Pas trop saignant, Guillaume Siaudeau

Percutant, concis, émouvant, un road trip à la vie à la mort

Le cri des cochons ou celui des vaches, un matin, Joe décide qu’il ne peut plus les supporter. Car ces cris envahissent sa vie, son repos, ses nuits, ses rêves. Ce n’est pourtant pas une décision simple à prendre lorsque l’on travaille dans un abattoir.

Chaque semaine, Joe doit recevoir des perfusions pour arriver à vivre à peu près normalement. Et dans ces moments-là, son seul rayon de soleil, c’est l’infirmière Joséphine. Il faut dire qu’elle aussi habite les nuits de Joe, ses rêves, sa folie douce et ses envies d’ailleurs. Mais rêver n’est plus suffisant, car ça ne fait pas vivre heureux.

Il en est sûr désormais, le bonheur est dans la fuite, loin de l’odeur du sang, celui des bêtes et celui des perfusions, loin de l’hôpital et de la mort.

Alors ce matin-là, le premier éleveur qui pose sa bétaillère devant l’abattoir à la surprise de la voir s’envoler avec ses six vaches à l’intérieur. Et Joe trace la route, mais il n’oublie pas de récupérer au passage le jeune Sam, cet enfant élevé par des tuteurs qui ont confondu maison de redressement et éducation familiale. A eux deux, ils se font la belle. Par l’autoroute, par les petites routes, jusqu’à la montagne et ses verts pâturages ensoleillés. Ou pas. Il peut faire gris et froid dans les montagnes quand on n’a rien à manger et que l’on est entouré par quelques voisins trop bavards.

Quelle heureuse surprise. J’ai apprécié ce court roman aux chapitres brefs, qui fleure bon douceur et mélancolie, teinté d’un humour grinçant et parfois si réaliste. Personne n’est épargné, pas même les gendarmes, qu’ils soient gentils ou pas, efficaces ou pas, aussi rêveurs ou bavards que n’importe qui. Il y a beaucoup de tendresse et de douceur dans ce road-trip pour la vie, dans ce texte aux intonations douces amères qui nous ramène indiscutablement à la banalité et la dureté du quotidien.

Catalogue éditeur : Pocket et Alma

Pour certains fuir se résume à entrer dans un beau rêve. Pour d’autres les choses ont besoin d’être plus concrètes. Joe est de cette trempe. Il veut se sentir bien. Vivant. Pour de vrai. Voilà pourquoi, émergeant d’un demi-sommeil existentiel, il passe à l’action.
Un beau jour, Joe, un jeune homme, employé aux abattoirs, entend à la télévision un couple retraité expliquer qu’ils ont vendu la maison pour acheter un camping-car et qu’ils vont partir sur les routes histoire de ne pas mourir idiot. Illico, Joe décide lui aussi de mettre les voiles. Sur son lieu de travail, il fauche une bétaillère (bestiaux compris), passe prendre son plus proche ami, Sam un enfant placé, et file au volant de l’engin sur les routes montueuses de la région. Évidemment, la gendarmerie est alertée mais la chasse à l’homme commence plutôt mollement. L’insurgé, l’enfant et les six vaches auront le temps de rencontrer d’épatantes personnes. Dont l’une hors-champs et dont on ne peut rien dire sinon qu’elle porte une blouse blanche.

Alma : 16 € / 144 pages / Date de parution : 6 octobre 2016 / ISBN : 978-2-36279-201-4 / Livre numérique : ISBN : 978-2-36279-202-1

Einstein, le sexe et moi. Olivier Liron

Comment se préparer et vivre une finale de Questions pour un Champion ? Toutes les réponses et bien plus encore à découvrir d’urgence dans « Einstein, le sexe et moi » le roman drôle et émouvant d’Olivier Liron.

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J’avais entendu parler de son premier roman Danses d’atome et d’or par la communauté des blogueurs, sans pour autant l’avoir lu. Puis d’Einstein le sexe et moi, sur les réseaux sociaux en particulier. J’avais très envie de le découvrir quand j’ai reçu ce roman sélectionné par les 68 premiers romans. Et là, comme pour beaucoup d’autres lecteurs, c’est une révélation ! Olivier Liron est un auteur singulier dans cette communauté qui toujours m’impressionne par ses talents divers, si différents d’ailleurs d’un auteur à l’autre, pour dire les mots et les maux, les émotions et les silences, les chagrins et les douleurs, pour émouvoir, émerveiller, étonner.

