La revanche des orages, Sébastien Spitzer

Cette boule est la chose la plus puissante…depuis que l’homme est sur terre

Qu’est-ce qui fait qu’un homme ordinaire, pilote engagé dans la seconde guerre mondiale, devient malgré lui celui qui participe aux vols des B-29 qui ont largué la bombe sur Hiroshima le 6 août 1945. Celui qui dit Donc, c’est bon pour lancer les opérations et le largage de Little Boy.

Claude Eatherly rencontre Anna et tout de suite c’est le coup de foudre entre la belle Italienne actrice et l’apprenti pilote, le futur héros. Claude Eatherly s’est engagé pour faire comme tous les petits gars du Texas, qui veulent venger l’attaque de Pearl Harbor et ne peuvent pas rester au pays sans rien faire. Un mariage et un fils plus tard, le major Eatherly est envoyé sur une base aux confins du Pacifique pour réaliser l‘opération la plus importante de l’Histoire. Là, il va piloter un B-29, la plus grosse forteresse volante construite à cette époque.

Pourtant aujourd’hui il sort de l’hôpital psychiatrique où il a subit les traitements les plus terribles pour oublier la voix qui lui rappelle Enola Gay, Hiroshima et la bombe qui a fait des dizaines de milliers de morts sous les nuages. Qui est-il et pourquoi doit-il subir ces traitements… Car il est celui qui entend les voix des jeunes filles perdues, touchées par la bombe, à jamais bannies de leur propre pays tant la peur est grande des conséquences. Cette voix en particulier qui parle et qui raconte ce qu’elle a vu en ce jour qui n’est autre que le début de l’enfer, pour elle qui était vivante au milieu de ombres.

Si vous aviez oublié cet épisode terrible de la fin de la seconde guerre mondiale, il est ici décrit avec force détails, comme si nous étions sur les bases américaines, dans la tête des pilotes, dans la vie des femmes restées au pays et qui attendent le retour du héros, des parents qui espèrent revoir leurs fils, fiers de savoir qu’ils sont partis combattre l’ennemi pour venger leurs morts, mais qui attendent dans la douleur et l’inquiétude le retour des vivants.

J’ai aimé cette écriture brève, incisive, ce style reconnaissable entre mille d’un auteur que j’apprécie de roman en roman.

J’ai aimé cette façon d’appréhender l’histoire par la petite porte, celle des hommes oubliés, rejetés, blessés, anéantis. Et cette façon de nous montrer comment chez ce héros malgré lui d’une mission qui va le hanter toute sa vie, les remords et les regrets anéantissent sa vie et celle de sa famille. Une fois de plus il a su déterrer l’inconnu, celui dont personne ne parle mais qui pourtant était là, sans doute au mauvais endroit au mauvais moment, qui a vécu au plus près un moment fort de notre histoire récente. Il nous le rend proche, humain, fragile, terriblement blessé au plus profond de lui-même par un acte que d’aucuns ont pourtant qualifié d’héroïque et indispensable pour arrêter le conflit mondial là-bas, du côté du Japon.

Pour aller plus loin :

Les victimes : Hiroshima : 68 000 à 140 000 morts ; Nagasaki : 35 000 à 80 000 morts ; Total : 103 000 à 220 000 morts … (Wikipédia)

Les ombres d’Hiroshima : Lorsque l’onde frappe une personne, son corps en absorbe l’énergie. Il sert alors de bouclier à ce qui se trouve derrière. Ainsi, tout ce qui se trouve autour est décoloré par la puissance de l’onde lumineuse. Il en résulte une ombre, de la forme de ce qui se trouvait sur le passage de l’onde, empêchant la décoloration de la surface derrière elle. (Toms guide)

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Voici l’histoire vraie du jeune pilote Claude Eatherly qui, le 6 août 1945, a participé au bombardement d’Hiroshima. Démobilisé, il est accueilli en héros mais s’enferme dans le mutisme. Une étrange voix le hante. Qui est-elle ? Que veut-elle ? Et si c’était la voix de sa conscience ? Tandis que les autorités le font passer pour fou, Eatherly entraîne sa femme et ses enfants dans une chute inexorable.

