

L’œuvre de Nikki est multiple et protéiforme. Nikki, c’est le blanc, le noir, mais surtout la couleur, les formes, le gigantisme. C’est aussi les performances, avec Les Tirs, dans les années 1960. Ces tableaux contribuent à sa notoriété au niveau international. D’abord construits de peinture, plâtre, objets divers sur lesquels elle tire avec des fléchettes, puis à l’aide d’une carabine véritable, à Paris en 1961, dans l’impasse Ronsin où elle vit et crée avec Jean Tinguely. Par cette série des Tirs, véritable défouloir, symbole de révolte contre la famille, la société, le monde qui l’entoure et ne la comprend pas, elle laisse éclater sa rage contre son père, son violeur, et par lui, une forme de rage contre les hommes en général.

Viennent ensuite les Nanas, ces femmes colorées, énormes, flottantes, qui affirment leur supériorité, au moins par leur dimension, sur la société patriarcale dans laquelle Nikki évolue.

Viendra Hon/Elle, la plus grande des nanas qu’elle crée en 1966, à Stockholm, dans le hall du Moderna Museet. C’est une gigantesque femme-cathédrale, couchée sur le dos, les visiteurs de l’exposition entraient par le sexe pour trouver dans ses entrailles de nombreuses autres activités. Une œuvre détruite dès la fin de l’exposition.

Depuis 1983, tous les enfants se passionnent pour la fontaine Stravinsky qu’elle crée avec Jean Tinguely sur la place éponyme située entre le centre Pompidou et l’église Saint-Merri. Parmi les créations de cette artiste prolifique hors norme qui appartient au groupe des Nouveaux réalistes, on compte, outre ses Nanas, Le Jardin des Tarots, cette œuvre démesurément gigantesque située en Toscane.

Qui était Nikki de Saint Phalle ? Une femme, une féministe, une mère indigne ou désespérée, une amante, une passionnée, une résiliente magnifique, une créatrice, une artiste ?

À toutes ces questions et à beaucoup d’autres, Caroline Deyns apporte des réponses, mais laisse à ses lecteurs le choix, présente sans juger, sans privilégier l’une ou l’autre de ces facettes, et sans doute est-ce aussi pour cela que son roman est aussi formidable, passionnant, émouvant. L’écriture et la forme séduisent par leur originalité et par la grande humanité qui s’en dégage au fil des pages, laissant le lecteur entrer en communion avec la femme, l’artiste, sa vie. Je l’ai tellement aimé que je ne peux que vous en conseiller la lecture.

« en fait, je suis une ardente féministe mais à ma manière. Ma révolte est individuelle. Ma révolte, c’est de créer le jardin des Tarots en Toscane, le plus grand ensemble architectural jamais réalisé par une femme. »

« dans le champ de l’art les hommes ont maintenant tout épuisé » et « c’est aux femmes de réaliser quelque chose de nouveau ».

Catalogue éditeur : Quidam éditeur

«Je montrerai tout. Mon cœur, mes émotions. Vert – rouge – jaune – bleu – violet. Haine – amour – rire – peur – tendresse.»

Niki hait l’arête, la ligne droite, la symétrie. A l’inverse, l’ondulation, la courbe, le rond ont le pouvoir de déliter la moindre de ses tensions. Délayer les amertumes, délier les pliures : un langage architectural qui parlerait la langue des berceuses. Aussi vit-elle sa visite au parc Güell comme une véritable épiphanie. Tout ici la transporte, des vagues pierrées à leur miroitement singulier. Trencadis est le mot qu’elle retient : une mosaïque d’éclats de céramique et de verre. De la vieille vaisselle cassée recyclée pour faire simple.
Si je comprends bien, se dit-elle, le trencadis est un cheminement bref de la dislocation vers la reconstruction. Concasser l’unique pour épanouir le composite. Broyer le figé pour enfanter le mouvement. Briser le quotidien pour inventer le féérique. Elle rit : ce devrait être presque un art de vie, non ?

Originaire de Valenciennes, Caroline Deyns vit et enseigne à Besançon. Elle est l’auteure aux éditions Philippe Rey de Tour de plume (2011) et de Perdu, le jour où nous n’avons pas dansé (2015). 

