Incendie nocturne, Michael Connelly

Quand Bosch et Ballard enquêtent de concert pour le meilleur et pour le pire

Lors des obsèques de John Jack Thompson, son ancien collègue et mentor, Bosch se voit remettre par sa veuve un dossier que le défunt avait emporté lors de son départ en retraite. Il s’agit du meurtre d’un inconnu dans une ruelle sombre de Los Angeles près de vingt ans auparavant.

Si vous connaissez Bosch vous comprenez déjà que même s’il est en situation délicate, entre un genoux qui le fait souffrir et des tensions avec sa fille, le fin limier ne s’en laissera pas compter et va tenter de résoudre le cold-case.

Depuis qu’il est en retraite du Los Angeles Police Department, Bosch à pris l’habitude de travailler de façon officieuse avec l’inspectrice Ballard sur ce type d’affaires. Mais cette dernière a fort à faire après le meurtre d’un SDF brûlé dans sa tente. Travailler au service de nuit n’est pas une sinécure et ni son chef ni ses collègues ne lui passent la moindre faiblesse. Elle va travailler avec Bosch et enquêter de main de maître sur ces deux cas en parallèle, comme cela arrive souvent chez les enquêteurs dans la vraie vie.

Comme à son habitude, l’inspecteur va mener son enquête de façon atypique, regroupant les indices qui n’apparaîtraient même pas aux yeux d’un enquêteur lambda, cherchant à dénouer le vrai du faux, à remonter les fils du moindre indice, interrogeant, sondant, cherchant sans relâche. De surprise en impasse, les deux policiers nous entraînent dans les recoins sombres de la corruption, de la soif de pouvoir, de l’égoïsme et du profit. Entre le gangs de malfrats, les cols blancs véreux et les prisonniers achetés sans vergogne, la partie s’avère parfois plus délicate que prévu et les liens à tisser sont bien ténus, mais Bosch ne lâche jamais le morceau, pour le plus grand plaisir des lecteurs.

J’ai apprécié cette version audio. Je retrouve avec plaisir la plume de Michael Connely, sa façon d’évoquer le travail des policiers américains, le système toujours très lourd des écoutes, des filatures, le déroulement complexe et parfois incompréhensible de la justice. Le tout est porté par la voix de Jacques Chaussepied, tout à fait convainquant dans son interprétation de ce couple de flics improbable, l’un vieillissant et déjà à la retraite, l’autre une jeune femme qui doit s’affirmer dans un milieu d’hommes, a l’age de tous les possibles malgré sa vie personnelle solitaire.

Catalogue éditeur : Calmann-Lévy, Audiolib

À ses débuts, Bosch a eu un certain John Jack Thompson comme mentor. Un homme qui lui a appris à toujours prendre une affaire personnellement et à déployer tous ses efforts pour la résoudre. À la mort de Thompson, sa veuve confie à Bosch un dossier volé par son mari aux scellés avant sa retraite. Il s’agit d’une affaire non résolue : un jeune homme abattu dans une ruelle coupe-gorge de Los Angeles des années plus tôt.
Bosch demande l’aide de Renée Ballard, déjà fort occupée au quart de nuit à Hollywood après qu’un sans-abri a été retrouvé calciné dans sa tente. Ensemble, ils en arrivent bientôt à se poser une terrible question : le mentor de Bosch a-t-il dérobé ce dossier pour tenter de résoudre l’affaire… ou pour s’assurer que la vérité ne soit jamais faite ?

Parution : 20/01/2021Durée : 12h10 Traduit par Robert Pépin Lu par Jacques Chaussepied

Durée 12h10 / EAN 9791035404529 / Prix du format physique 24,50  € / EAN numérique 9791035404789 / Prix du format numérique 21,95  € / Date de parution 20/01/2021

Les oubliés, John Grisham

Plonger dans les méandres de la justice avec ce thriller efficace et parfaitement maîtrisé

Cullen Post est un avocat atypique. Pasteur de l’église épiscopale, il a exercé son métier d’avocat en cabinet avant de rejoindre Les Anges Gardiens. Cette association à but non lucratif a pour mission de faire sortir de prison, et parfois même du couloir de la mort, les condamnés innocents des crimes qui leur ont été reprochés. Avant de décider de s’occuper de ceux qui les appellent au secours, une enquête poussée est menée par les membres de l’association.

Le jour où Quincy Miller les sollicite alors qu’il est déjà dans le couloir de la mort et emprisonné depuis 22 ans, Cullen Post prend l’enquête en main.

Quincy Miller à été condamné pour le meurtre violent de Russo, un jeune avocat qui exerçait dans la petite ville de Seabroke. Tout le travail des Anges Gardiens est alors de remonter les étapes de l’accusation et de la condamnation, d’en prouver les incertitudes et de mettre la lumière sur toutes les incohérences et les mensonges qui ont permis cette condamnation inique. Et l’on se rend vite compte que dans cette petite ville, comme dans bien d’autres aux Usa, la culpabilité d’un homme noir arrangeait bien les affaires d’un shérif vénal aux manières fort contestables.