17 août 2022 / 21,90 € / 400 pages / EAN : 9782226464675

Le livre des sœurs, Amélie Nothomb

Parce qu’une sœur est un trésor irremplaçable

Comment arriver à trouver sa place quand on naît dans le foyer d’un couple fusionnel. Dès leur rencontre ils se sont suffit à eux-mêmes. Ça leur passera dirent les uns, l’amour dure sept ans dirent les autres. Pourtant, tant d’années après, rien ne peut s’immiscer entre les plis de leur amour. Pas même Tiphaine, cette première enfant que tous leur ont conseillé d’avoir.

Alors Tiphaine grandit seule et sans amour, car la fusion ne se divise pas. Seule et sans que personne ne lui apprenne à être une enfant, à grandir, parler, apprendre, être, devenir, aimer. Jusqu’au jour où elle réussi à convaincre ses parents de faire un autre enfant. Elle saura bien s’en occuper, aussi bien qu’elle sait s’occuper de sa filleule, la fille de Bobette, cette tante fantasque qui passe ses journées devant la télé à boire et rêver, oubliant d’élever ses trois garçons et sa fille. Qu’à cela ne tienne, Tiphaine est là et elle a de l’amour à revendre.

Dès la naissance de Lætitia l’amour de Tiphaine pour sa sœur est aussi exclusif et passionné que celui de ses parents entre eux. C’est elle qui l’élève, lui apprend ce que doit savoir un enfant, faute de parents attentifs. Brillantes, les sœurs sont promises à un bel avenir, musicienne dans un orchestre de rock pour la benjamine, présidente de la République pour l’aînée. Et le lecteur les suit dans leur parcourt de vie, dans cette fraternité fusionnelle.

Amélie Nothomb a l’art dépeindre les extrêmes, amour, abandon, fusion, pardon ou haine, tout est toujours excessif. Comme l’amour de ces deux sœurs qui découvrent pourtant à l’école qu’une sœur n’est pas toujours le meilleur cadeau fait à un enfant. L’amour n’est pas toujours au rendez vous des fratries.

Si elle a parlé de la relation importante qui la lie à sa sœur lors des présentations de ce roman, l’autrice est une fois de plus partie dans des mondes rêvés dans lesquels elle crée sa propre réalité. On y retrouve l’intelligence de l’écriture, le vocabulaire qui nous perd parfois mais que l’on aime découvrir, il manque peut être un peu de l’humour caustique qui fait sa patte. Je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher à Tiphaine, trop intelligente, trop abandonnée, trop forte sans doute. Ni à ces parents exclusifs que l’on a sans cesse envie de gifler et de secouer.

Pourtant une fois de plus j’ai eu envie de lire d’une traite ce nouveau roman, même s’il ne m’a pas autant embarquée que ceux des années précédentes. Difficile de passer après Soif et Premier sang avouons-le.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

« Les mots ont le pouvoir qu’on leur donne. »  Amélie Nothomb

Date de parution 17 août 2022 / 18,90 €

Sel, Jussi Adler Olsen

Quand le présent et le passé se rejoignent au sein du département V

Comme à leur habitude, les équipiers du département V tentent d’élucider une affaire non résolue. Mais la police est sous l’eau, ils doivent aider leurs collègues sur une enquête actuelle.
Comment et pourquoi dans les années 80 tous les employés d’un garage ont disparu dans une dramatique explosion ?
Qui en veut aujourd’hui à cette jeune femme décédée dans la rue, et pourquoi ?

Ils sont loin d’imaginer alors que ces deux enquêtes ont un point commun, un insignifiant petit tas de sel que l’on retrouve près des victimes. En remontant loin dans le temps et en ratissant large dans le pays, ils finissent par découvrir que ce petit tas de sel se retrouve dans un certain nombre d’affaires pourtant éloignées, suicides, accidents, meurtres.

Commence alors une enquête minutieuse largement perturbée par la situation sanitaire du pays, et du monde d’ailleurs puisque nous sommes en pleine crise du covid. Aller enquêter tout en étant confiné n’est pas du tout évident on s’en doute. Chercher un dangereux criminel capable de maquiller ses meurtres en suicide ou accident, et assez intelligent pour les espacer de plusieurs années n’est pas non plus de tout repos. Surtout lorsqu’une enquête parallèle vient mettre à mal Carl Mørck qui se retrouve pointé du doigt dans une sombre affaire de trafic.

J’ai trouvé que cette dernière enquête était parfois tirée par les cheveux, mais elle apporte une réelle interrogation sur les notions de bien et de mal, de justice, de vengeance au nom d’un Dieu tout puissant et rédempteur. À quel moment un meurtre est « acceptable » s’il est perpétré sur celui ou celle qui répand le mal ? Qui va-t-on plaindre, le bourreau ou la victime ?

