Partir à la rencontre de Frédéric Couderc

« Je suis une sorte d’anti écrivain voyageur… »

Yonah ou le chant de la mer le dernier roman de Frédéric Couderc est paru juste avant le confinement. Il a donc subi de plein fouet ces deux mois de silence, ni rencontre, ni salon, pour le faire connaître. Mais ce serait dommage de passer à côté de cette belle aventure humaine. Je l’ai beaucoup aimé, vous pouvez d’ailleurs retrouver ma chronique ici, j’espère qu’elle vous donnera envie de le découvrir à votre tour.

Ce qu’en dit l’éditeur : Yonah ou le chant de la mer fait le pari de l’humanité, et révèle à travers l’histoire d’une famille morcelée celle d’un pays où certains gardent encore espoir.

Frédéric Couderc a accepté de répondre à quelques questions à propos de ce roman qui nous entraine à Tel-Aviv et qui m’a totalement séduite.

Comme à chacun de vos romans, avec « Yonah ou le chant de la mer » on voyage dans un pays à travers l’histoire d’un personnage en particulier. Ici, vous nous faites découvrir la vie d’Abie Nathan. Comment l’avez-vous découvert ? Pourquoi avoir eu envie d’en parler ?

Inspiré par les fantastiques séries israéliennes du moment (Fauda, False flag, When heroes fly, Our boys, Nehama…) je cherchais mon sujet du côté de Tel-Aviv, que j’ai fréquenté il y a 20 ans, et qui me semblait incarner ce côté « montagne russe » que je recherche toujours. En fait, je suis une sorte d’anti écrivain voyageur, hostile aux lieux communs de l’exotisme, à une certaine emphase. Je me déplace de telle ville à telle ville pour retrouver des points communs entre les humains, dans le détail montrer des diversités, mais m’attarder sur les fondamentaux : les histoires d’amour, de transmission, de deuil. Si, d’ailleurs, on ne devait trouver qu’un mérite au Covid, c’est celui-ci : on se joue toujours très facilement des frontières.

Qu’est-ce qui vous a le plus attiré, le discours, l’époque, le personnage ?

Abie Nathan est le point de départ, et finalement le prétexte à ce texte. Je ne veux surtout pas être son biographe. On n’est pas du tout dans le biopic, le « d’après une histoire vraie ». C’est un roman et je me moque d’ailleurs un peu de ça en inventant un tournage, une mise en abyme. C’est un livre plus intello qu’il n’y paraît, même si je n’aurais jamais un papier dans Télérama (rires). Je n’ai pas la carte à Saint-Germain-des-Près.

Israël, pays de contradictions, de conflits, avez-vous eu besoin d’y aller pour écrire ce roman ?

Oui, bien sûr,  j’ai passé un long séjour à Tel-Aviv. Mais je ne prétends pas écrire sur Israël. Mon truc, c’est de choisir des villes en toile de fond. Pas des pays. Si Gaza se situe à quelques minutes de roquettes, Tel-Aviv n’est absolument pas une ville de conflits, au contraire, enfin, il faut lire le roman pour comprendre…

J’ai trouvé intéressante l’approche des religieux intégristes juifs, qui démontre si besoin était que l’intégrisme est présent dans chacune des grandes religions, et ses dégâts évident sur une société, sur les jeunes. Est-ce un message que vous vouliez aussi faire passer ?

Oui, j’ai visité le quartier de Mea Shearim à l’âge de 20 ans, et à l’époque les ultraorthodoxes, bien qu’ils brûlaient déjà des salles de cinéma, conservaient une forme de bienveillance dans le regard des visiteurs. Je reviens à ce romantisme, cet exotisme, qui me paraît assez dangereux. Zeev, mon héros, ne les supporte pas. L’instinct chez lui se mêle toujours à une obsession : lutter contre la loi du plus fort. Chez les ultraorthodoxes se sont les femmes et les enfants qui sont broyés.

On aime cette famille, ce couple atypique et ses deux enfants très différents. Le fait qu’ils soient aussi différents, pensez-vous que ce soit le propre de toutes les familles ? Et la complexité de les laisser vivre leur vie, alors qu’on voudrait tant leur montrer le chemin peut-être ?

Il y a dès le début cette citation de Zeruya Shalev, elle est un fil rouge au roman : je crois, oui, qu’il s’agit toujours de donner et redonner vie à nos enfants.  C’est un roman familial, comme on dit. Clairement Abie, l’activiste, est un monstre d’égoïsme chez moi, c’est bien joli de se battre pour la paix dans le monde, mais si on n’est même pas capable de se déployer pour les siens, de trouver en soi cette générosité, c’est une existence plutôt ratée je trouve… Mais là encore tout est encore dans le sous-texte. Puisqu’on parle de série, je ne vais pas me spoiler quand même… Je pense que les personnages sont assez solides, mais l’intrigue est travaillée aussi je trouve. 

Il m’a semblé, contrairement aux deux romans précédents, que la relation mise en avant est moins celle du couple que celle des parents avec leurs enfants et en particulier du père, d’abord avec son fils, puis avec sa fille Yonah.

Le roman est dédicacé à ma petite Violette. J’ai quatre enfants, c’est naturellement la chose la plus importante dans mon existence, l’aventure ultime que ça représente, avec la femme de ma vie, c’est bien plus fort, naturellement, et bien plus difficile aussi, que d’écrire un texte, faire un film. Excepté quelques génies, je suis toujours un peu gêné par celles et ceux qui placent leur « œuvre » devant tout, c’est plutôt du pur égoïsme, non ?

Pour vous, être père, est-ce naturel, une évidence, ou au contraire faut-il s’y préparer ?

Ah, les trois ! Mais surtout une réinvention permanente. Ce que fait Zeev pour Rafael, puis Yonah, dans le roman, donne la clef…

Quel message aimeriez-vous que l’on retienne de ce roman s’il ne devait y en avoir qu’un ?

Les failles et tout l’amour de la famille Stein, surtout ! Mais aussi la dimension intime du conflit israélo palestinien. Ni sioniste, ni pro-palestinien, je laisse le lecteur choisir finalement… 

Avez-vous aimé un livre en particulier pendant ces semaines confinées d’une vie comme entre parenthèse ?

