Renaître, Janine Teisson

Comment  survivre au sinistre quand votre vie part en fumée ?

C’est ce qui est arrivé à Janine Teisson, l’auteur de Renaître, ce recueil de poésie paru aux éditions Chèvre-feuille Étoilée. Sa maison a été la proie des flammes, tout est brûlé, calciné, fondu, enfoui, perdu sous les cendres.

Les souvenirs, les mots, les images d’une vie, de plusieurs vies puisqu’il y a aussi les souvenirs qui viennent des anciens, la photo d’une grand-mère, le livret militaire d’un aïeul, les objets du passé, de ces êtres aimés et perdus, et au milieu de tout cela un ordinateur qui fond et qui emporte les rêves et les espoirs, les textes, les idées, les mots et les phrases de l’écrivain qui ne reviendront jamais identiques.

Ce texte est un long poème pour dire la surprise, l’effroi, la douleur, le manque, le chagrin, la résignation.

Pour dire
Ce qui est perdu à jamais ;
Ce qui est enfoui au fond du cœur ou de la mémoire ;
Ce qui ne reviendra plus, les mots écrits enfuis, fondus, perdus ;
L’attente, l’espoir, la résignation puis la résilience.

Un texte qui se lit d’une traite et que l’on a envie de reprendre encore et encore car il dit aussi la vie à travers la mort, les cendres, l’oubli.

J’y pense parfois, et si ça m’arrivait ? Photos, lettres, souvenirs sont les choses qui me manqueraient le plus. Alors bien sûr je me reconnais dans ces mots, j’y trouve mes craintes et mes angoisses mais aussi l’espoir, et savoir que même après ça, la vie continue.

🔥Pour écrire il faut concorder
avec soi,
même dans l’écartèlement.
Je discorde.

🔥Sinistre,
mot d’agent d’assurances.
Exactement ça.

🔥Ça va ? Ça va.
Que dire à ceux
qui ne mettent pas leur vie
dans les mots ?

Une fois le vent,
une autre fois l’eau 💧
et cette fois-ci c’est le feu🔥.
Va-t-elle ressusciter des cendres
mon écriture ?
Faudra-t-il un tremblement de terre
Pour en venir à bout ?

🔥Ce carnet vert
que j’ai tant cherché,
je ne le chercherai plus

Non seulement les textes, mais aussi les formats, le grain du papier, les illustrations, tout donne envie de lire ces recueils à la sobriété élégante. Dans la même collection, j’avais également aimé Icare, mon amour de Jeanne T.

Catalogue éditeur : Chèvre-Feuille Étoilée

Les pages de ce recueil forment un seul poème incandescent. Une nuit, la maison de Janine Teisson a brûlé.
Elle venait de se donner enfin le droit d’écrire, d’exprimer sa créativité jaillissante.
Au delà des meubles, des robes et des photos de famille, ce sont ses écrits, ses personnages qui partent en fumée. Ressusciteront-ils un jour ? Écriture phénix, déploie tes ailes, confie-moi les mots. Le recueil est illustré avec les compositions graphiques de Marion Béclu.

Paru le 1 juillet 2020 / ISBN : 9782367951430

Les fureurs invisibles du cœur, John Boyne

Une formidable saga intime et sociale dans l’Irlande du XXe siècle

Émotion, amitié, fou rire et pleurs, famille et deuils, tout y est, pour le meilleur et pour le pire d’une vie, dans cette fresque familiale qui nous entraine des années 1945 à 2015.

Irlande, 1945. Dans ce pays catholique et rigide à l’extrême, il ne fait pas bon sortir du cadre. La jeune Catherine Goggin l’apprend à ses dépens lorsque le curé de la paroisse la chasse de l’église, du village, de sa famille. Elle a seize ans, elle a fauté et son ventre s’est dangereusement arrondi.

Arrivée à Dublin, elle donne naissance à un fils immédiatement adopté par les Avery. C’est ce fils, le jeune Cyril Avery que nous allons suivre tout au long de ces décennies, de Dublin à Amsterdam, de New-York à Dublin.

Le jeune Cyril grandit dans une famille aisée, peu aimante, mais qui lui offre confort et éducation, un bagage correct pour assurer son avenir. Maud, sa mère adoptive, est écrivain, pour la beauté du geste on pourrait dire, puisque de son vivant  elle ne supporte pas d’être célèbre, c’est tellement ordinaire. Cyril ne sera jamais un vrai Avery, ses parents le lui répètent à l’envi tout au long de ses années de jeunesse et même après. C’est un beau gamin puis un jeune homme séduisant.

Dans cette Irlande catholique et rétrograde, s’il ne fait pas bon être fille-mère, il est encore plus dangereux d’être homosexuel, car même un père est quasiment en droit de tuer son fils sans que la justice n’y trouve à redire. Et Cyril est terriblement attiré par Julian, ce garçon qu’il admire en secret depuis l’enfance. Il mettra quelques années à s’avouer qu’il préfère les garçons, et à comprendre que ce n’est ni une maladie, ni une perversité.

Si l’amour dure sept ans, les chapitres de ce roman également, qui rythment ainsi la vie tantôt heureuse, tantôt plus difficile de Cyril, de 1945 à 2015. Cyril traverse les années de jeunesse dans cette Irlande rétrograde et catholique bienpensante, puis la vie et les aspirations enfin assumées à Amsterdam,  enfin les terribles années SIDA dans le New-York des années 80.

J’ai aimé suivre ce parcours totalement atypique. J’ai aimé ce jeune homme aussi fragile et ambivalent que fort et décidé, qui tente de vivre sa vie dans un pays, une famille, un environnement pas toujours idéal. L’auteur nous propose une belle fresque historique, mais aussi une analyse factuelle et parfois cruelle de la société de cette fin du XXe siècle. Avec une religion qui dicte sa loi dans une société qui n’accepte pas les différences, et cette façon de renier ceux que l’on a aimés, comme elle le fait pour Julian et sa fin de vie. Le roman est à la fois fort, émouvant, et parfois désopilant, on se surprend à rire aux éclats face à certains dialogues ou situations, même quand la situation est tout à fait tragique. En cela, il m’a effectivement fait penser au fatalisme et au cynisme face à la vie, mais aussi à certains scènes d’anthologie du roman Le monde selon Garp (si vous avez lu, souvenez-vous de la scène du levier de vitesse dans la vieille guimbarde).

Si le roman vous semble trop épais, n’ayez aucune crainte, la lecture est fluide, on a toujours envie d’aller plus avant, et même un certain regret en fermant le livre, une fois arrivé à la dernière page.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et JC Lattès

Traduit de l’anglais par Sophie Aslanides

Cyril n’est pas « un vrai Avery » et il ne le sera jamais – du moins, c’est ce que lui répètent ses parents, Maude et Charles. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ? Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif des Avery, un couple dublinois aisé et excentrique, Cyril se forge une identité au gré d’improbables rencontres et apprend à lutter contre les préjugés d’une société irlandaise où la différence et la liberté de choix sont loin d’être acquises.

864 pages / Date de parution : 02/01/2020 / EAN : 9782253237853 / 9,90€
JC Lattès : EAN : 9782709659772 / Parution : 22/08/2018 / 580 pages / 23.90 €

A la rencontre de Christiana Moreau

Christiana Moreau nous entraine des steppes de Mongolie aux collines de Prato, à travers le destin de trois femmes liées par un fil de Cachemire rouge

Bonjour Christiana, et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions.
Je vous avais découverte avec votre premier roman, La sonate oubliée, qui se déroulait essentiellement en Italie. Avec celui-ci, vous avez changé de continent pour nous faire voyager jusqu’en Mongolie intérieure, dans le sillage d’une jeune fille et d’un magnifique pull de Cachemire rouge qui nous ramène une fois encore en Italie.