364 pages 22€ / août 2020 / 140 x 210mm / ISBN : 978-2-37491-158-8

Les os des filles, Line Papin

Les os des filles, une histoire de transmission, de générations, une histoire de femmes et d’exil, un roman émouvant et singulier

Line nous raconte l’histoire de trois générations de femmes, Ba la grand-mère, sa fille H. et la petite fille qui n’est autre que l’auteure elle-même.

Vietnam, années 60. C’est la fin de la seconde guerre d’Indochine. Dans la famille de Ba, il y a trois filles, les trois H. La deuxième sœur, mère de la narratrice, a épousé un français. Dans une famille vietnamienne, tout le monde vit dans la même maison et les enfants sont élevés par l’ensemble de la famille, grands-parents, tantes, nourrice. La vie s’écoule dans le vacarme de la rue, la chaleur de la famille, l’impatience de l’enfance, les livres, l’école, les sorties, les chagrins et les découvertes. Pourtant un jour, il faut quitter ce cocon et H part rejoindre Tours avec son mari français et ses enfants.

L’arrivée ne se fait pas sans douleur. Il faut apprendre d’autres coutumes, vivre sous d’autres latitudes, affronter un autre climat, quitter la chaleur de la tribu vietnamienne et tenter de se faire accepter par cette nouvelle famille, cette ville, ce pays, dans lequel H et ses enfants se sentent étrangers. Arrachée à leur cocon familial, mère et fille vont devoir s’adapter, au risque de se perdre.

C’est cette difficile expérience de la vie que raconte l’auteur. L’Indochine, l’enfance heureuse, puis la déchirure du départ inexpliqué, l’arrivée à Tours, puis Paris, la nouvelle famille, puis la solitude, la mort, frôlée, espérée, puis repoussée par l’enfant devenue une jeune fille minuscule aux os si fragiles. Enfin la difficulté  trouver sa place, puis d’accepter sa vie, celle d’une étrangère dans son pays d’origine, d’une étrangère dans son pays d’adoption.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le livre de Poche

« Nous finissons tous ainsi, après tout, et c’est doux. C’est doux parce que c’est commun. Il y aura eu bien des injustices, bien des secousses, bien des dangers ; il y aura eu des joies, des rires, des peurs, des amours, des haines, des ressentiments, des passions ; il y aura eu des accidents, des voyages, des crises, des maladies… Nous aurons été chacun à notre manière déformés par la vie. Il restera les os humains – ce que nous avons été au minimum, ce que nous avons tenté d’être au maximum. »

C’est l’histoire de trois femmes : Ba, sa fille et sa petite-fille – l’auteure elle-même. Une histoire qui commence dans les années 1960, pendant la seconde guerre d’Indochine, sous les bombes d’un village vietnamien. Ces trois générations de femmes traverseront trois combats : celui de la guerre, celui de l’exil et celui de la maladie.

Line Papin est née à Hanoï le 30 décembre 1995. Après L’Éveil, Les os des filles est son troisième  roman. 

7,20€ / Pages : 184 / Date de parution : 02/01/2020 / EAN : 9782253934479 / Éditeur d’origine : Stock

Dénouement, Aurélie Foglia

Dénouement d’une vie de couple, de mère, d’amante, dans la vie de Dolorès tout est douleur, désarroi, dépression, souffrance. Le premier roman très sombre d’Aurélie Foglia

Il en faut du courage pour être cette Dolorès-là.  Dolorès la douleur. Elle le porte bien ce prénom, qui la prédestine au malheur, aux échecs, à la fatalité de la solitude et de la dépression.

Le couple qui bat de l’aile, avec ce mari autoritaire, pervers et dominateur, puis  l’échec de cette vie à deux puis trois, le divorce, la faillite de la justice et des avocats, partie perdue d’avance, la vie ratée de Dolorès la femme de... Un enfant terrible et épuisant qui ne renvoie aucun amour à sa mère, la vie difficile de Dolorès devenue la mère de... Puis l’incompréhension d’une mère quand Dolorès redevient fille de … Puis se retrouver seule dans un studio minable avec ses cartons. Avoir pour seul soutien internet pour y trouver l’âme sœur, celui qui enfin lui fera retrouver  confiance en elle, prendre le large, trouver une épaule compatissante et aimante et redevenir Dolorès, la femme.

