Oublier mon père. Manu Causse

Oublier mon père, de Manu Causse est un texte bouleversant sur la recherche d’identité, et plus  particulièrement sur comment se construire lorsque l’on évolue en milieu hostile, comment aimer sans être aimé.

Domi_C_Lire_oublier_mon_pre_causse_denoelLe roman de Manu Causse s’ouvre sur une première scène qui présente une relation idyllique entre un père et son fils, au moment où le père prépare assidûment la prochaine course de ski de fonds qu’il compte aller disputer en Suède. Par crainte de briser l’instant magique, malgré le froid et sa maladresse, le petit Alexandre va accepter les chutes, les habits mouillés et le froid cuisant pour cet instant de communion avec son père. Il ne résiste cependant pas l’envie trop forte de prendre une photo de son père avec l’appareil qu’il convoite depuis si longtemps.

En toile de fond de cette histoire, il y a la mère, omniprésente, qui râle, dispute, rouspète, gronde après ce mari qu’elle honni, après ce fils qui ne comprend rien et ne fait surtout rien correctement, qui lui fait honte, qu’elle gifle à l’envie, pour qu’il apprenne. Alex, l’enfant qui se révèle rapidement être coupable de vivre, de tomber, de pleurer, d’exister.

Puis c’est le départ du père pour la course tant espérée, l’accident de voiture, et ce père qui ne reviendra plus. Pourtant, il faut qu’Alex vive avec ce manque, si bien matérialisé par cette photo prise ce jour-là, celle d’un père dans la neige, hors-cadre, à qui il manque la tête.

De ce jour, Alex va vivre une relation étroite et ambiguë avec cette mère étrangement peu aimante et surtout rancunière envers son époux mort au loin. Le fils devra se construire avec ce vide affectif, sans modèle paternel, et même contre ce modèle tant décrié par sa mère. Maladif, chétif, il sera incapable de s’épanouir dans sa vie d’adolescent, d’aimer, de vivre, dans sa vie d’homme, malgré ses rêves et son métier de photographe en souvenir de son père.

Jusqu’à ce jour où…

L’auteur a su nous embarquer dans le malaise de cet enfant, dans cette relation malsaine omniprésente entre la mère et son fils, cette relation entre époux ou plutôt avec le souvenir d’un époux mal-aimé, cette relation inexistante mais pourtant indispensable à l’équilibre du petit Alex devenu homme d’un père et son fils. Se sentant coupable de vivre quand son père n’est plus, le petit Alex accepte les mots qui blessent, les gifles assénées par la mère, la souffrance au quotidien, comme une évidence, une normalité acceptable. Cette mère toxique et malade que pourtant le jeune Alexandre accepte telle qu’elle est, reportant la faute sur son propre caractère, sur sa faiblesse, sa maladresse.

Je l’énerve et elle me frappe, c’est ma faute.

Construit en alternance entre le présent et l’enfance, avec des mots simples et des images saisissantes de réalisme, ce roman est tout simplement bouleversant. Il émane de ces mots une forme d’inhumanité au quotidien dont on imagine la véracité. On y décèle une souffrance profonde de l’enfance, causée par le mensonge, la solitude, la culpabilité, l’incompréhension. Il aborde de nombreux thèmes très actuels, d’une part le thème de l’homosexualité, et d’autre part, omniprésent, celui de l’enfance maltraitée, de la construction si malaisée des enfants qui grandissent auprès de parents toxiques et mal aimants.

j’ai retrouvé parfois au fil des pages des ambiances à la Jean-Paul Dubois, en particulier avec son roman Hommes entre eux lorsqu’il évoque ces rencontres entre hommes, dans les étendues glacées du grand nord…

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Éditions Denoël

– Pas la peine de chialotter, je ne t’ai pas fait mal, m’assure ma mère chaque fois qu’elle me gifle.
Sud de la France, années 90. Alexandre grandit auprès d’une mère autoritaire et irascible. Elle veut à tout prix qu’il oublie l’image de son père disparu prématurément. Bon garçon, il s’exécute.
Devenu photographe, Alexandre se révèle un adulte maladroit, séducteur malgré lui, secoué par des crises de migraine et la révolution numérique. À quarante ans, il échoue dans un petit village de Suède pour y classer des images d’archives. Il lui faudra un séjour en chambre noire et une voix bienveillante pour se révéler à lui-même et commencer enfin à vivre.