Tout au long de l’enquête qui s’avère longue et délicate, Cullen Post travaille sur d’autres missions en parallèle. Ces multiples intervenants m’ont parfois un peu perdue, mais au final j’ai apprécié ce thriller à l’écriture aussi efficace que sobre. Pas de circonvolutions littéraire ou de description inutile, des faits, des actions, des résultats émaillent cette intrigue réaliste et d’autant plus passionnante que l’auteur s’est inspiré de faits réels.

Il y a longtemps que je n’avais pas lu de thriller de John Grisham. J’ai trouvé que cette version audio met en valeur son écriture dynamique, factuelle, rythmée, et sa connaissance du milieu judiciaire américain.

Catalogue éditeur : Audiolib et JC Lattès

À Seabrook, petite ville de Floride, le jeune avocat Keith Russo est tué à coups de fusil alors qu’il travaille un soir dans son bureau. L’assassin n’a laissé aucun indice. Aucun témoin, aucun mobile. Mais la police trouve bientôt un suspect, Quincy Miller, un homme noir et ancien client de Russo. Quincy est jugé et condamné à une peine de réclusion à perpétuité. Pendant vingt-deux ans, il se morfond en prison et ne cesse de clamer son innocence. Il n’a pas d’avocat, personne pour le défendre. De désespoir, il écrit une lettre aux Anges Gardiens, une fondation où travaille Cullen Post, avocat et ancien pasteur de l’Église épiscopale. Les Anges Gardiens n’acceptent que très peu d’affaires. Post sillonne le pays pour tenter de réparer les erreurs judiciaires et sauver des innocents. Le cas de Quincy Miller, toutefois, représente un défi d’une tout autre nature. Des gens puissants, violents et sans pitié ont assassiné Keith Russo, et ils ne veulent pas voir Quincy Miller disculpé. Ils ont tué un avocat il y a vingt-deux ans, ils en tueront un deuxième sans hésitation.

Traduit par Dominique Defert / Lu par Nicolas Charbonneaux

Parution : 07/07/2021 Éditeur d’origine JC Lattès Durée 11h04 EAN 9791035406288 Prix du format physique 24,90 € EAN numérique 9791035406202 Prix du format numérique 22,45 € Date de parution 07/07/2021

La soustraction des possibles, Joseph Incardona

Entre banquiers suisses et mafia corse, les aventures politico-érotico-financières de petits qui rêvent d’entrer dans la cour des grands

Genève, 1989. Aldo Bianchi, toujours célibataire à 38 ans, est un sémillant prof de tennis. Un peu gigolo sur les bords, il profite des avantages que lui offre Odile, sa maîtresse plus si jeune mais si bien pourvue grâce aux revenus très confortables de son mari. En mal d’activité et surtout de sources de revenus, Aldo accepte les missions bien rémunérées que lui confie le mari d’Odile, des aller-retour Lyon-Genève pour transporter discrètement quelques mallettes. Mais accéder au seuil de la cour des grands en faisant rapidement de substantielles économies donne des idées à Aldo qui voudrait en profiter pour faire fructifier la poule aux œufs d’or.

Dans leur entourage évoluent aussi, pour ne citer qu’eux…

Svetlana, une belle et jeune banquière arriviste et amoureuse ;
René, un mari éconduit qui retrouve un semblant de jeunesse au seuil de la retraite ;
Quelques mafieux corses qui ne savent pas s’arrêter de faire leurs affaires pour profiter d’une belle fin de vie sur l’île de beauté, l’ennui est mauvais conseiller ;
Quelques mafieux albanais ou russes pour faire bonne mesure, on n’est pas loin de la chute du régime soviétique, et dont les manières n’ont rien de celles d’enfants de cœur, où l’on apprend le triste parcours de ces prostituées que l’on retrouve déjà à cette époque dans les grandes capitales européennes ;
Quelques petits caïds de banlieue, déjà, qui tombent sur des pigeons à plumer mais s’attaquent aussi à plus malin et expérimenté qu’eux (une autre époque ?) ;
Quelques banquiers suisses qui se protègent et se cooptent, car finalement le pouvoir ça ne se partage pas, même au pays du paradis fiscal ;
Et des femmes amoureuses, de l’amour, du vrai et de celui qui se monnaye.

Ce que j’ai aimé ?

Les détails, sur la société, l’histoire, les personnages, comme les digressions sont érudits et intelligents. le lecteur ne se noie pas dans des circonvolutions alambiquées qui lui feraient perdre le fil mais au contraire retrouve une époque révolue et découvre un milieu pas si clair que ça. Si parfois l’intrigue semble un peu fouillis, beaucoup de monde évolue autour de ces quelques personnages principaux, l’intérêt est toujours habilement relancé et les événements se succèdent pour notre plus grand bonheur.

