L’hôtelière du Gallia-Londres. Bernadette Pécassou-Camebrac

Dans son dernier roman « L’hôtelière du Gallia-Londres » Bernadette Pécassou-Camebrac dépeint la vie de la société lourdaise au milieu du XXe siècle à travers les destins croisés de deux jeunes femmes que tout oppose.

Domi_C_lire_l_hoteliere_du_gallia_londres_bernadette_pecassou_camebracInès est la fille du Gallia-Londres, c’est la riche héritière, belle, exigeante, à qui rien ni personne ne résiste, pas même Paul, le séduisant rugbyman. Mais à côté d’Inès évolue la tendre et douce Marie, fille de boulangers. Elle doit travailler dur pour aider ses parents, pour elle, pas de temps libre après les cours, pas de vacances à Biarritz ou à San Sebastien. Car il faut sans cesse avancer pour ne pas se laisser distancer par les concurrents, pour arriver à vivre correctement et assurer l’avenir des enfants.  Entre elles, il y a Paul, le frère de Josy, l’amie de Marie, ce beau et talentueux rugbyman en qui se fondent tous les espoirs du FCL, le club de rugby de Lourdes.
Nous suivons les jeunes filles pendant les années de collège, puis de leurs émois d’adolescentes à leurs vies de femmes plus ou moins réussies, plus ou moins heureuses. L’avenir n’est pas tout tracé, ni pour l’une ni pour l’autre, le bonheur pas toujours là où on l’attend, mais volonté, courage et ambition seront au rendez-vous.

On le sait, depuis les apparitions de la Vierge en 1858, Lourdes est une ville qui attire les croyants. Dans les années cinquante, les pèlerins sont de plus en plus nombreux et les petites pensions de familles qui se sont créées peu après les apparitions ne suffisent plus. La ville hôtelière prend son essor. Car tous ceux qui viennent ici poussés par un élan mystique ont également des besoins bassement matériels, un lit pour dormir, une table pour se restaurer, un autobus pour les mener de la gare à l’hôtel, voire plus loin, après tout, les Pyrénées sont à deux pas. Les pensions, les hôtels, les métiers de la restauration comme des loisirs ou du transport vont alors fleurir et se développer pour répondre à cette demande croissante. Les femmes sont à la manœuvre, souvent plus fortes, plus organisées que les hommes, et pourtant souvent aussi oubliées. Ce sont elles qui mènent la barque, ce sont elles aussi qui refuseront de vendre au plus offrant, qui maintiennent ce lien familial fort qui existe pour certains encore aujourd’hui.

J’ai aimé ces évocations d’une période révolue mais pourtant bien réelle, en particulier pour qui connait cette région, mais pas seulement. Les mères sont dures à la tâche, besogneuses, économes, elles organisent, prévoient, anticipent. Les filles étudient, travaillent et, toujours très raisonnables, aident les parents, fondent une famille et font tout pour s’en sortir. Les pères refont le dernier match au café, celui des riches, et l’autre, en face sur la place, car si on travaille de concert, on ne se mélange pas entre la ville basse et la ville haute. Les jeunes hommes, sportifs, rugbymen talentueux, qui font l’honneur d’une ville et dans lesquels tous les espoirs se fondent, leur faisant porter peut-être un poids un peu trop lourd sur les épaules. Les hivers besogneux pour ceux qui triment et préparent la saison prochaine, ou le bonheur d’un repos dans les grands hôtels du pays basque, tant côté français qu’espagnol pour les riches propriétaires et leurs belles héritières. Le début des sports d’hivers, la montagne et le rugby occupent une belle place dans la vie et les conversations des lourdais.