Oublier mon père parle de la construction de l’identité masculine, des mensonges qui nous hantent et de la nécessité de s’affranchir du passé.

304 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782207141311 / Parution : 23-08-2018

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Quand Dieu boxait en amateur. Guy Boley

Dans son nouveau roman Guy Boley évoque son père forgeron et boxeur, artiste et comédien amateur. « Quand Dieu boxait en amateur », le roman d’amour d’un fils pour son père.

Domi_C_Lire_guy_boley_quand_dieu_boxait_en_amateur_grassetJ’avais découvert Guy Boley avec son premier roman Fils du feu, et particulièrement apprécié le style de cet auteur, unique et singulier, pour évoquer un homme, son père. J’avais aimé la puissance évocatrice de son écriture.

Avec Quand Dieu boxait en amateur, Guy Boley part à nouveau à la rencontre de son père. Mais d’un père séducteur, un père qui s’est construit dans une misère relative. René est orphelin, élevé par une mère peu éduquée et qui a peur des livres, il devient forgeron puisqu’il faut bien vivre, et boxeur, car ça fait du bien de se sortir la tête des livres ! Devenu père de famille il sera également un temps comédien amateur.

La famille vit quelque part au bord du Doubs, du côté de Besançon. L’ami Pierrot, l’ami d’enfance, appelé par Dieu, est entré dans les ordres. Revenu au pays il devient l’Abbé de ce Dieu en qui ne croit pas René, mais dont il va lui parler toute sa vie. A tel point que pendant des années René va tenir le rôle de Jésus à la fête paroissiale … Jusqu’au drame, déjà évoqué dans le premier roman, dense et destructeur, la mort d’un enfant, d’un petit, repris par un Dieu inhumain…

On entre avec ce roman comme dans un autre temps, pourtant les années 50 ne sont pas si loin. Mais ici c’est le monde de la forge et de la cure, du théâtre amateur et de Luis Mariano, le monde des ouvriers et des Abbés, des femmes qui viennent voir ce bel athlète qui incarne Jésus, toutes sans doute secrètement amoureuses du beau René. C’est nostalgique à souhait d’une époque révolue, parfois triste et souvent belle, celle de l’enfance insouciante, celle plus difficile de la famille désunie à la suite de la perte d’un enfant, une fois de trop et de la famille anéantie par un Dieu qui n’est ni bonté ni amour.
Ce sont les souvenirs d’un fils pour cet homme taiseux qui n’avoue jamais son amour, puis d’un homme affaibli, alcoolique, solitaire et abandonné y compris par ce fils qui pourtant le glorifie aujourd’hui par ses mots et son amour révélé.

C’est assurément un beau roman, même si je n’ai pas retrouvé l’enthousiasme que j’avais ressenti à la lecture de Fils du feu. Lors des rencontres de Manosque, Guy Boley expliquait qu’il souhaite écrire une trilogie. Espérons qu’il saura innover, se renouveler, et nous intéresser, le pari est lancé…

C’est un artiste mon père, il est né comme ça et il n’y est pour rien :
sensible, créateur, naïf, orgueilleux, entêté, innocent, fragile et responsable.

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Quelques photos des rencontres avec l’auteur au Correspondances de Manosque

 

Catalogue éditeur : Grasset

Dans une France rurale aujourd’hui oubliée, deux gamins passionnés par les lettres nouent, dans le secret des livres, une amitié solide. Le premier, orphelin de père, travaille comme forgeron depuis ses quatorze ans et vit avec une mère que la littérature effraie et qui, pour cette raison, le met tôt à la boxe. Il sera champion. Le second se tourne vers des écritures plus saintes et devient abbé de la paroisse. Mais jamais les deux anciens gamins ne se quittent. Aussi, lorsque l’abbé propose à son ami d’enfance d’interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, celui-ci accepte pour sacrer, sur le ring du théâtre, leur fraternité.
Ce boxeur atypique et forgeron flamboyant était le père du narrateur. Après sa mort, ce dernier décide de prendre la plume pour lui rendre sa couronne de gloire, tressée de lettres et de phrases splendides, en lui écrivant le grand roman qu’il mérite. Un uppercut littéraire.