Difficile parcours de l’abandonnée dépressive à qui rien ne sourit. Car non, la courbe de sa vie ne va pas s’inverser. Rien ne va, et comment dire, pas grand-chose ne me convient non plus dans cette lecture. Des mots, des phrases, un style épuisant à lire, comme cette vie sans doute. C’est triste et morne, fastidieux de négativité, on a l’impression que tout s’accumule sur les épaules de cette pauvre femme et que rien ne pourra jamais la sortir de ses malheurs.

Il m’en reste une certaine description des objets, d’une théière bonne pour la casse mais attachante pour Dolorès, peut-être le seul protagoniste attachant du roman. Dépression, solitude, fatalité, échec, voilà mes impressions de ce roman, et c’est une lecture peu réjouissante j’avoue, à ne lire que si vous êtes en forme !

Un premier roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue éditeur : éditions Corti

La femme, la mère, la fille, Dolorès : même personnage qui se sépare, se débat, va de l’avant. Naître et mourir, elle n’arrête pas. On la rencontre, on la reconnaît. Elle n’a pas de masque, elle commence à prendre un visage. Alors même qu’elle s’efface. On ne peut pas s’empêcher de la suivre.

Ceci n’est pas ma vie. C’est donc la vôtre. Je veux dire cette vie une et nue, ou plutôt ce moment obscur qu’est le dénouement d’une histoire, de toute histoire. Une autre commence, une histoire d’amour, qu’est-ce qui peut davantage rappeler à la vie ?

240 pages / ISBN : 978-2-7143-1223-5 / 18 € / Date de parution : 22/08/2019

La femme révélée, Gaëlle Nohant

La femme révélée nous embarque entre Paris et Chicago, des années 50 à la fin des années 60

En 1950, à Paris, une jeune femme vient de débarquer avec pour seul viatique son appareil photo Rolleiflex. Une situation surprenante car jusqu’alors elle vivait confortablement à New-York avec son époux et son petit garçon. Elle n’a emporté que quelques bijoux, témoins de l’aisance de sa vie passée. Hébergée dans un clandé plutôt louche, elle se fait dévaliser.

Désormais fauchée, elle se retrouve à la merci de la patronne de cet hôtel de passe. Aidée de Rose, une prostituée au grand cœur, elle trouve refuge dans un foyer pour jeunes femmes et tente de vivre grâce à de petits boulots. Elle découvre aussi St-Germain-des-prés et les soirées Jazz. A la façon de Vivian Maier, elle prend plaisir à parcourir les rues de Paris toujours armée de son appareil photo pour y saisir des scènes de vie que son talent sait mettre en valeur. Elle a fui on ne sait qui ni quoi, et si le mystère est d’abord épais, les raisons de sa fuite deviennent de plus en plus évidentes à mesure que se dévoile son passé.

Dans ce roman construit en deux parties assez différentes l’auteur nous entraîne par son écriture à la fois réaliste et poétique et son talent de conteuse dans les pas de Violet-Eliza, personnage mystérieux et très attachant.

Avec Violet, le lecteur découvre le Paris des années 50 où tout est à reconstruire sur les ruines de la seconde guerre mondiale. Puis les années 60/70, avec la crise immobilière aux États-Unis, mais surtout les différences de traitement entre blancs et noirs, jusque dans les états du nord prétendument moins racistes. Car si les problèmes de racisme n’y sont pas aussi ouvertement déclarés que dans le sud, ils régissent les lois du marché et de la politique plus sûrement que s’ils étaient verbalisés. Ce sont les prémices de la fin de la ségrégation raciale, mais aussi les assassinats de Martin Luther King et Robert Kennedy, puis la révolte grandissante de la jeunesse contre la guerre du Vietnam pendant la présidence de Nixon.

Une fois de plus, Gaëlle Nohant a su me séduire et me convaincre avec son personnage. Cette femme émouvante, attachante et combative, qui lutte pour vivre libre et suivre ses convictions les plus intimes, au risque d’y perdre sa vie, et surtout de perdre ce qu’elle a de plus cher, son fils.

Gaëlle Nohant parle de liberté, de soif de vivre, et d’exil, mais aussi de ce bonheur qu’il peut y avoir à se réaliser pleinement en accord avec ses convictions les plus profondes.

Du même auteur, lire aussi l’émouvant roman Légende d’un dormeur éveillé qui évoque si bien le poète Robert Desnos.