Un livre brillant et complexe sur l’amour, l’amour de l’argent, l’amour des autres, femmes ou hommes, l’amour de soi aussi, dans ce milieu de la finance où tout est autorisé pour arriver à ses fins.
Un roman noir détonnant, des personnages bien campés, des caractères affirmés et crédibles, une époque pas si lointaine que l’on aurait presque oubliée, celle de tous les possible et de toutes les trahisons.

Et un auteur qui intervient dans son roman pour parler à ses lecteurs, les apostropher avec ironie et à propos, cela surprend et interpelle habilement.

Cette version audio m’a tenue en haleine pendant quelques heures sans que je ne vois passer le temps. La voix du lecteur est bien adaptée aux différents personnages qu’il incarne avec justesse et parfois une pointe d’ironie. Même les accents et les protagonistes très caractéristiques ressortent avec justesse. J’y ai trouvé les intonations qui correspondent à cette critique acerbe et intelligente de la société que nous propose Joseph Incardona.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib et Finitude

On est à la fin des années 80, la période bénie des winners. Le capitalisme et ses champions, les Golden Boys de la finance, ont gagné : le bloc de l’Est explose, les flux d’argent sont mondialisés. Tout devient marchandise, les corps, les femmes, les  privilèges, le bonheur même. Un monde nouveau s’invente, on parle d’algorithmes et d’OGM.
À Genève, Svetlana, une jeune financière prometteuse, rencontre Aldo, un prof de tennis vaguement gigolo. Ils s’aiment mais veulent plus. Plus d’argent, plus de pouvoir, plus de reconnaissance. Leur chance, ce pourrait être ces fortunes en transit. Il suffit d’être assez malin pour se servir. Mais en amour comme en matière d’argent, il y a toujours plus avide et plus féroce que soi.
De la Suisse au Mexique, en passant par la Corse, Joseph Incardona brosse une fresque ambitieuse, à la mécanique aussi subtile qu’implacable.
Pour le monde de la finance, l’amour n’a jamais été une valeur refuge.

Un livre audio lu par Damien Witecka

Parution : 16 Septembre 2020 / Durée : 12h07 / Prix public conseillé: 24.90 € / Format: Livre audio 2 CD MP3 / Poids (Mo): 508 / Poids CD 2 (Mo): 491/ EAN Physique: 9791035403621
Finitude : 2020 / 14,5 x 22 cm / 400 pages / ISBN 978-2-36339-122-3 / 23,50 euros

Betty, Tiffany McDaniel

La sublime version audio d’un roman inclassable, aussi émouvant que dérangeant

Elle s’appelle Betty, mais pour son père c’est Petite Indienne, car il se retrouve dans la peau brune, le regard et les cheveux noirs de sa petite fille. Elle est née dans une famille de huit enfants mais ne les connaîtra pas tous du fait de décès précoces dans la fratrie. Issue d’une famille aisée, sa mère Alka est blanche, belle, froide. Landon Carpenter., l’homme qu’elle s’est choisi ne correspond ni aux rêves ni aux exigences de ses parents. Si elle semble éprise de son époux, elle n’exprime que peu d’amour envers ses enfants, encore moins envers Betty, cette petite indienne qui lui ressemble si peu.

Landon Carpenter est un cherokee qui entraîne sa famille à travers les États-Unis, de petits boulots en petits boulots. Jusqu’à leur retour et leur installation dans la petite ville de Breathed en Ohio, où réside la famille d’Alka. Landon est un père aimant et attentif qui aime raconter de belles histoires féeriques et transmettre à ses enfants les mythes du peuple amérindien cherokee. C’est un homme bon qui connaît la nature, les plantes, et les légendes qui émerveillent chaque jour ses enfants.

Elles sont trois sœurs, complices autant que rivales, soudées par une affection sincère. Très différentes l’une de l’autre, chacune rêve d’une vie meilleure. L’une veut devenir actrice, l’autre être enfin libre. Betty écrit des poèmes, mais souvent aussi sur les événements qui surviennent dans la famille. Les moments difficiles, comme ces témoignages de maltraitance à peine soutenables, sont couchés sur le papier. Puis elle les enferme dans des bocaux qu’elle enterre sous la terrasse, comme pour les anéantir, les oublier à jamais. Et qui sait peut-être un jour les retrouver et pouvoir les dévoiler à tous.

Betty, ayant les caractéristiques des indiens cherokee, est inlassablement le souffre douleur de son école. Mais quelle violence également de la mère envers cette fille qui attend et espère un peu d’amour. Elle ne recevra que la douleur et le poids des secrets de sa mère, de sa sœur, de sa famille.

Betty raconte essentiellement les années de l’enfance à l’âge adulte, dans la ruralité de l’Amérique de la moitié du XXe siècle. Ce roman, qui ne laisse pas indifférent, tient à la fois du conte magique et du plus noir et violent roman social. Rien n’est épargné aux femmes de cette famille, inceste, viol, violence, suicide, haine, racisme, mais aussi déni, solitude et silence, sont le lot de chacune. Si l’auteur questionne la place des femmes dans la société américaine, elle nous donne aussi une belle leçon sur la nature, le pouvoir des plantes et des médecines naturelles trop souvent oubliées.