Parution : 29/08/2018 / Pages : 180 / Format : 135 x 207 mm / Prix : 17.00 € / EAN : 9782246818168

Et boire ma vie jusqu’à l’oubli. Cathy Galliègue

Découvrir Cathy Galliègue avec « Et boire ma vie jusqu’à l’oubli », le deuxième roman à la fois intimiste et bouleversant d’une auteure qui explore les chagrins de l’âme et sa détresse, la perte du bonheur.

DomiCLire_et_boire_ma_vie_jusqua_l_oubli_cathy_galliegue

Betty Songe a perdu son mari, c’est une déchirure qui ne peut pas devenir un deuil, car elle refuse l’idée même de sa mort, de sa disparition, et sombre dans un chagrin noyé d’alcool. Pourtant Betty est mère, et son fils est là, qui attend son amour, son attention, qui a besoin d’elle.

Alors pourquoi Betty sombre-t-elle ? Peut-être à cause d’une mère absente ? Il faut dire que pendant ces années d’enfance où chacun a tant besoin de ses parents, la seule réponse de son père à la question lancinante de sa fille « Elle est où, maman » sera « Elle est partie ». Sans doute est-il aussi désespéré qu’elle face à ce vide. Mais cette absence d’explication crée une blessure indélébile, profonde, qui marque l’enfant, puis la femme qu’elle devient. Celle qui cherche toujours cette présence qui lui manque, qui cherche à comprendre cette fêlure qui de discrète se fait prépondérante dans cette vie d’amours brisés, manque d’une mère, mais manque aussi de cet amour qui l’a abandonnée, qui est parti lui aussi…

Peu à peu se dessinent une vie, des relations, des silences et des béances affectives qui bouleversent la vie de Betty, qui la transpercent et l’empêchent de vivre pleinement son deuil, d’accepter l’absence de Simon. Et pourtant, au fil des pages se dessine aussi un amour immense, celui d’un père pour sa fille, celui d’une femme pour son mari disparu, celui d’une mère pour son enfant.

Ce que j’ai aimé dans ce roman de Cathy Galliègue ? L’écriture, la finesse d’analyse de son personnage, les mots pour dire la souffrance, la rédemption face au chagrin destructeur, l’amitié et la force des sentiments qui lient une famille, ou qui l’anéantissent. Mais aussi l’audace de l’auteur, qui ose parler de ce tabou, l’alcoolisme féminin, pas plus sordide pourtant que celui des hommes, mais si difficilement accepté dans nos sociétés.

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Catalogue éditeur : Emmanuelle Collas

Betty s’efforce de vivre mais, à la nuit tombée, elle se cache et boit pour oublier la mort de son mari, Simon, et pour se souvenir de sa mère. Elle s’abrutit et s’effondre. Dans sa quête de la vérité, les images reviennent peu à peu. Des clichés tendres de l’enfance, une mère trop belle pour être vraie, des souliers rouges… et cette question lancinante :  » Elle est où, maman ?  » Cathy Galliègue aborde dans Et boire ma vie jusqu’à l’oubli un sujet tabou, celui de l’alcoolisme féminin, et nous offre un roman sans filtre sur la mémoire et le deuil, un diamant brut plein d’humanité et d’espoir.

à propos de l’auteur : Après une carrière dans l’industrie pharmaceutique en France, elle est partie vivre en Guyane, où elle a animé pendant un saison une émission quotidienne littéraire sur la chaîne Guyane1ère et où elle se consacre désormais à l’écriture. Son premier roman, La nuit, je mens (Albin Michel, 2017), a remporté un succès d’estime, il est sélectionné pour le Prix Senghor 2018. Et boire ma vie jusqu’à l’oubli est son deuxième roman.