Catalogue éditeur : Grasset

Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre ?
Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d’enfants et part à la découverte d’un Paris où la grisaille de l’après-guerre s’éclaire d’un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l’objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l’humanité des humbles et des invisibles.

Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d’une passion amoureuse.
Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l’exil ? Comment apaiser les terreurs qui l’ont poussée à fuir son pays et les siens ?  Et comment, surtout, se pardonner d’être partie ?

Vingt ans plus tard, au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l’opposition à la guerre du Vietnam et l’assassinat de Martin Luther King. Partie à la recherche de son fils, elle est entraînée au plus près des émeutes qui font rage au cœur de la cité. Une fois encore, Violet prend tous les risques et suit avec détermination son destin, quels que soient les sacrifices.
Au fil du chemin, elle aura gagné sa liberté, le droit de vivre en artiste et en accord avec ses convictions. Et, peut-être, la possibilité d’apaiser les blessures du passé. Aucun lecteur ne pourra oublier Violet-Eliza, héroïne en route vers la modernité, vibrant à chaque page d’une troublante intensité, habitée par la grâce d’une écriture ample et sensible.

Format : 141 x 206 mm / Pages : 384 / EAN : 9782246819318  / Prix : 22.00 / Parution : 2 Janvier 2020

Virginia, Emmanuelle Favier

Virginia Wolf, un nom que chacun connait, qui fait partie de notre inconscient collectif lorsque l’on évoque la littérature anglaise. Mais, qui a peur de Virginia Wolf ? Certainement pas Emmanuelle Favier, qui nous enchante avec sa « Virginia »

couverture du roman Virginia d'Emmanuelle Favier, photo Domi C Lire

Qui était la petite fille puis l’adolescente qui se cache derrière l’auteur de talent, derrière la femme  qui s’éclipsera un jour de ce monde des pierres plein les poches, pour ne pas subir ou faire subir à ses proches les affres de la maladie.

Emmanuelle Favier a mis ses pas dans ceux de l’enfant, de la jeune fille, de celle qui deviendra… à travers des phrases, des sensations, des instants de vie, elle nous fait ressentir le poids des traditions, de la famille, l’amour d’une mère et l’amour pour une mère si belle, si solaire. L’amour pour un père autoritaire si représentatif de son époque, et puis surtout l’amour pour une certaine forme de liberté, à peine imaginée, déjà rêvée, bientôt vécue.

Née Adeline Virginia Alexandra Stephen le 25 janvier 1882 à Londres, Virginia est morte en mars 1941. Entre ces deux dates, c’est par une approche chronologique que l’auteur nous dévoile son enfance et sa place dans sa famille. Des parents veufs chacun de leur côté, Sir Leslie Stephen et Julia Stephen Duckworth ont des enfants de leurs premiers lits. George, Stella et Gerald pour Julia, et Laura pour Leslie, puis dans la famille recomposée arrivent Vanessa, Thoby, Virginia et Adrian. Tout ce petit monde vit au  22 Hyde Park Gate, à Kensington. Le père est écrivain, la mère est elle aussi issue d’une famille d’intellectuels, le terreau est propice pour donner à la jeune Virginia le goût de la littérature. Elle saura puiser dans la bibliothèque familiale les bases de son éducation, puisque pour les filles, pas besoin d’école, il suffit de faire un bon mariage et quelques enfants pour être une femme accomplie. Le décès de sa mère alors qu’elle n’a que 13 ans, puis de sa sœur, seront les déclencheurs de sa première dépression nerveuse, elle restera fragile toute sa vie.

Tout au long du roman, les détails posés comme de petites touches impressionnistes, disent la vie des années 1875 à 1904 et peuvent perdre le lecteur. L’écriture est dense, les mots foisonnants, parfois abscons, souvent précis ; elle semble surchargée comme ces intérieurs anglais, mais au fil des pages nous fait ressentir l’opulence et le confort des maisons victoriennes ainsi que le poids des traditions et la rigidité de la condition féminine de l’époque, et cela sans pour autant le dire ou l’écrire. Car ici, point de description fastidieuse ou assommante, c’est plutôt une impression qui se dégage en arrière-plan de cette écriture.

