Le temps des orphelins, Laurent Sagalovitsch

Avec un point de vue singulier, Laurent Sagalovitsch explore la profondeur de l’âme humaine à travers les horreurs de la seconde guerre mondiale. Le temps des orphelins, un roman qui interroge sur la foi en l’homme comme en Dieu.

Photo Domi C Lire couverture du roman le temps des orphelins Laurent Sagalovitsch

Le narrateur est Daniel, un jeune rabbin qui malgré son mariage récent avec Ethel s’est engagé comme aumônier dans l’armée américaine. Il souhaite aider les soldats et tenter d’apporter un peu de sa foi sur les champs de bataille. Débarqué en France, il tente d’aider les soldats, même s’il fait plus souvent qu’il ne l’avait seulement imaginé  la prière des morts pour tous ces jeunes gens tombés en Normandie.

Puis au sien de l’armée de libération, son chemin l’emmène jusqu’à l’indicible, du camp d’Ohrdruf à Weimar puis à Buchenwald. Là il découvre la réalité des camps de concentration et ces survivants qui n’en finissent pas de mourir. Avec les autres militaires, il entrevoit, en même temps que son esprit le rejette, l’absolue souffrance, le mal inexprimable.

A son départ pour Buchenwald, il prend avec lui un enfant juif totalement décharné et mutique qu’il tentera d’aider à tout prix. La main de cet enfant dans la sienne lui insufflera cet élan d’humanité qu’il a peur de perdre au milieu de tant d’horreurs inacceptables. Et de se demander : mais où est passé Dieu ! Car comment continuer à croire en un Dieu omnipotent et aimant lorsque l’on est témoin de cette barbarie, comment conserver la foi, voilà bien la grande question posée par Daniel et par l’auteur.

Toute l’horreur des camps est contrebalancée par les lettres d’Ethel, qui espère, attend son mari et lui parle d’un quotidien bien banal. Comme sans doute de nombreux civils aux États-Unis ou ailleurs, elle ne peut à aucun moment imaginer ce que son mari découvre, ce que les soldats de l’armée de libération ont eu à affronter, les regards de ces hommes, ces femmes et ces enfants qui les ont hantés sans doute pendant toute leur vie.

Cela devient presque une habitude, mais Laurent Sagalovitsch écrit l’un après l’autre des romans sur l’holocauste. Ici il interroge sur le silence de Dieu, car comment et pourquoi avoir laissé perpétrer un tel massacre. Comment, s’il existe, laisse-t-il les hommes propager le mal et infliger tant d’horreurs à leur contemporains. Que croire, et comment croire face à l’horreur absolue ?

Retrouvez également ma chronique de son précédent roman Vera Kaplan.

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Avril 1945. Daniel, jeune rabbin venu d’Amérique, s’est engagé auprès des troupes alliées pour libérer l’Europe. En Allemagne, il est l’un des premiers à entrer dans les camps d’Ohrdruf et de Buchenwald et à y découvrir l’horreur absolue. Sa descente aux enfers aurait été sans retour s’il n’avait croisé le regard de cet enfant de quatre ou cinq ans, qui attend, dans un silence obstiné, celui qui l’aidera à retrouver ses parents.
Quand un homme de foi, confronté au vertige du silence de Dieu, est ramené parmi les vivants par un petit être aux yeux trop grands.

Laurent Sagalovitsch est né en 1967.

Date de parution : 15/08/2019 / Format : 14 x 18 cm, 224 p./ 16,00 € / ISBN 9782283033234

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Les amochés, Nan Aurousseau

Dans cette intrigue qui tient autant du roman classique et social que du conte fantastique, l’auteur décortique la vie des petites gens, leur donne la parole, pour le meilleur mais surtout pour le pire.

Abdel Ramdankétif vit en ermite dans un village perdu, à  Montaigu-le-Fré. Là, il se terre quasiment dans sa maison, et si des femmes ont pu traverser sa vie, la dernière en date, Chris, a pris elle aussi la poudre d’escampette après seulement quelques mois de vie commune. Mais cela semble le satisfaire malgré tout, lui le taiseux, le solitaire, le marginal. il vit de lectures, les livres l’entourent, le protège, le submerge.