Olivier Liron est diplômé de l’école normale supérieure, il est également un jeune homme différent, puisqu’il est autiste Asperger. Pas malade non, différent, avec la singularité que cela implique, émotionnellement et par cette forme d’intelligence et cette capacité à apprendre qui sont souvent incomprises par ceux qui l’entourent. Dans Einstein, le sexe et moi, il nous parle d’une expérience étonnante qu’il a vécue en 2012. Il a tout juste vingt-cinq ans lorsqu’il participe non seulement à Questions pour un Champion, dans les grandes années Julien Lepers, mais aussi et surtout à Questions pour un Super Champion.

Son roman, comme l’émission, est construit en quatre manches. Il nous embarque dans les coulisses, évoque la relation avec l’animateur, son analyse des différents candidats, son appréhension très personnelle des questions et des enjeux. Mais surtout il nous entraine dans ses émotions, ses angoisses, ses souvenirs, sa préparation, ses états d’âme et les digressions qu’il a pu faire, y compris pendant l’émission et au risque de s’y perdre, alors que son but était de gagner… Le lecteur découvre peu à peu la vie difficile d’un enfant différent, incompris, harcelé, stigmatisé ou simplement moqué par des camarades de classe qui peuvent se révéler tellement violents, en gestes comme en paroles. Une enfance et une adolescence difficiles, premiers émois, différence, tout cela doit se vivre le plus souvent dans la solitude et l’incompréhension. Tout cela est dit avec une justesse d’analyse et un humour tels que même dans les moments tristes l’auteur nous fait sourire, voire franchement rire.

Il se dégage de ces pages une belle humanité, un humour étonnant, une capacité de l’auteur à parler de ses propres sentiments, ses failles et ses forces, qui est aussi touchante qu’émouvante. C’est à la fois léger et très profond, il y a étonnamment autant une certaine naïveté dans les évocations qu’une véritable profondeur d’analyse des relations humaines.

Et cela doit également nous ouvrir les yeux sur les autres, sur nos propres comportements, sur ces incapacités que nous avons souvent à accepter l’autre, à le comprendre, à l’écouter tel qu’il est et pas tel que nous souhaiterions qu’il soit. Enfin, si ce roman pouvait servir à ouvrir les yeux de l’éducation nationale, des parents, des professeurs, dans la prise ne compte des différences, dans l’éducation et dans le fait que non, tous les enfants ne sont pas les mêmes, acceptons nos différences !

Enfin, et ce n’est pas la grande incertitude du roman, Olivier Liron a non seulement gagné ce Questions pour un Super Champion, mais il est devenu le plus jeune superchampion de l’histoire du jeu. Depuis, il se consacre à écriture et c’est tant mieux car il nous régale, nous réjouit, nous réveille et nous émeut.

Allez, appuyez sur le buzzer et courrez lire ce roman, vous ne le regretterez pas !

💙💙💙💙💙

Citations :

Le psychiatre réplique que personne ne comprend les secrets d’un être. « Surtout pas d’une adolescente. Laura avait des secrets et autour de ses secrets elle a bâti une forteresse. »
C’est l’image juste. Exacte. Quand on ne peut pas parler, on construit des forteresses. Ma forteresse à moi est faite de solitude et de colère. Ma forteresse à moi est faite de poésie et de silence. Ma forteresse à moi est faite d’un long hurlement. Ma forteresse à moi est imprenable. Et j’en suis le prisonnier.

Dès la naissance on ne le sait pas encore, mais il n’y a plus qu’à attendre la mort en essayant d’être tendre avec soi, le plus tendre possible, aimant avec les autres, le lus aimant possible, et révolté contre tout le reste . Il suffit de le comprendre pour que la vie devienne une fête.


Catalogue éditeur : Alma

« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. »

Nous voici donc en 2012 sur le plateau de France 3 avec notre candidat préféré. Olivier Liron lui-même est fort occupé à gagner ; tout autant à nous expliquer ce qui lui est arrivé. En réunissant ici les ingrédients de la confession et ceux du thriller, il manifeste une nouvelle fois avec l’humour qui est sa marque de fabrique, sa très subtile connaissance des émotions humaines.
18 € / 200 pages / Date de parution : 6 septembre 2018 / ISBN : 978-2-36279-287-8