Le lecteur respire avec Virginia qui n’est encore que Miss Jan, erre avec elle sur les chemins de l’enfance, ceux où l’on se cherche, où l’on teste son charme, ses connaissances, son pouvoir d’attraction. Ginia lit, apprend, découvre, aime ou déteste, pleure et souffre de l’absence et de la mort de ceux quelle aime le plus au monde. Qu’il est difficile pour elle de s’affranchir du jugement du père, conforme à la très patriarcale règle victorienne du 19e, les femmes ne peuvent penser par elles-mêmes, encore moins écrire. Il faudra donc attendre la mort de ce dernier pour oser devenir écrivain, et s’émanciper dans la douleur de cette perte.

Si l’auteur se met à sa place pour nous offrir une biographie romancée totalement personnelle, elle nous implique aussi dans sa démarche, car nous sommes ces « nous » qui voient, qui espèrent, qui regardent de loin, sur ces chemins de Cornouailles ou  dans les rues de Londres, à chercher les traces de celle qui fût.

J’ai beaucoup aimé les fins de chapitres qui replacent Virginia dans son époque, avec naissance et morts de ces grands noms qui sont parvenus jusqu’à nous mais que nous avons souvent beaucoup de mal à resituer dans le temps. Bravo pour cette excellente idée !

J’ai eu le grand plaisir de pouvoir échanger avec l’auteur, qui a conforté mes impressions, et sans doute aidé à la compréhension de l’utilisation de cette écriture si dense, si complexe, qu’elle peut sans doute perdre quelques lecteurs au passage. J’avais d’ailleurs ressenti le besoin de faire des pauses, pour absorber les instants de vie, leur complexité, mais aussi toute l’étrangeté et l’ambivalence de certains sentiments.

N’oubliez pas de lire également la très belle chronique de Nicolas Houguet

J’avais particulièrement aimé le premier roman d’Emmanuelle Favier, Le courage qu’il faut aux rivières dont je vous avais parlé ici.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Dans le lourd manoir aux sombres boiseries, Miss Jan s’apprête à devenir Virginia. Mais naître fille, à l’époque victorienne, c’est n’avoir pour horizon que le mariage. Virginia Woolf dérogera à toutes les règles. Elle fera œuvre de ses élans brisés et de son âpre mélancolie. La prose formidablement évocatrice d’Emmanuelle Favier, l’autrice du Courage qu’il faut aux rivières, fait de cette biographie subjective un récit vibrant, fiévreux, hypnotique.

Édition brochée 19.90 € / 21 Août 2019 / 304 pages / EAN13 : 9782226442710

Le malheur du bas. Inès Bayard

« Le malheur du bas »  d’Inès Bayard est un roman coup de poing, un premier roman qui parle de violence faite aux femmes, un étonnant roman de solitude et de mort.

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Dès la première scène, j’ai l’impression d’avoir ouvert Chanson douce de Leila Slimani, tant le parallèle est édifiant.  Ici, le roman s’ouvre sur un repas de famille, une jeune maman, son fils, son mari…
Un repas de famille, une jeune femme qui empoisonne son fils, son mari, puis se suicide.
Pourquoi tant de violence, comment une jeune mère peut-elle décider de tuer son petit, son bébé, la chair de sa chair ?

Flashback dans la vie de Marie. Cette jeune et jolie femme est bien mariée à un époux qu’elle aime et qui le lui rend bien. Lui est un avocat qui commence à être reconnu, leur vie est relativement aisée, un appartement confortable, une famille aimante, un métier à la banque qui sans la satisfaire démesurément, lui convient parfaitement pour avoir une vie confortable. Leur prochain projet. Avoir un enfant, pour parfaire ce bonheur quotidien.

Jusqu’au jour où son vélo est détérioré et elle doit rentrer à pieds ou se faire raccompagner par quelqu’un, qu’elle connait, en qui elle a confiance… puis la sidération, l’incompréhension, la scène de viol, dévastatrice, violente, dérangeante, puis le retour… se laver, se débarrasser de l’infamie, enfin la douleur, le silence, obstiné, confus, honteux… la vie qui devrait reprendre mais qui subitement s’est interrompue un soir d’automne.

Avouer le viol, c’est accepter le regard de l’autre, son mépris, ses interrogations, imaginer qu’elle est même fautive peut-être ? Ce sera donc le silence, la haine qui peut à peu va s’insinuer en elle, le changement qui s’opère dans la vie, dans le cœur, dans la tête de Marie. Revenir au bureau, blaguer avec les amis, être légère, amoureuse, heureuse dans son couple, quand tout au fond d’elle la haine et les ressentiments prennent toute la place. Alors Marie va faire comme si, avancer mais ne pas oublier, garder la douleur au fond d’elle.

