Des âmes simples. Pierre Adrian

Dans « Des âmes simples » Pierre Adrian présente le parcours sans concession d’un homme d’église, parcours qui ressemble à s’y méprendre à la solitude d’un coureur de fond transformé en coureur de Dieu, vue par celui qui ne croit pas, dans une vallée des Pyrénées.

DomiCLire_des_ames_simples.jpgSi je connais bien depuis de très nombreuses années cette région de la vallée d’Aspe et du merveilleux cirque de Lescun, en lisant « Des âmes simples » le roman de Pierre Adrian, j’ai l’impression de faire partie de ces touristes qui n’en découvrent que le côté idyllique et paisible, ensoleillé et estival, bien loin de la pluie, de la brume et du froid que j’ai ressentis tout au long de ces pages.
J’imagine que le personnage de Pierre aurait eu moins d’épaisseur, de force, si la vie avait été paisible et calme, dans un cadre magnifique ? Car magnifique elle l’est la vallée d’Aspe, mais la vie peut y être difficile, le travail manque, les maisons et les habitants vieillissent, ces villages sont essentiellement peuplées en été par ceux qui n’en prennent que le meilleur, en hiver par ceux qui ne font que passer pour rejoindre les pistes de ski espagnoles, de l’autre côté.

Le parti pris de l’auteur est donc de suivre Pierre, curé, puis moine de son état, qui a en charge les âmes simples de cette vallée des Pyrénées. Dans l’ancien monastère de Sarrance, où il y a quelque quarante ans, les jeunes allaient faire « retraite » avant leur communion, ne vivent plus que deux ou trois vieux prêtres, et quelques pèlerins qui s’arrêtent là presque par hasard, afin de retrouver la paix intérieure que la vie trépidante des villes leur a fait perdre de vue depuis longtemps.

Et dans les pas de Pierre, nous allons découvrir pèle mêle les pèlerins et le chemin de Saint Jacques de Compostelle ; la vielle ligne de chemin de fer qui mène jusqu’à Canfranc, en Espagne, par le seul tunnel hélicoïdal d’Europe ; les sentiers qui conduisent au Pays Basque, territoire voisin mais différent, étranger ; le passage du col du Somport, seul chemin de salut pour les juifs pendant la seconde guerre mondiale ; et pas loin, Bernadette et la source miraculeuse ; ces légendes qui créent un site et apportent paix et espoir dans les cœurs des hommes. Mais dans cette vallée il y a aussi les morts, tous ceux que Pierre accompagne en terre, croyants mais si peu, qui ont vécu là toute une vie proche de cette nature si belle et parfois si difficile, si dangereuse comme sait l’être la montagne en hiver.

Il y a parfois beaucoup de tristesse dans ces lignes, cette vallée sous la pluie, la brume et le froid, ces hommes vieillissants et solitaires, mais il y a aussi une grande sérénité, une paix qui s’installe et remet les valeurs à leur véritable place, celle du cœur et des sentiments.  Mais c’est aussi un roman qui questionne de façon égale croyants et incroyants sur la réalité et la nécessité des croyances justement.

Ces phrases que j’ai aimées :

– A quatre-vingt-dix ans, chaque mot chez Albert est devenu une barrière à franchir. Mais sa présence seule suffit, qui répand la paix sans le savoir. La générosité de certains hommes dépasse leur propre volonté. Elle donne une idée du bonheur.

– Complies, c’est sans doute l’heure qui m’attire le plus parmi les habitudes du monastère. Ce sont les dernières complaintes avant la nuit. Et les psaumes chantent souvent le détachement et l’abandon…On se laisse aller à la nuit, dans l’incertitude d’une nouvelle aurore. Après tout, rien n’est sûr en demain.


Si vous voulez vivre la vie d’un curé des Pyrénées, et surtout l’aventure des curés de Sarrance autrement, je vous conseille de découvrir cette vidéo anthologique du député Jean Lassalle, la gouaille, l’accent, les expressions, et une aventure comme il en arrive rarement, sauf peut-être dans une vallée perdue des Pyrénées !!