J’ai détesté chaque minute de ce confinement, les réactions de la plupart de mes contemporains, sinon François Sureau et André Comte Sponville qui ont clairement énoncé mes ruminations rageuses. Écrire, c’est une réclusion volontaire, pour éprouver la plus grande liberté possible, écouter les tambours du monde. Kessel est mon modèle, imaginez-le remplir une attestation dérogatoire pour sortir à un kilomètre de chez lui ! Ma littérature est celle du contact social, du « toucher », avec Adbdennour Bidar je pense qu’en voulant sauver la vie nous l’avons dans le même temps coupée de tous les liens qui la nourrissent. Nous avons cessé d’exister pour rester en vie. Mon héros Zeev aurait été furieux. Sa femme Hélène plus mesurée. Yonah aussi et Rafael à deux doigts de péter les plombs. C’était un peu pareil chez moi… J’ajoute enfin que je ne comprends même pas ce discours « feel good book » autour d’un retour sur soi, d’une parenthèse enchantée avant un « monde d’après ». La vérité, c’est que la plupart des écrivains sont anéantis, effondrés, prêts à mettre la clef sous la porte.  

– Quel conseil de lecture aimeriez-vous nous donner ?

Pour rester à Tel-Aviv, et rire, toute l’œuvre d’Etgar Keret.

Un grand merci Frédéric pour vos réponses.

C’est toujours un grand plaisir de lire les romans de Frédéric Couderc, à votre tour de découvrir celui-ci, disponible dans toutes nos librairies. Et pour aller plus loin, Etgar Keret est publié chez Actes-Sud

Retrouvez mes chroniques de Yonah ou le chant de la mer, Le jour se lève et ce n’est pas le tien et Aucune pierre ne brise la nuit. Et du roman jeunesse Je n’ai pas trahi. Ainsi que l’entretien avec Frédéric Couderc lors de la parution du roman Aucune pierre ne brise la nuit.

Le dernier des Dulac, François Antelme

Embarquez pour l’Ile Maurice avec cette formidable saga familiale

Île Maurice, en 1928, le 25 novembre marque la naissance de Marc Dulac, le dernier né d’une famille de grands blancs installée à Chambord, cette demeure majestueuse construite par Eugène pour y abriter son bonheur avec son épouse Bérengère et sa famille. Mais si l’enfant se porte bien, Bérengère décède quelques heures après la naissance. Cette perte irréparable sera toujours comme une barrière infranchissable entre le père et son fils.

Toute la première partie du roman est axée sur l’histoire de l’île Maurice au travers de celle d’Eugène Dulac. Depuis l’ancêtre Augustin du Lac, arrivé deux siècles auparavant. Puis la façon dont les colons blancs ont géré cette ile, leur politique, et l’intégration des deux cultures dans la société mauricienne. Enfin, avec la vie des Dulac à partir des années 20. Et les bouleversements économiques et politiques sur l’ile, avec la fin des colonies et l’indépendance.

L’on y découvre la vie de chaque membre de la famille, le deuil impossible du père à la disparition de Bérengère, André le frère ainé si brillant engagé dans la Royal Air Force pendant la seconde guerre mondiale, la folie et la santé défaillante de la jeune sœur après le décès de sa mère puis de son frère adoré. Enfin, Marc, le petit dernier, celui par qui le malheur est arrivé et qui porte sur ses épaules sans le savoir et sans pouvoir s’en défaire, tout le chagrin et le deuil de la famille. Secrets, déceptions, douleur, chagrins, folie, le lecteur comprend peu à peu tout le mal qui est fait à chacun avec ces non-dits, ces silences, qui détruisent l’harmonie entre Eugène et Marc. Jusqu’à la fuite.

La seconde partie se situe en 1989 à Paris et à Maurice. Se déroule alors une autre partie de la saga des Dulac, plus contemporaine mais tout aussi désespérée. Le narrateur Amaury Deveyne, journaliste, rencontre à l’hôpital à Paris un homme qui doit être Marc. Marc qui par une pirouette que l’on comprendra plus tard est toujours vivant au bout du monde, Marc et la difficulté d’exister quand on porte le poids d’une disparition, celle d’une mère idéalisée par tous et que l’on a jamais connue. Marc et le dialogue impossible avec le père, toujours à la recherche de son identité au risque de s’inventer des vies plus douloureuses que salvatrices. Marc malade dont la fin est proche et qui demande à Deveyne de prendre des nouvelles d’une femme restée là-bas, à Maurice.

J’ai suivi avec grand plaisir les aventures et les destinées de la famille Dulac. L’auteur distille avec finesse et une certaine tendresse mêlée de nostalgie la vie de toute une époque, ce siècle qui a vu les fortunes des grands blancs, mais aussi avec réalisme lorsqu’il décrit la vie économique et sociale, les difficiles relations entre blancs et natifs, les différences sociales qui en découlent. L’écriture est intéressante, la finesse des descriptions, les personnages avec leurs faiblesses et leurs contradictions sont attachants et bouleversants. C’est un plaisir, malgré leurs douleurs, de découvrir l’ile, la nature, de se promener sous les jacarandas en fleurs, et de mieux en comprendre l’histoire tout au long du 20ème siècle.
Roman de vie et d’amour, de vengeance et de désespoir, idéal pour tous ceux qui aiment s’évader et découvrir de nouveaux horizons. N’hésitez pas à le découvrir.

Vous aimez l’ile Maurice ? Découvrez avec Rivages de la colère, une histoire passionnante et bouleversante, celle des habitants des Chagos

Catalogue éditeur : Slatkine & Cie

Île Maurice, fin des années 1920. La Seconde Guerre mondiale s’apprête à sonner le glas de la suprématie occidentale. Marc, le dernier fils des Dulac, voit le jour en 1928, dans la magnifique résidence familiale des hauts plateaux. Devenu jeune homme, persuadé qu’on lui a caché la vérité sur sa naissance, il ne parvient pas à trouver sa place au sein de son illustre famille. Abandonnant derrière lui l’existence dorée qui lui était promise sur l’île, sa quête le conduira à une longue errance en France. Mais trouve-t-on jamais la vérité ?
Formidable chronique d’une communauté et d’une époque révolue, Le Dernier des Dulac s’impose comme une saga inoubliable, mêlant avec brio l’intime et le politique.