De cet auteur, j’avais déjà aimé La belle chocolatière, qui se passait déjà dans la ville de Lourdes. La voici de nouveau avec un roman qui n’a rien de régional, car il est à mon avis tout simplement universel, puisqu’il évoque la place des femmes, leur rôle dans la société, et le long chemin qu’elles ont dû faire pour imposer leur présence. Elles si indispensables et pourtant dont on faisait si peu de cas, dans les familles, lors des partages, des héritages, à une époque où l’homme était le seul à décider… il n’est pas si loin le temps où elles ont eu le droit d’avoir un compte en banque et de gérer leurs biens personnels, en juillet 1965, à peine plus de 50 ans, même pas une vie…

Vous aimez les romans historiques et les histoires d’amour qui vous font rêver ? Alors vous aimerez passer un bon moment en compagnie des héroïnes de Bernadette Pecassou, dans ce bel hôtel Gallia-Londres.

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Lire également la chronique de HC du blog Ma collection de livres

Lire aussi La passagère du France ou L’Impératrice Des Roses


Catalogue éditeur : Flammarion

«Inès avait l’air de l’ange qu’elle n’était pas. Marie l’avait compris. Fille unique, elle était la future héritière de l’hôtel le plus prestigieux de Lourdes situé au pied des sanctuaires, là où se pressaient les foules de pèlerins et où vivaient les propriétaires des affaires les plus florissantes, ceux de la haute.»

Sur fond d’intrigues au cœur d’un palace luxueux, dans une ville mystique jusque dans sa pierre de granit et ses brumes hivernales, L’hôtelière du Gallia-Londres brosse le portrait de destins individuels dans une société en pleine mutation. Des années 1950 à nos jours, entre essor de l’hôtellerie moderne et déchirements de la société, la rivalité de Marie et d’Inès est une histoire de pouvoir, de foi et de courage.

Paru le 06/06/2018 / Genre : Littérature française / 320 pages – 146 x 221 mm Broché EAN : 9782081391284 ISBN : 9782081391284

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La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose, Diane Ducret

Apprendre à s’aimer, quel beau parcours de vie. Lire « La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose ». Un roman vrai, émouvant, à lire pour la beauté du parcours et les mots emplis d’humanité de Diane Ducret.

Domi_C_lire_la_meilleure_facon_de_marcher_est_celle_du_flamant_roseAh, mais voilà un joli roman feelgood, à la couverture sympathique qui va nous faire passer un bon moment de lecture. Ah, mais non, ne vous y fiez pas, car sous des airs légers, ce roman profond et sensible va vous toucher au cœur ! Alors préparez-vous, car le flamant rose vous entraine bien bas, vers l’enfer que va vivre la douce Enaid…

Alors Diane, ou Enaid ? Est-ce un portrait inversé de l’auteur ? Est-ce l’image, le reflet d’une vie difficile dont elle aura su se relever ? Parce que avouons-le, elle a quand même une vie de roman cette Enaid, mais de roman catastrophe, car elle en cumule des événements négatifs dans sa courte vie !

En effet, depuis toujours, Enaid collectionne les malheurs. Cette jeune femme pas banale aurait à priori tout pour réussir, mais non, avec elle rien ne fonctionne. Les hommes qui l’attirent sont tous ce qu’on appelle aujourd’hui des pervers narcissiques, de ces hommes auxquels on s’attache mais qui vous détruisent lentement mais surement, vous faisant croire qu’ils sont indispensables et que sans eux, vous qui êtes tellement nulle, vous seriez encore plus mal… Et bien sûr, elle y croit, Enaid, à ces beaux discours, à ces hommes indispensables à son équilibre, à cette vie qu’ils lui promettent. Et elle tombe, sous les coups, physiques ou moraux, qu’importe, car tous laissent des marques,  indélébiles parfois, et il est si difficile de s’en relever ! Il en faut du courage, de la volonté, de l’amour de soi au plus profond de son désespoir pour arriver à s’en sortir !

