Une Rose seule, Muriel Barbery

Une renaissance, un deuil, une fille, un père, et tout le charme du japon à travers temples et jardins

Rose part à Kyoto à la suite de l’appel d’un notaire. Sa présence est requise sur place par Haru, son père marchand d’art qui vient de décéder. Rose, quadra, célibataire sans enfants, botaniste, embarque pour un voyage à la rencontre de celui qu’elle n’a jamais connu. Élevée en partie par Paule, sa grand-mère décédée depuis peu, sa mère est également décédée sans jamais lui avoir donné les clés du mystère de sa naissance.

A Kyoto elle est accueillie par Paul, le bras droit de Haru, et par Syoko son intendante.

Temples, restaurants, thé du matin devant l’érable qui pousse au milieu de la maison, silence, regards aimants et amis, interrogateurs et complices, vont ponctuer ce séjour pour le moins dépaysant. La nature qui l’entoure, les camélias, pivoines, lilas, ces fleurs chaque jour renouvelées dans des bouquets si évocateurs, les poèmes, les jardins à la beauté sobre et minérale, sont là pour lui passer un message d’amour, de sérénité, de bonheur à venir.

Le lecteur la voit évoluer, marcher doucement sur les tatamis, se laisser apprivoiser par le bruit du vent dans les feuilles de l’érable, goûter au thé Macha, se rebeller et se révolter aussi, rendue agressive par la colère qui l’habite, les questionnements, les doutes, les absences. Bière et saqué, fleurs et jardins, temples et paysages auront-il raison de sa rébellion ? Paul peut-il lui faire comprendre l’immensité de l’amour de ce père, esthète et poète, disparu sans l’avoir connue ?

Au départ Rose est bien peu attachante, sa rébellion, sa colère, son manque d’empathie en font un personnage à priori peu engageant. Pourtant elle va s’ouvrir peu à peu à la beauté et à l’amour donné par ce père que l’on comprend malgré l’absence. L’écriture sobre et concise, les descriptions des temples et de leurs jardins, la nature et les fleurs, les coutumes, le cérémonie du thé, procurent au lecteur un réel sentiment de sérénité.

Les chapitres sont ponctués de courts extraits de textes ou de haïkus en particulier ceux du poète japonais Issa Kobayashi (Kobayashi Issa 1763-1828 ou Issa « (tasse de) thé »).

Pour qui aime le Japon, on ne manquera pas de lire le beau roman d’Amanda Sthers Lettre d’amour sans le dire. Mais aussi les romans de Aki Shimasaki également publiés chez Actes Sud.

Catalogue éditeur : Actes Sud

Rose arrive au Japon pour la première fois. Son père, qu’elle n’a jamais connu, est mort en laissant une lettre à son intention, et l’idée lui semble assez improbable pour qu’elle entreprenne, à l’appel d’un notaire, un si lointain voyage.
Accueillie à Kyōto, elle est conduite dans la demeure de celui qui fut, lui dit-on, un marchand d’art contemporain. Et dans cette proximité soudaine avec un passé confisqué, la jeune femme ressent tout d’abord amertume et colère. Mais Kyōto l’apprivoise et, chaque jour, guidée par Paul, l’assistant de son père, elle est invitée à découvrir une étrange cartographie, un itinéraire imaginé par le défunt, semé de temples et de jardins, d’émotions et de rencontres qui vont l’amener aux confins d’elle-même.

Ce livre est celui de la métamorphose d’une femme placée au cœur du paysage des origines, dans un voyage qui l’emporte jusqu’à cet endroit unique où se produisent parfois les véritables histoires d’amour.

Muriel Barbery est née en 1969. Une rose seule est son cinquième roman, après Une gourmandise (2000), L’Élégance du hérisson (2006), La Vie des elfes (2015) et Un étrange pays (2019) parus aux éditions Gallimard.

août, 2020 / 11.50 x 21.70 cm / 158 pages / ISBN : 978-2-330-13922-3 / Prix indicatif : 17.50€

Rosa Dolorosa, Caroline Dorka-Fenech

L’amour d’une mère, aveuglant et inconditionnel

Ils se promènent dans le vieux Nice. Rosa et Lino, la mère et le fils, sont inséparables depuis toujours. Surtout depuis qu’elle a chassé le père. Elle veille comme une louve sur sa merveille. Même si parfois Lino se perd dans l’alcool des nuits entières et a quelques accès de violence.

