Soif, Amélie Nothomb

Quand l’auteur se met à la place du Christ pour une dernière nuit de son procès à sa mort sur la croix. Soif, un roman qui bouscule.

Pour éprouver la soif il faut être vivant.

couverture du roman Soif d’Amélie Nothomb photo Domi C Lire

Elle ose tout Amélie, et parfois il faut l’avouer, cela bouscule un peu nos certitudes, nos souvenirs, nos croyances pourquoi pas ! Ici elle ose même un « Je » de circonstance, rendant au Dieu fait homme son enveloppe humaine, ce corps du Christ qui lui fera ressentir les sentiments, les doutes, les peurs, les espoirs.

Alors bien sûr, impossible de spoiler l’intrigue, tout le monde connait déjà la fin. Mais de quelle façon, et par quel miracle va-t-elle nous apprendre quelque chose ?
Car elle se met à la place du Christ, et de son procès avec Ponce Pilate à sa mort par crucifixion, puis pendant cette dernière nuit inventée pour la cause, elle fait parler Jésus, Christ fait homme et venu sur terre pour racheter tous les péchés du monde.

Dans Soif, tous les sujets sont explorés tour à tour, amour, passion, hommes, femmes, Dieu tout puissant ou Dieu fait homme.
Mais avant tout elle montre la difficulté de faire le bien, avec la complainte des miraculés (qui viennent tous expliquer que le miracle a rendu leurs vies plus difficiles, un comble !), l’amour d’un Dieu fait homme pour Madeleine (car comment peut-on parler d’amour sans avoir connu l’amour ultime entre deux êtres humains) et pour Marie sa mère, le aimez-vous les uns les autres, l’ami que tous rejettent et qui finira par vous trahir (on a reconnu Judas bien sûr), et surtout le Aimez-vous les uns les autres comme Dieu vous aime tellement anachronique lorsque l’on accepte de mourir sur la croix pour sauver les hommes, quelle preuve d’amour de Dieu pour les hommes veut-on apporter là ?

Enfin, elle démontre il me semble l’absurdité de la sublimation de la souffrance. Ici Jésus ne l’accepte pas, lui qui a soigné sans faille pendant son existence terrestre, et pourtant cette sublimation est si chère à la religion catholique en général. L’auteur, qui confirme là sa connaissance des évangiles et des textes sacrés, les revisite avec un regard contemporain et parfois une touche d’humour qui interpelle, qui émeut, qui bouscule…

Catalogue éditeur : Albin-Michel

21 Août 2019 / 130mm x 200mm / 162 pages / EAN13 : 9782226443885 / 17.90€

Comme un chant d’espérance. Jean d’Ormesson

eho_dormesson5cJe ne me souvenais pas d’avoir déjà lu Jean d’Ormesson, aussi j’ai été intriguée par ce livre d’à peine 120 pages mais au titre qui sonne comme une invite au lecteur. Même si je ne partage pas cette vision du monde, je ne suis pas déçue par ce court roman.

Dans « Comme un chant d’espérance », l’auteur nous parle du Big Bang et du mur de Planck, du néant  qu’il y avait « avant-notre-monde » et qu’il y a sans doute  « après-notre-mort », de Dieu et des Hommes, de la liberté qu’ils ont d’agir ou d’être. Il nous parle aussi de l’histoire du monde, des nombres et du comique (oui, du comique, pas du cosmique !), du temps et de l’espace, du soleil et de la lumière, de tout ce qu’il aime et de ses réflexions plus intimes, lui qui affirme que « Dieu n’existe pas mais il est. Il n’est rien d’autre que rien – c’est-à-dire tout».

Jean d'Ormeson salon du livre 2015J’ai particulièrement aimé la liste qu’il dresse, comme un chant d’espérance, et qui  démontrerait que Dieu se dissimule dans ce monde qu’il aurait créé.  Il m’a donné envie d’en établir une à mon tour, non pour savoir où se dissimule  un Dieu hypothétique, mais pour mieux réaliser où se cache la beauté du monde et, parfois, des hommes. C’est un roman sur « rien », un roman qui essaie à sa façon de dire le pourquoi, mais c’est avant tout un roman d’optimisme.

Ici, Jean d’Ormesson au salon du livre 2015


Catalogue éditeur

Jean d’Ormesson Comme un chant d’espérance

« J’ai aimé Dieu, qui n’est rien aux yeux des hommes qui ne sont rien. Je n’ai détesté ni les hommes ni les femmes. Et j’ai aimé la vie qui est beaucoup moins que rien, mais qui est tout pour nous. Je chanterai maintenant la beauté de ce monde qui est notre tout fragile, passager, fluctuant et qui est notre seul trésor pour nous autres, pauvres hommes, aveuglés par l’orgueil, condamnés à l’éphémère, emportés dans le temps et dans ce présent éternel qui finira bien, un jour ou l’autre, par s’écrouler à jamais dans le néant de Dieu et dans sa gloire cachée. »
À partir d’une promenade dans nos origines, ce livre raconte l’histoire de l’univers. Sous les traits d’un détective métaphysique, Jean d’Ormesson mène l’enquête et tente avec gaieté de percer ce mystère du rien, c’est-à-dire du tout. Ravissements et surprises sont au rendez-vous de son épatante entreprise.

Roman 128 Pages | 16€ / Paru le 12 juin 2014

ISBN : 978-2-35087-276-6 / AUX ÉDITIONS HÉLOÏSE D’ORMESSON