La période du covid et ses aléas, le confinement en particulier, est tellement omniprésente que la vie en dehors de l’enquête des différents protagonistes est légèrement moins prégnante que dans les autres opus que j’avais pu lire, et c’est parfois dommage. Même si Assad a toujours l’art de lancer quelques expressions arrangées à sa propose sauce, à moins que ce ne soit un parti pris, en faire des jeux de mots à sa façon.

J’ai aimé écouter ce roman dans cette version proposée par Audiolib. Le rythme, les voix, les expressions sont rendus vivants par Julien Chatelet. Et une fois de plus, ce qui n’est pas anodin, je n’ai pas eu à me poser de question sur la façon de prononcer certains noms.

Catalogue éditeur : Audiolib, Albin-Michel

En replongeant dans une affaire non résolue datant des années 1980, Carl Mørk et l’équipe du Département V découvrent avec stupeur que depuis trente ans, un tueur particulièrement rusé choisit avec une régularité effrayante une victime et l’élimine en déguisant ce meurtre en accident ou en suicide.
À chaque fois, sur le lieu du crime, un petit tas de sel.
Sur fond de restrictions sanitaires dues au Covid-19, Mørk et ses acolytes se lancent dans une enquête dont ils n’imaginent pas l’ampleur.

Lu par Julien Chatelet
Traduit par Caroline Berg
Durée 14h09 / EAN 9791035409524 Prix du format cd 25,90 € / EAN numérique 9791035408893 Prix du format numérique 23,45 € / Date de parution 06/07/2022

Les survivants, Alex Schulman

Dans la fratrie dévastée, trois frères et un secret

Ils sont trois frères, Nils, Benjamin et Pierre, les fils meurtris de parents fort étranges. Aujourd’hui ils se retrouvent pour accomplir les dernières volontés de leur mère, répandre ses cendres au bord du lac de leur maison de vacances. Là où tout a commencé, là où tout s’est terminé.

Deux temporalités vont se succéder tout au long du roman. Le jour où les trois garçons devenus des hommes se retrouvent et se battent au bord du lac, avec en main l’urne qui contient les cendres de leur mère. Et à partir de ce moment là, un retour en arrière chronologique raconte le fil de cette journée heure par heure.

En alternance, les chapitres de l’enfance au bord du lac, les jeux des garçons, l’affection de Molly pour Benjamin, l’indifférence et la froideur des parents. Et le voyage depuis ce jour au bord du lac, jusqu’au temps présent, celui de la dernière et violente bagarre.

Dans leur jeunesse les garçons étaient unis, une préférence des parents pour l’aîné, celui qui réussissait ce qu’il entreprenait, a sans doute créé quelques tensions et des jalousies. Mais dans les efforts, les punitions, les découvertes ou les bêtises, la solidarité de la fratrie était bel et bien présente. Quel est cet événement du passé qui vingt ans plus tôt les a bouleversés à ce point, pourquoi une telle indifférence de leur mère, que faisait le père pour s’imposer, et comment ont ils vécu à la fois les années d’enfance, et l’obligation de rentrer un jour dans l’âge adulte sans le soutien de parents aimants, seulement parfois d’un père.

Quel roman étonnant. L’auteur a une capacité à nous faire entrer dans les tourments, les pensées, les émotions de l’enfance, de l’adolescence par ses mots, par ces scènes de la vie ordinaire sur lesquelles pèse une ambiance à la fois délétère et lourde. Pas ou peu d’amour, pas d’intérêt des parents pour ces garçons qui poussent comme ils peuvent au milieu de l’indifférence de parents alcooliques et indolents qui se suffisent à eux mêmes.

Bien sûr, la révélation qui arrive si tard éclaire d’un tout autre jour ces souvenirs de l’enfance meurtrie. Je n’ai eu qu’une envie, tout reprendre à zéro, en me demandant où étaient les indices, qu’est-ce que j’ai zappé, à quel moment ai-je décroché pour ne pas avoir compris avant. Une lecture qui m’avait laissé très septique dans les premiers chapitres, avant d’avoir réellement compris la structure de l’écriture, puis qui m’a happée et donné envie d’écouter sans m’arrêter ces tourments de l’enfance. Avec l’envie d’aider ces jeunes à devenir les hommes qu’ils sont ou devraient être aujourd’hui, sans savoir, sans avoir compris où se situait leur point de non-retour.