Catalogue éditeur : Éditions des équateurs

« Ce qui repousse les caméras m’attire. Ceux qui trébuchent, ceux qu’on ne voit pas. J’aime le fond de la classe. Le saccage et le sursaut, la poudrière, le foutoir, la beauté, les rêveurs : tout est au fond, chez les invisibles. Au fond des vallées. Cette leçon, je l’apprendrai aux côtés de frère Pierre. En citant saint Paul, il me dira que la véritable sagesse n’est pas celle du monde : « Si quelqu’un pense être sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour être sage. » » Au cœur d’une vallée, aux confins de la France, un homme tient là seul par sa foi. Au plus près des vies minuscules – les bergers et les bêtes, les paumés et les vagabonds célestes –, il accueille les histoires murmurées, les hommes en perdition. Les croyants et ceux qui ne croient pas. Parce qu’« on ne peut plus faire comme si les gens avaient la foi. » Pour lui, cela importe peu. Jour et nuit, son portable sonne. Il accourt. D’une plume taillée à la serpe, Pierre Adrian nous offre un récit bouleversant, à l’écoute des ténèbres et de la désespérance d’une époque.

200 pages / format 14 x 20,5 / 18.00 € / paru le 5 janvier 2017 / ISBN : 978-2-84990-470-1

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L’opticien de Lampedusa. Emma-Jane Kirby

Parce qu’il est des romans indispensables pour comprendre, ou du moins essayer,
Parce qu’il est des romans qui ne font ni rire, ni sourire, mais qu’il faut lire,
Parce qu’il est des causes qu’on embrasse ou qu’on rejette, mais qui ne laissent jamais indifférent,
« L’opticien de Lampedusa » d’Emma-Jane Kirby est de ceux-là.

Éditions des Équateurs - L'opticien de Lampedusa - Emma-Jane KirbyA l’origine, une aventure, un témoignage, une expérience dont un groupe de huit personnes se souviendra toute sa vie.
Sur l’ile de Lampedusa, l’opticien et ses amis ont pour habitude de partir en bateau ensemble, se divertir, pêcher, se relaxer et oublier les tracas du quotidien.
Sur l’ile de Lampedusa, des migrants par milliers, souvent abusés par des passeurs malhonnêtes, bravent les flots sur des embarcations de fortune pour venir chercher en Europe un hypothétique eldorado au risque d’y perdre la vie.
Sur l’ile de Lampedusa, un jour, les premiers ont croisé la route des seconds, par hasard, cris de mouette ou cris humains, les hommes, les femmes, les enfants, sont des naufragés qu’il faut sauver, des mains tendues, des corps qui souffrent, des corps qui sombrent. Et après, forcément, la vie n’est plus la même, n’a plus la même saveur tranquille pour ceux qui ne voulaient pas voir, pas comprendre, pas aider.

Emma-Jane Kirby a recueilli les témoignages de ces hommes-là, ceux qui ont vu et vécu, tenté de sauver, et de retrouver cette étincelle d’humanité qui s’allume quand les chiffres deviennent des hommes, des vrais, à qui on a tenu la main et qu’on extrait de flots où ils se perdent. Ce roman, qui est aussi avant tout un récit, m’a fait penser au très beau premier roman de Pascal Manoukian Les échoués. Problème insoluble de l’émigration, de ces pays en guerre qu’il faut fuir, mais pour aller où, s’intégrer comment, et pour y trouver quoi ? Beaucoup de questions, et bien peu de réponses satisfaisantes.

 #rl2016


Catalogue éditeur : éditions des équateurs

« Là, là-bas, des centaines. Les bras tendus, ils crachent, hoquettent, s’ébrouent comme une meute suppliante. Ils se noient sous mes yeux et je n’ai qu’une question en tête : comment les sauver tous ? »
La cinquantaine, l’opticien de Lampedusa est un homme ordinaire. Avec sa femme, il tient l’unique magasin d’optique de l’île. Ils aiment les sardines grillées, les apéros en terrasse et les sorties en bateau sur les eaux calmes autour de leur petite île paradisiaque.
Il nous ressemble. Il est consciencieux, s’inquiète pour l’avenir de ses deux fils, la survie de son petit commerce. Ce n’est pas un héros. Et son histoire n’est pas un conte de fées mais une tragédie : la découverte d’hommes, de femmes, d’enfants se débattant dans l’eau, les visages happés par les vagues, parce qu’ils fuient leur pays, les persécutions et la tyrannie.
L’opticien de Lampedusa raconte le destin de celui qui ne voulait pas voir. Cette parabole nous parle de l’éveil d’une conscience. Au plus près de la réalité, d’une plume lumineuse et concise, Emma-Jane Kirby écrit une ode à l’humanité.

160 pages / 15.00 € / paru le 1 septembre 2016 / ISBN 978-2-84990-458-9