Un matin pourtant, plus rien ne tourne correctement autour de lui, le monde est comme figé, le soleil immobile. Il descend donc « à la ville de M  » et constate que là aussi, rien ne va plus… Il ne croise et en connait que Robert, le serveur du café. Seul au monde, il va faire la rencontre incroyable de deux sœurs jumelles aussi belles l’une que l’autre. Mais la multiplication des évènements surnaturels et incompréhensibles le pousse à s’isoler encore davantage et à se méfier de tous.

Nous allons le suivre, nous simple lecteurs, dans ses dérives et ses interrogations, aux limites de la folie, jusqu’à nous demander où se trouve la frontière entre le réel  et le rêve… Ou le cauchemar ? Car dans son périple, les travers les plus sombres de nos sociétés vont émerger, prostitution, pédophilie, vol, mensonge, misère et bêtise humaine, tout est bon pour lui faire perdre la raison. Et qui sait alors où se trouve la réalité ? Abdel ou le lecteur ? Après une rencontre rocambolesque avec la police, puis un passage par la case prison, le voilà de retour chez lui…

Un roman étrange, à l’écriture fine, précise et sans fioritures, qui emporte, surprend, dérange, et malgré tout accroche aussi par ce petit côté fantastique assumé. Pour ma première approche de cet auteur, j’avoue que je suis à la fois intriguée et séduite.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Après une vie de bâton de chaise et de nombreuses errances, Abdel Ramdankétif se retire dans le village de montagne où ses parents étaient venus vivre quand ils étaient arrivés en France. Tout a bien changé en quelques décennies : ses parents sont morts, et le village est quasi abandonné…

Seuls, Jacky et Monette, un couple de voisins, survivent à la manière de vieux sages. Abdel s’est installé là, loin des hommes et de la modernité dont il se contrefout. À la fête annuelle du village, il a même rencontré Chris, une psychiatre de la ville la plus proche. Leur histoire d’amour a duré trois mois.

Peu après la rupture qui a mis notre homme k.o., un évènement surnaturel se produit qui va conduire Abdel Ramdankétif au bord de la folie et le mêler aux histoires gratinées d’une étrange famille.

Observateur attentif du genre humain, Nan Aurousseau, dans ce nouveau roman noir, explore, avec un regard non dénué d’humour, une certaine province française – avec ses pauvretés et ses amochés.

Date de parution : 03/01/2019 / Format : 11,5 x 19,0 cm, 336 p., 18,00 EUR € / ISBN 9782283031193



Le chien rouge, Philippe Ségur

Quand la crise de la cinquantaine vous rattrape… avec Le chien rouge, Philippe Ségur propose une critique acerbe et sans concession de la société (de consommation) dans laquelle nous vivons.

Le chien rouge, c’est Peter Seurg, un homme qui a suivi les chemins qu’on a tracés pour lui, afin de  plaire à ses parents, à ce que la société attend de lui. Professeur d’université reconnu et apprécié, tant par ses pairs que par ses étudiants, écrivain, père de famille, quand son rêve aurait été d’être un artiste. Mais enfin, la vie d’artiste, ce n’est pas un avenir honorable, et puis, les artistes meurent tous jeunes, on le sait bien ! En tout cas c’est ce que sa mère lui répète depuis toujours.

Dans sa maison perdue dans les Pyrénées, avec cette jeune femme qui partage désormais sa vie, Peter essaie de se conformer à l’image que l’on attend de lui. Jusqu’au moment où cette société et ses règles lui pèsent tant qu’il décide de se libérer de tout, de s’affranchir de toutes les contraintes, sociales et politiques entre autre, de ces dictats que la société de consommation nous a imposé peu à peu, et auxquels nous nous laissons prendre. Meubles, objets, souvenirs, relations, tout est jeté, expulsé, brulé. Et Peter va désormais brûler sa vie par tous les bouts, tous les extrêmes, pour écrire et se réaliser enfin.