Car cette enfant qui grandit sans mère, auprès d’Yvette et André, qu’elle trouve un peu vieux peut-être, qui la surprotège et la freine dans ses élans. Mais elle ne se pose pas trop de question, jusqu’au jour où elle comprend que ce sont ses grands-parents (mais où sont passés les parents !). Alors il y a les années d’adolescence, difficiles, contestataires, puis l’accident de cheval, terrible, handicapant et mal soigné, les rencontres amoureuses, fiascos dévastateurs. Et toujours une jeune femme capable de se relever, d’avancer, de positiver. Pourtant, bon sang avouons-le, ce n’est vraiment pas facile ! Bref, une femme que j’admire énormément pour sa résilience (oui, je sais, c’est bateau la résilience, mais manifestement elle a pris son envol de flamant rose et a réussi à soigner le mal profond qui l’a blessée pendant trente ans, alors …), son côté positif. Aie, que c’est dur de démarrer dans la vie sans savoir si l’on a un jour été aimée par ses parents, avec ce doute lancinant et destructeur, puis de subir les violences conjugales, comme si votre vie ne pouvait être que ça, une succession de malheurs à l’infini ! Mais elle est si forte, si vaillante, si enthousiaste Enaid, que même les obstacles qu’elle franchi sont une course en avant qui lui permet d’accéder au bonheur, d’avancer vers l’avenir.

J’ai aimé, beaucoup ! J’ai été bouleversée et j’ai passé des moments d’émotion intense, des moments difficiles mais également tendres avec Enaid. J’ai eu envie de l’accompagner, de la cajoler, de lui dire les mots qu’on dit à un enfant, à une jeune femme, pour l’aider à grandir. Mais elle n’en a pas besoin, elle va atteindre l’impossible étoile, celle qui brille dans son cœur, elle éclate de vie, d’énergie positive, elle est lumineuse comme ses mots qui vous emportent. Que d’émotions à vivre et à ressentir en tournant ces pages, impossible de tout dire, mais lisez, jusqu’au bout !

Tu as été ma mère et j’ai été ta fille…

Domi_C_Li_re_la_meilleure_facon_de_marcher_est_celle_du_flamant_rose_diane_ducret.jpgJ’avais déjà beaucoup aimé le roman de Diane Ducret Les indésirables. Là elle nous entraine dans un tout autre registre et c’est tout aussi formidable.

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Lire aussi l’interview de Diane Ducret par Karine Papillaud sur lecteurs.com :
« On a fait de la résilience quelque chose de normatif » Diane Ducret


Catalogue éditeur : Flammarion

La loi de Murphy n’est rien comparée à la loi d’Enaid : tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera plus mal encore qu’on aurait humainement pu le prévoir.
Après avoir été quittée à Gdansk par téléphone, Enaid se rend à l’évidence : les fées qui se sont penchées sur son berceau ont dû s’emmêler les pinceaux…Lire la suite

Littérature française / Paru le 28/02/2018 /  273 pages  / 150 x 223 mm / EAN : 9782081421691 ISBN : 9782081421691

Un loup pour l’homme. Brigitte Giraud

« Un loup pour l’homme », c’est Sidi-Bel-Abbès  en 1960, ou  l’Algérie et la guerre vues par l’écriture subtile, rythmée et sensible de Brigitte Giraud.

Domi_C_Lire_brigitte_giraud_un_loup_pour_l_hommeUn loup pour l’homme est un roman à plusieurs personnages, Antoine, Lila, Oscar, et en ces années 60, années troubles s’il en est, les évènements entre la France et l’Algérie. Cette guerre d’Algérie, pour ne pas la nommer, dans laquelle Antoine doit s’engager contre son grès pour aller maintenir l’ordre établi. Lui qui avait été réformé du fait de sa constitution plutôt fragile est appelé juste au moment où sa jeune femme Lila est enceinte de leur premier enfant.

Antoine refuse de porter une arme, ce sera donc au service des autres qu’il agira puisque le voilà affecté comme infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. Là avec beaucoup d’empathie, il va combattre les blessures des corps et celles des âmes, auprès de soldats anéantis par des combats qui font des dégâts irrémédiables sur ces jeunes hommes qui n’auront plus jamais la même vie, après « ça ».