Paru le 7 novembre 2019 / 280 pages/ Prix : 19 € / ISBN : 978-2-88944-128-0

Yonah ou le chant de la mer, Frédéric Couderc

Une famille emportée par le vent de l’Histoire, un roman incontournable sur la paternité et l’amour

A Tel-Aviv, Zeev Stein, célèbre avocat, forme avec son épouse Hélène un couple emblématique. Ils fêtent leurs quarante ans de mariage dans leur somptueuse maison au style Bauhaus typique de la Ville Blanche. Ce soir-là, Yonah, leur fille est présente, ainsi que toute l’équipe du film qui se tourne autour d’Abie Nathan, ce pacifiste décédé en 2008 à 84 ans. Zeev, qui l’a bien connu, est le conseiller d’Eytan Lansky, le cinéaste qui tourne ce biopic avec dans le rôle-titre le sémillant Orlando Dito Beck. Abie Nathan également connu pour avoir ancré le Voice of Peace au large d’Israël, ce bateau sur lequel il avait installé une radio-pirate qui diffusait jusqu’à Beyrouth et Le Caire, et dont le mot d’ordre était From somewhere in the mediteranean, peace, love and good music. Mais connu aussi pour avoir voulu échanger, parler et négocier avec les palestiniens, une intention sacrilège à l’époque en Israël.

Zeev et Hélène ont deux enfants, Yonah et Raphaël. On comprend rapidement que l’un des deux a disparu, ou du moins n’est plus présent dans la famille. Raphaël est un jeune homme révolté, sa soif d’idéal et une brouille avec son père l’ont entrainé vers les religieux intégriste israélites. Il vit à Jérusalem dans le quartier de Mea Shearim. Là, il a adopté leur mode de vie archaïque et radical, priant la thora du matin au soir, parlant Yiddish, adoptant la tenue noire traditionnelle, acceptant la femme qu’on lui a assignée comme épouse, il est déjà père de trois enfants. Raphaël, que Zeev voudrait tant faire revenir à la vie, et dans la famille. Et Yonah la belle, colombe de la paix, la fille chérie, qui travaille au muséum d’histoire naturelle, mais sa mission est délicate en Israël, ce pays où il n’est pas question de faire la moindre découverte qui pourrait remettre en question l’ordre du monde établi par les Textes. La famille se retrouve, mais ils ne seront pas maitres de leur avenir, tributaires de circonstances aussi malheureuses que complexes. Car le tournage ne sera pas aussi idyllique que prévu et l’enchaînement d’impondérables va remettre en cause l’équilibre familial.

L’auteur sait mêler habilement la grande Histoire, ici le conflit israélo-palestinien à travers l’expérience d’Abie Nathan et des différents protagonistes, et sa liberté de l’écrivain. Si les relations familiales sont parfois houleuses, en particulier pour le couple Zeev-Hélène, les relations parents-enfants sont primordiales et émouvantes, tant avec Raphaël que Yonah, qui prend ici toute sa place. En effet, tout au long du roman la relation à la paternité est à la fois magnifique et bouleversante.

J’ai particulièrement aimé, une fois de plus, ce savant dosage entre la réalité historique d’un pays que je découvre en partie à travers les faits évoqués, et la façon de les intégrer dans une intrigue romanesque à souhait. L’Histoire récente d’Israël, mais aussi les spécificités des juifs orthodoxes, aussi intégristes que peuvent l’être tous religieux radicalisés. Et enfin l’amour, toujours présent avec les conflits, les rapprochements, la filiation et le couple, tout est là pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Lire ici mon entretien avec Frédéric Couderc, qui nous parle de ce roman, mais pas seulement.

Du même auteur, retrouvez mes chroniques des romans précédents : Le jour se lève et ce n’est pas le tien et Aucune pierre ne brise la nuit. Mais aussi ma chronique d’un roman jeunesse Je n’ai pas trahi. Ainsi que l’entretien qu’il a bien voulu m’accorder lors de la parution du roman Aucune pierre ne brise la nuit.

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

À Tel-Aviv, une équipe de cinéma hollywoodienne tourne un biopic sur Abie Nathan, militant pacifiste tombé dans l’oubli. Parmi ses hauts faits, le Voice of Peace, une radio-pirate ancrée au large d’Israël dont les millions d’auditeurs se comptaient de Beyrouth jusqu’au Caire. C’est auprès du meilleur ami d’Abie, Zeev Stein, que le réalisateur prend conseil. Ce brillant avocat des droits civils, proche du camp de la paix, forme avec Hélène un couple iconique de la vie telavivienne. Leur fille, Yonah, tente de trouver sa place dans leur ombre. Mais la vie des Stein, lézardée par des blessures intimes, bascule quand la star du film disparaît… à Gaza.
Yonah ou le chant de la mer fait le pari de l’humanité, et révèle à travers l’histoire d’une famille morcelée celle d’un pays où certains gardent encore espoir.

Frédéric Couderc est un écrivain voyageur. À chacun de ses romans, il part vivre dans le pays qui abrite son intrigue pour être au plus près de son sujet. Il est l’auteur d’Un été blanc et noir (Prix du roman populaire 2013), Le jour se lève et ce n’est pas le tien et Aucune pierre ne brise la nuit.

Date de parution : 05/03/2020 / EAN : 9782350875484/ Pages : 320 / Format : 14 x 205 mm / Prix : 20.00 €

Vanda, Marion Brunet

Vanda, un roman qui happe ses lecteurs. Un drame contemporain au pays de l’amour fou

On y découvre l’amour absolu et possessif d’une mère pour son fils de six ans, son petit bulot qu’elle couve comme une louve.

A Marseille, Vanda subsiste en faisant le ménage à l’hôpital psychiatrique, avec un contrat précaire. Celle qui a eu plus jeune des rêves d’artiste vit aujourd’hui en marge de la société dans un cabanon sur la plage. Cette jeune femme aux tatouages fleuris élève tant bien que mal, mais avec une énorme tendresse, l’amour de sa vie, sa passion, son fils Noé. Bien sûr dans la vie de Vanda il y a aussi les sorties, un peu d’alcool, les hommes de temps en temps et un peu de drogue, mais surtout une grande précarité.