Lecture par Mathieu Buscatto. Sa voix s’adapte parfaitement au ton donné par l’auteur, aux souvenirs qui s’égrènent, à l’incompréhension, à la nostalgie de ce qui n’a jamais été et ne pourra plus jamais être.

Catalogue éditeur : Audiolib, Albin-Michel

Benjamin, Pierre et Nils sont venus accomplir les dernières volontés de leur mère : répandre ses cendres dans le lac qui borde leur maison d’enfance, non loin d’une épaisse forêt de sapins comme on en trouve en Suède. Là où, vingt ans auparavant, un drame a changé le cours de leur existence.

Traduit par Anne Karila
Lu par Mathieu Buscatto

EAN 9791035410186 Prix du format cd 22,90 € / EAN numérique 9791035410414 Prix du format numérique 20,95 € / Date de parution 06/07/2022

Premier sang, Amélie Nothomb

Un roman par an et l’art de se renouveler à chaque fois

Avec talent Amélie Nothomb arrive à nous surprendre à chaque rentrée littéraire

Premier sang évoque à la première personne le père de l’autrice décédé en 2020 et qu’elle n’a pas pu revoir pour cause de confinement et de covid.

Le roman s’ouvre sur un peloton d’exécution, Patrick Nothomb a vingt-huit ans, et sa vie va s’achever à Stanleyville, pendant la révolution qui libère le Congo jusque là Congo belge.
Patrick a huit mois lorsque son père décède. Veuve inconsolable, son épouse confie son fils à ses parents.
Le grand-père général, la grand-mère aimante et douce s’occupent du petit Patrick.
Alors qu’il a six ans, Patrick qui sait déjà lire et écrire, souhaite rencontrer la famille Nothomb, la famille de son père qu’il n’a jamais connue.

Au château de Pont d’Oye, Pierre Nothomb le baron poète ne se soucie guère de la vie de ses enfants. Treize sont nés de ses différents mariages. Cinq vivent sous son toit lorsque Patrick les rejoint.
Le baron porte beau et mange à sa faim, Quand toute la tribu doit se battre pour avoir ne serait-ce qu’un morceau de pain ou de viande. La vie au château est un combat permanent pour la vie, mais Patrick s’y endurcit et apprécie cette famille qui est aussi la sienne.

Nous le suivons tout au long du roman, avec un bonheur incroyable malgré la difficulté de vivre à cette époque, malgré les problèmes et les contraintes de sa famille.
Il y a à la fois beaucoup de tendresse et une pointe d’humour tout au long de ces pages, et l’on a envie d’en connaître plus, de l’écouter nous parler encore. Car oui, on s’y croit, on l’écoute, ce petit Patrick qui deviendra diplomate. Amélie Nothomb incarne avec brio, amour et un brin de dérision parfois cet homme qui a su tirer le meilleur des moments les plus difficiles. Un magnifique hommage à son père.

Un excellent cru, un récompense méritée pour une autrice que je suis avec plaisir depuis des années.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

« Il ne faut pas sous-estimer la rage de survivre. » 
Prix Renaudot 2021 / Palmarès 2021 Les 100 livres de l’année du magazine Lire

18 août 2021 / Édition Brochée 17,90 € / 180 pages / EAN : 9782226465382

Les exilés de Byzance, Catherine Hermary-Vieille

De Byzance à Moscou, une fresque familiale sur l’exil et la transmission

En 1453 Byzance, le dernier bastion catholique orthodoxe d’Orient conquis deux siècles auparavant par les croisés, tombe sous les coups des Ottomans. La chute de l’empire byzantin est aussi la fin du règne des orthodoxes dans cette partie du monde très convoitée car à cheval entre l’Orient et l’Occident. Celle qui deviendra Istanbul connaît alors de nombreux pillages et exactions. Femmes, enfants, vieillards ne sont pas épargnés par les conquérants musulmans, poursuivis et abattus jusque dans l’enceinte de la basilique Sainte Sophie.

C’est dans ce contexte que les survivants de la famille Dionous doivent fuir la cité. Les circonstances obligent les deux frères survivants à partir chacun de son côté, Nicolas et Constantin vont alors embarquer qui pour la Russie, qui pour l’autre rive de la méditerranée. À Byzance, cette lignée d’artistes écrit des icônes sacrées depuis la nuit des temps. Le deux frères sont désormais séparés, mais chacun de son côté va tenter de maintenir vaille que vaille cette tradition familiale.