Mais se lâcher, se donner à fond dans la création, dans l’excès, tout abandonner pour écrire, boire, prendre drogues et psychotropes, est-ce la solution ? Est-ce réellement là que se trouve son idéal de vie ? Et s’il fallait fuir le monde dans lequel nous vivons pour se connaitre enfin, au risque de se perdre à jamais.

Nous suivons cet homme, d’abord décrit par son voisin, qui l’a regardé vivre de loin, puis par son manuscrit, nous découvrons son cheminement intérieur, sa libération, et son emprisonnement aussi, dans cette camisole chimique qu’il s’impose, puis qu’il subit, et dont enfin il se libère. Un roman étrange et assez envoutant dans ce qu’il nous place face à certaines de nos interrogations sur qu’avons-nous fait de nos vies, était-ce là réellement notre idéal, et si nous pouvions recommencer, etc…

💙💙💙

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Poussé à bout par son métier et ses contemporains, Peter Seurg, qui ne comprend plus le monde dans lequel il vit, pète un câble et craque. Le corps médical, qu’il consulte avec réticence, lui prescrit un formidable cocktail d’antidépresseurs, de somnifères et d’anxiolytiques. En quelques semaines, la personnalité de notre héros se modifie : il rompt avec son amie Neith, rejette sa vie bourgeoise et part s’installer dans les bois,seul dans sa tour d’ivoire.

Après plusieurs mois de ce régime, Peter, miraculeusement dégrisé, se réveille et découvre que son amour pour Neith est toujours intact. Elle, par contre, ne veut plus entendre parler de leur vie commune. Revenu à lui dans un environnement personnel dévasté, Peter se trouve alors confronté à une série de questions décisives…

Critique sans concession de notre société, Le Chien rouge dresse le portrait psychologique d’un homme épris d’idéal et victime de sa propre révolte. Roman de la maturité, hommage à l’art et la littérature, constat politique accablant, ce nouvel opus de Philippe Ségur est l’un des plus forts et des plus beaux qu’il ait écrit.

Date de parution : 23/08/2018 / Format : 14 x 20,5 cm, 240 p. / Prix : 17,00 EUR € / ISBN 9782283031308

La mise à nu. Jean-Philippe Blondel

Quand la palette du peintre détermine les couleurs de la vie. Avec « La mise à nu » Jean-Philippe Blondel interroge sur la vie, les souvenirs et ces êtres dont on croise la route et qui font de nous ce que nous sommes.

Domi_C_Lire_la_mise_a_nu_jean_philippe_blondel.jpgLouis Claret, professeur d’anglais  à la retraite promène son ennui et sa mélancolie à un vernissage. Là, il retrouve Alexandre Laudin, un de ses anciens élèves devenu artiste peintre. Malgré les années et les banalités d’usage, le contact entre les deux hommes est immédiat.

Alexandre expose une nouvelle fois dans sa ville natale. Reconnu par la critique, il reste incompris des habitants de cette petite ville de province dans laquelle il revient toujours. Est-ce une sorte de fidélité pour cette enfance et cette adolescence si difficiles à oublier ? Ou le besoin d’être reconnu par ceux qu’il a côtoyé depuis toujours ?

Tout comme Alexandre, à l’approche de la soixantaine Louis, divorcé, vit seul car même ses filles ont quitté la ville depuis longtemps, cela semble lui convenir. Pendant la soirée, Alexandre propose à Louis de venir chez lui, puis rapidement il lui demande de poser pour lui. Le quotidien de Louis va alors en être bouleversé. Dans sa relation avec Alexandre tout d’abord, puis avec lui-même. Car être modèle pour Alexandre n’a rien d’anodin. Sous le regard de l’artiste il y a avant tout le regard de l’homme qui vous met littéralement à nu, qui expose au grand jour sur la toile ces facettes de vous-même que vous ne pouviez ni ne vouliez voir… Est-il alors facile ou au contraire difficile d’accepter ce que l’autre vous dévoile ?