Ensemble, ils ont un rêve. Quitter le restaurant Le petit soleil et rénover un hôtel dans le quartier. Les plans sont faits, ne manquent que les financements. Avec l’aide de Marc, son ami de cœur, et grâce à son dynamisme et sa fougue Rosa séduit les investisseurs potentiels. Le rêve est enfin à leur portée. Lino le plongeur amoureux de la mer sait déjà qu’il installera dans le hall de leur hôtel trois-étoiles un immense aquarium rempli de méduses.

Mais c’est sans compter sur un événement dramatique, une mort inexplicable et l’arrestation au petit matin de Lino, le fils chéri.

Cette mère passionnée le sait, son fils est innocent ; alors elle doit tout faire pour le faire sortir de prison. La bataille ne fait que commencer pour cette mère inquiète et malade, mais surtout combative et pugnace. Rien ne peut l’arrêter. Pas même les doutes, les questionnements de son entourage, les affirmations des enquêteurs.

L’auteur déroule ici un scénario aussi plausible que tragique. C’est un étonnant questionnement sur le vrai rôle d’une mère, sur la connaissance que les parents ont de leurs enfants, sur le silence et l’éducation, la confiance et le partage, l’amour maternel incandescent et aveuglant. L’obstination d’une mère, ses sentiments les plus profonds, son assurance et son jusque-boutisme sont maîtrisés, pesés et réalistes jusque dans leur folle concrétisation.

L’amour absolu, la confiance, le désespoir dont elle fait preuve prennent le lecteur dans leurs filets pour l’amener vers un dénouement aussi dramatique qu’inéluctable. Un roman bouleversant que l’on ne lâche pas avant d’avoir tourné la dernière page.

Catalogue éditeur : éditions de La Martinière

Un premier roman magnétique, sombre et lumineux, dont l’héroïne rappelle la Gloria de John Cassavetes et la Mamma Roma de Pasolini. Nourri d’images organiques, charnelles, poétiques, ce livre retrace le parcours d’une mater dolorosa prise dans une quête obsédante et dévorante pour prouver l’innocence de son fils.

« Elles étaient au nombre de douze. Douze méduses qui plongèrent parmi les bulles éclairées au néon dans l’aquarium. Leurs tentacules flottant comme des fourreaux de fantômes. »

Dans les rues serpentines du Vieux-Nice, Rosa déambule au bras de son fils, Lino. Ensemble ils rêvent de posséder un hôtel dans lequel un immense aquarium accueillerait des méduses. À peine dix-neuf ans d’écart, ils forment un duo inséparable. Jusqu’au jour où Lino est arrêté et emprisonné pour le meurtre d’un enfant.
Pour Rosa, l’innocence de son fils est incontestable. Dans un ballet d’images charnelles, poétiques, la mater dolorosa se lance dans une quête sublime et dévorante. Mais jusqu’où l’amour maternel peut-il conduire ?

Née en 1975, Caroline Dorka-Fenech, diplômée de lettres modernes et de l’Atelier scénario de la FEMIS, a travaillé comme lectrice de scénarios, script doctor et enseignante. Rosa dolorosa, son premier roman, est le fruit d’un travail de dix ans.

27 août 2020 / 130 x 205 mm / 288 pages / ISBN : 9782732494258

La cuillère, Dany Héricourt

à la recherche du père, une quête initiatique loufoque et sensible

La famille de Seren gère l’hôtel des Craves au Pays de Galles. Ses grands-parents, sa mère, ses demi-frères et Peter son père, chacun y a son utilité et ses fonctions. Tout semble aller au mieux jusqu’au décès soudain du père dont la dernière phrase restera à jamais « Je file indubitablement vers l’âge où l’on dort en chaussettes ».

Dans la chambre où repose le défunt, le moment de sidération passé, Seren est obnubilée par une cuillère d’argent posée sur sa table de nuit. D’où vient cet objet brillant, ciselé, inconnu ?

Seren se rêve artiste, qu’à cela ne tienne, elle dessine sans fin ladite cuillère, puis décide de découvrir sa provenance. La question devient rapidement obsessionnelle, Seren n’a qu’un issue, tenter d’en trouver l’origine pour déchiffrer cette énigme qui la perturbe. Il semble bien qu’elle doive pour cela traverser la manche, car l’argenterie, les gravures, les dessins sont caractéristiques d’une époque et typiques des possessions de la bourgeoisie française.