Jusqu’au jour où Simon revient au pays pour l’enterrement de sa mère. Simon qu’elle avait quitté sept ans plus tôt et qui découvre ce fils dont il ne soupçonnait même pas l’existence. Aujourd’hui, Simon est en couple avec Chloé, et justement, cette dernière ne veut pas d’enfant, malgré les tentatives de Simon. Alors ce petit tombé du ciel est un miracle pour ce le papa tout neuf se sent une âme de protecteur, de papa poule. Au grand dam de Vanda la louve, fusionnelle avec son bébé, son petit bulot, qu’elle abrite dans le creux ses bras, sur son cœur, et qu’elle ne laisserait partir pour rien au monde.

Alors nous suivons alternativement Vanda, dans ses souvenirs et dans sa vie avec son Bulot, puis Simon, ses souvenirs, ses regrets et la façon dont il va se projeter dans ce rôle de père tellement inespéré, pour lequel il pourrait peut-être changer de vie.

La suite ? Pour la connaître il faut lire ce roman émouvant et débordant d’un amour exclusif et dévastateur. Roman qui dit l’amour, la complexité du quotidien pour ces marginaux qui n’ont pas toujours choisi de l’être, la différence de vie des classes sociales qui se côtoient sans se rapprocher vraiment. Roman qui dit les combats et les rêves de vie meilleure, mais aussi l’amour d’une mère qui fait tout ce qu’elle peut pour son enfant.  

Nerveuse, rythmé, réduite au strict minimum, l’écriture est adaptée aux moments, au milieu social, aux différents protagonistes. Ce double langage à un impact fort sur le lecteur. L’auteur place son roman dans une actualité brulante, manifestations de gilets jaunes, violences policières fantasmées ou pas, précarité, chômage, difficulté du milieu hospitalier avec son manque cruel de personnel, solitude. Mais l’auteur aborde aussi avec le personnage de Chloé la situation d’une femme qui ne veut pas d’enfants, et la façon dont la société a du mal à accepter ce choix, comme si c’était un monstre d’égoïsme, lui niant le droit à déterminer sa vie de femme. Un drame contemporain au pays de l’amour fou.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Personne ne connaît vraiment Vanda, cette fille un peu paumée qui vit seule avec son fils Noé dans un cabanon au bord de l’eau, en marge de la ville. Une dizaine d’année plus tôt elle se rêvait artiste, mais elle est devenue femme de ménage en hôpital psychiatrique. Entre Vanda et son gamin de six ans, qu’elle protège comme une louve, couve un amour fou qui exclut tout compromis. Alors quand Simon, le père de l’enfant, fait soudain irruption dans leur vie après sept ans d’absence, l’univers instable que Vanda s’est construit vacille. Et la rage qu’elle retient menace d’exploser.

Marion Brunet a 43 ans et vit actuellement à Marseille. Après des études de Lettres, elle a travaillé comme éducatrice spécialisée dans différents secteurs, notamment en psychiatrie. Reconnue pour ses romans « young adults » (Dans le désordre, 2016 ; Sans foi ni loi, 2019), elle a été fortement remarquée avec la parution aux éditions Albin Michel de L’été circulaire, Grand Prix de littérature policière 2018 et Prix des libraires du Livre de Poche 2019.

18.00 € / 26 Février 2020 / 140mm x 205mm / 240 pages / EAN13 : 9782226449573

LaRose, Louise Erdrich

Un roman qui entraine le lecteur au cœur des traditions des indiens d’Amérique du Nord

Dakota du Nord, en 1999 dans la réserve des indiens ojibwé. Landreaux est à l’affut, il traque le grand cerf, tire, et tue le fils de son voisin. Comment peut-on survire à une horreur pareille ? Tant du côté de la famille de Landreaux que de celle qui a perdu un fils, Peter et Nola, ou un frère, Maggie.

Dans ce roman, Louise Erdirch invoque les traditions et les valeurs séculaires des indiens, et une ancienne coutume qui veut que l’on donne son plus jeune fils pour réparer sa faute. LaRose est donc offert en pardon aux Ravich. Cet enfant a le prénom de celui qui sait, qui voit, qui sent la présence de ceux qui ont rejoint les grandes plaines, ce prénom de guérisseur porté par des générations de femmes avant lui, dans la famille de sa mère Emmaline. Il est le lien entre les ascendants et la famille d’Emmaline, entre le passé et le présent, entre le naturel et le surnaturel. Il est aussi le lien entre les deux familles et le seul capable d’atténuer les blessures causées des deux côtés par ce drame pourtant irréparable.

A travers lui et la vie de ceux qui l’ont précédé, l’intrigue court sur plusieurs générations. Car dès 1839, la première LaRose est vendue par sa mère Vison à Wolfred, un employé du magasin Mackinnon. C’est une enfant unique, brillante, belle, une magicienne qui communique avec les esprits des ancêtres. Le lecteur va suivre son étrange parcours de loin en loin et comprendre grâce à elle la spécificité de cette lignée de LaRose.  

Avec une écriture dense, des personnages à foison, de nombreux retours en arrière, et plusieurs histoires en parallèle, Louise Erdrich fait vivre ces indiens d’Amérique qu’elle connait bien. Ceux d’hier et d’aujourd’hui, ces hommes et ces femmes dépossédés de leurs traditions. Parqués dans des réserves, avec interdiction de parler leur langue, de continuer à revêtir leurs tenues traditionnelles, de chausser les mocassins brodés et de porter les cheveux longs. Tout au long du roman, on ressent bien l’errance et le désespoir d’hommes qui se perdent dans l’alcool et l’inactivité, qui utilisent avec maestria le moindre médicament, psychotrope ou opiacé, pour compenser les drogues qu’ils ne peuvent pas se payer. Étonnante incursion également dans le mal qui a pu être fait par les médecins ou religieux à une époque, de ceux qui exhibaient ou étudiaient les corps des indigènes comme de simples curiosités scientifiques.