Difficile cependant de comprendre l’attitude des parents, de la fratrie. Il faudrait sans doute se replacer dans le contexte, moins d’échange avec le enfants, plus de secrets, de silences. Mais comment imaginer la violence dont fait preuve cette mère envers ses enfants, en particulier par son silence ou son attitude envers Betty, mais aussi son manque de réaction face au sort de ses filles. Comment imaginer à chaque malheur qui s’abat sur la famille que personne jamais ne brise le silence, que les mots ne soient jamais dits.

L’écriture, le rythme, l’intensité des sentiments déployés, tout m’a émue, embarquée, mais aussi choquée, attristée, parfois aussi fait sourire, comprendre, espérer. L’autrice s’est inspirée de la vie de sa propre mère métisse cherokee pour construire ce roman qui prend aux tripes, sublime et difficile témoignage en particulier sur la place des femmes, fort et puissant, intemporel, aussi beau que dramatiquement triste.Tout au long du roman, je me suis laissée porter par Betty, par les rêves et les histoires magiques de son père, par l’amour que l’on ressent au milieu de tant de haine et de souffrance. Et quel bel hommage au pouvoir de l’écriture.

Cette version audio est vraiment intéressante et passionnante ; la lectrice réussit à nous plonger dans la tête de Betty, mais aussi à incarner chacun des membres de cette famille pour le moins singulière, à faire passer émotions, violence, silence et sentiments. Elle a l’art de prendre plusieurs intonations, plusieurs voix, et de nous faire vivre les nombreux dialogues qui émaillent ce roman, bravo !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : audiolib et Gallmeister

Un livre audio lu par Audrey D’Hulstère Traduit par François Happe

« Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne. »
La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.
Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. À travers la voix  de sa jeune narratrice, qu’Audrey d’Hulstère incarne à la perfection, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

Date de parution : 20 Janvier 2021/ Durée : 16h56 / Prix public conseillé: 28.90 € / Format: Livre audio 2 CD MP3 / Poids (Mo): 593 / Poids CD 2 (Mo): 572 / EAN Physique: 9791035404666

Rhapsodie des oubliés, Sofia Aouine

Grandir dans les rues de la Goutte d’Or, pour le meilleur ou pour le pire

Abad, jeune émigré libanais, est à l’âge de tous les possibles, celui où tout commence. Il a comme les gamins de son âge des envies de sexe et d’amour, de voyages et de découvertes. Mais avec père quasi absent, une mère toujours débordée et soumise, il est facile de se laisser tenter lorsque les copains vous promettent la lune. Et une fois tombé dans le piège, il a affaire à une justice qui n’entend pas ces jeunes qui espèrent, attendent, et parfois tombent.

À partir de ce jour, il doit aller voir Madame Futterman, la dame qui ouvre dedans, celle qui malgré sa vie de petite fille juive triste, sait écouter et parfois rire aux éclats. Il croise la route de Gervaise, la belle prostituée noire qui contrainte par les sorciers ne quittera jamais cette condition avilissante qui l’attendait à Paris, alors qu’on lui avait fait miroiter un vrai métier qui lui aurait permis d’élever sa fille. Puis Odette, la voisine accueillante qui lui offre rêve et douceur au pays des sucreries et de la musique. Il y a enfin Bat-man, la jeune fille voilée tenue enfermée par les hommes de sa famille autant chez elle que sous son voile, celle qui rêve de s’échapper et pour laquelle Abad aura son premier coup de foudre.

Premiers amours, premiers émois, premières grosses bêtises, quitter la rue Léon et la Goutte d’Or, quitter encore une fois ceux qu’on aime, partir encore pour grandir.

L’écriture, vivante et violente, utilise l’argot et le langage des rues pour faire passer les émotions, la vie qui brûle et bouleverse Abad et ses copains. Quelle énergie, quel humour, quel tourment dans ces mots, ces rencontres, ces aventures amères et douloureuses. Il se dégage de ce roman une rage de vivre, d’être, d’exister, qui prend le lecteur et ne le lâche pas. Abad m’a fait penser au petit Momo de Romain Gary, d’ailleurs présent en exergue d’un chapitre. L’auteur fait vivre par ses mots, son rythme, cette ville qui perd ses jeunes dans les quartiers où la violence, la drogue et la misère ne sont jamais loin, malgré leur rage de vivre, leurs rêves et leur droit au bonheur. Et où l’on constate une fois de plus que la volonté et l’intelligence ne favorisent pas toujours l’intégration des émigrés jeunes ou moins jeunes. J’ai apprécié aussi les rôles et les personnalités des personnages secondaires qui donnent rythme et vie au roman.