Seren embarque le temps d’un été dans la Volvo de son père. Les fesses posées sur les sièges usés de sa vieille voiture, elle part jusque dans le Morvan, puis en Bourgogne, à sa rencontre… Une fuite pour se retrouver, pour accepter la perte d’un père, le chagrin de l’absence ?

Car c’est bien son père qu’elle va tenter de comprendre et sans doute de mieux connaître, à travers cette quête aussi loufoque qu’indispensable. De château en château, de rencontre en déception, d’espoir en surprise, la joie mais aussi le deuil sont peut-être au bout du chemin.

Forte d’une double culture, d’un humour et d’une plume aussi divertissante qu’émouvante, Dany Héricourt nous fait aimer cette jeune femme partie à la recherche du père. Un roman bien plus profond qu’il n’y paraît de prime abord, une lecture réjouissante, originale et émouvante.

Dany Héricourt, les Correspondances de Manosque

Catalogue éditeur : Liana Levi

L’objet brillant est sagement posé sur la table de nuit. Seren devrait prêter attention à son père, étendu sous le drap: sa mort vient de les surprendre tous, elle et ses frères, sa mère et ses grands-parents, mais c’est la cuillère en argent ciselée qui la retient: elle ne l’a jamais vue dans la vaisselle de l’hôtel que gère sa famille au Pays de Galles. À l’aube de ses dix-huit ans, la jeune fille pourrait sombrer, mais les circonstances aiguisent sa curiosité. L’énigme que recèle l’objet, avec son inscription incisée, la transporte. Elle se met à dessiner passionnément (la cuillère) et à observer toute chose de son regard décalé. Un premier indice sur sa provenance la décide à traverser la Manche, à débarquer en France et, au volant de la Volvo paternelle, à rouler. La cuillère pour boussole.
Beaucoup d’égarement, une bonne dose d’autodérision et un soupçon de folie l’aideront, dans son road-trip loufoque, à se confronter à ce peuple étrange qui confond Gallois et Gaulois, avant de découvrir en Bourgogne un château chargé d’histoire(s).

Date de parution : 27 août 2020 / 240 pages / ISBN : 9791034903146 Prix : 19,00 € / Version numérique prix : 14,99 € ISBN ePub : 9791034903153

Carnaval, Hector Mathis

Un roman de l’urgence, sombre et caustique sur l’adolescence et le temps qui passe

Avec Carnaval, Hector Mathis nous plonge immédiatement dans la suite de K.O, ce premier roman qui l’avait révélé en 2018. Le personnage principal, Sitam, verlan ou palindrome quasi parfait du nom de l’auteur, continue ses pérégrinations et porte en lui un sentiment d’urgence qui transparait dans chacun de ses mots.

Il avait fui ses amis et surtout Capucine à la suite de la déroutante découverte de la maladie grave qui le frappait, la sclérose en plaque. Sur le même rythme, soutenu, haché, vif, direct, au style parlé dynamique et exalté, il parcourt à nouveau la route et tente de retrouver cette Capu qui lui manque tant. Mais encore faudrait-il la localiser, et qu’elle veuille encore de lui.

Le chemin pour la retrouver n’a rien d’un fleuve tranquille, d’autant qu’entre temps il apprend le décès d’un de ses inséparables amis d’enfance. C’est alors le retour obligé vers la banlieue grise de l’enfance. Il part avec un de ses amis pour assister aux obsèques. Les souvenirs affluent alors, en vrac, vivants, bruyants, mouvementés, colorés, gais et tristes, qu’importe. Ils sont là pour rappeler ces années où les amis ont été présents, l’avenir était ouvert, la vie s’annonçait belle malgré les bêtises, les incartades, la soif de découvertes, les quatre-cent coups faits par les adolescents d’hier. Aujourd’hui, l’avenir est sombre, la situation triste, et Capu n’apparait toujours pas. Fort de cette quête, il avance sur le difficile chemin de l’acceptation de cette maladie lourdement invalidante et sournoise.

Un roman à l’écriture aussi étonnante que le premier, sombre et caustique, parfois triste, souvent mordant et joyeux. Qui se lit quasi sans respirer, dans l’urgence absolue. Réaliste et pessimiste aussi, mais pourtant au bout du chemin apparait peut-être une lumière.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable, Sitam quitte tous ceux qui partageaient son existence. Quelques mois plus tard, conscient de son erreur, il cherche à retrouver sa compagne. Mais après de multiples tentatives infructueuses, il se résigne à mener une vie solitaire. Alors qu’il semble abandonner tout espoir, un coup de fil de son vieil ami Benji l’oblige à quitter Paris pour revenir dans sa banlieue natale : la grisâtre. Un des leurs est mort. Il faut l’enterrer.