A propos du roman :

J’ai beaucoup aimé ce roman et je me suis attachée à vos personnages. A l’instar du roman La tresse, on y retrouve l’amitié féminine, la force et le courage des femmes, mais aussi le lien parfois invisible qu’il peut y avoir entre ces femmes. Est-ce un point qui vous paraissait important ? Est-ce réaliste ou au contraire pas nécessairement, mais important pour passer votre message (s’il y en a un !)

J’avais envie d’écrire une belle histoire d’amitié qui est une force dans les moments difficiles de l’existence. L’amitié entre Bolormaa et XiaoLi, mais aussi entre Alessandra et Giulia qui sont le pendant européen des deux héroïnes principales, est source de réconfort et de courage dans l’adversité. Je n’ai pas voulu de prime abord faire passer un message même si je l’ai peut-être fait inconsciemment au fil des pages. Je pense que lorsqu’on traverse de telles épreuves à deux on doit se sentir soudées par un lien très fort.

Le point de départ est la Mongolie intérieure, vos descriptions des Steppes et des paysages donnent vraiment envie d’y partir. Comment vous est venue l’envie d’initier ce roman là-bas ? Avez-vous eu besoin d’y aller pour écrire ce roman ? Comment faites-vous vos recherches avant d’écrire ?

Je n’avais pas l’idée de la Mongolie quand j’ai commencé à écrire. Je voulais parler de Prato et de son chinatown. J’avais d’ailleurs débuté l’histoire par le chapitre 13 et je réfléchissais à un lien entre la chine et Prato pour bâtir un récit. De recherche en recherche, de fil en aiguille, la Mongolie-Intérieure (qui est une province chinoise contrairement à la Mongolie) s’est imposée comme trait d’union. Je n’y suis pas allée hélas, j’ai recueilli des témoignages de personnes qui y ont séjourné, j’ai lu beaucoup, regardé des reportages et… passé un week-end dans une yourte… en France ! 😊 Et si je ne suis jamais allée en Mongolie, j’ai passé une semaine à Prato et j’ai fait le voyage en train en Russie…

La tradition nomade de Mongolie se perd. Mais il m’a semblé qu’elle est importante à vos yeux. Est-ce pour la transmission, pour perpétuer les traditions ancestrales, ou parce qu’elle est l’essence même d’une population qui aujourd’hui doit émigrer et s’intégrer au risque de perdre ses racines ?

C’est tout cela à la fois.

Bolormaa a eu la chance de suivre un minimum d’études, parce que ses parents ont compris l’importance de l’éducation des filles. Est-ce également le cas pour les jeunes filles de ce pays aujourd’hui ?

Oui souvent, mais toutes n’ont pas eu la chance de pouvoir apprendre dans des yourtes-écoles qui suivent les nomades. La plupart sont envoyées dans des pensionnats à la ville et ne rentrent chez leurs parents qu’une fois par an. Aujourd’hui, elles veulent presque toutes faire des études.

Lorsque Bolormaa arrive en chine, elle se lie d’amitié avec XiaoLi, une autre jeune fille. J’ai trouvé intéressant la relation entre ces deux jeunes filles, l’entre-aide, le soutien, le partage des connaissances pour essayer de s’en sortir. Pensez-vous que ce soit possible dans ce milieu qui semble si hostile, ou hélas utopiste mais indispensable pour l’équilibre du roman ?

Dans tous les endroits hostiles, il y a toujours de belles personnes qui voient plus loin que la noirceur, qui ont dans le cœur une petite lumière. Ça se vérifie dans toutes les situations extrêmes ou de crises.

Le monde du cachemire est, il me semble, étroitement lié à la Chine, à la mafia, aux ateliers clandestins. Pour écrire ce roman, avez-vous eu la possibilité de rencontrer, de connaitre la façon de travailler de ce milieu ?

Quand j’ai commencé ce roman, je ne connaissais pas grand-chose du cachemire sinon que c’était une matière belle, précieuse et agréable à porter. J’ai donc fait beaucoup de recherches sur sa fabrication et j’ai découvert tout ce que cela impliquait en trafics louches, mondialisation et problèmes écologiques.

Ces ateliers sont de véritables lieux d’esclavage moderne, savez-vous ce qu’il en est aujourd’hui ? Je crois qu’il y a eu réellement des incendies terribles dans ces ateliers, j’imagine que cela a pu être un élément déclencheur pour votre créativité ? Faire savoir, diffuser, pour que cela cesse enfin un jour ?

J’ai décrit l’incendie de l’atelier de Bolormaa à partir d’un fait divers réel que j’avais lu dans le journal « L’Unità » et qui avait interpellé les politiques, mais hélas, ce genre d’accident n’est pas isolé, car les clandestins fument dans les dortoirs et cuisinent comme ils le peuvent au milieu des tas de vêtements qu’ils fabriquent.

Et qu’en est-il de l’Italie ? Vous m‘avez fait découvrir Prato autrement que par la vie des peintres de la renaissance italienne, ici nous sommes loin des ateliers de Filippo Lippi ! Mais la création semble être toujours présente, bien que cannibalisée par la Chine. Est-ce un risque pour le pays ?

Les Chinois se sont installés dans les ateliers de filature et de confection qui avaient été abandonnés par les Italiens qui n’ont pas su s’adapter à la crise du textile et des nouvelles technologies. Bien que les Italiens aient vu arriver cette main-d’œuvre bon marché d’un mauvais œil, ils craignent aujourd’hui que les Chinois ne repartent chez eux ou dans un autre pays d’Europe de l’Est. C’est toute une économie qui s’est créée autour de ce chinatown qui s’écroulerait et laisserait la ville encore plus sinistrée s’ils s’en allaient.

Ce roman poursuit sa route, et cela fait plaisir aux nouveaux lecteurs dont je fais partie. Est-il toujours présent en vous ou êtes-vous déjà passée au suivant ?

Je dois dire que je n’y pense plus guère, car j’en ai écrit trois depuis et d’autres personnages ont pris le relais dans ma tête.

Et aujourd’hui ?

Nous venons de vivre une période entre parenthèses qui n’est d’ailleurs pas vraiment terminée. Mais comment l’avez-vous vécue ?

Je l’ai vécue pas trop mal. J’ai la chance d’avoir un jardin et d’habiter à côté d’une forêt. Je n’ai pas modifié grand-chose à ma façon de vivre, car je sors peu. Je passe mes journées à écrire ou sculpter, jardiner, cuisiner et ça ne changeait guère mon emploi du temps. Évidemment, les amis, les enfants, le cinéma et le théâtre de temps en temps, la chorale dans laquelle je chante commencent à me manquer.

Vous êtes écrivain, mais également, artiste, avez-vous eu envie de poursuivre la création pendant ce confinement, et si oui, quelle création, sculpture, écriture, les deux ?

Je n’ai pas écrit de roman, je n’avais pas la tête à cela et puis ce que j’aurais pu raconter me semblait faux, obsolète et à côté de la plaque. J’ai quand même tenu un journal du confinement, car il me semblait qu’il fallait garder une trace de cet évènement extraordinaire. J’ai aussi réalisé quelques sculptures.