C’est à travers une dizaine de générations successives que Catherine Hermary-Vieille leur fait parcourir de nombreux pays, dans un périple à travers l’orient, de Beyrouth à Moscou, du Caire à Londres, de Saint-Pétersbourg à Florence, Londres, Paris. Fuyant leur ville, les Dionous deviendront paysans, pêcheurs, commerçants, feront prospérer les plantations de coton égyptien, deviendront artistes de père en fille à Moscou. Mais toujours, chacun à sa manière tentera de percer le mystère de cette lignée qu’ils connaissent parfois si mal, mais qui subsiste par delà leurs propres existences.

Maintenir la tradition familiale, la perpétrer dans le respect des ancêtres n’est pas toujours aisée. Cinq siècles d’histoire mouvementée et souvent violente vont s’inscrire dans ces quelques cinq cent pages. C’est à la fois beaucoup et peu pour expliquer les remous provoqués par les conquêtes, les vagues de migrations forcées ou choisies, les révolutions et les transformations des différents pays traversés. Pour Nicolas et sa descendance, il y aura en particulier la création de Saint-Pétersbourg, mais aussi la mort du tsar, la révolution bolchevique et la fin du servage du côté de la Russie. Pour la lignée de Constantin, après quelques années d’errance, l’installation en Égypte, puis la culture et le commerce du coton, qui prospère d’autant plus que celui produit par les États-Unis souffre à son tour des complications dues à la guerre de sécession, la nationalisation des terres et l’obligation de changer de culture imposée par le nouveau gouvernement. Autant de changements que chacun devra anticiper, proposer, accepter, ou au contraire subir, ou refuser.

En fin du roman, un bien utile arbre généalogique permet de s’y retrouver parmi les nombreux membres des deux lignées. Dans ce roman sur l’exil, l’errance, la famille et la recherche de ses racines pour enfin trouver un équilibre, l’autrice nous fait parcourir ces cinq siècles d’Histoire sans nous lasser, passant en revue les transformations politiques et religieuses de cette partie du monde. En fil rouge on retrouve ces icônes peintes par les artistes de la famille. J’ai d’ailleurs appris que l’on dit écrire et non peindre des icônes. Icônes emblématiques qui se transmettent de génération en génération, perpétuant ainsi les racines de la famille Dionous à travers les siècles.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

29 mai 1453. Byzance, dernière capitale de l’empire romain d’Orient, tombe après le siège le plus sanglant de l’Histoire. La fière cité qui a résisté pendant plus de mille ans à tous les assauts s’effondre sous la violence de l’offensive turque. Jusqu’à l’intérieur de la basilique Sainte-Sophie, le peuple se défend avec ardeur et fièvre. Mais les vainqueurs n’épargnent ni les vieillards, ni les femmes, ni les enfants. Deux frères, Nicolas et Constantin Dionous parviennent à s’enfuir, l’un vers la Russie, l’autre vers les rives de la Méditerranée. Ils se font le serment qu’un jour, leurs descendants se retrouveront.

Date de parution 01 octobre 2021 / Édition Brochée 21,90 € / 480 pages / EAN : 9782226442390

Les promises, Jean-Christophe Grangé

Un roman historique sombre et glaçant sur fond de seconde guerre mondiale

Les belles dames du Reich aiment se réunir dans le confort ouaté de l’hôtel Adlon à Berlin, loin des tensions qui agitent l’Europe à l’aube de la seconde guerre mondiale. Pourtant, lorsque certaines d’entre elles disparaissent il s’avère nécessaire de mener l’enquête. Celle-ci est confiée en toute discrétion à Franz Beewen, gestapiste convaincu, qui rapidement ressent le besoin d’agir avec l’aide de Simon Kraus, psychanalyste, et de Minna von Hassel, psychiatre. Tous trois forment le trio d’enquêteurs le plus insolite de l’Allemagne nazi.

Grangé nous embarque dans un roman historique qui fait revivre le Berlin du début de la seconde guerre mondiale. L’intrigue m’a semblé n’être qu’un prétexte à nous rappeler l’horreur du nazisme. Elle passe d’ailleurs parfois d’un réalisme descriptif dense et pointu au surréalisme le plus déconcertant.