Ce voyage en banlieue replonge Sitam dans le passé et son enfance. Ils étaient un groupe de copains qui ont grandi entre la déconne, les problèmes d’argent et une soif immodérée d’aventure. Sitam retrouve ses anciens compères, s’aperçoit de l’attraction qu’exerce sur eux la banlieue et de la dureté de l’existence qui s’est imposée à eux.

Parution : 20/08/2020 / Format : 13×19 cm, 224 p., 16,00 € / ISBN 978-2-283-03225-1

Les choix secrets, Hervé Bel

Un portrait d’une femme qui interroge sur les choix d’une vie

A une époque où les filles écoutaient leurs parents pour le choix d’un époux Marie a décidé seule qu’elle convolerait en justes noces avec André. Ce bel homme qu’elle observait de loin lui semblait porteur de promesses. Marie, fille du commandant Cavignaux, expatrié en Indochine puis revenu au pays auréolé d’une gloire locale. Marie consciente de sa valeur, bien supérieure à celle des autres filles du village. A quatre-vingt ans passés, André son mari depuis soixante ans est toujours à ses côtés, fade, insignifiant, effacé, malade.

Une tuile du toit est tombée dans la nuit, il faut appeler le petit cousin Roger à la rescousse. Mais il va entrer dans la grande maison de famille, froide, à l’abandon, comme tout dans la vie de Marie, comme elle-même. Ce matin-là André souffre, il a passé une nuit horrible mais elle ne veut pas de médecin chez elle. Certaine qu’il veut lui faire honte, qu’il fait forcément semblant, Marie se mure dans son mépris pour cet époux malade, sa rancœur d’une vie qu’il ne lui a pas offerte, sa jalousie du bonheur des autres. Elle s’obstine à ne rien voir, n’accepte pas la vérité.

Et avec le jour s’égrènent les souvenirs de 80 ans de vie. La jeunesse au village, le choix d’épouser André envers et contre tous, l’Indochine et le séduisant Hervé Perrot, qui lui fait la cour, un soupirant à sa mesure, promesse d’une vie meilleure. Elle hésite longtemps mais finalement ce sera le retour au pays, seule, pour épouser celui qu’elle s’est choisi. Marie est séduisante. C’est une belle femme qui aime s’habiller, sortir, recevoir pour le thé. Son instituteur de mari s’avérera sans ambition, puisqu’il n’aura même pas celle de devenir directeur d’école. Il lui aura tout fait subir cet homme qui n’a aucune envergure. Ils auront deux fils, l’un brillant qui disparait si jeune, l’autre qu’elle peine à aimer. Puis ce sont les années de solitude, le chagrin de la perte et du deuil, d’un père, d’un fils. La vie est dure, en tout cas elle se complaît à le penser. Marie est exigeante, austère, méchante, égoïste, et pourtant elle a vécu tant d’années aux côtés d’André.

Cette femme singulière, égoïste, perpétuellement insatisfaite, embourbée dans sa crasse et ses ressentiments est terriblement dérangeante dans sa façon d’être. Jusqu’au bout, elle reste avec ce mari qu’elle a choisi, pourtant elle sait que ses choix n’ont pas forcément été les bons, que sa vie n’est pas celle dont elle a rêvé. Il est aussi difficile de s’y attacher que de la laisser et de refermer cet étrange roman. Car l’auteur interroge sur nos choix de vie, sur ces années qui passent, inéluctablement, cette jeunesse qui s’enfuit et que l’on ne pourra jamais retrouver.

Roman lu dans le cadre des 68 premières fois, session anniversaire 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Il n’y a plus que la cuisine et le mari, le ciel gris derrière la mousseline des rideaux et ce présent dont il faut bien se contenter. Le temps n’a fait que traverser son corps. Il est passé, la laissant inchangée dans sa façon d’appréhender les choses et les gens. H. B.

Marie est une vieille femme qui ne veut pas être dérangée. Elle souhaite que chaque chose soit à sa place, que chaque jour s’écoule comme la veille, sans imprévu, sans douleur, afin qu’elle puisse contempler tout ce que la vie lui a permis d’accumuler : les objets, les photos, les souvenirs. Aujourd’hui cette vie sans histoires lui convient. Avant, elle brûlait de vivre, elle cherchait la passion et les drames, la souffrance – la sienne et celle des autres. Elle s’est mariée, a eu deux enfants, a hérité de la maison de ses parents, mais a-t-elle vécu ? Un roman ambitieux qui offre un portrait de femme intime et dérangeant.