Si j’ai apprécié écouter ce roman que j’avais déjà aimé lors de sa sortie, la voix d’Ariane Ascaride ne m’a pas convaincue lorsqu’elle incarne Abad. Il m’apparaît difficile d’être à la fois ce gamin des rues et toutes les femmes qui gravitent autour de lui. Dès qu’elle aborde les autres personnages par contre, elle les incarne avec une émotion que le lecteur ne peut que ressentir à son tour. Mais malgré ce bémol, l’écoute de ce roman m’a fait passer un excellent moment, j’ai aimé en retrouver tous les personnages et la belle écriture de l’autrice.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib, Éditions de la Martinière

« Ma rue raconte l’histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s’appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans. »
Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d’Or, Paris XVIIIe. C’est l’âge des possibles : la sève coule, le cœur est plein de ronces, l’amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. À la manière d’un Antoine Doinel, qui veut réaliser ses 400 coups à lui.
Rhapsodie des oubliés raconte sans concession le quotidien d’un quartier et l’odyssée de ses habitants. Derrière les clichés, le crack, les putes, la violence, le désir de vie, l’amour et l’enfance ne sont jamais loin.
Dans une langue explosive, influencée par le roman noir, la littérature naturaliste, le hip-hop et la soul music, Sofia Aouine nous livre un premier roman éblouissant.
Il fallait le talent d’Ariane Ascaride pour incarner avec autant de justesse cette écriture qui allie humour et drame, et ces « oubliés » que sa lecture nous rend inoubliables.


Avec la participation de l’auteur pour la lecture du chapitre 9.

Suivi d’un entretien avec l’auteur

Date de parution : 16 Septembre 2020 / Durée : 4h43 / Prix public conseillé: 21.50 € / Format: Livre audio 1 CD MP3 / Poids (Mo): 647 / EAN Physique : 9791035403645

Là où chantent les écrevisses, Delia Owens

Une lecture aussi émouvante qu’addictive

Émotion, tendresse, rage, tristesse, joie et bonheur de voir comment Kya, la fille des marais, réussi à vivre malgré l’abandon de Ma, puis de ses frères et sœurs et enfin de Pa.
Comment avec l’aide de Tate elle réussit à apprendre à lire, elle qui vit seule dans sa cabane sans eau ni électricité au bout des marais de Caroline du Nord. La sauvageonne que tous craignent sans jamais chercher à la connaître est une fleur qui s’épanouit au contact de la faune et de la flore de ces marais qu’elle connaît mieux que quiconque.
Ce roman est vraiment magnifique, et totalement addictif. On aime tout de suite cette émouvante et attachante fille des marais. Et on n’a pas envie de la quitter.

La voix de Marie du Bled est juste, précise. Jeune quand Kya est enfant, dure quand on s’adresse à elle, triste ou lourde de remords ou de regrets après les épreuves et les abandons, mais toujours forte et déterminée. Une voix en véritable symbiose avec le personnage principal et ceux qui gravitent autour d’elle.
Et surtout, cette lecture audio permet de prendre encore mieux la mesure de la beauté de l’écriture et de la précision de l’auteur lorsqu’elle décrit la nature omniprésente, sauvage, protectrice et le plus souvent si belle.
C’est un grand plaisir de lecture, et je dois dire que si j’avais déjà lu ce roman lors de sa sortie, j’en ai apprécié ici toute la beauté et la finesse grâce à cette version audio.

Retrouvez ma première chronique de ce roman ici.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib

Un livre audio lu par Marie du Bled. Traduit par Marc Amfreville

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
À l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…
Une héroïne autodidacte et passionnée, une peinture saisissante de la beauté des marais, et une enquête à suspense digne d’Agatha Christie font de ce roman un véritable page-turner.
Un premier roman phénomène qui a conquis des milliers de lecteurs dans le monde entier.

Éditeur d’origine : Le Seuil
Date de parution : 16 Septembre 2020 / Durée : 11h18 / Prix public conseillé: 24.90 € / Format: Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 381 / Poids CD 2 (Mo): 551 / EAN Physique: 9791035403614

Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs, Mathias Enard

Un roman foisonnant et érudit qui revisite l’exploration ethnologique

Alors qu’il doit finaliser sa thèse d’ethnologie sur la ruralité, l’étudiant David Mazon décide de partir en exploration dans les Deux-Sèvres du côté de Niort. Il s’installe à la Pensée Sauvage, au milieu de nulle part, enfin en tout cas pour un parisien, dans un logis peuplé de bestioles en apparence aussi bizarres que son voisinage.

C’est au café-épicerie-pêche qu’il fait la connaissance de Martial. A la fois maire du village et entrepreneur de pompes funèbres, il connaît tout le monde et peut lui présenter ses concitoyens. Quant aux autres, le sémillant trentenaire devra enfourcher sa pétaradante motocyclette pour aller les rencontrer chez eux. Il part donc en étude rapprochée des habitants du marais et de ses environs, Martial le maire, l’artiste totalement décalé, Arnaud, l’idiot du village à la mémoire encyclopédique des dates et des événements, Lucie et son grand-père, Gary et Mathilde, Thomas, pour ne citer qu’eux.