De nombreux romans voient leur parution reportée, la période est difficile et je crois avoir vu que c’est également le cas pour le vôtre. Il me semble que cela doit être difficile après de longs mois de création, de devoir attendre. Mais que voulez-vous ou pouvez-vous nous en dire ?

Oui, c’est peut-être ce qui est le plus difficile. Le report de la publication de mon roman qui devait sortir en octobre 2020 à juin 2021 ! Parfois, je me demande comment je vais pouvoir attendre jusque-là… mais tout le monde est dans le même cas. C’est encore plus ennuyeux pour les auteurs qui avaient publié en février/mars et qui n’ont pas pu avoir de promo.

Quel lecteur, ou plutôt quelle lectrice êtes-vous ?

Avez-vous eu envie de lire ces dernières semaines ? Et si oui, quels romans avez-vous aimé ?

J’ai lu beaucoup ces dernières semaines. Quand j’écris, je ne lis pas pour ne pas être influencée ou perturbée par le style des autres romanciers alors j’en ai profité pour découvrir des écrivains et des livres dont on parlait sur les blogs.

Et dans tous les cas, quel roman aimeriez-vous nous conseiller ?

Par exemple, un auteur belge, j’en ai lu beaucoup ces derniers temps.

  • Lize Spit : Débâcle
  • Armel Job : La disparue de l’île Monsin
  • Jacquelin Harpman : La plage d’Ostende
  • Barbara Abel : Et les vivants autour
  • Marcel Sel : Rosa
  • Dominique Van Cotthem : Le sang d’une autre
  • Isabelle Wéry : Poney flottant

Un grand merci Christiana d’avoir accepté de répondre à mes questions.

Avec plaisir.

Si vous ne les connaissez pas encore, retrouvez mes chroniques de La sonate oubliée et de Cachemire rouge.

La résurrection de Joan Ashby, Cherise Wolas

Quand une écrivaine de talent se perd dans le couple et la maternité, quel est le prix à payer pour se retrouver ?

Joan Ashby le sait, elle est faite pour être écrivaine, c’est sa vie. A seulement vingt-trois ans, reconnue et adulée par son lectorat, elle excelle dans ce rôle. Après deux recueils de nouvelles et des tournées de librairies et de salons dans tout le pays, elle sait que c’est ce qu’elle aime et qu’elle fait le mieux. Elle a peu de certitudes mais certains préceptes inébranlables : ne jamais arrêter d’écrire, ne jamais avoir d’enfants.

Pourtant, la rencontre avec Martin, si elle n’est pas forcément un coup de foudre est malgré tout une évidence. Elle l’épouse, change de cadre de vie, quitte New-York et ses promesses pour déménager dans la petite ville où il a installé sa clinique et découvre sa grossesse déjà avancée. Malgré son envie de ne pas avoir d’enfant, malgré les promesses de Martin, malgré ses rêves, elle s’engage sur le difficile chemin de la maternité heureuse. Car Joan n’est pas faite pour devenir mère, elle le sait, cependant pour plaire à Martin, pour devenir cette jeune femme accomplie conforme aux exigences, elle va prendre son rôle très au sérieux. Et si la maternité n’est pas désirée, elle saura malgré tout donner tout son amour à ses enfants et les aider à grandir à ses côtés.

Les années passent, avec ces deux fils magnifiques, Daniel le rêveur développe tout jeune des talents pour l’écriture, Éric le surdoué autodidacte, inventeur d’un programme informatique à seulement treize ans, est très difficile à canaliser. Martin poursuit avec talent son métier de chirurgien ophtalmologue. Il parcourt le monde pour réaliser des opérations miraculeuses pour des malades toujours plus reconnaissants. Une belle famille composée d’éléments disparates qui s’accordent et grâce à qui la vie devrait être formidable.

Mais dans ces conditions, à toujours faire passer le bonheur des autres avant le sien, comme le font souvent les mères, Joan n’arrive plus à écrire. Devenue mère et épouse avant d’être écrivaine, il lui faudrait pour se réaliser pleinement plus de calme et de sérénité. Alors elle privilégie son rôle de mère au détriment de ses passions, ses envies, ses aspirations. Pourtant en cachette, elle réussit à s’évader et à créer son premier grand roman.

Jusqu’au jour où… c’est la trahison, l’abandon et la fin du rêve éveillé, ce rêve de réussite et de retour à l’écriture. Et la trahison est destructrice. A partir de là, les coutures commencent à craquer, la famille explose, le fils génial part au bout du monde, l’ainé se terre et coupe les ponts. Joan part seule se ressourcer à Katmandou. Elle va enfin le faire ce voyage qu’elle avait reporté d’année en année, pour tenter de se trouver au bout du chemin, pardonner, avancer. La rencontre avec les autres – femmes, religion, méditation – va lui permettre d’avancer sur le difficile chemin qu’il lui reste à parcourir.

Ce premier roman est un portrait de femme à la fois terriblement ambitieux – plus de six cent pages tout de même – et vraiment étonnant. L’auteur nous entraine sur plusieurs dizaines d’années de la vie de Joan Ashby. Cette jeune femme embrasse la maternité presque contre son grès, parce que les conventions, les convenances, parce que le mari, les traditions, mais certainement pas par véritable désir intime, comme c’est trop souvent le cas encore aujourd’hui.

J’ai aimé également cette intéressante approche sur la difficulté pour un enfant de trouver sa place et de forger sa personnalité dans une famille où chaque membre est surdoué, chacun ayant des spécialités si écrasantes, si évidentes, qu’il faut trouver le moyen de devenir soi.

A sa vie se mêlent ses différents écrits, ses nouvelles, son romans, puis le récit de son fils, comme des boites que le lecteur va ouvrir à mesure pour comprendre et appréhender toute la complexité de ce personnage, des relations humaines, de la difficile acceptation de la vie familiale. Il faut du talent pour donner un style différent aux écrits qui se suivent ; parfois un peu difficiles à suivre, mais les différentes polices utilisées aident bien à la compréhension. Ça foisonne, c’est dense, et ce gros pavé est un vrai plaisir de lecture, à la fois original, singulier, humain, il parle à chacun d’entre nous.

Citation : Elle comprend qu’elle vivait comme cousue de l’intérieur depuis très longtemps et que les coutures commencent à craquer.

La résurrection de Joan Ashby, par son approche un peu iconoclaste de la maternité m’a fait penser au roman Amour propre de Sylvie Le Bihan que j’avais également beaucoup aimé, pour cette vision qui dérange mais qu’il est primordial d’exprimer.

Catalogue éditeur : Delcourt littérature

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carole Hanna

Joan Ashby a toujours voulu devenir écrivaine et a établi très tôt quelques préceptes de vie pour mettre toutes les chances de son côté : « Ne pas perdre de temps », « Écrire tous les jours », et surtout « Ne jamais avoir d’enfants ». Elle touche au but à 23 ans et devient la nouvelle sensation de la scène littéraire new-yorkaise avec un premier recueil de nouvelles singulières. Mais elle fait un premier pas de côté en épousant Martin, puis découvre avec effroi qu’elle est enceinte. Elle prend alors une décision fatale à sa carrière et s’efface dans une vie de famille non préméditée. Mère de deux fils diagnostiqués précoces, Joan laisse filer les années. Sur le point de renouer enfin avec la vie qu’elle a mise en suspens, une trahison aux proportions shakespeariennes va l’acculer à questionner tous les choix qu’elle a faits…

Sélectionné par le PEN/Robert W. Bingham Prize for Debut Fiction, La Résurrection de Joan Ashby est le premier roman de Cherise Wolas, par ailleurs productrice de cinéma. Native de Los Angeles, elle vit aujourd’hui à New York et a publié en 2018 son deuxième roman, The Family Tabor.