Prix : 7,10€ / 336 pages / Parution : 03/12/2014 / EAN : 9782253174912 / Éditeur d’origine : JC Lattès

Le temps découvre la liberté, Mathieu Terence

Retrouver la vie à travers la beauté et l’art, émouvant essai sur Le Bernin, artiste majeur du XVIIe siècle

Cet essai de Mathieu Terence est un étonnant mélange de genre, à la fois carnet de route, pensées personnelles, retour à la vie, puis ode à la beauté de ce magnifique artiste qu’était Le Bernin et dont on admire de très nombreuses œuvres à Rome.

Mathieu Terence choisi en particulier « Le temps découvre la liberté » réalisée par l’artiste en 1646 et qui donne son titre à ce livre. A la suite d’un deuil, l’auteur se penche sur cette œuvre précise du Bernin à un moment où il est enclin à penser que le temps et la vérité sont consubstantiels… Il lui faut du temps, mais la vérité finit toujours par l’emporter. Ce sera aussi pour lui un retour à la vie, après la perte de l’être aimé. L’art sauveur des âmes en peine, l’art source de sérénité, l’art conquérant, l’art réparateur.

A la fois poète et rêveur, historien et écrivain, passionné et philosophe, l’auteur nous entraîne dans ses pensées et nous fait découvrir de façon tout à fait originale et très personnelle la vie et les œuvres du Bernin. Ce grand maître de l’art baroque était à la fois sculpteur, architecte (qui ne connaît pas la place de Saint Pierre de Rome en particulier) et peintre. Son œuvre a traversé les siècles, et Mathieu Terence nous la rappelle ici à travers ces courts chapitres qui ponctuent son voyage dans le temps et l’espace.

Du même auteur, retrouvez également ma chronique du roman Le talisman

Catalogue éditeur : Grasset

En 1646, Le Bernin dessine une esquisse intitulée Le Temps découvre la Vérité. Trois siècles plus tard, Mathieu Terence part à la rencontre de cette œuvre et de son auteur, grand maître de l’art baroque, sculpteur, architecte et peintre italien, dont l’œuvre énergique traverse les siècles pour nous parler d’aujourd’hui. Ni biographie, ni essai d’art, ce récit composé de courts chapitres retrace, au galop, les soixante-dix ans d’activité du Cavalier pour nous donner à voir et à comprendre la fougue et l’esprit d’un artiste qui célèbre le divin en offrant à toutes et à tous des œuvres ivres de force et de volupté. Manifeste contre un monde uniforme, hymne à l’exubérance et au courage, carnet de voyage dans le temps, réflexion sur la vérité à l’heure où le règne du Faux ne cesse de s’étendre, ce livre est, aussi, le témoignage d’un retour à la vie après la mort de l’aimée. Profondément singulier, il est tout entier taillé comme une sculpture baroque.

Mathieu Terence auteur d’essais, de romans, et de poésies nous livre ici un texte libérateur, et contagieux qui contribue à affirmer encore son éclectisme.

Parution : 5 Février 2020 / 130 x 205 mm / Pages : 144 / EAN : 9782246823230  Prix : 16.00€ / EAN numérique : 9782246823247 Prix numérique : 10.99€

Il est juste que les forts soient frappés, Thibault Bérard

Quand la réalité dépasse la fiction et qu’une expérience douloureuse devient un sublime témoignage de vie et d’amour, un roman à découvrir absolument

Ce livre est un véritable concentré d’émotion. Triste, étonnant, vivant, il parle de maladie et de passion, de mort et de naissance, d’accouchement et de scanner, de vacances et de chambre d’hôpital.

C’est le roman de Sarah, l’amoureuse de Théo, la maman de Simon et Camille, Sarah, morte à 42 ans d’un cancer. Elle nous parle de lui, d’elle, d’eux, de ses petits aussi, elle nous parle depuis cet au-delà que l’on n’imagine pas, ces limbes dans lesquelles errent ces morts que l’on a tant aimé et que par la force de nos pensées, on ne peut pas laisser partir vers cet ailleurs inconnu et mystérieusement angoissant.