Pourtant, l’enfant attendu par le couple va arriver… mais l’angoisse et les interrogations de Marie sont plus forts que tout, plus forts que l’amour d’une mère, plus forts que ces bras, ce sourire, cette peau de bébé qu’elle rejette autant qu’elle le peut. Pour elle cet enfant est l’enfant du viol, l’enfant du monstre,  il ne peut en être autrement. Lui viennent alors des envies d’abandon, de meurtre… Peu à peu, la haine s’installe, violente, exclusive, dévorant jusqu’à ses pensées, sa vie, son intimité. Jamais la jeune femme ne pourra aimer cet enfant, jamais elle ne pourra lui pardonner, sombrant peu à peu dans une folie cruelle et quasi inhumaine, dévastatrice.

Il y a dans ce roman une analyse étonnante et bouleversante des réactions d’une femme violée, de la façon dont la situation se retourne contre elle, coupable d’avoir été violée au moins à ses propres yeux, blessée, meurtrie, mais niée au fond d’elle, et sombrant dans la folie de l’incompréhension en s’enfermant dans sa solitude intérieure et son désespoir. Pourtant il y a aussi des scènes et situations par trop invraisemblables pour faire accepter l’ensemble de l’intrigue, l’ami intime, gynécologue, le mari rêveur qui ne comprend décidément rien, la mère qui découvre sa fille dans un état second et ne réagit pas… Alors bien sûr, il s’agit d’un premier roman, avec ses imperfections forcément, mais j’ai eu un peu de mal à être touchée, et surtout convaincue par cette brutalité des mots, de l’écriture, brusque, ardente, réaliste et terriblement violente. Il est difficile pourtant de lâcher ce roman, tant la descente aux enfers de cette jeune femme émeut, bouleverse, dérange. Étrange attirance d’ailleurs, car la violence du verbe et la fin dramatique sont connus des lecteurs dès les premières pages…

💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin Michel

« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »
Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Édition brochée 18.50 € / 22 Août 2018 / 140mm x 205mm / EAN13 : 9782226437792

La désertion. Emmanuelle Lambert

« La désertion » d’Emmanuelle Lambert est un roman sur l’absence, sur la disparition inexpliquée d’un proche, et certainement sur la place que l’on accepte ou pas d’occuper dans la société.

Domi_C_Lire_la_disparition.jpgDisparue, volatilisée ! Du jour au lendemain, Eva Silber n’est plus revenue au bureau, ni sur le banc où elle avait l’habitude de se poser les mardis et jeudis, ni dans les bras de son amant, nulle part, comme ça ! Mais, est-ce possible de disparaître ainsi ?

Dans ce roman construit en quatre parties, qui portent chacune le prénom de celui qui évoque la disparue, tout à tour  Franck, Marie-Claude, Paul, puis Eva racontent, expliquent, tentent de comprendre.
Car avouons-le, cela nous parait carrément impossible de s’évanouir dans la nature du jour au lendemain. Et pourtant… Eva exerce un travail étonnant, chaque jour elle doit rentrer des statistiques dans des tableaux impersonnels. Des statistiques ? Oui, mais pas n’importe lesquelles, car ce sont des morts qu’elle inventorie jour après jour, croix après croix, cas après cas, des morts sans nom et sans famille. Jusqu’au jour où la mort d’un tout jeune enfant perturbe l’ordre établi. Car Eva décide de lui donner un prénom qui n’existera qu’entre elle et lui pour faire vivre à ses côtés la mémoire de l’enfant mort. Jusqu’au jour où Eva n’accepte plus…

Alors chacun raconte la disparue, du patron à l’attitude malsaine à la collègue faussement  compatissante, puis à l’inconnu futur amant transi, chacun tente de comprendre pourquoi et surtout comment ils auraient pu, ou dû, voir ? Que s’est-il passé ? Et surtout pourquoi le silence, car alors, que penser de la relation tissée avec celle qui a fait désertion.

Un roman surprenant, incisif et désespéré, où les personnages se dévoilent peu à peu dans ce qu’ils ont de plus intime, cette part d’humanité ou de violence, de silence et de secrets, de solitude et d’incompréhension.