L’ambiance lourde, angoissante, nous plonge dans un décor particulièrement bien rendu. Elle est l’objet de descriptions et d’explications historiques souvent utiles mais également parfois longues et redondantes, au risque de ne pas rendre ce roman assez nerveux, rythmé ou même attachant, si tant est que la période s’y prête. Bon c’est un gros pavé mais je ne pense pas que le lecteur ait déjà tout oublié au fil de sa lecture.
L’excellent travail de documentation fait par Jean-Christophe Grangé se ressent à chaque chapitre tant il décrit et détaille à l’excès la période qu’il a choisie. Les personnages ne semblent être là que pour étayer le besoin qu’il a eu de balayer tous les crimes et les horreurs perpétrés par les nazis. Comme à son habitude, Grangé y décrit l’horreur avec une délectation poussée à l’extrême, jusqu’à vous donner la nausée.

Le point le plus positif de cette lecture est très certainement la qualité du lecteur. J’ai apprécié les intonations, le rythme, le souffle, les voix qu’il donne aux personnages, et la façon dont il maintient le mystère et l’horreur, qui se ressentent bien tout au long de l’écoute de ce roman.

Catalogue éditeur : Albin-Michel, Audiolib

Lu par François-Éric Gendron

Les promises, ce sont ces grandes dames du Reich, belles et insouciantes, qui se retrouvent chaque après-midi à l’hôtel Adlon de Berlin, pour bavarder et boire du champagne, alors que l’Europe, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, est au bord d’imploser.
Ce sont aussi les victimes d’un tueur mystérieux, qui les surprend sur les rives de la Spree ou près des lacs, les soumettant à d’horribles mutilations…
Dans un Berlin incandescent, frémissant comme le cratère d’un volcan, trois êtres singuliers vont s’atteler à l’enquête. Simon Kraus, psychanalyste surdoué, gigolo sur les bords, toujours prêt à faire chanter ses patientes. Franz Beewen, colosse de la Gestapo, brutal et sans pitié, parti en guerre contre le monde. Minna von Hassel, riche héritière et psychiatre dévouée, s’efforçant de sauver les oubliés du Reich.
Ces enquêteurs que tout oppose vont suivre les traces du Monstre et découvrir une vérité stupéfiante. Le Mal n’est pas toujours là où on l’attend.

Depuis plus de vingt-cinq ans, l’auteur du Vol des cigognes et des Rivières pourpres règne en maître sur le thriller français. Traduits dans une trentaine de langues, vendus à des millions d’exemplaires dans le monde, tous les romans de Jean-Christophe Grangé ont été adaptés au cinéma ou à la télévision. Les promises est son premier roman historique.

EAN 9791035406509 / Prix du format physique 25,90  € / EAN numérique 9791035406714 / Prix du format numérique 23,45  € / Date de parution 20/10/2021 / durée : 20h48

Le roi qui voulait voir la mer, Gérard de Cortanze

Le voyage à Cherbourg de Louis XVI, un roi incompris et méconnu

En 1786, alors âgé de 32 ans, Louis XVI décide de se rendre à Cherbourg. Ce passionné de cartes marines et de géographie n’avait encore jamais vu la mer.
Il décide de partir en équipage réduit, sans tout le cérémonial que lui impose la couronne, contre l’avis de ses conseillers. Cela va tout de même représenter quelques dizaines de personnes à sa suite, pour traverser les villes et les villages entre Versailles et Cherbourg, et enfin découvrir le peuple de cette Normandie qu’il connaît bien peu.

Ce roi que l’on imagine bien naïf et si peu à sa place est un homme instruit, passionné par la géographie, la marine, la technique. Il parle plusieurs langues et connaît parfaitement bien ses dossiers. Mais il est hélas très mal accompagné par les nobles et les flatteurs de son gouvernement ou de la cour, par tous ceux qui s’ils se pressent à Versailles pour récolter les honneurs ne se privent pourtant pas de dire le plus grand mal de celui qui les gouverne.

J’ai aimé ce roman qui nous fait découvrir la personnalité de ce roi méconnu. A part son rôle avant et pendant la révolution, sa fin sur l’échafaud en 1793, je ne me souviens pas d’avoir entendu souvent évoquer ses qualités, ses compétences, ses ambitions ou ses réalisations.