Parution le 22 janvier 2020 / 624 pages / Prix : 23.90€

Partir à la rencontre de Frédéric Couderc

« Je suis une sorte d’anti écrivain voyageur… »

Yonah ou le chant de la mer le dernier roman de Frédéric Couderc est paru juste avant le confinement. Il a donc subi de plein fouet ces deux mois de silence, ni rencontre, ni salon, pour le faire connaître. Mais ce serait dommage de passer à côté de cette belle aventure humaine. Je l’ai beaucoup aimé, vous pouvez d’ailleurs retrouver ma chronique ici, j’espère qu’elle vous donnera envie de le découvrir à votre tour.

Ce qu’en dit l’éditeur : Yonah ou le chant de la mer fait le pari de l’humanité, et révèle à travers l’histoire d’une famille morcelée celle d’un pays où certains gardent encore espoir.

Frédéric Couderc a accepté de répondre à quelques questions à propos de ce roman qui nous entraine à Tel-Aviv et qui m’a totalement séduite.

Comme à chacun de vos romans, avec « Yonah ou le chant de la mer » on voyage dans un pays à travers l’histoire d’un personnage en particulier. Ici, vous nous faites découvrir la vie d’Abie Nathan. Comment l’avez-vous découvert ? Pourquoi avoir eu envie d’en parler ?

Inspiré par les fantastiques séries israéliennes du moment (Fauda, False flag, When heroes fly, Our boys, Nehama…) je cherchais mon sujet du côté de Tel-Aviv, que j’ai fréquenté il y a 20 ans, et qui me semblait incarner ce côté « montagne russe » que je recherche toujours. En fait, je suis une sorte d’anti écrivain voyageur, hostile aux lieux communs de l’exotisme, à une certaine emphase. Je me déplace de telle ville à telle ville pour retrouver des points communs entre les humains, dans le détail montrer des diversités, mais m’attarder sur les fondamentaux : les histoires d’amour, de transmission, de deuil. Si, d’ailleurs, on ne devait trouver qu’un mérite au Covid, c’est celui-ci : on se joue toujours très facilement des frontières.

Qu’est-ce qui vous a le plus attiré, le discours, l’époque, le personnage ?

Abie Nathan est le point de départ, et finalement le prétexte à ce texte. Je ne veux surtout pas être son biographe. On n’est pas du tout dans le biopic, le « d’après une histoire vraie ». C’est un roman et je me moque d’ailleurs un peu de ça en inventant un tournage, une mise en abyme. C’est un livre plus intello qu’il n’y paraît, même si je n’aurais jamais un papier dans Télérama (rires). Je n’ai pas la carte à Saint-Germain-des-Près.

Israël, pays de contradictions, de conflits, avez-vous eu besoin d’y aller pour écrire ce roman ?

Oui, bien sûr,  j’ai passé un long séjour à Tel-Aviv. Mais je ne prétends pas écrire sur Israël. Mon truc, c’est de choisir des villes en toile de fond. Pas des pays. Si Gaza se situe à quelques minutes de roquettes, Tel-Aviv n’est absolument pas une ville de conflits, au contraire, enfin, il faut lire le roman pour comprendre…

J’ai trouvé intéressante l’approche des religieux intégristes juifs, qui démontre si besoin était que l’intégrisme est présent dans chacune des grandes religions, et ses dégâts évident sur une société, sur les jeunes. Est-ce un message que vous vouliez aussi faire passer ?

Oui, j’ai visité le quartier de Mea Shearim à l’âge de 20 ans, et à l’époque les ultraorthodoxes, bien qu’ils brûlaient déjà des salles de cinéma, conservaient une forme de bienveillance dans le regard des visiteurs. Je reviens à ce romantisme, cet exotisme, qui me paraît assez dangereux. Zeev, mon héros, ne les supporte pas. L’instinct chez lui se mêle toujours à une obsession : lutter contre la loi du plus fort. Chez les ultraorthodoxes se sont les femmes et les enfants qui sont broyés.

On aime cette famille, ce couple atypique et ses deux enfants très différents. Le fait qu’ils soient aussi différents, pensez-vous que ce soit le propre de toutes les familles ? Et la complexité de les laisser vivre leur vie, alors qu’on voudrait tant leur montrer le chemin peut-être ?

Il y a dès le début cette citation de Zeruya Shalev, elle est un fil rouge au roman : je crois, oui, qu’il s’agit toujours de donner et redonner vie à nos enfants.  C’est un roman familial, comme on dit. Clairement Abie, l’activiste, est un monstre d’égoïsme chez moi, c’est bien joli de se battre pour la paix dans le monde, mais si on n’est même pas capable de se déployer pour les siens, de trouver en soi cette générosité, c’est une existence plutôt ratée je trouve… Mais là encore tout est encore dans le sous-texte. Puisqu’on parle de série, je ne vais pas me spoiler quand même… Je pense que les personnages sont assez solides, mais l’intrigue est travaillée aussi je trouve. 

Il m’a semblé, contrairement aux deux romans précédents, que la relation mise en avant est moins celle du couple que celle des parents avec leurs enfants et en particulier du père, d’abord avec son fils, puis avec sa fille Yonah.

Le roman est dédicacé à ma petite Violette. J’ai quatre enfants, c’est naturellement la chose la plus importante dans mon existence, l’aventure ultime que ça représente, avec la femme de ma vie, c’est bien plus fort, naturellement, et bien plus difficile aussi, que d’écrire un texte, faire un film. Excepté quelques génies, je suis toujours un peu gêné par celles et ceux qui placent leur « œuvre » devant tout, c’est plutôt du pur égoïsme, non ?

Pour vous, être père, est-ce naturel, une évidence, ou au contraire faut-il s’y préparer ?

Ah, les trois ! Mais surtout une réinvention permanente. Ce que fait Zeev pour Rafael, puis Yonah, dans le roman, donne la clef…

Quel message aimeriez-vous que l’on retienne de ce roman s’il ne devait y en avoir qu’un ?

Les failles et tout l’amour de la famille Stein, surtout ! Mais aussi la dimension intime du conflit israélo palestinien. Ni sioniste, ni pro-palestinien, je laisse le lecteur choisir finalement… 

Avez-vous aimé un livre en particulier pendant ces semaines confinées d’une vie comme entre parenthèse ?

J’ai détesté chaque minute de ce confinement, les réactions de la plupart de mes contemporains, sinon François Sureau et André Comte Sponville qui ont clairement énoncé mes ruminations rageuses. Écrire, c’est une réclusion volontaire, pour éprouver la plus grande liberté possible, écouter les tambours du monde. Kessel est mon modèle, imaginez-le remplir une attestation dérogatoire pour sortir à un kilomètre de chez lui ! Ma littérature est celle du contact social, du « toucher », avec Adbdennour Bidar je pense qu’en voulant sauver la vie nous l’avons dans le même temps coupée de tous les liens qui la nourrissent. Nous avons cessé d’exister pour rester en vie. Mon héros Zeev aurait été furieux. Sa femme Hélène plus mesurée. Yonah aussi et Rafael à deux doigts de péter les plombs. C’était un peu pareil chez moi… J’ajoute enfin que je ne comprends même pas ce discours « feel good book » autour d’un retour sur soi, d’une parenthèse enchantée avant un « monde d’après ». La vérité, c’est que la plupart des écrivains sont anéantis, effondrés, prêts à mettre la clef sous la porte.  