💙💙

Dans le même esprit, la disparition d’un proche, lire  aussi le roman d’Emmanuelle Grangé Son absence (68 premiers romans).


Catalogue éditeur : Stock

« Le premier jour d’absence il était descendu à l’heure du déjeuner pour l’attendre dans le parc, caché derrière l’arbre d’où il observait la sortie de ses subordonnés. Il avait ensuite vérifié les registres de la badgeuse. Aucune trace d’elle. » Un jour, Eva Silber disparaît volontairement. Pourquoi a-telle abandonné son métier, ses amis, son compagnon, sans aucune explication ? Tandis que, tour à tour, ses proches se souviennent, le fait divers glisse vers un récit inquiétant, un roman-enquête imprévisible à la recherche de la disparue.

Parution : 17/01/2018 / 160 pages / Format : 136 x 215 mm / EAN : 9782234084957 / Prix : 15.00 €

 

Pour que rien ne s’efface. Catherine Locandro

Qui se souvient de ce qui a été, de la gloire et de la légèreté, au moment de quitter la difficile scène de la vie. Dans son dernier roman « Pour que rien ne s’efface » Catherine Locandro évoque avec justesse le temps qui passe, la solitude et l’oubli.

DomiCLire_pour_que_rien_ne_sefface.jpgC’était une enfant magnifique, puis la plus belle des femme, aujourd’hui, oubliée de tous, c’est un cadavre qui se décompose, dans un appartement parisien. Comment peut-on en arriver là quand on s’appelle Lila Beaulieu, actrice ayant eu son heure de gloire et ayant descendu avec panache les marches de Cannes lors de la parution de son seul grand film, quelques trente ans plus tôt ? Comment peut-on en arriver là quand on a eu des maris, des enfants, des amants, des amis ?
Dans ce roman choral le lecteur tourne autour de Lila comme s’il était devant le film de sa vie. On imagine la  caméra qui tourne autour de Lila et nous montre à chaque fois un angle de vue différent. Divers témoins se succèdent, amis, amants, maris, sa fille, ses voisins, ils sont plus ou moins proches et ont eu  une relation plus ou moins intime avec Lila. Chacun vient apporter sa brique pour décrire celle qu’il a connue, dévoilant tour à tour des facettes de sa vie, de sa personnalité, de ce qu’elle a bien voulu leur montrer, ou tout simplement ce qu’ils ont bien voulu en connaître.

Chacun est là aussi pour dire la fin tragique annoncée. Car quelle que soit la relation qu’ils ont eue avec Lila, on découvre au grès des déclarations et des souvenirs le succès puis l’échec, le rêve brisé d’une carrière à Hollywood, la perte d’un enfant, l’oubli dans l’alcool, l’éloignement du couple et le rejet de ceux qui restent. Mais aussi et surtout l’incompréhension et la méconnaissance de la véritable personnalité de Lila, le poids de l’enfance, les hésitations, l’effondrement de ses rêves et les désillusions de sa vie de femme.

Comme cela avait été le cas en lisant « La maladroite », j’ai ressenti dans ces témoignages à la fois un lourd chagrin et un grand nombre de responsabilités, souvent sans faute, accumulées par tous ceux qui ont partagé ou traversé la vie de Lila. Tous ceux qui ont vu, qui ont compris la solitude et le chagrin mais qui n’ont jamais fait le nécessaire pour qu’elle s’en sorte. J’ai aimé la structure de ce roman, cette façon de tourner autour du personnage de Lila Beaulieu et de la découvrir peu à peu, sans juger, sans parti pris, juste en témoin d’une vie qui passe.

Citation :

Il faudrait tout dire à Lucie. Et avant tout, que la vie était courte, mais aussi terriblement longue. Elle vous donnait tout le loisir de multiplier les erreurs, et vous laissait si peu de temps pour les réparer.


Catalogue éditeur : Éditions Héloïse d’Ormesson

Cette histoire commence par la fin : une femme de soixante-cinq ans retrouvée morte dans un studio parisien. La défunte est pourtant loin d’être une inconnue. Mais qui se souvient d’elle ? lire la suite

208 pages | 18€ / Paru le 12 janvier 2017 / ISBN : 978-2-35087-389-3
Photo de couverture © Charlotte Jolly de Rosnay