Date de parution : 05/10/2018 / ISBN : 978-2-490155-07-1 / EAN : 9782490155071 / Nb. de pages : 250 pages

La fin de la solitude, Benedict Wells

Lire « La fin de la solitude » de Benedict Wells, c’est aller à la rencontre d’un auteur de talent qui donne immédiatement envie de découvrir tous ses romans !

benedict_wells_rencontre_3Découvrir ce jeune auteur trentenaire et réaliser qu’il a déjà publié cinq romans ! Être bluffée par la qualité et l’intelligence de l’écriture (merci au traducteur bien sûr !) et par la maturité des sentiments, des personnalités de ses personnages, par la finesse et la justesse de sa fiction qui n’a rien mais absolument rien de l’auto fiction pour une fois !

Jules est le plus jeune d’une fratrie de trois enfants, Marty est l’ainé, Liz leur sœur. Ils évoluent dans une famille heureuse et relativement aisée, père français, mère allemande, ils vivent à Berlin. Ce sont des parents droits, optimistes, bon parents qui donnent une belle éducation à leurs enfants… l’avenir des enfants est donc presque tracé, ils ont tout pour être heureux comme on dit.
Mais survient un terrible accident de voiture et la mort brutale des parents. C’est la vente de la maison, les années d’internat et la séparation de la fratrie dans cette école qui n’a rien à voir avec ce qu’avaient espéré les enfants quand la famille heureuse était réunie et imaginait l’avenir.

Jules était un enfant plutôt avenant, intelligent, prometteur. Il va devenir un enfant solitaire et méfiant. Par peur d’affronter cet univers austère et inhospitalier, il va se renfermer, se replier sur lui-même.

Liz, jeune fille encore enfant, proche de sa mère et de ses poupées, est perdue quand elle est lâchée seule dans ce monde austère et dur des adultes. Les garçons, les fêtes, la drogue, elle tentera tout, jusqu’à la fuite…

Marty quant à lui, avec son imperméable et ses cheveux.. au look grunge prendra également un tout autre chemin que celui dont il avait rêvé.

Nous les suivons tous les trois au fil des ans, séparations, études, travail, échecs, succès, fiançailles ou mariages, relation heureuses, retrouvailles, décès, une vie, des vies…

Le roman est porté par une structure intelligente et fine, car de cinq ans en cinq ans, nous allons suivre les protagonistes de cette histoire racontée par Jules. Cet espace-temps va permettre à l’auteur de planter des pistes qui donnent au lecteur les clés pour comprendre les différents  personnages, mais aussi pour combler les vides en fonction de son propre vécu !

Ce que j’ai aimé ?

La question posée implicitement sur que fait-on de sa vie, et que serait-elle si un des points de départ avait été différent. La mort des parents, que l’on soit jeune ou moins jeune, qu’est-ce que ça change, qu’est-ce que ça implique dans nos caractères, culpabilité, remords, absence, chagrin ?
Et pourquoi la solitude et le silence des frères et sœur, le manque de communication, leur façon personnelle d’affronter le deuil n’est pas toujours compris par les autres membres de la fratrie.
Amours et amitiés de l’enfance, jusqu’où nous mènent-elles, est-ce important ou pas dans une vie…
Enfin, comprendre l’importance des clés, des bases données dans la vie par une éducation qui permet à chacun de comprendre, d’affronter son avenir et d’enjamber les obstacles de sa vie avec les armes plantées dès le plus jeune âge en chacun de nous.

La question est : qu’est-ce que ne serait pas différent ? Qu’est-ce qui serait invariable chez toi ? Qu’est-ce qui resterait identique dans n’importe quelle vie, quel que soit son déroulement ? Est-ce qu’il y a des choses en nous qui résistent à tout ?

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Photos de la rencontre avec l’auteur à Paris en septembre.

 

 


Catalogue éditeur : Le livre de Poche, Slatkine et Cie

Traduit de l’allemand par Juliette Aubert.

« Je suis entré dans le jardin et j’ai fait un signe de tête à mon frère. J’ai pensé : une enfance difficile est comme un ennemi invisible. On ne sait jamais quand il se retournera contre vous. »
Liz, Marty et Jules sont inséparables. Jusqu’au jour où ils perdent leurs parents dans un tragique accident de voiture dans le sud de la France. Placés dans le même pensionnat, ils deviennent vite des étrangers les uns pour les autres, s’enfermant chacun dans une forme de solitude. Jules est le plus solitaire des trois lorsqu’il rencontre Alva, qui devient sa seule amie. Son obsession. Vingt ans plus tard, Jules se réveille d’un coma de quelques jours. À la lisière de l’inconscient, il se souvient.