– Quel conseil de lecture aimeriez-vous nous donner ?

Pour rester à Tel-Aviv, et rire, toute l’œuvre d’Etgar Keret.

Un grand merci Frédéric pour vos réponses.

C’est toujours un grand plaisir de lire les romans de Frédéric Couderc, à votre tour de découvrir celui-ci, disponible dans toutes nos librairies. Et pour aller plus loin, Etgar Keret est publié chez Actes-Sud

Retrouvez mes chroniques de Yonah ou le chant de la mer, Le jour se lève et ce n’est pas le tien et Aucune pierre ne brise la nuit. Et du roman jeunesse Je n’ai pas trahi. Ainsi que l’entretien avec Frédéric Couderc lors de la parution du roman Aucune pierre ne brise la nuit.

L’ile introuvable, Jean Le Gall

Improbable roman sur la littérature et sur l’écrivain, « L’ile introuvable » est une véritable prouesse littéraire de cette rentrée 2019.

Un homme tombe amoureux d’une femme déjà en couple avec un autre, tous trois  deviennent amis… Voilà une intrigue plutôt classique digne d’un vaudeville, mais qui est traitée ici de façon bien singulière.

Tout commence par le survol en hélicoptère de l’ile introuvable, en Italie, pour y rechercher un auteur qui a disparu des radars de l’actualité. Puis l’auteur fait un retour arrière. Olivier Ravanec rêve d’écrire le roman parfait, celui qui le rendra célèbre et qui lui donnera enfin la reconnaissance du public. Dominique Bremmer est éditrice chez Gallimard, Olivier Ravanec en est fou amoureux, mais elle est avec l’étonnant Vincent Zaïd, riche amateur de fêtes parisiennes. Ce dernier, flirtant avec la marginalité des voyous de grands chemins, intéressé par la politique et accessoirement la littérature, est donc surtout en couple avec Dominique. Après quelque aventures pour le moins ubuesques, Zaïd est emprisonné pour malversation, puis libéré au bout de quelques années. Sa vengeance sera implacable.

Impossible d’en dire d’avantage, car dans ce roman, l’important est la façon dont il est composé, à la fois un hymne à la littérature, et une œuvre fourmillant de réflexions philosophiques, littéraires, ou politiques. Le narrateur donne des avis sur les auteurs classiques ou d’autres plus actuels, sur la difficulté d’être un écrivain reconnu, sur le talent et le travail, le monde abscons de l’édition pour les néophytes que nous sommes. C’est dense, ça fourmille de références, d’idées, de personnages plus extravagants les uns que les autres. Un roman indiscutablement singulier et différent de ce que l’on a l’habitude de lire.

Plaçant sans cesse le lecteur sur une frontière floue entre réalité et fiction, tant par les personnages qu’il cite que par les situations qu’il explore, l’auteur réalise là une sorte de prouesse littéraire qui intrigue, perturbe parfois, mais donne envie d’aller jusqu’au bout. J’ai aimé le fait que l’auteur ne parte pas spécialement de faits d’actualité, ou de souvenirs, d’évènements de son vécu (en tout cas on ne les sens pas comme tels) mais nous propose bien un roman d’inventivité, construit de toute pièce, qui évoque brillamment et avec une réelle créativité la littérature et la solitude de l’écrivain. Il se distingue aussi en cela des romans que l’on a l’habitude de lire.

Tout à fait le genre de livre qu’il faudrait relire pour en tirer toute la substantifique moelle, bien évidemment ! Comment ne pas méditer sur la transformation d’un homme au contact de ses lectures, son unique occupation pendant des années. Ah, et cet hommage au Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas m’a peut-être bien donné envie de le relire !

photo Dominique Sudre lors de la rencontre chez lecteurs.com. 
Jean-Philippe Blondel, Valérie Tong Cuong et jean Le Gall

Catalogue éditeur : Robert-Laffont

Il faut rappeler comme une loi que la vie n’est jamais pareille à la littérature et, surtout, que c’est une folie de vouloir remplir sa vie de littérature. Puisse ce livre ou un autre, mais plutôt ce livre, démontrer l’inverse. » Olivier Ravanec.
Au-dessus d’une petite île de la Méditerranée, un hélicoptère survole un château en flammes. À son bord, un « enquêteur d’assurances » lancé sur la piste d’un écrivain passé de mode et néanmoins recherché : Olivier Ravanec. Sa disparition est d’autant plus troublante qu’elle survient quelques mois à peine après celle de sa compagne, l’éditrice Dominique Bremmer. « Une histoire d’amour, avait dit un jour Ravanec, c’est trois personnes minimum. » Songeait-il en particulier à ce roi déchu de la nuit parisienne, dont Dominique avait été longtemps éprise ? Lui s’appelle Vincent Zaid ; son intelligence est aussi vraie que dépourvue du moindre esprit, et si sa fortune lui a donné beaucoup d’amis, sa condamnation pour meurtres les a fait disparaître. Ravanec, Bremmer, Zaid : trois créatures venues d’un prétendu âge d’or – les années 80 – et qui n’ont pas retrouvé leur place dans le « monde d’après », attiédi et salement hygiéniste.
Ici commence le roman, le vrai, celui qui déborde, celui de la vengeance, où l’on verra justement qu’une passion pour le romanesque peut vous offrir toutes ces aventures et mésaventures qu’on appelle, par commodité, « un destin ».

Jean Le Gall dirige les Éditions Séguier. Son précédent roman, Les Lois de l’apogée, qui l’a révélé au public, a suscité les commentaires élogieux de la critique et figuré sur plusieurs listes de prix.

EAN : 9782221200223 / Nombre de pages : 432 / Format : 135 x 215 mm / Prix : 21.00 € / Date de parution : 22/08/2019

Boris Vian, le sourire créateur, Valère-Marie Marchand

Dans « Boris Vian. Le sourire créateur » Valère-Marie Marchand retrace la vie de Boris Vian alias Vernon Sullivan, sublime artiste talentueux et singulier disparu en 1959.

Chanteur, polémiste, libertaire mais pas contestataire, scénariste, traducteur, interprète, auteur, trompettiste, et passionné, Boris Vian est un touche-à-tout de talent.

Né en mars 1920 à Ville d’Avray, banlieue chic de Paris, ce pilier du saint Germain des Près de l’après-guerre va connaître la seconde guerre mondiale et fera ses études et ses débuts sous l’Occupation. Ce génie des mots et des notes est avant tout un être singulier. Ingénieur de formation et de métier, c’est un artiste à la créativité débordante. C’est un littéraire aussi éclectique que talentueux, un timide pourtant contestataire, un amoureux toujours passionné, un traducteur de génie, un musicien en sursit puisqu’une malformation cardiaque aurait dû l’empêcher de jouer de la trompette.

Boudé par les professionnels et les critiques en particulier, il écrit « des histoires que personne n’a songé à écrire » et produit de nombreux textes et romans, poésies, essais, chansons. Il touche même au cinéma. Il écrit et joue contre le temps, contre la maladie qui l’emportera comme il l’avait prédit à l’aube de ses quarante ans.

Bien sûr ici aucune surprise, l’homme, sa passion du jazz, ses chansons, ses écrits, sont connus. Mais voilà assurément un document complet et dense, foisonnant de témoignages, qui éclaire l’image que l’on a de lui et va permettre de le faire découvrir au plus grand nombre.