Un roman en trois parties principales. Avec tout d’abord (puis en dernière partie) le journal de bord de David Mazon. Il est au départ fort surpris et réticent à partager la vie à la campagne de ces paysans mal dégrossis avec qui il savoure pourtant volontiers le kir vin blanc au café. De plus en plus distant de Laura, sa petite amie restée à Paris. Il confie à son journal ses états d’âme et sa perplexité quant à l’utilité de ses recherches. Puis nous le retrouvons dans la dernière partie, séduit par la campagne et ses habitants, en particulier par Lucie avec qui il compte bien se lancer dans la permaculture, la fourniture des AMAP et les bonheurs de la vie rurale. Ah, écologie quand tu nous tiens…

Entre temps, de multiples digressions nous content les vies et les réincarnations successives mais aussi les métempsycoses des divers protagonistes que rencontre le jeune David. C’est foisonnant de détails, vies, naissances et morts, nourriture, banquets, libations, la vie explose, se répète, se multiplie, s’éteint. Pourtant, dans une version audio, le lecteur est ma foi un peu perdu. Difficile parfois de comprendre les différentes parties du roman et leurs enchaînements, sans pouvoir revenir quelques pages en arrière pour remettre les personnages à leur place, dans le présent ou le lointain passé. Il faut une grande attention pour ne pas trop perdre le fil.

Enfin, sommet du roman, le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs, pendant lequel une centaine de personnes vont s’en mettre plein la panse jusqu’à plus soif, cent personnes comme les cent noms de la mort elle-même. Chacun d’eux se fendra d’un récit, prétexte pour l’auteur à nous présenter de nombreux personnages historiques, Rabelais, François Villon, Agrippa d’Aubigné, pour ne citer qu’eux. C’est érudit, foisonnant, aussi riche et savoureux que le menu des fossoyeurs, et parfois fort humoristique.

Le talent de conteur et l’érudition de Mathias Enard sont évidents et la qualité littéraire du roman indiscutable. Pourtant j’ai parfois été perdue dans les nombreux aller-retour présent passé, entre les différents personnages et leurs vies antérieures, les relations qu’ils ont eues dans le passé puis qu’ils ont dans le présent… On s’y perd, mais sans doute est-ce un effet de la version audio. Je dois dire que j’ai cependant aimé suivre David dans ses recherches inabouties, suivre ses tergiversations et son changement de cap, et bien sûr retrouver tous les personnages historiques dont nous parle l’auteur. Avec l’envie de creuser un peu à propos de certains dont l’histoire nous a enseigné l’existence, mais oubliés depuis fort longtemps. Sans compter que cela m’a donné envie de découvrir la maison et les traces de Pierre Loti dans la région.

Le voix du narrateur, qui me semblait un peu professorale au départ, donne le ton de ces multiples vies. Elle est particulièrement savoureuse, gouailleuse et adaptée aux truculences du banquet, posée quand il le faut, et m’a permis au final une lecture fort agréable.

métempsycose : Réincarnation de l’âme après la mort dans un corps humain, ou dans celui d’un animal ou dans un végétal. (Certains peuples ont fait de la métempsycose une croyance fondamentale : les anciens Égyptiens, les Hindous.)

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Actes-Sud et Audiolib

Pour les besoins d’une thèse sur « la vie à la campagne au XXIe siècle », l’apprenti ethnologue David Mazon a quitté Paris et pris ses quartiers dans un modeste village fictif au bord du Marais poitevin. Logé à la ferme, bientôt pourvu d’une mob propice à ses investigations, s’alimentant au Café-Épicerie-Pêche et puisant le savoir local auprès de l’aimable Maire – également fossoyeur –, le nouveau venu entame un journal de terrain, consigne petits faits vrais et mœurs autochtones, bien décidé à circonscrire et quintessencier la ruralité.

Mais déjà le Maire s’active à préparer le Banquet annuel de sa confrérie – gargantuesque ripaille de trois jours durant lesquels la Mort fait trêve pour que se régalent sans scrupule les fossoyeurs – et les lecteurs – dans une fabuleuse opulence de nourriture, de libations et de langage. Car les saveurs de la langue, sa rémanence et sa métamorphose, sont l’épicentre de ce remuement des siècles et de ce roman hors normes, aussi empli de truculence qu’il est épris de culture  populaire, riche de mémoire, fertile en fraternité.

Né en 1972, Mathias Enard a étudié le persan et l’arabe et fait de longs séjours au Moyen-Orient. Il vit à Barcelone.

Un livre audio lu par Vincent Schmitt

Date de parution : 20 Janvier 2021 / Durée : 14h57 / Prix public conseillé: 25.90 € / Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 618 / Poids CD 2 (Mo): 616 / EAN Physique: 9791035404673

Actes Sud : octobre, 2020 / 432 pages / ISBN : 9782330135508 / Prix : 22.50€

Le poète, Michael Connelly

Des suicides de flics, le poète Edgar Allan Poe et tout le talent de Michael Connelly pour un thriller inoubliable

Je me souviens d’avoir lu ce livre prêté lors de sa sortie par un collègue qui voulait me faire découvrir le style novateur de l’auteur. Depuis j’ai lu bien d’autres romans de Michael Connelly avec toujours autant de plaisir.