Benedict Wells a su, sans cruauté ni sensiblerie, décrire la faiblesse humaine, l’échec ou le vieillissement. Nicolas Weill, Le Monde.
Ce roman n’a qu’une ambition : raconter des destins tourmentés par le deuil et l’espérance de la communion amoureuse. Gilles Heuré, Télérama.

Prix de littérature de l’Union européenne. Prix littéraire des lycéens de l’Euregio.
352 pages / Date de parution : 22/08/2018 / EAN : 9782253074243

La blessure. Jean-Baptiste Naudet

La blessure, de Jean-Baptiste Naudet, c’est le roman de trois vies qui n’en font qu’une, de tant de guerres multiples et cependant uniques, un roman de mort, d’amour, de vie.

Domi_C_lire_la_blessure_jean_baptiste_naudet_l_iconoclasteAnnée 80, la mère de l’auteur, la douce Danielle, sombre dans la folie, un chagrin, une culpabilité, la rongent et la détruisent peu à peu. Son mari, Gilles, n’aura d’autre issue que de la placer en hôpital psychiatrique, pour sauver son fils de cette relation destructrice, intime, douloureuse. Mais pourquoi cette folie précisément à ce moment de sa vie, pour cette femme mariée qui a élevé ses trois enfants ?

En 1960, Robert l’alpiniste est en Grande Kabylie, en Algérie, impliqué dans cette guerre violente, souterraine, fratricide, qui fera tant de morts inutiles. Entre Danielle et Robert, c’est l’amour fou, le vrai, le pur celui des étoiles qui brillent la nuit, celui d’un avenir serein à deux, celui de la douceur et du bonheur. Alors Danielle attend le retour du conscrit qui se bat et s’efforce de rester un Homme sur ces terres de l’AFN (Afrique Française du Nord). Attendre et s’écrire, souvent, des mots d’amour et de vie, d’espoir et de projets, de caresses et de baisers tendres… Mais Robert ne rentrera pas, Robert est mort là-bas, enterré ici, comme tant d’autres jeunes hommes de vingt ans à peine.

Et Jean-Baptiste, qui ne sait pas, ne connait pas, va vivre des années de douleurs, à se chercher, à tenter de comprendre qui il est. Reporter de guerre, il part sur les fronts les plus sanglants, les plus dangereux, pour affronter sa propre mort.  Avant de savoir, avant de comprendre enfin que c’est peut-être la mort d’un autre qu’il a inconsciemment endossée, recherchée, espérée.

A travers les mots de Robert, si puissants dans leur humanité qui montre son besoin et son désir profond de rester un homme droit, humain, mais aussi à travers son expérience de journaliste, l’auteur parle de la guerre dans ce qu’elle a de plus absurde, de plus violent, de plus inhumain, de plus stupide.

Oh, Barbara
Quelle connerie la guerre !

C’est un double parcours que nous présente l’auteur, avec ses mots puissants et justes qui évoquent l’homme qu’il a été et celui qui se reconstruit, et cet amour éternel entre sa mère et Robert.
Ce roman, s’il en est un, est un souffle de vie, d’amour, de mort aussi.
Ce roman est un cri, un cri d’amour ou de révolte, d’un homme qui veut vivre, reprendre sa vraie place et ne plus exister à la place d’un autre, inconnu mais tant aimé, vivant mais pourtant déjà mort depuis longtemps.
C’est comme un appel au secours pour vivre pleinement un futur heureux, attendu, espéré depuis longtemps.

Merci Jean-Baptiste Naudet pour ces mots si vrais, si sincères, si violents parfois, envers l’homme que vous êtes, envers la mort qui vous a hanté si longtemps, envers la vie qui vous attend.

Lors de la présentation par l’auteur, j’avais eu une vive émotion à ressentir le poids des souvenirs, la souffrance mais surtout l’espoir qui étaient portés par l’auteur à travers son livre, immense émotion en expliquant le pourquoi et le comment du travail d’écriture, le cheminement vers ces mots qui libèrent du passé d’un autre si lourd à porter. A lire La blessure, l’émotion est intacte, la douleur, la souffrance, et l’amour si fort qui émanent de ces pages en font une œuvre bien singulière, forte et unique en son genre, réaliste et puissante.