Boris Vian ou Vernon Sullivan, un auteur que j’ai aimé passionnément dans ma jeunesse et dont j’ai lu quasiment toute l’œuvre, aussi bien les romans que les différents textes et chansons. Je ne pouvais donc qu’être intéressée et intriguée par un nouveau texte sur cet auteur emblématique d’une époque qui nous a quittés il y a soixante ans.

Boris Vian, le sourire créateur est un livre dense, hyper documenté parfois jusqu’à saturation pour un lecteur qui ne serait pas passionné. Mais tellement complet qu’il est indispensable pour bien comprendre l’homme et l’artiste qui se cachent derrière ce nom connu de tous : Boris Vian. Et pour compléter le tout, on trouve à la fin du livre un lexique des mots et expressions emblématiques de l’auteur, sa biographie en quelques dates, ses différentes adresses, sa bibliographie, les titres des principales chansons qu’il a écrites, ses apparitions au cinéma, et un index qui répertorie les noms de ceux qui l’on côtoyé… toute une époque défile dans ces quelques pages.

Catalogue éditeur : Écriture, éditions de L’Archipel

Le 23 juin 1959, Boris Vian est terrassé par une attaque pendant la projection de J’irai cracher sur vos tombes, film tiré de son roman. Il disparaît avant d’avoir eu 40 ans, comme il l’avait lui-même prédit.

« Né sous le signe du poisson-volant », l’inventeur de la roue élastique était imprévisible. Chanteur et polémiste, libertaire mais non contestataire, classique sans cesser d’être d’avant-garde. Mais aussi scénariste, traducteur, bricoleur, peintre, trompettiste, amateur de cylindrées, interprète, fabuliste, acteur, pataphysicien, objecteur de conscience, poète… Et, bien sûr, romancier : le prince de Saint- Germain-des-Prés, alias Vernon Sullivan, avait autant d’identités que de pseudonymes.
Fuyant le « grelot funèbre des prophètes », les musiciens à théories comme les romanciers à  thèses, que pouvait bien cacher l’énigmatique Bison Ravi, ingénieur du verbe, du swing et de la vie ? Quatre-vingts de ses proches, à commencer par Michelle Vian, répondent dans ce livre, dont certains n’avaient jamais témoigné : Guy Béart, Claude Bolling, Juliette Gréco, le maquettiste Massin, Georges Moustaki, J.-B. Pontalis, Jean-Jacques Pauvert, Nadine de Rothschild…
Enrichie de documents rares ou inédits, cette biographie est aussi le portrait d’une époque. Jamais le singulier auteur de L’Ecume des jours et de L’Arrache-cœur n’avait paru si pluriel.

22.00 € / EAN : 9782359052992 / juin 2019

Edmonde, Dominique de Saint-Pern

Edmonde, ou le roman d’une vie. Dominique de Saint-Pern  nous offre un roman d’aventure aux personnages emblématiques et des histoires d’amour flamboyantes sur fond de seconde guerre mondiale.

Fille de diplomate, issue d’une famille intellectuelle aisée, Edmonde Charles-Roux est promise à un bel avenir sans nuage. Son amour de jeunesse Camillo Caetani est duc et prince italien, leur mariage s’annonce heureux. Pur produit des ambassades et de la diplomatie française, en 1938 elle à 18 ans et vit à Rome. Les bals, la vie fastueuse, les relations mondaines, une excellente éducation, une sœur qu’elle adore, tout semble parfait dans la vie d’Edmonde, mais c’est sans compter les revers de l’Histoire. L’entrée en guerre des pays européens et la puissance destructrice d’Hitler en Allemagne et de Mussolini en Italie.

Engagée dans la croix rouge, puis dans la résistance, Edmonde portera une fidélité sans faille à sa famille. Malgré quelques dissensions avec Cyprienne, sa sœur par trop futile qui vit en Italie, proche de Ciano, le gendre de Mussolini. Cyprienne arrêtée par les chemises noires avec sa famille en Belgique.

Alors ce sera Vichy pour François Charles-Roux, mais son père refuse la collaboration et démissionne. Puis viennent vite les années d’engagement, Edmonde sera infirmière sur le front, puis à Marseille où elle vécut ensuite, elle sera passeur d’informations dans la résistance, amoureuse indécise et depuis toujours poussée par l’envie de devenir écrivain.

Voilà un roman familial habilement mené qui s’inscrit directement dans l’histoire de l’Europe. Cette Europe détruite qui doit se recomposer tant bien que mal. Une saga à la façon d’autant en emporte le vent, avec une héroïne prise dans le feu de l’histoire, peut-être contre son gré, mais qui saura révéler le meilleur d’elle-même.

J’ai aimé la façon dont l’auteur nous parle d’Edmonde en choisissant cette courte période entre 1938 et 1945, car comme elle le disait souvent La guerre a fait de moi celle que je suis. Ce sont dans ces années difficiles que se construisent les fondations d’une vie. C’est un roman biographique dense, superbement écrit, foisonnant d’informations non seulement sur les Charles-Roux mais aussi sur le contexte de la guerre, l’ambigüité des différents gouvernements, français, italien, et le rôle de chacun. C’est une période propice à favoriser l’éclosion de caractères forts, courageux et déterminées. Edmonde sera l’un de ceux-là.

Edmonde Charles-Roux, est née le 17 avril 1920 à Neuilly-sur-Seine et morte le 20 janvier 2016 à Marseille.

Catalogue éditeur : Stock

Nous sommes en 1938, et le bal tragique commence.
De Rome à Marseille, d’une alcôve l’autre, d’un palais l’autre, voici la fille de l’ambassadeur François Charles-Roux prête pour se marier, comme d’innombrables jeunes filles de son âge. Mais rien ne se passe comme prévu.
Arrachée à l’amour de son fiancé Camillo Caetani, dont le mariage ferait d’elle une duchesse et une princesse, mais qui sera tué sur le front albanais. Arrachée à la France de Vichy par l’intelligence d’un père qui sut déjouer les pièges de la collaboration, arrachée à la douceur du lien avec sa sœur, la belle Cyprienne, princesse del Drago, par l’Italie des Chemises noires, et le terrible secret qui unit celle-ci à Galeazzo Ciano, gendre de Mussolini.  Lire la suite

416 pages / Format : 140 x 220 mm / EAN : 9782234080935 / Prix : 21.50 € / Parution : 27/02/2019

À la rencontre de Jean-Marie Blas de Roblès

Jean-Marie Blas de Roblès nous régale une fois de plus avec « Le Rituel des dunes » paru aux éditions Zulma. Roman exotique et parfaitement décalé, aux personnages multiples et foisonnants, porté par sa sublime écriture. J’ai eu envie de lui poser quelques questions à propos de ce roman, et de son travail d’écriture. Toutes les réponses sont à découvrir ici.

À propos du roman « Le Rituel des dunes »

Dans Le Rituel des dunes, le protagoniste principal, Roetgen, est parti comme expatrié en Chine,  je crois que c’est également votre propre expérience, est-ce la raison qui vous a donné envie d’écrire ce roman ?

J’ai effectivement vécu en Chine de 1983 à 1984. J’y ai fait l’expérience d’un monde si étrange, si différent du nôtre qu’il semblait incompréhensible à première vue, presque monstrueux par son altérité. « La civilisation chinoise, écrit Joseph Needham, le grand sinologue britannique, présente l’irrésistible fascination de ce qui est totalement « autre », et seul ce qui est totalement « autre » peut inspirer l’amour le plus profond, en même temps qu’un puissant désir de le connaître. » Cela a certainement joué lorsque je me suis mis en tête de raconter l’histoire de Roetgen et sa rencontre avec Beverly, mais je ne connais pas de « raison » préalable qui me pousse à écrire tel ou tel roman. C’est toujours le résultat d’un processus complexe d’amalgames, d’une longue maturation dont je ne maîtrise pas les différentes étapes. 