Dès le début, l’affaire est quasiment classée puisqu’il s’agit d’un suicide de policier, dramatiquement triste mais si facile quand on se supprime avec son arme de service, et surtout lorsque l’enquête que vous n’arrivez pas à l’élucider vous obsède. Pourtant, le frère jumeau de Sean, Jack McEvoy, doute du suicide de son frère. Alors que tout lui souriait, pourquoi se serait-il supprimé ?

Jack est journaliste au Rocky de Denver. Il décide de mener sa propre enquête et découvre que toute une série de suicides de policiers sont en fait certainement des morts suspectes. Mais dès lors que vous enclenchez la grosse artillerie et que vous reliez des faits entre eux et qu’ils dépassent le frontière de votre état, c’est le FBI qui se saisit de l’affaire. Tout d’abord inclus avec beaucoup de suspicion et bien peu de bonne volonté dans les équipes d’enquêteurs, jack se sent mis peu à peu sur la touche. Malgré tout, il continue à investiguer de son côté. Et son enquête couplée à celle qui FBI va nous entraîner du côté noir du net, déjà, au milieu de réseaux pédophiles et de criminels aguerris.

Ce roman est paru en 1996. Depuis les techniques ont évolué et les moyens de communications également. Plus besoin de fax, de ligne fixe pour brancher son ordinateur, etc. plus de notes de téléphone avec sa note d’hôtel…. Malgré ces quelques anecdotes qui datent un peu, on s’y laisse prendre à tous les coups. J’avoue que je me suis plongée sans retenue au cœur de cette enquête aux ramification et aux sources bien sombres.

La voix de Benjamin Jungers sied parfaitement au rôle, chaude, posée, j’avais l’impression de voyager dans la tête de Jack, de l’écouter penser à voix haute, ses hésitations, ses découvertes et le plaisir pris à avancer dans l’enquête. Jack qui ne sait pas trop ce qu’il veut, au passé difficile, qui a du mal à faire confiance aux autres et de fait n’arrive pas à se réaliser pleinement. Jack avec ses forces et ses faiblesses qui mène de main de maître le lecteur par le bout du nez jusqu’au final.

J’ai eu une légère inquiétude en réalisant qu’il y avait plus de seize heures d’écoute. Aucune crainte, le rythme soutenu, le suspense toujours présent, les protagonistes plus ou moins attachants mais qui ont un vrai rôle à jouer, et les différents rebondissements font passer le temps presque trop vite !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Calmann-Levy, éditions Points, Le Livre de Poche, Audiolib

Un livre audio lu par Benjamin Jungers. Traduit par Jean Esch

La spécialité de Jack McEvoy, c’est la mort. En tant que chroniqueur judiciaire au Rocky Mountain News, il y a été confronté plus d’une fois. Mais rien n’a pu le préparer au suicide de son frère jumeau. Inspecteur de police, déprimé et incapable de supporter le meurtre non résolu d’une jeune femme retrouvée coupée en deux, Sean s’est tiré une balle dans la bouche, comme le font souvent les policiers dépressifs. Un sujet dont Jack décide de s’emparer, en guise de dernier hommage à son frère.
Mais en s’immisçant dans une base de données du FBI pour les besoins de son article, McEvoy découvre avec stupéfaction que beaucoup de policiers se sont suicidés dernièrement, et que le FBI mène l’enquête sur la mort de son frère. Il comprend alors que cette affaire est en passe de lui fournir le plus gros scoop de sa carrière.
Il pressent aussi qu’il est devenu la prochaine cible du suspect, un assassin qui a, jusqu’à présent, toujours réussi à tromper les plus fins limiers lancés à ses trousses…
Le Poète, l’un des premiers jalons de l’œuvre magistrale de Michael Connelly, brillamment porté par la lecture de Benjamin Jungers, fête en 2021 ses 25 ans.

Né en 1956, Michael Connelly commence sa carrière comme journaliste en Floride, ses articles sur les survivants d’un crash d’avion en 1986 lui valant d’être sélectionné pour le prix Pulitzer. Il travaille au Los Angeles Times quand il décide de se lancer dans l’écriture avec Les Égouts de Los Angeles, pour lequel il reçoit l’Edgar du premier roman. Il y campe le célèbre personnage du policier Harry Bosch, que l’on retrouvera notamment dans Volte-Face et Ceux qui tombent. Auteur du Poète, il est considéré comme l’un des maîtres du roman policier américain. Deux de ses livres ont déjà été adaptés au cinéma, et l’ensemble de son œuvre constitue le cœur de la série télévisée Bosch. Les romans de Michael Connelly se sont vendus à près de soixante-cinq millions de livres dans le monde et ont été traduits en trente-neuf langues. 