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Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

Le fiancé de Danielle est mort en Algérie. Hantée par ses lettres, elle sombre dans la folie. Son fils, reporter de guerre, se débat avec cet héritage. Un roman brutal écrit dans l’urgence.

304 pages / 17,00 € / EAN : 9782378800246

Jean-Baptiste Naudet : Grand reporter au service international de L’Obs après avoir été journaliste au Monde, Jean-Baptiste Naudet  a couvert une dizaine de conflits, de la Yougoslavie à la Tchétchénie, de l’Irak à l’Afghanistan. Spécialiste de l’Europe de l’Est, des Balkans et du Caucase, il a été correspondant à Bucarest, Zagreb et Moscou.

Il est diplômé en lettres de la Sorbonne, de l’École supérieure de journalisme de Lille et en relations internationales de Sciences Po Paris.  La Blessure  est son premier roman.

Le jour d’avant, Sorj Chalandon

Découvrir l’écriture de Sorj Chalandon avec son roman « le jour d’avant » et se dire qu’il est grand temps de lire tous les autres !

Domi_C_Lire_le_jour_d_avant_sorj_chalandon.jpgQuarante ans après, Michel Flavent est toujours un homme en colère. Son frère est mort tué lors du coup de grisou au fond d’une galerie de la fosse 3, dite Saint-Amé du siège 19 du groupe de Lens-Liévin, il a trouvé la mort avec 42 autres mineurs. Ce 27 décembre 1974, à 6 h 30 du matin, un violent souffle a dévasté la mine, et les hommes qui se trouvaient là ont quasiment tous péri, âgés de vingt-cinq à cinquante-quatre, ils laissent une centaine d’orphelins et de nombreuses familles dévastées. Le jugement définitif a eu lieu  en janvier 1981 a conclu sans ambiguïté aucune, et pour la première fois dans l’histoire de la mine, à la condamnation d’une société exploitante pour faute inexcusable.

Le jour d’avant, les deux frères avaient passé la soirée ensemble, dans l’insouciance et la fraternité. Depuis le drame, le père s’est suicidé, la mère a sombré, et chaque jour Michel Flavent se remémore son malheur. Devenu veuf, celui qui n’a plus rien à perdre décide de se venger pour enfin effacer tous ces tourments ressassés et endurés depuis si longtemps. Il ira frapper au cœur même des responsables de l’accident mortel qui a couté la vie à son frère. Pourtant, il est bien étrange de constater que ce frère n’a jamais été nommé et que personne ne le considère comme l’une des victimes. Mais Michel Flavent est un homme obstiné, qui veut aller au bout, tous les stratagèmes sont bons, louer une maison, se faire passer pour un étranger à la région, entrer en contact avec le principal protagoniste, celui dont il considère qu’il est entièrement fautif, l’approcher, l’amadouer, pour mieux agir…

Ce roman est avant tout prétexte à nous montrer au plus près la vie de ces hommes, de ces familles, dans ces corons du nord exploités par des sociétés minières souvent sans scrupules. L’auteur montre bien la misère, le manque d’éducation, la vie toute tracée au fond du puits, dans les charbonnages qui détruisent la santé de générations d’hommes sans que personne ne s’en inquiète, les veuves et le orphelins à la rue du jour au lendemain, et toute une région qui a vécu longtemps sur des exploitations qui aujourd’hui ne sont plus. Il est porté par une écriture allant crescendo dans l’inquiétude, le désir et la réalisation de la vengeance mais également l’effet de surprise, ce qui en fait assurément un excellent roman.

Ce que j’ai aimé ? Le mensonge instillé peu à peu dans une vie comme un poison mortel, la soif de vengeance qui permet de vivre, de survivre même, jusqu’au moment où elle détruit tout. Mais également la part qui est donnée par l’auteur à toutes ces victimes dont on ne parle jamais, les autres, les perdants, ceux qui restent et doivent vivre avec le manque, le chagrin, la folie, le vide.