Quand on est écrivain, j’imagine que l’on peut mettre beaucoup de soi dans ses livres, ou au contraire très peu. Comment vous situez-vous ?

C’est la fiction qui m’intéresse, l’exploration d’un univers aberrant situé à la marge du réel. Ce qui ne veut pas dire que je n’intègre pas certaines expériences vécues à mes romans, mais que je les utilise comme n’importe quel autre matériau dans ce collage de petites réalités disparates que nécessite toute invention dans l’ordre de l’imaginaire. Pas d’autobiographie, donc, même si mes livres reflètent sans doute ce que je suis, puisqu’ils témoignent du long travail d’écriture et des questionnements qui occupent ma vie depuis bientôt cinquante ans.

Le protagoniste principal, Roetgen va vivre des moments forts avec Beverly, cette américaine fantasque et un peu folle, mais qui a pourtant bien des choses à lui apprendre.  J’ai eu l’impression que le personnage est important aussi, d’abord par sa personnalité, pour ce qu’il éveille chez Roetgen.  Mais aussi parce qu’il me semble confronter deux mondes – les USA et la Chine –, deux caractères et deux âges… Quelle est votre vision de Berverly, elle qui me semble indispensable pour « révéler » Roetgen.

Beverly est le personnage central du Rituel des dunes. C’est sa personnalité déconcertante, sa folie que le narrateur retient de son séjour en Chine. Il lui faudra trois cents pages de remémoration pour qu’il se reproche enfin de ne pas avoir su l’accueillir dans son étrangeté. Cette Chine millénaire et encore maoïste où ils sont plongés, cette façade à première vue impénétrable à nos yeux d’occidentaux, n’est qu’une amplification de l’étrangeté de l’autre lorsqu’il n’obéit pas à nos propres codes de reconnaissance culturelle. Il faut un violent effort sur soi-même pour aller vers lui sous peine de n’apercevoir que son exotisme ou sa bizarrerie. C’est le sens de la phrase de Zhuang Zi mise en exergue du roman : À vrai dire, tout être est autre, et tout être est soi-même. Cette vérité ne se voit pas à partir de l’autre, mais se comprend à partir de soi-même. Roetgen s’aperçoit qu’il a manqué Beverly, comme elle-même ou les expatriés qu’ils côtoient ont manqué la Chine. Tous deux ont échoué, faute d’empathie dans le rituel d’approche nécessaire à toute rencontre véritable.

Roetgen écrit un roman policier, mais nous n’en connaissons qu’une partie… Comment et pourquoi vous est venue cette envie de faire travailler notre imagination ?

Beverly s’est construit une théorie sur ce qui permet de connaître quelqu’un : Une véritable autobiographie, dit-elle, devrait être la sélection d’une parfaite série de faits sur soi-même, série qui permettrait à un lecteur de prédire tout le reste. Ou, en termes formels, d’axiomes à partir desquels nous pourrions dériver l’ensemble des théorèmes concernant une personne. Lorsque Roetgen lui demande « qui elle est », l’Américaine le prend au sérieux et lui offre toute une série d’axiomes de sa propre biographie permettant peut-être de répondre à la question posée. Elle se raconte sans fards, mais demande en contrepartie que Roetgen lui lise ce qu’il écrit. Le lecteur assiste à ces lectures : la nuit de ce con de Lafitte dans un chaudron de la Cité interdite, le conte fantastique d’un empereur à double visage au sein du Repos précieux des monstres désirables, et plusieurs chapitres d’un roman policier que Roetgen s’amuse à écrire par correspondance avec un ami de Pékin, chacun inventant la suite de l’intrigue à partir des pages qu’il reçoit. Roetgen ne dispose que de son propre texte et ne peut livrer à Beverly qu’un chapitre sur deux du roman policier en question. Beverly s’en satisfait, arguant que c’est aussi la part du lecteur de combler les « trous » : Imagine qu’on supprime un chapitre sur deux dans « Le Grand Sommeil » de Chandler, ou même de « Salammbô » ou de « Guerre et Paix », est-ce que ça gênerait ? Est-ce que tu n’imaginerais pas une intrigue au moins aussi intéressante, aussi captivante que dans l’original ? Je ne suis pas loin de partager son avis, mais j’ai fait en sorte de glisser dans ces chapitres nombre d’éléments qui permettent de suivre l’intrigue principale, malgré la discordance annoncée. La référence aux Mille et une nuits et à Shéhérazade est explicite : il s’agit avant tout de se raconter des histoires pour survivre.

J’avoue qu’au début du roman, j’ai à deux reprises relu les chapitres précédents, un peu perdue par ces différents textes… Vous avez l’art de nous faire réfléchir ! Je n’ose imaginer la complication pour l’écriture…

Retour aux Mille et une nuits : il faut seulement se laisser porter, accepter de passer d’une histoire à une autre, rêver. Dans mes lectures, j’aime que l’auteur prenne au sérieux mon pouvoir de discernement, j’apprécie d’être sollicité. En écrivant, je reproduis certainement ce mécanisme qui provoque chez moi la délectation.

J’ai particulièrement aimé comme pour le roman précédent tout d’abord votre écriture, si fine, ciselée, précise, mais aussi ces évocations de la Chine avec la précision et la finesse d’un orfèvre, le travail du sculpteur, la cité interdite… Faut-il avoir vécu et surtout apprécié ces moments-là pour en parler aussi bien ?

Nourri d’une documentation suffisante, notre imaginaire est plus riche, plus exact, plus véridique que n’importe quelle expérience de terrain. Hubert Haddad, par exemple, a écrit l’un des plus beaux romans sur la culture japonaise – Le peintre d’éventail – sans avoir mis un pied au Japon. L’écriture romanesque met en scène des illusions d’optique, des trompe-l’œil plus vrais que nature.

Ce roman est paru une première fois il y a trente ans, pourquoi avoir choisi de le republier, et dans quelle circonstances ?

Tous les romanciers, dit en substance David Lodge, écrivent « pour défier la mort, pour que leur nom et leur œuvre se perpétuent ; c’est une sorte de réconfort pour eux, et de grande fierté, lorsque leurs livres restent disponibles au catalogue ». Quand mon éditrice m’a proposé de republier un livre épuisé depuis vingt ans, j’ai bien évidemment sauté de joie.

Aviez-vous ressenti le besoin d’une réécriture, et est-ce un réel plaisir de le faire ?

Quels sont vos sentiments lorsque vous relisez vos premiers romans ? Il me semble que cette démarche ne doit pas être si habituelle chez les écrivains, il y a tant à dire de nouveau sans doute…

Lorsque je relis mes premiers livres, j’y trouve à la fois matière à me réjouir et à m’affliger. Si je suis agréablement surpris par la maturité de certains passages, ou la présence de thèmes qui n’ont cessé de se développer ensuite, j’y aperçois aussi des faiblesses stylistiques qui m’avaient échappé et que je suis incapable de conserver telles quelles. La réédition d’un livre autorise sa « mise à jour », elle me permet d’en corriger les failles, voire de remanier sa structure en profondeur – comme c’est le cas pour Le Rituel des dunes – de façon à ce qu’il corresponde à mes exigences d’aujourd’hui et s’intègre avec plus de cohésion dans l’édifice qui se construit à partir de La Mémoire de riz. Cette démarche n’est pas si rare, me semble-t-il. C’est celle de tout créateur en quête d’excellence, ou du moins d’une progression dans le projet qui est le sien. En retouchant mes œuvres disait Yeats, c’est moi que je corrige. Il ne s’agit pas tant de dire des choses nouvelles que de mieux exprimer celles qui l’ont été.