Pendant quelque temps, les hommes oublient la situation et profitent de la mer, du climat, des paysages idylliques, des sorties. Si le paysage est enchanteur, le soleil et les couleurs intenses et magnifiques, la vie et le quotidien d’Antoine se chargent vite de lui démontrer que tout n’est pas si lumineux de ce côté-ci de la méditerranée. Dans les casernements, la solidarité lie ces hommes arrivés là pour l’attrait d’un pays exotique, ou l’envie de gagner du galon, ou encore de se réaliser, quel que soit le milieu d’où ils viennent. Les confrontations peuvent être compliquées entre ces jeunes qui ne se seraient sans doute jamais rencontrés s’ils étaient restés chez eux. Mais au final c’est surtout l’horreur des blessures, des combats qui les rassemblent là-bas. Tout comme il y a un monde entre les nouvelles que l’on distille à la famille restée en métropole et la réalité du terrain. Et la censure n’est certainement pas la seule responsable de ces différences, car comment dire ce qui ne peut être entendu ?

Lila, sa jeune femme, n’en peut plus d’être séparée d’Antoine, sans plus attendre elle débarque en Algérie. Il en faut du courage ou de l’inconscience pour arriver, enceinte, et vouloir faire naitre son enfant dans cette période trouble. Mais l’amour, la solitude, donnent parfois des ailes. A partir de là son jeune mari sera le seul à ne pas dormir dans ces chambrées où se créent les fraternités des bataillons, sa désertion du groupe lui vaudra d’ailleurs quelques jalousies. Lila va faire sa place dans ce pays dont elle ignore tout avec beaucoup de courage et de ténacité.

Enfin, Oscar, blessé mutique auquel s’attache Antoine. Jeune paysan, il s’est retrouvé engagé comme les autres dans une guerre sans merci. Il est amputé d’une jambe et ne pourra plus jamais prendre sa place au domaine agricole de ses parents ni auprès de celle qui pourtant l’attend. De façon assez incompréhensible, Il s’enferre dans le silence, refusant de répondre, de parler, de vivre tout simplement. Être devenu un demi-homme n’est plus être un homme à part entière et il ne l’accepte pas. Antoine s’émeut pour ce convalescent si différent, si secret. Non par pitié mais par humanité, il va essayer de lui redonner gout à la vie, d’en faire un homme debout malgré son handicap.

L’auteur nous parle, de façon très intime et pourtant sans en parler vraiment, de la guerre dans ce qu’elle a de plus profond, les hommes, l’humanité, le désespoir, la souffrance et le désir, la vie, la mort. Difficile parcours que l’on suit avec beaucoup d’émotion. Brigitte Giraud est elle-même née à Sidi Bel Abbés, et il y a beaucoup d’elle ou plutôt de ses parents dans ce roman. Il y a surtout une belle écriture ciselée et poétique, à l’image de ces paysages d’Algérie qu’elle dépeint si bien, et qui dit les sentiments, la vie, la mort, les regrets et les remords, de façon aussi subtile, sans amertume, tout en émotion. Elle nous émeut par ce récit à hauteur d’homme, car la guerre, abstraite, est surtout une affaire d’humains, de relations, de foi en l’autre et de désenchantement.

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A Manosque, le plaisir de la rencontre, écouter Brigitte Giraud parler de son roman…

 


Catalogue éditeur : Flammarion

Printemps 1960.
Antoine est appelé pour l’Algérie au moment où Lila, sa toute jeune femme, est enceinte. Il demande à ne pas tenir une arme et se retrouve infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. Ce conflit, c’est à travers les récits que lui confient jour après jour les « soldats en… Lire la suite

Paru le 23/08/2017 / 250 pages / 140 x 210 cm Broché / EAN : 9782081389168 / ISBN : 9782081389168

I love Dick. Chris Kraus

Sulfureux « I love Dick » ? Ce roman écrit par Chris Kraus à la première personne est avant tout la  revendication féministe d’une femme qui s’affirme dans un monde d’hommes.