Et pourtant, son souci d’égalité homme femme, son désir avorté d’abolir l’esclavage, son acceptation des juifs et des protestants dont il souhaite le retour en France, son envie de faire le bien de son peuple, pour ne citer que ces actions là sont quasiment passées sous silence. Une personnalité qui se révèle bien plus riche et intéressante qu’il n’y paraît. Un roman aussi instructif que divertissant qui permet d’apprendre tout en passant un excellent moment de lecture.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Le 21 juin 1786, Louis XVI, qui n’a jamais voyagé, décide de se rendre à Cherbourg, contre l’avis de ses plus proches conseillers. Que compte-t-il rapporter de ce périple dans un territoire qu’on prétend hostile ? Pourquoi traverser ces terres où vivent encore des sorcières et plane le souvenir des invasions Vikings ?

Roi lettré qui pratique couramment plusieurs langues, il sait tout des navires et des monstres marins. Il est capable de dresser la carte de l’expédition autour du monde de La Pérouse, mais n’a jamais embarqué, à trente-deux ans, sur un bateau ni vu la mer. Bouleversé par le spectacle de ces eaux déchaînées et de ce peuple qu’il découvre enfin, il se met à rêver à une société plus juste.

01 octobre 2021 / 19,90 € / 256 pages / EAN : 9782226449382

Tant que le café est encore chaud, Toshikazu Kawaguchi

Prendre une leçon de vie dans le café de tous les possibles

Quel est le lien entre les différentes personnes qui fréquentent un même lieu, en l’occurrence, le café Funiculi funicular à Tokyo ?

Dans ce café insolite on retrouve tour à tour Fumiko, cette jeune femme qui a rendez vous avec son petit ami au café ;
Mlle Hiraï, cette autre jeune femme toujours pressée, les bigoudis sur la tête, qui semble être une femme tellement libre, pourtant elle refuse de rencontrer sa sœur Kumi chaque fois que cette dernière vient la voir à Tokyo ;
Mr Fusagi et son éternelle revue de voyage qu’il annote depuis tant de mois, accoudé à l’entrée du café et son infirmière la très discrète Mme Kotâke ;
Kei, l’épouse de monsieur Nagare qui tient le café et attend leur premier enfant, malgré de réels soucis de santé ;
Et cette femme en blanc qui lit toujours le même livre, assise chaque heure de chaque jour à la même place, sur la même chaise, inlassablement.

Et si le lien était justement le secret de ce café hors du temps qui n’a jamais changé depuis sa création cent quarante ans plus tôt ? Car dans ce café aux trois pendules, le voyage que l’on vous propose est à faire dans le passé ou dans le futur. Mais rien, jamais ne peux changer après que vous ayez fait ce voyage, ni le futur, ni le passé, ni le présent.

S’il y a plusieurs conditions pour pouvoir effectuer ce voyage singulier, la plus impérative est qu’il faut revenir à l’instant présent tant que le café est encore chaud. Alors si c’est aussi compliqué, et si rien ne peut changer, pourquoi tentent-elles leur chance ces femmes qui embarquent pour un voyage dans le temps ? Et si la réponse était simplement dans le fait qu’il existe une autre façon d’accepter et de voir les autres, ne pas chercher à changer ce qui est, mais au contraire comprendre qu’il faut changer soi-même ?

Voilà un joli roman qui interroge sur notre volonté de modifier le cours des choses avant même notre façon d’être. Une leçon de vie et de philosophie à la fois simple et évidente. La sobriété et la délicatesse du Japon émaillent ces pages pour le plaisir du lecteur. Un roman très agréable à lire.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Traducteur : Miyako Slocombe

Chez Funiculi Funicula, le café change le cœur des hommes.
A Tokyo se trouve un petit établissement au sujet duquel circulent mille légendes. On raconte notamment qu’en y dégustant un délicieux café, on peut retourner dans le passé. Mais ce voyage comporte des règles : il ne changera pas le présent et dure tant que le café est encore chaud.
Quatre femmes vont vivre cette singulière expérience et comprendre que le présent importe davantage que le passé et ses regrets. Comme le café, il faut en savourer chaque gorgée.

01 octobre 2021 / 17,90 € / 240 pages / EAN : 9782226458506

Le bûcher des certitudes, Bernadette Pecassou

Quand on immole les femmes aux bûchers pour servir le pouvoir politique et l’ambition des puissants

Depuis La belle Chocolatière j’apprécie les romans de Bernadette Pecassou, car elle entraîne ses lecteurs dans ce sud-ouest que j’aime tant. Après être allés à Lourdes, Biarritz, Bagnères-de-Bigorre ou même sur Le paquebot France, nous voilà de nouveau au Pays-Basque pour un voyage dans le temps au plus près de celles qui font l’Histoire.