Louis comprend également que sous cette peinture, sous ces couleurs sombres se cache un jeune homme plus instable et plus meurtri qu’il n’y parait. Les échanges entre les deux hommes vont mener l’un comme l’autre à se poser des questions sur son passé, sur tous ceux qui les ont accompagnés, ceux qui composent leurs souvenirs heureux ou malheureux, ceux que l’on aura envie d’emporter avec soi quand viendra l’heure. Mais cette rencontre pousse également Louis en dehors de ses propres retranchement, vers des aspirations, des expériences autres…

Toute en subtilité et en nuances, cette confrontation de deux hommes à la fois sûrs d’eux, et peut-être un peu perdus dans une vie qui ne semble pas vraiment leur convenir, va les amener à s’interroger sur leur passé et leur futur, leurs aspirations et leurs envies. Et si l’un semble plus à l’aube de sa vie quand l’autre en est quasiment au crépuscule, leur vision du monde est pareillement  étrange et désespérée.

Ce qui vous emporte à tous les coups dans ce roman c’est cette écriture soignée, ciselée, travaillée qui m’a fait penser à l’écriture de Marie-Hélène Lafon. Le lecteur sent vite que chaque mot est à la place et aucun n’est superflu pour décrire les sentiments, leur exploration, tout comme la subtilité et l’ambiguïté de la relation entre ces deux hommes. Sans oublier ces interrogations à échelle humaine d’un homme qui se penche sur son passé, un autre sur son avenir, jusqu’au point d’orge du roman, cette scène finale qui laisse le lecteur pantois et perplexe, enfin au moins le lecteur que je suis…

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Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Louis Claret est un professeur vieillissant qui habite en province. Séparé de sa femme depuis quelques années, ses filles vivant désormais des vies très différentes de ce qu’il avait imaginé, il se laisse bercer par le quotidien. C’est sans réfléchir et pour remplir une soirée bien vide qu’il se rend au vernissage d’une exposition de peintures d’Alexandre Laudin – un ancien élève, jadis très effacé mais devenu une célébrité dans le monde artistique. Il ne se figure pas un seul instant à quel point ces retrouvailles avec Laudin vont bouleverser sa vie.

La Mise à nu parle de ce qu’on laisse derrière soi, au bout du compte. Des enfants. Des amis. Des livres ou des tableaux…

Jean-Philippe Blondel, dans une veine très personnelle, évoque avec finesse ce moment délicat où l’on commence à dresser le bilan de son existence tout en s’évertuant à poursuivre son chemin, avec un sourire bravache.

Date de parution : 04/01/2018 / Format : 11,5 x 19,0 cm, 252 p. / 15,00 EUR € / ISBN 978-2-283-03022-6

 

Nos vies. Marie-Hélène Lafon

Inspiré d’une nouvelle écrite précédemment par Marie-Hélène Lafon, « Nos Vies » est devenu le roman étonnant et émouvant que l’on découvre en cette rentrée littéraire.

DomiCLire_nos_vies_marie_helene_lafonJeanne marche, vit, se souvient. Dans la vie de Jeanne, il y a la voisine, et son fils, la pharmacienne, et ses clients, Karim, mais aussi ses frères et sœurs. Elle fait ses courses au Franprix de la rue du Rendez-vous. Là, il y a Gordana, la caissière aux seins généreux et au décolleté engageant, il y a aussi l’homme, qui chaque vendredi passe toujours à la caisse 4, la caisse de Gordana, tout comme elle.

Elle observe les autres, chaque jour, mais surtout elle imagine leurs vies, faites de rencontres, d’amours, de solitudes, de passés et surtout d’avenirs qu’elle rêve pour eux. Jeanne invente leurs bonheurs manqués, leurs quotidiens à la banalité parfois consternante, avec beaucoup d’imagination. N’est-ce pas aussi un moyen d’occulter la banalité de son propre quotidien ?