Lorsque Sarah et Théo se rencontrent, la relation semble improbable entre ce jeune homme et cette punkette contestataire plus âgée que lui. Pourtant, très vite, entre le Moineau et le Lutin, c’est l’amour fou, léger, romantique, puissant. Les petits bonheurs de chaque jour, l’avenir qui leur sourit. Mais c’est compter sans la fatalité, sans cette maladie qui vient leur couper les ailes, ce cancer violent et dévastateur qui s’invite pendant la seconde grossesse de Sarah. Ce sera aussi la lutte, l’énergie du désespoir pour gagner des jours, des mois, des heures, face à ce crabe qui ne lâche rien. Car de couple heureux, lutin et Moineau deviennent un couple extra-ordinaire dans tout ce que cela représente, devenir des super-héros pour se battes, gagner contre la maladie, se soutenir l’un l’autre, lutter ensemble dans cette épreuve qui les soude mais qui peut aussi les détruire tant c’est difficile.

Ah, me direz-vous alors, ce roman est triste, démoralisant, etc. Mais non, en fait, malgré la mort inéluctable, malgré la lutte contre la maladie, la tristesse, le chagrin, voilà un livre particulièrement lumineux. Il a tout pour lui ce premier roman, l’amour, la gaité, la joie même, le couple, les enfants, l’espoir, le chagrin, la tristesse, la fin inéluctable. Et à chaque page éclate la vie, celle des enfants, celle d’avant et celle d’après, qu’il faudra vivre car on continue, car le soleil se lève encore et que chaque jour apporte son lot de satisfactions même au milieu de tant de souffrance. Et bien sûr, on ne peut qu’être bouleversés par cet émouvant message que l’auteur adresse ici à ses enfants, lui qui a vécu de l’intérieur tout ce que nous raconte sa Sarah.

Bien sûr il y a aussi ces moments douloureux à l’extrême, surtout oserais-je dire lorsque l’on a soi-même accompagné quelqu’un aux frontières de la mort, lors de ce passage parfois si délicat. Ici les scènes terriblement humaines et réalistes portent une souffrance et une vérité parfois difficile à lire, mais les mots de l’auteur et la voix de Sarah qui évoque son propre départ, subliment en quelque sorte ce moment-là. Et si Thibault Bérard avait raison, s’il fallait laisser partir ceux que l’on a tant aimés, pour qu’ils puissent enfin atteindre la sérénité dans cet au-delà inconcevable.

Lisez, osez, et sachez qu’on ne sort pas indemne de cette lecture. On voit la vie autrement, les instants à savourer, les enfants à aimer, les plaisirs et même les contrariétés à apprécier à leur juste valeur, légère, profonde, amicale ou désespérée. Mais si j’en retiens une chose, c’est bien qu’il faut prendre la réelle mesure de ces mots que l’on entend souvent : vivons chaque jour comme si c’était le dernier…parce que le bonheur, c’est ici et maintenant.

Catalogue éditeur : Editions de l’observatoire

Lorsque Sarah rencontre Théo, c’est un choc amoureux. Elle, l’écorchée vive, la punkette qui ne s’autorisait ni le romantisme ni la légèreté, se plaisant à prédire que la Faucheuse la rappellerait avant ses 40 ans, va se laisser convaincre de son droit au bonheur par ce fou de Capra et de Fellini.

Dans le tintamarre joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions naît Simon. Puis, Sarah tombe enceinte d’une petite fille. Mais très vite, comme si leur bonheur avait provoqué la colère de l’univers, à l’euphorie de cette grossesse se substituent la peur et l’incertitude tandis que les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. Chaque minute compte pour la sauver
Le couple se lance alors à corps perdu dans un long combat, refusant de sombrer dans le désespoir.
Un récit d’une légèreté et d’une grâce bouleversantes, entre rire et larmes, dont on ressort empreint de gratitude devant la puissance redoutable du bonheur.

Nombre de pages : 304 / ISBN : 979-10-329-0881-5 / Format 14 x 20 cm / Parution : 08/01/2020

Attendre un fantôme, Stéphanie Kalfon

Quand on vous vole la mort de l’être aimé, comment faire son deuil ? Attendre un fantôme, le deuxième roman de Stéphanie Kalfon explore les relations familiales ambiguës

J’avais aimé le premier roman de Stéphanie Kalfon qui faisait revivre Erik Satie avec vivacité ce précurseur au génie incompris. J’attendais donc avec impatience le deuxième romande l’auteur.

Ici, point de personnage historique emprunté au réel, la fiction suffit à poser le sujet. Kate, une jeune femme de dix-neuf ans rentre de vacances à Marbella. Elle avait décidé de couper tout contact avec le monde et l’actualité, de se ressourcer en quelques sorte… Son petit copain Jeff est parti en Israël finir ses études, après quelques aléas, rupture, retrouvailles, ils avaient décidé de se revoir quand il serait de retour.