Domi_C_Lire_i_love_dick.jpgD’abord publié en 1997, le roman a reçu un accueil mitigé, et pourtant il est aujourd’hui traduit dans plusieurs pays. Assez étonnant, troublant par sa construction, il peut rebuter un lecteur par toutes ces mentions d’auteurs anglo-saxons et parce qu’il est très ancré dans les années soixante-dix et quatre-vingt, qu’il faut avoir connues pour ne pas être parfois perdu. De plus, l’impression que Chris a fait tomber les barrières entre l’écriture et la vie privée, la réalité et la fiction, tout en écrivant malgré tout un roman, place parfois le lecteur en porte-à-faux. Et pourtant « I love Dick » parle essentiellement de la difficulté d’être une femme dans un monde d’hommes, celui des affaires, celui de l’art, du cinéma, de l’écriture, où les femmes sont souvent vues comme secondaires et peu intéressantes, insignifiantes, faibles, trouvant leur place uniquement par rapport aux hommes auprès de qui elles évoluent.

La première partie de roman se présente comme un journal. Chris Kraus et son mari, Silvère Lotringer, sont au restaurant avec Dick. Le temps est menaçant, aussi Dick leur propose de les héberger pour une nuit. Dès cette scène, le lecteur connait alors tout ce qu’il faut savoir sur les trois personnages, situation, âge, profession, et le fait qu’ils se connaissent finalement très peu. Au lendemain de cette soirée, Chris est persuadée que la nuit passé sous le même toit que Dick a été comme une rencontre intime et qu’il s’est passé une connexion entre eux, une sorte de « baise conceptuelle » et qu’elle est désormais amoureuse de Dick.
Silvère, jaloux à sa façon, va pourtant rentrer dans le jeu de Chris, et tous deux vont lui écrire des centaines de lettres, produisant ainsi une étrange réalisation artistique à quatre mains. Que faire, les envoyer ? Les publier en un roman ? En parler à Dick ? Attendre sa réponse ?
Pour Chris, c’est un peu comme si elle rédigeait un journal …. Et petit à petit cela devient une véritable introspection pour cette femme tentée par un changement de vie, elle se rend compte que si elle reste auprès de son mari, elle ne sera jamais que sa femme, son accompagnatrice, et n’aura pas de réalité en tant que Chris, aussi elle décide de le quitter.

La deuxième partie du roman nous fait d’abord suivre Chris dans sa traversée des États Unis seule en voiture. Elle tente de revoir Dick, le poursuit de ses assiduités, le harcèle. Mais toute cette partie est aussi un long plaidoyer pour toutes les femmes artistes si peu comprises, si peu appréciées tout au long des années, autrement que par rapport aux hommes qui les ont accompagnées. Et Chris défend la cause de ces femmes, leur talent, réel, méconnu, mal compris. Défend le fait d’être une femme, artiste, talentueuse, révolutionnaire, contestataire ou avant-gardiste, et surtout le droit à l’expression au même titre que les hommes.

Voici donc un roman très déroutant et qui loin d’être aussi sulfureux que le laissait présager son titre, et sa double signification en argot, nous entraine à la suite des délires et des pensées de Chris, aux limites de la fiction et de la réalité, et qui cherche à faire entendre les voix féminines si souvent oubliées et si peu soutenues par la société, en particulier dans les années 80, dans le monde de l’art et de la littérature.

Quelques extraits :

« Nous étions deux électrons qui se tournaient autour dans une circuit fermé. Sans issue, huis clos. J’avais pensé à toi, rêvé de toi chaque jour depuis décembre. T’aimer m’avait permis d’accepter l’échec de mon film, de mon mariage et de mes ambitions. La route 126, l’autoroute de Damas. Comme saint Paul et Bouddha qui firent l’expérience d’une conversation grandiose à l’âge de 40 ans, j’étais re-née en Dick. Mais était-ce une bonne chose pour moi ?
Voilà la façon dont j’ai compris les règles.
Si l’on veut quelque chose très fort, on peut continuer à chercher à l’obtenir jusqu’à ce que l’autre dise Non. »

« Tout ceci était d‘une grande cruauté mais t’aimer était devenu un boulot à plein temps et je n’étais pas prête à me retrouver au chômage. »