L’analyse des sentiments et des personnalités des deux mères – Emmaline et Nola- et de la grand-mère laRose, mais aussi des différentes fratries, et enfin des pères –Landreaux, Peter mais aussi Romeo- est très intéressante et finement restituée dans toute sa singularité.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, éditions Albin-Michel

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez.

Dakota du Nord, 1999. Le ciel, d’un gris acier, recouvre les champs nus d’un linceul. Ici, des coutumes immémoriales marquent le passage des saisons, et c’est la chasse au cerf qui annonce l’entrée dans l’automne. Landreaux Iron, un Indien Ojibwé, vise et tire. Et tandis que l’animal continue de courir sous ses yeux, un enfant s’effondre. Dusty, le fils de son ami et voisin Peter Ravich, avait cinq ans.
Ainsi débute le nouveau roman de Louise Erdrich, qui vient clore de façon magistrale le cycle initié avec La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent. L’auteure continue d’y explorer le poids du passé, de l’héritage culturel, et la notion de justice. Car pour réparer son geste, Landreaux choisira d’observer une ancienne coutume en vertu de laquelle il doit donner LaRose, son plus jeune fils, aux parents en deuil. Une terrible décision dont Louise Erdrich, mêlant passé et présent, imagine avec brio les multiples conséquences.

Louise Erdrich est née en 1954 dans le Minnesota. D’origine germano-américaine et amérindienne, elle est l’une des grandes voix de la nouvelle littérature indienne d’outre-Atlantique. Auteure de La Chorale des maîtres bouchers, de Love Medicine ou encore de Ce qui a dévoré nos cœurs, son écriture a les accents de William Faulkner et Toni Morrison. Récompensée par de nombreux prix littéraires, elle a été distinguée en 2012 par le prestigieux National Book Award et, en 2015, par le Library of Congress Award. 

Le Livre de Poche 576 pages / Date de parution : 30/10/2019 / EAN : 9782253240631 / Prix 8,70€

Albin-Michel prix 24.00 € / 17 Janvier 2018 / 140mm x 205mm / 528 pages / EAN13 : 9782226325983

Le secret Hemingway, Brigitte Kernel

L’histoire méconnue de Grégory Gloria Hemingway, ou le secret Hemingway dévoilé avec pudeur et délicatesse par Brigitte Kernel

L’auteur présente avec beaucoup de réalisme et de délicatesse l’histoire du troisième fils du grand Ernest Hemingway, explicitant si besoin était la difficulté d’être soi et en même temps le fils de ce monstre de la littérature, coureur de jupons, ancien soldat, pêcheur au gros et compétiteur hors pair dans cette catégorie, entre autre, cette force de la nature adulée par les femmes et par ses  nombreux admirateurs, cet écrivain lauréat de tant de prix…

Celui qui s’appelait Gregory, marié trois fois, père de huit enfants et qui deviendra Gloria.

Si dans la lignée des Hemingway alcool et dépression, mais aussi pulsions suicidaires sont un fil rouge, Gregory/Gloria n’y coupera pas, et à tout cela s’ajoute cette difficulté à être lui ou elle, et à choisir puis assumer sa différence. Comment devient-on soi-même lorsque l’on a un père aussi célèbre ?  Mais aussi une vie multiple, des rêves et des désespoirs, celui d’avoir comme il lui a dit tant de fois, tué sa mère, tué son père, et de n’avoir pas pu finalement tuer plus tôt cet homme qui était dans son corps mais qu’il ne voulait pas être, qu’il ne pouvait pas être au plus profond de lui.

Habillé en fille jusqu’à l’âge de sept ans, attendu par son père comme une fille qui viendrait éclairer ses jours, a-t-il était totalement troublé par cette relation ou est-il réellement né dans le mauvais corps ? Si on peut se poser la question, c’est qu’il se l’est peut-être parfois posée. Pourtant il se sentait fille ce petit garçon appelé Gigi par son père, mais que celui-ci va emmener à la pêche, et faire des sports très masculins pour l’aguerrir. Il devient médecin et a fait médecine pour comprendre comment et pourquoi sa mère est morte.  Mais aussi pour savoir puis être en mesure de prendre des hormones et se traiter seul avant même de pouvoir imaginer se faire opérer pour réaliser et assumer son besoin d’être femme. Car il ne le fera qu’à 60 ans passés, soucieux de sa femme et de ses enfants, et son opération n’est même pas terminée lorsqu’il décède à la prison de femmes de Miami en 2001.

Lecture bouleversante que celle de ce roman qui nous interroge à la fois sur la famille, l’amour entre un père et son fils, l’amour dans le couple, mais aussi sur le genre et la difficulté d’être soi dans le corps d’un autre. C’est une véritable découverte. J’aime cette façon d’écrire, cette capacité qu’à l’auteur de se mettre à la place d’un personnage réel mais si romanesque en même temps. Alors oui, j’ai écouté Gloria me parler de Gregory et de sa famille avec beaucoup d’émotion, j’ai essayé de le comprendre et j’ai aimé les mots et l’écriture de Brigitte Kernel qui le fait revivre le temps de ce beau roman.

Catalogue éditeur : Flammarion

Ils ont dit que j’avais tué ma mère.
Puis ils ont dit que j’avais tué mon père.
Enfin, ils ont dit que chez nous, les Hemingway, de génération en génération, tout le monde se tuait.

Ce roman est une histoire vraie, celle de Gloria, née Gregory Hemingway (1931-2001).

Paru le 08/01/2020 / 320 pages / 137 x 210 mm / Prix : 19,00 € / ISBN : 9782081471894

Il est juste que les forts soient frappés, Thibault Bérard

Quand la réalité dépasse la fiction et qu’une expérience douloureuse devient un sublime témoignage de vie et d’amour, un roman à découvrir absolument

Ce livre est un véritable concentré d’émotion. Triste, étonnant, vivant, il parle de maladie et de passion, de mort et de naissance, d’accouchement et de scanner, de vacances et de chambre d’hôpital.

C’est le roman de Sarah, l’amoureuse de Théo, la maman de Simon et Camille, Sarah, morte à 42 ans d’un cancer. Elle nous parle de lui, d’elle, d’eux, de ses petits aussi, elle nous parle depuis cet au-delà que l’on n’imagine pas, ces limbes dans lesquelles errent ces morts que l’on a tant aimé et que par la force de nos pensées, on ne peut pas laisser partir vers cet ailleurs inconnu et mystérieusement angoissant.