Et … si j’ose vous demander, avez-vous déjà la trame ou le sujet de votre prochain roman ?  Je crois me souvenir que vous avez une vision assez précise de ceux que vous souhaitez écrire et qu’ils s’installent dans un schéma précis, pourriez-vous nous en parler ?

Il m’est déjà très difficile de parler d’un livre déjà écrit : c’est trop me demander que d’évoquer un roman qui n’existe pas encore.

Je n’ai pas de vision précise des livres à venir, mais ils s’inscrivent bien dans un schéma dont la matrice est constituée par les vingt-deux nouvelles de La mémoire de riz. Tous les personnages présents dans ce recueil initial sont appelés à voyager d’un roman à l’autre, avec des effets de loupe pour certains, des compléments d’histoire ou de simples allusions ; cela vaut également pour les objets, les animaux, les lieux, les atmosphères. En installant cette porosité d’ensemble, j’espère laisser derrière moi une sorte d’architecture romanesque où le lecteur reconnaîtra un jour l’ombre portée d’un seul livre aux multiples facettes.

Quel lecteur êtes-vous ?

Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu récemment, ce serait lequel et pourquoi ?

J’ai particulièrement aimé Vénus s’en va, de Damien Aubel, publié fin 2018 chez Inculte. Ce roman dresse le portrait intime de l’empereur Claude, souverain dont Suétone, entre autres, a fait l’idiot de la famille des Auguste. À rebours de cette triste réputation – celle d’un cocu gâteux et pitoyable presque invisible entre les règnes excessifs de Caligula et de Néron – nous découvrons un homme inquiet, tourmenté par sa quête mystique de la déesse Vénus. C’est l’époque de Messaline, des jardins de Lucullus : avec une érudition maîtrisée, Damien Aubel ne nous épargne rien des intrigues de palais ni des lupanars sordides du quartier de Suburre, mais il le fait dans un style exceptionnel, puissamment novateur, avec cette liberté poétique, cette aptitude à distordre la langue où je reconnais d’emblée l’inutile et nécessaire beauté de la grande littérature.

Un grand merci à Jean-Marie pour avoir accepté de répondre à toutes ces questions. Et pour le plaisir que procure la lecture de chacun de ses romans.

Retrouvez également ma chronique du roman Le Rituel des dunes.

Les miroirs de Suzanne, Sophie Lemp

Sous les mots de Sophie Lemp, la sincérité, la douceur, la passion amoureuse et le plaisir de découvrir « les miroirs de Suzanne »

De Sophie Lemp, j’avais particulièrement aimé Leur séparation qui traitait le thème du divorce sous un angle très peu usité, celui de l’enfant d’un couple séparé, et du mal qu’il va avoir à trouver sa place au sein des familles recomposées. Dans Les miroirs de Suzanne c’est une toute autre histoire, mais le travail que fait l’auteur sur la personnalité, l’enfance, la famille, est toujours présent.

À la suite d’un cambriolage, Suzanne se rend compte que les carnets intimes qu’elle avait écrits adolescente ont disparu. Bien sûr, ils n’ont aucune valeur fiduciaire, mais une réelle importance à ses yeux car ils sont le recueil de ses sentiments d’adolescente, de ses atermoiements, de son amour passionné pour Antoine, un auteur, marié, de trente ans plus âgé qu’elle. Au fil des ans, cette relation sans avenir n’existait plus que dans ces pages-là.  

Alors Suzanne cherche à retrouver la femme amoureuse d’alors, ses sentiments, ses rencontres, son amour, et couche tout cela sur le papier, pour ne plus le perdre. Les mots qui n’étaient écrits que pour elle deviennent la matière d’un roman destiné à être lu par le plus grand nombre, des mots offerts à tous, au grand dam d’un mari compréhensif mais blessé .

Martin, un jeune homme déçu par une rupture amoureuse, découvre ces carnets dans une poubelle. Il décide presque par hasard de les lire. Il avait tout abandonné, y compris famille et amis, mais les sentiments qui se dégagent de ces pages-là vont peu à peu lui redonner goût à la vie, à dessiner ce qu’il découvre, à mettre en mouvement les sentiments que ces mots lui procurent, retrouvant peu à peu le goût et l’envie d’aller vers les autres… Grâce à cette lecture nous avons alors accès aux mots les plus secrets de Suzanne, ceux que l’on n’écrit que pour soi.

J’ai aimé cette intrigue en deux destins parallèles, cette même histoire d’amour et ses deux lectures parallèles, l’intime qui est dévoilée peu à peu par la lecture de Martin, et le travail d’écriture de Suzanne destiné à tous mais que nous ne connaitrons finalement jamais. Martin et Suzanne doutent chacun à sa façon. Pourtant chacun va faire un chemin introspectif qui lui permettra de retrouver la lumière,  l’aider à sortir de son gouffre de douleur et de doute, pour accepter enfin ce qu’il est, à travers son passé et surtout son futur possible.

L’écriture de Sophie Lemp est toujours aussi ciselée et précise, pas de mots en trop, mais au contraire, juste ceux qu’il faut pour faire passer les sentiments et les émotions, tout en délicatesse. Sentiments décortiqués ici avec une grande justesse, mais aussi une certaine douceur, mettant en exergue les douleurs et les doutes des protagonistes pour mieux nous montrer leur cheminement intérieur. Enfin, chacun d’eux semble nous montrer que l’on peut avancer en faisant le deuil de certains éléments de son passé, ceux qui nous empêchent de vivre pleinement sans doute ? Le remède aux bleus de la vie par l’écriture, pour Suzanne, par la lecture, pour Martin, et pour nous, un baume au cœur de les avoir rencontrés sous la plume délicate de Sophie Lemp.

Ah, quand Suzanne nous prend par la main pour passer une nuit sans fin…

💙💙💙💙

Souvenir de la soirée de lancement du roman à Paris

Catalogue éditeur : Allary Editions

Un roman sur la mémoire, l’adolescence et sur ce que deviennent nos premières amours.

Suzanne a quarante ans, une vie tranquille, un mari et deux enfants. Un matin, son appartement est cambriolé. Ses cahiers, journal de son adolescence, ont disparu. Des cahiers qui racontent Antoine, l’écrivain qui avait trois fois son âge, qui racontent cet amour incandescent, la douleur du passage à l’âge adulte.

Martin est livreur, il pédale pour épuiser ses pensées. Un soir, il trouve les cahiers au fond d’une poubelle et dévore ces mots qui le transpercent. Qui le ramèneront à la vie.

« Ne jamais oublier ce que j’ai vécu de fort dans ma vie. Mes émotions, mes peurs, mes joies, mes tristesses. Être sereine. Martin poursuit sa lecture. J’ai quinze ans. En ce moment, j’attends. Mais un jour, tout s’épanouira. Martin sent que quelque chose l’étreint, l’urgence de continuer à lire. »

200 pages / 17,90 € / En librairie le 07 mars 2019 / EAN : 9782370732668