Mais la vie en aura décidé autrement, car Jeff est mort dans un attentat. Lorsque Kate le découvre, il est trop tard pour participer aux funérailles, trop tard pour pleurer avec les autres, trop tard car sa mère en a décidé autrement et a interdit à tous de le lui annoncer.

Difficile chemin de celle à qui on a ôté tout espoir de faire son deuil normalement, enfin, si l’on peut dire. Chacun autour d’elle décide, dit, pense pour elle, et la mort de Jeff devient son seul horizon, nuit et jour, l’objet de sa douleur et de son traumatisme.

Ici, le récit est très souvent haché, et devient déclinaison de pensées, de réflexions, sur la vie, la mort, la famille, le caractère de la mère, la vie du père, le poids du chagrin que l’on vous impose. Cette mère toute puissante qui détruit peu à peu sa fille, ce père qui blesse psychologiquement son fils, ces familles désunies où l’amour attend à la porte sans jamais franchir le seuil. Cette absence qui devient prison, ce mort que l’on attend, comme un fantôme.

Si le thème me semblait intéressant, j’avoue que j’ai été un peu perdue par l’écriture qui par moment m’a parue alambiquée et qui du coup prend le pas sur le sujet. Comme s’il manquait des pages pour que l’alternance entre les idées et l’intrigue trouve son équilibre. Roman très court, qui ne me laissera pas autant d’émotion ou de souvenirs que Les parapluies d’Erik Satie. Alors, attendons le suivant !

Catalogue éditeur : Joëlle Losfeld éditions

Kate, jeune fille de dix-neuf ans, vit un drame : la mort brutale de son amoureux dans un attentat. Tout pourrait s’arrêter là. Mais ce serait sans compter sa mère, les gens qui l’entourent et la manière dont ce drame résonne en eux, dont ils s’en emparent, dont ils décident que ce sera le leur – et le transforment en traumatisme.
Voici des personnages qui sont comme des poupées russes : chaque membre de la famille de Kate semble en cacher un autre, ou se cacher derrière un autre, les histoires des autres venant hanter la mémoire des uns.

Le roman explore les relations qui lient une famille où il fait bon se taire. La violence rôde mais on ne la voit pas. Si la violence est ici dangereuse, c’est qu’elle passe par le banal ; voilà son déguisement, sa petite excuse, la main tendue d’une mère affirmant porter secours tandis qu’elle étouffe. Kate va suivre les fantômes qui mènent à la possibilité de vivre encore. En affrontant l’emprise de sa mère, en la mettant au jour, elle parvient à faire sauter un à un, cran après cran, les rouages mécaniques de la violence. Pour cela il lui faut cesser d’attendre, pour prendre le risque d’exister.

144 pages / 150 x 220 mm / ISBN : 9782072844898 / Parution : 29-08-2019

Jamais, Duhamel

Quand une veuve pêchue et aveugle fait de la résistance et affronte les éléments… Jamais, une BD touchante et humaniste

Jamais ! C’est dit, Jamais Madeleine n’acceptera de quitter la maison qu’elle partage avec le souvenir de Jules, son marin de mari.

Mais Madeleine aveugle et vieille a perdu son mari en mer, et aujourd’hui, sa maison est prête à basculer dans le vide. Car à Troumesnil, sur la côte normande, l’érosion de la falaise est critique. Seule maison à rester encore debout, elle s’effondrera comme les autres. La catastrophe écologique qui s’annonce est d’ailleurs plus visible ici qu’ailleurs. Pourtant monsieur le Maire, responsable pénalement de ces concitoyens, va tout tenter pour la faire changer d’avis. Par la force ou la douceur, par les armes ou la roublardise. Mais Madeleine n’est pas de ces femmes-là. Il faut se rendre à l’évidence, bien qu’aveugle, elle se rend tout à fait compte des évolutions du climat et des changements du paysage… Elle assume tout, y compris sa solitude, dans cette maison chargée des souvenirs de sa vie d’avant.

Mais alors, qu’est-ce qui pourrait la faire changer d’avis, pour sa propre sécurité ? À découvrir en lisant cette BD particulièrement réussie.