Lorsque Sarah et Théo se rencontrent, la relation semble improbable entre ce jeune homme et cette punkette contestataire plus âgée que lui. Pourtant, très vite, entre le Moineau et le Lutin, c’est l’amour fou, léger, romantique, puissant. Les petits bonheurs de chaque jour, l’avenir qui leur sourit. Mais c’est compter sans la fatalité, sans cette maladie qui vient leur couper les ailes, ce cancer violent et dévastateur qui s’invite pendant la seconde grossesse de Sarah. Ce sera aussi la lutte, l’énergie du désespoir pour gagner des jours, des mois, des heures, face à ce crabe qui ne lâche rien. Car de couple heureux, lutin et Moineau deviennent un couple extra-ordinaire dans tout ce que cela représente, devenir des super-héros pour se battes, gagner contre la maladie, se soutenir l’un l’autre, lutter ensemble dans cette épreuve qui les soude mais qui peut aussi les détruire tant c’est difficile.

Ah, me direz-vous alors, ce roman est triste, démoralisant, etc. Mais non, en fait, malgré la mort inéluctable, malgré la lutte contre la maladie, la tristesse, le chagrin, voilà un livre particulièrement lumineux. Il a tout pour lui ce premier roman, l’amour, la gaité, la joie même, le couple, les enfants, l’espoir, le chagrin, la tristesse, la fin inéluctable. Et à chaque page éclate la vie, celle des enfants, celle d’avant et celle d’après, qu’il faudra vivre car on continue, car le soleil se lève encore et que chaque jour apporte son lot de satisfactions même au milieu de tant de souffrance. Et bien sûr, on ne peut qu’être bouleversés par cet émouvant message que l’auteur adresse ici à ses enfants, lui qui a vécu de l’intérieur tout ce que nous raconte sa Sarah.

Bien sûr il y a aussi ces moments douloureux à l’extrême, surtout oserais-je dire lorsque l’on a soi-même accompagné quelqu’un aux frontières de la mort, lors de ce passage parfois si délicat. Ici les scènes terriblement humaines et réalistes portent une souffrance et une vérité parfois difficile à lire, mais les mots de l’auteur et la voix de Sarah qui évoque son propre départ, subliment en quelque sorte ce moment-là. Et si Thibault Bérard avait raison, s’il fallait laisser partir ceux que l’on a tant aimés, pour qu’ils puissent enfin atteindre la sérénité dans cet au-delà inconcevable.

Lisez, osez, et sachez qu’on ne sort pas indemne de cette lecture. On voit la vie autrement, les instants à savourer, les enfants à aimer, les plaisirs et même les contrariétés à apprécier à leur juste valeur, légère, profonde, amicale ou désespérée. Mais si j’en retiens une chose, c’est bien qu’il faut prendre la réelle mesure de ces mots que l’on entend souvent : vivons chaque jour comme si c’était le dernier…parce que le bonheur, c’est ici et maintenant.

Catalogue éditeur : Editions de l’observatoire

Lorsque Sarah rencontre Théo, c’est un choc amoureux. Elle, l’écorchée vive, la punkette qui ne s’autorisait ni le romantisme ni la légèreté, se plaisant à prédire que la Faucheuse la rappellerait avant ses 40 ans, va se laisser convaincre de son droit au bonheur par ce fou de Capra et de Fellini.

Dans le tintamarre joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions naît Simon. Puis, Sarah tombe enceinte d’une petite fille. Mais très vite, comme si leur bonheur avait provoqué la colère de l’univers, à l’euphorie de cette grossesse se substituent la peur et l’incertitude tandis que les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. Chaque minute compte pour la sauver
Le couple se lance alors à corps perdu dans un long combat, refusant de sombrer dans le désespoir.
Un récit d’une légèreté et d’une grâce bouleversantes, entre rire et larmes, dont on ressort empreint de gratitude devant la puissance redoutable du bonheur.

Nombre de pages : 304 / ISBN : 979-10-329-0881-5 / Format 14 x 20 cm / Parution : 08/01/2020

Eden, Monica Sabolo

Quel est donc ce paradis perdu, cet Eden dont parle Monica Sabolo ? Ce conte moderne, teinté de roman noir, est superbement lu par Nancy Philippot

Eden, le dernier roman de Monica Sabolo se déroule dans une réserve, celle d’amérindiens qui ne sont jamais expressément nommés. Ce territoire pourrait être réel mais il n’est qu’imaginaire et se situe dans cette zone d’ombre où chaque année un grand nombre de jeunes filles disparaissent sans que personne ne s’en émeuve. En tout cas sans que la police ne cherche vraiment à comprendre et à trouver des coupables.

Là vivent les adolescents autochtones. Dans cet univers clos nous suivons les trois personnages féminin principaux, Nita, la narratrice, Kishi sa meilleure amie et Lucy la blonde. Cette dernière arrive de la capitale avec son père, un homme austère qui applique scrupuleusement les préceptes religieux les plus stricts, elle sera aussi la première victime…. A leur côtés, trois jeunes hommes, encore adolescents mais déjà si maladroits, Scott, Conrad et Awan.

Le bar du coin porte bien son nom, c’est le « Hollywood ». Il a une bien mauvaise réputation dans ce territoire de nature, d’animaux et de forêts. Cinq femmes en sont l’âme et le cœur : Baby, Grâce, Diane, Eli et Ehawee. Les hommes que l’on croise le soir au Hollywood travaillent presque tous à l’exploitation forestière, détruisant la forêt, ce domaine magique des autochtones, dans lequel les locaux vont puiser leur force et alimenter leurs croyances animistes.

Un jour, Lucy disparait, elle ne réapparaitra que quelques jours plus tard, prostrée, blessée, mutique, ayant manifestement été violée. Autour d’elle et dans l’attente de son rétablissement, les jeunes de la réserve vont se dévoiler peu à peu, se découvrir et évoluer chacun à sa façon.

j’ai particulièrement aimé ces descriptions féeriques, magiques, réalistes, poétiques, dans cet univers clos qu’est ici la forêt dans ce qu’elle a de plus mystérieux. La forêt comme personnage à part entière, prépondérant même, puis les arbres, le lac, la chouette Beyoncé, chaque élément de la nature prend ici une place importante.