Au passage, on la découvre peu à peu, solitaire, sans homme ni enfant, sans parents, une famille qu’elle voit de temps en temps, mais toujours par obligation, si peu par plaisir. Le mariage, puis le mari disparu, la vie sans enfants, la famille manquée, le travail pas toujours gai…autant d’instants, de souvenirs, qui sous un aspect parfois banal, montrent la futilité et le vide de sa vie.

Marie-Hélène Lafon nous dépeint là des solitudes urbaines, des destins figés, des histoires de vies à la tristesse sous-jacente pas toujours avouée, des rêves et des illusions, pour oublier un quotidien maussade et peut-être trop désespérant…

Avec des mots justes et simples, l’auteur nous entraine doucement dans son histoire. Elle nous enveloppe de souvenirs et parfois même de regrets, ceux du temps qui passe sans qu’on ne l’ait vraiment vécu, qu’elle distille par petites touches à priori légères, mais qui longtemps après la lecture vous laissent un goût étrange, avec cette envie de vivre à fond votre propre vie, pour être sûr de ne pas attendre le bonheur en vain et de ne rien manquer !

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Rencontre avec Marie-Hélène Lafon, à Manosque pendant les Correspondances


Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

 « J’ai l’œil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’ai oublié, je l’invente. J’ai toujours fait ça, comme ça, c’était mon rôle dans la famille, jusqu’à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d’autre pour lui raconter, elle disait qu’avec moi elle voyait mieux qu’avant son attaque. »

Le Franprix de la rue du Rendez-Vous, à Paris. Une femme, que l’on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L’homme encore jeune qui s’obstine à venir chaque vendredi matin… Silencieusement elle dévide l’écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.

 Littérature française / Date de parution : 17/08/2017 / Format : 11,5 x 19,0 cm, 192 p., 15,00 EUR €  / ISBN 978-2-283-02976-3

Nue, sous la lune. Violaine Bérot

« Nue, sous la lune » de Violaine Bérot, est un roman difficile, court, cinglant, qui révèle à la fois un désespoir profond et une offrande à l’amour absolu.

DomiCLire_nue_sous_la_lune.jpgElle est artiste, a tout quitté pour pratiquer son art auprès de celui qu’elle considère comme un maitre dans ce domaine. Mais elle tombe amoureuse de cet homme au profil de pervers, qui la place en situation d’infériorité, l’isole, la diminue, jusqu’au jour où…
Dans ce court roman de quelques cents pages, Violaine Bérot décrypte le parcours à la fois inconcevable et inéluctable d’une femme qui abandonne tout par amour, y compris sa propre personne. Car elle l’aime, mais elle le fuit pour échapper à son emprise, pour tenter survivre, puis revient inéluctablement vers celui à qui elle voue cet amour absolu et destructeur, jusqu’au bout, jusqu’à renoncer à son humanité, à l’abandon de sa famille et de tous ceux qu’elle aime, de sa vie en somme.

Et le lecteur de souffrir, d’essayer de comprendre et de décrypter ce qui ne se conçoit pas, ce qui souvent ne se comprend pas, ce sacrifice de soi que l’on est parfois capable de faire par amour, pour l’amour,  au-delà de tout raisonnement, de toute logique. Et l’on pressent, on décrypte, l’emprise, toxique, terrible, à laquelle il est impossible de se soustraire, celle du pervers qui soumet, qui avilie, qui domine et qui blesse, sans retour.

Voilà un roman fort qui questionne le lecteur sur des sujets tels que la manipulation, les pervers, l’abandon, l’obsession, l’amour fou, exclusif, destructeur.

Extrait :
J’ai si souvent eu envie de violence, envie de me jeter dans le vide pour ne plus t’entendre, envie de te taper dessus pour te faire taire, ne plus avoir à écouter tes remontrances.
Je ne suis plus capable de trouver en moi assez de courage pour continuer à t’aimer.


Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Elle a tout abandonné pour lui. Elle avait du talent, commençait à être reconnue comme sculpteur. Mais elle est devenue moins que sa servante. Insidieusement. S’est oubliée, reniée.
Au début de ce roman intense, elle tente de prendre la fuite.
Avec son style reconnaissable et poétique, Violaine Bérot sonde les zones profondes, obscures, de ses personnages. Et raconte cette tragédie que représente le fait de « devenir personne ».

Roman / Littérature française / Date de parution : 12/01/2017 / Format : 11,5 x 19,0 cm, 128 p., 12.00 € / ISBN 978-2-283-02991-6

Vera Kaplan. Laurent Sagalovisch

« Parce que Vera Kaplan a cru que sa destinée était de vivre, de vivre à tout prix » est-il seulement légitime de s’interroger, longtemps après, sur sa culpabilité ou pas ? Roman fort, bouleversant, passionnant, Vera Kaplan, de Laurent Sagalovitsch est de ces œuvres qui restent longtemps en mémoire une fois fermée la dernière page.

DomiCLire_vera_kaplan.jpgVera Kaplan est une belle jeune femme, blonde aux yeux bleus, de 18 ans, juive, éclatante de vie, qui vit à Berlin dans les années 30. Mais la guerre et ses contraintes, ses horreurs, vont l’amener à trahir et dénoncer les siens pour tenter de sauver ses parents de la déportation, et se sauver elle, tout simplement. Elle devra vivre ensuite avec ce poids, ce vide, toute sa vie. Dans son journal, Vera Kaplan raconte, les jours passés, les trahisons, le poids du chagrin, la honte, le désespoir, les regards, la vie qui s’en va et celle à laquelle on s’accroche chaque jour, l’amour aussi, incongru, salvateur, comme un bouée à laquelle s’accrocher pour ne pas sombrer.

Alors coupable ? Non coupable ? La justice des homme a décidé à la fin de la guerre, et Vera Kaplan a payé par dix années de détention. Mais comme l’a si bien écrit Jean-Jacques Goldman « Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt » ? Ah, c’est un peu facile bien sûr. Pourtant, ce livre inspiré par la vie de Stella Goldschlag questionne, dérange, bouleverse. Mais il est évident que la réalité d’une vie en temps de guerre nous est étrangère, nous qui vivons si facilement dans notre 21e siècle, certes bouleversé par le terrorisme et les attaques qui nous plongent dans la sidération et l’incompréhension, mais dans lequel nous sommes tellement protégés et si peu avertis de ce que pouvait être la lutte pour sa survie, pour celle de ses proches, de ses parents en particulier, dans cette guerre sans merci menée par les nazis contre ces Hommes qu’ils avaient décidé d’exterminer pour la seule raison qu’ils étaient juifs…

Un livre court, dense, une écriture intéressante, le lecteur passe du journal de Vera Kaplan, de ses lettres d’après-guerre, à la vie et aux réactions de son petit-fils aujourd’hui. Lui qui vient de découvrir l’existence de cette grand-mère certes absolument monstrueuse, mais qui est peut-être à sa façon une victime terriblement humaine d’une époque extra-ordinnaire.

Je vous conseille de lire également l’avis de Ludivine, du blog  Emilia et Jean


Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

À Tel-Aviv, un homme apprend par courrier le suicide de sa grand-mère, Vera Kaplan, dont il ignorait l’existence. La lettre, venue d’Allemagne, est accompagnée de l’ultime témoignage de la défunte et d’un terrifiant manuscrit : son journal de guerre, celui d’une jeune Juive berlinoise qui, d’abord pour sauver ses parents puis simplement pour rester en vie, en est venue à commettre l’impensable – dénoncer d’autres Juifs, par centaines.
Dans un récit sans complaisance, librement inspiré du destin véritable de Stella Goldschlag, Laurent Sagalovitsch dresse le portrait d’une victime monstrueuse dévorée par une pulsion de vie inhumaine.
Laurent Sagalovitsch est né en 1967.
Roman / Collection : Qui Vive / Date de parution : 25/08/2016 / Format : 14 x 18 cm, 160 p., 13.00 € / ISBN 978-2-283-02997-8