Avec un graphisme aux couleurs claires et douces, au trait vif et allègre, l’auteur nous dévoile des sentiments à travers des situations cocasses ou dramatiques et des échanges aussi légers que drôles entre les différents personnages. Les dialogues sont subtils, fins et réalistes et plongent le lecteur dans une réalité contemporaine qui bien que menaçante est très touchante.

Le petit plus : les photos en fin d’album, qui montrent où l’auteur a puisé son inspiration…

Catalogue éditeur : Grand Angle

Dessin & Couleur : Bruno DUHAMEL

Face à une catastrophe naturelle, il faut une force de la nature. Madeleine, c’est les deux.

Troumesnil, Côte d’Albâtre, Normandie. La falaise, grignotée par la mer et le vent, recule inexorablement de plus d’un mètre chaque année, emportant avec elle les habitations côtières. Le maire du village parvient pourtant, tant bien que mal, à en protéger les habitants les plus menacés. Tous sauf une, qui résiste encore et toujours à l’autorité municipale. Madeleine, 95 ans, refuse de voir le danger. Et pour cause. Madeleine est aveugle de naissance.

Prix France : 15,90 € / 54 pages / Paru le 10 Janvier 2018 / ISBN 978-2-81894-381-6

Baïkonour, Odile d’Oultremont

Avec la mer pour seul horizon, qu’il est bon de tomber amoureux. Baïkonour, le roman sensible et poétique d’Odile d’Oultremont

A Kerlé, petit village du Morbihan, la jeune Anka est coiffeuse dans le salon de sa tante. Elle rêve pourtant d’océan, celui qui a emporté son père Vladimir, Marin pécheur perdu en mer sur le Baïkonour. Ce père qu’elle admirait par-dessus tout.

Édith, sa mère, espère encore, incapable de faire son deuil. Chaque jour elle préparait une soupe chaude qu’il emportait avec lui sur les flots, et elle continuera sans fin, jusqu’à son impossible retour. Car chaque jour elle l’attend et Anka souffre de son déni. Celle qui rêvait de prendre la suite du père sur son bateau de pêche prend désormais le chemin du salon de coiffure.

Marcus, un jeune grutier particulièrement habile et performant sur ces engins qui volent au-dessus des villes, répond à une mission d’un an et huit mois à Kerlé. Marcus et ses failles, son père éternel chômeur, sa mère disparue lorsqu’il était enfant. Du haut de sa cabine, il survole, il surplombe, il observe, le paysage, mais surtout les gens qui s’agitent en dessous, leurs vies, leurs trajets, il imagine des bonheurs et des ruptures, des joies et des chagrins. Jusqu’au jour où il découvre la beauté énigmatique d’Anka. Il n’aura de cesse dès lors de l’observer de loin, subitement et définitivement amoureux de cette inconnue qui illumine ses journées.

Mais ces deux trajectoires à deux hauteurs aussi différentes, l’une au bord de l’océan, l’autre dans les airs, sauront-elles se trouver ?

La magie opère à nouveau, même si le côté brin de folie du premier roman ne se retrouve pas ici, et c’est tant mieux, l’auteur sait se renouveler et nous surprendre. Des personnages attachants, tant par leurs faiblesses que leur désespoir, une écriture concise, sensible et délicate, qui donne le rythme et nous prend dans son tempo. Avec Odile D’Oultremont, le quotidien n’est plus banal, et l’on espère ! Car les rencontres improbables se réalisent, l’amour n’est plus tragique, et surtout la poésie des mots rend la vie plus belle, malgré la maladie, la mort, les faiblesses ou les désillusions, et les relations parents enfants parfois si difficiles.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue éditeur : L’Observatoire

Anka vit au bord du golfe de Gascogne, dans une petite ville de Bretagne offerte à la houle et aux rafales. Fascinée par l’océan, la jeune femme rêve depuis toujours de prendre le large. Jusqu’au jour où la mer lui ravit ce père qu’elle aimait tant : Vladimir, pêcheur aguerri et capitaine du Baïkonour.
Sur le chantier déployé un peu plus loin, Marcus est grutier. Depuis les hauteurs de sa cabine, à cinquante mètres du sol, il orchestre les travaux et observe, passionné, la vie qui se meut en contrebas. Chaque jour, il attend le passage d’une inconnue. Un matin, distrait par la contemplation de cette jeune femme, il chute depuis la flèche de sa grue et bascule dans le coma.
Quelque part entre ciel et mer, les destins de ces deux êtres que tout oppose se croiseront-ils enfin ?

Parution : 21/08/2019 / Nombre de pages : 224 / ISBN : 979-10-329-0432-9