Mocica Sabolo a l’art des images, avec son vocabulaire et ses phrases magiques qui emportent ses lecteurs, vivantes, descriptives, poétiques, surnaturelles parfois. Ici, dans la version lue par Nancy Philippot pour Audiolib, c’est certainement encore plus flagrant, car les voix nous emportent et nous font découvrir la forêt obscure et mystérieuse, le lac et ses croix blanches, la clairière sombre et dangereuse, la chouette qui vient parler à l’oreille attentive de Kishi, les filles du Hollywood qui perpétuent les traditions indiennes en relation étroite avec la forêt, la nature, pour s’y fondre et s’y confondre, imitant les pas des animaux, les bruits des feuilles ou des branchages, les chants et les cris des oiseaux.

Mais elle doit aussi avoir une âme d’adolescente pour aussi bien transcrire leurs émois, leurs craintes et leurs espoirs, leurs attentes et leurs illusions parfois perdues avec autant de finesse et de véracité, les rendant aussi bouleversants que déconcertants.

Bravo à cette version audio, c’était un vrai bonheur de retrouver la voix de Nancy Philippot et d’embarquer dans cette histoire qui pose d’avantage questions qu’elle n’en a l’air. Et comme c’est souvent le cas, se laisser porter par l’écriture poétique et ciselée de Monica Sabolo.

Catalogue éditeur : Audiolib, Gallimard

« Un esprit de la forêt. Voilà ce qu’elle avait vu. Elle le répéterait, encore et encore, à tous ceux qui l’interrogeaient, au père de Lucy, à la police, aux habitants de la réserve. Quand on lui demandait, avec douceur, puis d’une voix de plus en plus tendue, pressante, s’il ne s’agissait pas plutôt de Lucy – Lucy, quinze ans, blonde, un mètre soixante-cinq, short en jean, disparue depuis deux jours –, quand on lui demandait si elle n’avait pas vu Lucy, elle répondait en secouant la tête : « Non, non, c’était un esprit, l’esprit de la forêt. » »

Dans une région reculée du monde, à la lisière d’une forêt menacée de destruction, grandit Nita, qui rêve d’ailleurs. Jusqu’au jour où elle croise Lucy, une jeune fille venue de la ville. Solitaire, aimantant malgré elle les garçons du lycée, celle-ci s’aventure dans les bois et y découvre des choses, des choses dangereuses…
La faute, le châtiment et le lien aux origines sont au cœur de ce roman envoûtant sur l’adolescence et ses métamorphoses. Éden, ou le miroir du paradis perdu.

Date de parution : 15 Janvier 2020 / Durée : 6h13 / Prix public conseillé: 21.50 € Livre audio 1 CD MP3/ EAN Physique : 9791035402037

Prix public conseillé : 19.45 € / EAN numérique : 9791035401788

Attendre un fantôme, Stéphanie Kalfon

Quand on vous vole la mort de l’être aimé, comment faire son deuil ? Attendre un fantôme, le deuxième roman de Stéphanie Kalfon explore les relations familiales ambiguës

J’avais aimé le premier roman de Stéphanie Kalfon qui faisait revivre Erik Satie avec vivacité ce précurseur au génie incompris. J’attendais donc avec impatience le deuxième romande l’auteur.

Ici, point de personnage historique emprunté au réel, la fiction suffit à poser le sujet. Kate, une jeune femme de dix-neuf ans rentre de vacances à Marbella. Elle avait décidé de couper tout contact avec le monde et l’actualité, de se ressourcer en quelques sorte… Son petit copain Jeff est parti en Israël finir ses études, après quelques aléas, rupture, retrouvailles, ils avaient décidé de se revoir quand il serait de retour.

Mais la vie en aura décidé autrement, car Jeff est mort dans un attentat. Lorsque Kate le découvre, il est trop tard pour participer aux funérailles, trop tard pour pleurer avec les autres, trop tard car sa mère en a décidé autrement et a interdit à tous de le lui annoncer.

Difficile chemin de celle à qui on a ôté tout espoir de faire son deuil normalement, enfin, si l’on peut dire. Chacun autour d’elle décide, dit, pense pour elle, et la mort de Jeff devient son seul horizon, nuit et jour, l’objet de sa douleur et de son traumatisme.

Ici, le récit est très souvent haché, et devient déclinaison de pensées, de réflexions, sur la vie, la mort, la famille, le caractère de la mère, la vie du père, le poids du chagrin que l’on vous impose. Cette mère toute puissante qui détruit peu à peu sa fille, ce père qui blesse psychologiquement son fils, ces familles désunies où l’amour attend à la porte sans jamais franchir le seuil. Cette absence qui devient prison, ce mort que l’on attend, comme un fantôme.

Si le thème me semblait intéressant, j’avoue que j’ai été un peu perdue par l’écriture qui par moment m’a parue alambiquée et qui du coup prend le pas sur le sujet. Comme s’il manquait des pages pour que l’alternance entre les idées et l’intrigue trouve son équilibre. Roman très court, qui ne me laissera pas autant d’émotion ou de souvenirs que Les parapluies d’Erik Satie. Alors, attendons le suivant !

Catalogue éditeur : Joëlle Losfeld éditions

Kate, jeune fille de dix-neuf ans, vit un drame : la mort brutale de son amoureux dans un attentat. Tout pourrait s’arrêter là. Mais ce serait sans compter sa mère, les gens qui l’entourent et la manière dont ce drame résonne en eux, dont ils s’en emparent, dont ils décident que ce sera le leur – et le transforment en traumatisme.
Voici des personnages qui sont comme des poupées russes : chaque membre de la famille de Kate semble en cacher un autre, ou se cacher derrière un autre, les histoires des autres venant hanter la mémoire des uns.