Date de parution : 17 Mars 2021 / Durée : 16h43 / Prix : 26.90 € / Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 586 / Poids CD 2 (Mo): 564/ EAN Physique: 9791035402976 / Éditeur d’origine : Calmann-Lévy

Mon inventaire 2020

Janvier 2021, Domi C Lire 6 ans déjà

Domi C Lire est un rendez-vous quotidien indispensable pour partager ma passion et vous donner je l’espère quelques envies de lecture.

2020 était une drôle d’année avec des mois de confinement, des jours que l’on n’a pas vu passer, et souvent l’impression de perdre son temps, de ne pas avancer…

Heureusement l’envie de lire et de partager mes coups de cœur était toujours là. Que ce soit à propos de nouvelles lectures, de rencontres (trop rares cette année) avec des auteurs, d’expositions, de musées, théâtres et les villes ou les lieux que j’ai découvert et partagé ici.

Il y a beaucoup moins d’expositions, musées, théâtre, mais on se rattrapera en 2021 j’espère. Alors avec un peu plus de 190 livres tous genres confondus lus en 2020, combien en reste-t-il ? En tout cas, impossible de n’en garder que 10 comme je pensais le faire au départ…

Voici Mon inventaire 2020

Ces premiers romans bouleversants

Ces romans qui m’ont fait vibrer

Ces thrillers qui m’ont sortie du quotidien

Une envie de voyage

Une incursion réussie en littérature étrangère

Une BD, parce que Boris Vian !

Nickel boys, Colson Withehead

Même morts, les garçons étaient un problème

L’auteur nous entraîne en Floride. Elwood Curtis est un fervent partisan de Martin Luther King dont il écoute en boucle le message sur un disque offert par sa grand-mère. Abandonné par ses parents, élevé par cette dernière, c’est un élève sérieux qui va bientôt entrer à l’université.
Alors qu’il est sur le chemin de l’université, un malentendu va changer le cours de sa vie. Un malentendu, mais surtout une erreur judiciaire qui aurait sans doute été évitée s’il avait été blanc. Le voilà envoyé à la Nickel Academy. Là, noirs comme blancs doivent réapprendre les règles qui régissent la société, mais là comme ailleurs, il ne fait vraiment pas bon être né noir dans l’Amérique ségrégationniste de ces années 60. Elwood va l’apprendre à ses dépends, mais il sera fort heureusement épaulé dans cette longue descente aux enfers par Turner, son alter ego, avec qui il se prend d’amitié.

Cette institution doit remettre les jeunes garçons de 5 à 20 ans dans le droit chemin. Mais on se rend vite compte qu’à la Nickel Academy, les malfaisants et les tortionnaires ne sont pas forcément ceux qui sont enfermés. Les mots ne manquent pas pour décrire les lieux de douleur et de souffrance, voire de mort, qui menacent ces jeunes à chaque instant.

Le roman alterne la descente aux enfers des adolescents à la Nickel Academy, et le présent, lorsque Elwood se souvient de ces années de souffrance et d’espoir.

L’auteur une fois de plus s’inspire de faits réels pour explorer la déchirure et la blessure que portent en eux les noirs américains. Les lois raciales, la ségrégation, l’injustice subies par une partie de la population pour une question de couleur de peau semblent être à jamais des blessures inguérissables. Les évocations des conditions de détention de ces adolescents, la cruauté, le racisme et la corruption qui règnent dans l’institution semblent tellement inhumaines que l’on aurait du mal à y croire si l’on ne savait pas que l’intrigue a été inspirée à l’auteur par la Arthur G. Dozier School for Boys de Floride. Et qu’en 2010, des dizaines de corps ont été retrouvés sur le terrain de ce centre de redressement pour enfants et adolescents.

J’ai particulièrement aimé la version audio qui donne si bien corps aux différents personnages. L’écriture à la fois sobre et révoltée face à tant d’injustice et de violence est tout à fait adaptée à l’écoute de ce roman magistral et puissant. Et comme j’ai été totalement interpellée par l’épilogue, j’ai apprécié de pouvoir réécouter tout le début une fois arrivée à la fin…

Du même auteur on ne manquera pas de lire Underground Railroad, également paru chez Le Livre de Poche

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : livre audio Audiolib et Albin-Michel

Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à cœur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ». Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

Couronné en 2017 par le prix Pulitzer pour Underground Railroad puis en 2020 pour Nickel Boys, Colson Whitehead rejoint William Faulkner et John Updike parmi les très rares auteurs à avoir reçu deux fois cette consécration. S’inspirant de faits réels, il continue d’explorer l’inguérissable blessure raciale de l’Amérique et donne avec ce nouveau roman saisissant une sépulture littéraire à des centaines d’innocents, victimes de l’injustice du fait de leur couleur de peau.

Albin-Michel Prix : 19.90 € / 19 Août 2020 / 140mm x 205mm /272 pages / EAN13 : 9782226443038
Audiolib Date de parution : 14 Octobre 2020 Durée : 6h59