En 1609 le roi Henri IV, huguenot fraîchement converti au catholicisme, envoie Pierre de Lancre dans ce Pays-Basque qui pratique depuis toujours les rites anciens. L’inquisition fait des ravages de chaque côté des Pyrénées, les horreurs de la saint Barthélémy sont présentes dans toutes les mémoires et la sorcellerie est le nouveau fléau qu’il convient d’éradiquer. Pierre de Lancre est un passionné, érudit et sûr de lui : les malheurs qui gangrènent le monde sont le fait du diable, et ses messagères doivent être passées par les flammes.

Les destinées de quatre femmes au parcours très différents vont alors se rejoindre pour le pire sans le meilleur hélas. Amalia est une guérisseuse au savoir que l’on se transmet de génération en génération, Murji une fille sauvage qui aime en silence un beau charbonnier, Graciane la sœur du prêtre attend son promis parti à la chasse à la baleine, Lina est prête à tout tenter pour sortir de sa condition misérable.

Il faut savoir qu’en quatre mois à peine soit cent vingt jours, Pierre de Lancre a érigé quatre-vingt bûcher et brûlé quatre-vingt femmes, sans compter qu’il en a arrêté ou torturé des centaines d’autres.

Ce que j’ai aimé ?

L’auteur une fois de plus nous décrit la région de l’intérieur. À travers les grandes familles qui exercent leur pouvoir dans les provinces. Toutes se soutiennent y compris lorsqu’il faut se liguer contre la justice du Roi.
La façon dont elle nous parle du sort fait à ces pauvres femmes accusées de sorcellerie et brûlées en place publique après tortures et violences pour obtenir d’improbables aveux sans véritable procès.
Sa connaissance des traditions de la région à travers les pratiques animistes, les guérisseuses, le pouvoir des plantes et des croyances ancestrales, celle des sorcières par exemple.
La complexité des relations entre l’Espagne et la France, et les stratégies politiques mises en œuvre par Henri IV pour conserver son royaume.
Enfin, comprendre aussi comment les hommes, partis de longs mois vers Terre-Neuve à la chasse à la baleine, abandonnaient leurs familles et laissaient aux femmes la tâche immense de tenir les foyers pendant leur absence.

Ce que j’aime aussi avant tout, c’est cette façon de nous présenter l’histoire à partir des êtres humains qui la font, que l’on oublie souvent, et qui sont tout simplement « à hauteur d’homme » comme vous ou moi en quelque sorte.

Un roman que l’on peut qualifier de régional, mais qui aborde un sujet universel. J’ai apprécié ce retour dans le passé pour évoquer une fois de plus la fragilité de la place des femmes dans les sociétés, à quel point elles peuvent servir de détonateur dans les conflits, et leur vie n’avoir aucun valeur face aux ambitions politiques, religieuses ou économiques.

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Catalogue éditeur : Albin-Michel

1609. Au cœur du Pays Basque, encore imprégné de rites et de mythes païens, un homme est chargé par Henri IV d’une mission : éradiquer la sorcellerie. Dévoré par la foi, le goût du pouvoir, et plein de certitudes, Pierre de Lancre a pour ce faire une méthode imparable : purifier les âmes en brûlant les corps.
Sur ces terres rudes à la langue impénétrable, désertées par les hommes partis en mer, les destins de quatre femmes vont s’entrecroiser. Amalia, la guérisseuse au cœur pur, Murgui, une adolescente à la beauté du diable éprise d’un jeune charbonnier, Graciane, la marguillière de l’église qui attend le retour de son marin, et Lina, prête à tout pour fuir la pauvreté et le mépris. Échapperont-elles à la folie de ce chasseur de sorcières ?

Passionnée par l’histoire des femmes, Bernadette Pécassou, auteure de nombreux romans à succès dont La Belle Chocolatière, L’Impératrice des Roses ou La Passagère du France, ressuscite ici la cruelle figure de Pierre de Langre et nous entraîne au cœur d’une épopée sanglante, où des femmes furent sacrifiées au nom de la raison et de la religion.

Après une carrière de journaliste et de réalisatrice pour la télévision, Bernadette Pécassou se consacre à l’écriture. Elle vit au Pays Basque dont elle est originaire.

19.90 € / 28 Avril 2021 / 150mm x 220mm / 256 pages / EAN13 : 9782226446466