Le roman explore les relations qui lient une famille où il fait bon se taire. La violence rôde mais on ne la voit pas. Si la violence est ici dangereuse, c’est qu’elle passe par le banal ; voilà son déguisement, sa petite excuse, la main tendue d’une mère affirmant porter secours tandis qu’elle étouffe. Kate va suivre les fantômes qui mènent à la possibilité de vivre encore. En affrontant l’emprise de sa mère, en la mettant au jour, elle parvient à faire sauter un à un, cran après cran, les rouages mécaniques de la violence. Pour cela il lui faut cesser d’attendre, pour prendre le risque d’exister.

144 pages / 150 x 220 mm / ISBN : 9782072844898 / Parution : 29-08-2019

Rivage de la colère, Caroline Laurent

Avec Rivages de la colère, Caroline Laurent confirme son talent de conteuse et attise les braises incandescentes de l’histoire

Elle nous avait conquis avec son premier roman et revient avec un roman d’amour et de justice.

Archipel des Chagos, janvier 1971, la vie bascule, les habitants sont sommés de quitter immédiatement l’ile, leur seul et unique lieu de résidence depuis des générations. Mais qui veut cela, et pourquoi et comment en est-on arrivé là ?

Pour mieux comprendre, il faut sans doute revenir sur un peu d’histoire. Possession coloniale britannique depuis 1810, l’ile Maurice accède à l’indépendance en aout 1967. Mais qui dit Maurice, dit aussi d’autres iles de l’archipel des Mascareignes, Rodrigues, mais également les Chagos, qui comptent une cinquantaine d’îles réparties en sept atolls situés dans le nord de l’océan Indien. L’ile principale, la seule habitée, est Diego Garcia. Louée dans le plus grand secret aux États-Unis par le Royaume-Uni, Diego Garcia est aujourd’hui encore une base américaine devenue prépondérante dans la politique de lutte contre le terrorisme dans cette zone.

Dans les années 60, le gouvernement britannique entreprend d’expulser peu à peu les habitants de l’archipel en leur rendant la vie de plus en plus difficile, interdisant à ceux qui voyagent en dehors de l’ile d’y revenir, empêchant les bateaux qui y venaient de façon régulière d’accoster pour y apporter l’approvisionnement en nourriture et en médicaments, puis n’hésitant pas à empoissonner et gazer les chiens. En dernier ressort, les ultimes habitants sont déportés vers l’île Maurice.

Et l’on comprend vite que les habitants sont totalement ignorés, oubliés. Exilés à Maurice, aucune mesure d’aide ou de soutien ne viendra leur éviter la misère dans laquelle le gouvernement les a pongés. Arrachés à leur ile, ils vivent dans des bidonvilles et doivent réapprendre la vie en société, eux qui vivaient en autarcie sur leur ilot paradisiaque.

Prétexte à nous raconter et à faire revivre pour ses lecteurs cet épisode méconnu de l’histoire de ce pays, Caroline Laurent nous plonge avec émotion dans un drame historique qui se déroule sur fond de roman d’amour. Son héroïne est Marie-Pierre Ladouceur. Cette magnifique fille-mère de basse-classe à la personnalité affirmée tombe amoureuse de Gabriel, le nouvel adjoint du gouverneur. Arrivé tout droit de Maurice, ce créole issu d’une grande famille traine lui aussi des blessures et des rêves d’ailleurs. Malgré les difficultés, ce couple singulier séparé par les circonvolutions de l’Histoire donnera naissance à Joséphin. Même si le chemin est semé d’embuches, Gabriel saura se réaliser en tant que père et vivre cette paternité dans l’amour des siens. Dans une émouvante alternance de récit entre le passé et le présent, nous découvrons la lutte de ce fils, instruit et respectueux de justice et d’équité, qui va tout faire pour obtenir justice et permettre aux chagosiens de revenir sur leur île.

Avec Rivage de la colère, Caroline Laurent nous offre un magnifique roman sur l’exil, une belle histoire d’amour impossible et un portrait de femme remarquable, mais aussi un prétexte pour nous éveiller à cette injustice qui frappe encore aujourd’hui les anciens habitants de Diego Garcia et leurs descendants. C’est tout à la fois émouvant, consternant, attachant et instructif.

En effet, le 25 février 2019 la Cour internationale de justice a estimé que le Royaume-Uni avait illicitement séparé l’archipel des Chagos de l’île Maurice après son indépendance en 1968. Pourtant les britanniques ont renouvelé le bail des américains pour vingt ans.

De Caroline Laurent on ne manquera pas de découvrir également le premier roman écrit avec Evelyne Pisier, Et soudain, la liberté.

Roman lu dans le cadre des 68 premières fois, session anniversaire 2020

Catalogue éditeur : Les Escales

Certains rendez-vous contiennent le combat d’une vie.
Septembre 2018. Pour Joséphin, l’heure de la justice a sonné. Dans ses yeux, le visage de sa mère…
Mars 1967. Marie-Pierre Ladouceur vit à Diego Garcia, aux Chagos, un archipel rattaché à l’île Maurice. Elle qui va pieds nus, sans brides ni chaussures pour l’entraver, fait la connaissance de Gabriel, un Mauricien venu seconder l’administrateur colonial. Un homme de la ville. Une élégance folle.
Quelques mois plus tard, Maurice accède à l’indépendance après 158 ans de domination britannique. Peu à peu, le quotidien bascule et la nuit s’avance, jusqu’à ce jour où des soldats convoquent les Chagossiens sur la plage. Ils ont une heure pour quitter leur terre. Abandonner leurs bêtes, leurs maisons, leurs attaches. Et pour quelle raison ? Pour aller où ?
Après le déchirement viendra la colère, et avec elle la révolte.

Caroline Laurent est franco-mauricienne. Après le succès de son livre co-écrit avec Evelyne Pisier, Et soudain, la liberté (Les Escales, 2017 ; Pocket, 2018 ; prix Marguerite Duras ; Grand Prix des Lycéennes de ELLE ; Prix Première Plume), traduit dans de nombreux pays, elle signe son nouveau roman Rivage de la colère. En parallèle de ses fonctions de directrice littéraire chez Stock, Caroline Laurent a été nommée en octobre 2019 à la commission Vie Littéraire du CNL.

EAN : 9782365694025 / Nombre de pages : 256 / Format : 140 x 225 mm / Date de parution : 09/01/2020 / Prix : 19.90 €