J’ai toujours dans ma PAL un roman de Sorj Chalandon qu’il m’avait dédicacé à la foire du livre de Brive… Et, ce n’est pas l’envie qui me manque de le lire, peut-être faut-il juste prendre le temps. Car j’ai aimé son écriture… même si d’aucuns pensent que Le jour d’avant n’est pas emblématique de son écriture, je me suis laissée prendre par cette vie dans les mines du nord de la France.

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Lire aussi la chronique de Virginie du blog Les lectures du mouton et celle de Joëlle du blog Les livres de Joëlle.


Catalogue éditeur :  Grasset

«  Venge-nous de la mine  », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Parution : 16/08/2017 / Pages : 336 / Format : 145 x 205 mm / Prix : 20.90 € / EAN : 9782246813804

Seuls les enfants savent aimer, Cali

Seuls les enfants savent aimer, le premier roman de Cali est un retour vers l’enfance, vers un souvenir prégnant qui a marqué sa vie à jamais, le décès de sa mère.

Domi_C_lire_seuls-les-enfants-savent_aimer_caliAlors qu’il a 6 ans, le jeune Bruno voit sa vie basculer avec la mort de sa mère, une jeune femme de trente-trois ans. Bien sûr, il y avait des semaines qu’elle luttait contre la maladie, qu’elle était partie à l’hôpital, mais elle était revenue à la maison.
« Tu es revenue. Pour partir à jamais. »

Une plaie ouverte qui ne se refermera pas. Il n’a pas été autorisé à accompagner à son enterrement celle qu’il aime par-dessus tout, qui compte tant pour lui, trop jeune, trop fragile. C’est dans une pièce obscure de la maison qu’il va deviner, inventer, la mise en terre, les adieux, pourtant passage quasi obligé pour la plupart des vivants pour arriver à faire son deuil de celui qui part. Un amour filial dont personne dans la famille n’a su prendre la mesure.

Des années après, celui qui s’appelle pour nous tous Cali, va enfin écrire, avec les mots du petit garçon de cette époque, la perte, le chagrin, les évènements qui ont bouleversé son horizon, pendant les mois qui vont suivre le deuil.

Un père qui meurt peu à peu de l’absence et sera plus souvent au café qu’à la maison, une grande sœur qui tente tant bien que mal de pallier au manque en faisant les tâches ménagères de cette mère disparue, la famille qui ne trouve rien de mieux que de détruire toute trace de celle qui est décédée, en brulant tout, scène marquante du roman j’avoue. Puis il y a l’école, Carole, celle qui focalise tous les sentiments de Bruno, son amour sans retour, Alec, le meilleur ami, celui des secrets, des bêtises, des câlins aussi, enfin le départ en colonie, comme une punition suprême, un éloignement de plus du lieu où repose sa mère.

Des souvenirs forts pour l’enfant qui sont tantôt écrits avec le langage du petit garçon, tantôt avec celui du poète, mais qui du coup tiennent également le lecteur à distance de la douleur. Mais sans doute est-ce voulu, pour tenir l’adulte qu’il est devenu également à distance de cette douleur si prégnante et destructrice ? Alors comment dire, il m’a manqué un petit quelque chose pour être emballée, même si j’ai été touchée par ce premier roman d’un homme qui sait jouer avec les mots, y compris pour exprimer le chagrin et la perte, l’incompréhension et la manque.

Mes poings fous tambourinent à la porte de l’église.
Celle de la mort, des enterrements.
« Il est où, Dieu ? »
…. Je dois lui parler seul à seul. Et comprendre
.

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Lire également les chroniques de Nath Le boudoir de Nath, de HCh Dahlem Ma collection de livres,  et de Joëlle Les livres de Joëlle


Catalogue éditeur : le Cherche Midi

Seuls les enfants savent aimer.
Seuls les enfants aperçoivent l’amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.
Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l’amour s’en va.
Seuls les enfants meurent d’amour.
Seuls les enfants jouent leur cœur à chaque instant, à chaque souffle.
À chaque seconde le cœur d’un enfant explose.
Tu me manques à crever, maman.
Jusqu’à quand vas-tu mourir ?

Date de parution : 18/01/2018 / EAN : 9782749156385 / Nombre de page : 188