« Qu’est-ce qui est selon vous la plus grande réussite de votre vie ? a demandé un adolescent du Thurman Youth Group à George Mosher, un trappeur, fermier, homme à tout faire et bucheron de 72 ans. « Être resté ici » a dit George. « A 3 kilomètres de l’endroit où je suis né ». Cher Dick, le sud des Adirondack permet de comprendre le Moyen Age. »


Catalogue éditeur : Flammarion

 Chris Kraus, une jeune femme, raconte son amour à sens unique pour un critique d’art prénommé Dick. Entre obsession, désir féminin et quête à travers les Etats-Unis, elle s’éloigne de son mari Sylvère et comprend que tout n’était que prétexte à la méditation et à la réflexion sur la place des femmes dans le couple et dans le monde.

Littérature étrangère / Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alice Zeniter / Parution : 24/08/2016 / Prix : 20 €

Cellule. Lou Marcouly-Bohringer

Avec cellule, Lou Marcouly-Bohringer nous fait pénétrer dans ce monde en marge, celui de la maladie, celle qui détruit autant le malade que ses proches et dont l’issue est le plus souvent fatale.

domiclire_celluleLe coup de fil comme départ et comme fin, celui qui annonce la maladie, qui détruit le monde d’avant, ce monde dans lequel on peut vivre tranquille, serein, car tout est encore possible, et qui nous dépose sur une autre berge, un autre continent, celui de la maladie et la peur qui ne nous quittera plus jamais.

La narratrice vit un quotidien dans lequel elle est plutôt passive et peu motivée pour le succès et la réussite, et elle s’en contente avec bonheur et délectation. Au chômage et même pas demandeur ou plutôt chercheur d’emploi, elle vivote sans trop se poser de questions. Jusqu’au jour où…

… ce jour-là, un appel vient bouleverser sa vie et lui apprendre, lui dire les tâches au cerveau, la maladie, celle dont personne ne veut entendre parler et qui fait mal, qui fait peur, qui signifie la mort, et que chacun refuse obstinément d’envisager. Et voilà la narratrice engagée avec sa mère dans une lutte contre la tumeur, contre ces cellules qui prolifèrent obstinément, irréversiblement. L’hôpital, les nuits sur le lit pliant pour ne pas laisser, ne pas abandonner l’autre, le ou la malade, celui ou celle à qui on tient tant, pour quelques heures de plus volées à l’absence qui se profile ; puis les attentes, les traitements, le personnel hospitalier, bourru, ému, empathique, brusque parfois par résistance ou résilience ; les voisins de chambre et leurs familles, au bord du précipice eux aussi, alors il est si difficile de communiquer et de vouloir les entendre ; la faiblesse enfin, la perte de poids, la douleur, l’étincelle de dignité qui s’éteint face à la souffrance, la maladie qui transforme les êtres que l’on aime plus que tout, l’idée que l’on se fait du partage, de l’échange, de la solidarité et de l’amour qu’on donne et qu’on est capable de montrer ou pas devant une épreuve aussi terrible.

Ce court texte vous envoi à terre aussi efficacement qu’un uppercut en plein estomac, et tous ceux qui ont vécu ces moments s’y retrouvent, dans l’avant mais surtout dans cet après, quand tout a basculé et qu’on est confronté à la maladie et à la mort d’un proche sans retour arrière possible vers la vie d’avant, celle de l’insouciance et du bonheur sans tâche.

Extrait :

Trente minutes, c’est ce qu’il faut pour expliquer sans trop de détails mais de manière clairement définitive que la maladie a débarqué dans ta vie.
Et qu’elle va tout défoncer.
Poussez-vous, faites de la place, la voilà.
Ah, vous ne l’attendiez pas ?
Tant pis.

 #RL2016


Catalogue éditeur : Flammarion

Dans ce court récit vif et percutant, Lou Marcouly-Bohringer nous plonge dans le quotidien d’une famille confrontée à la maladie. Sur un rythme implacable, elle scande les sentiments comme autant de cris d’amour.

Thème : Littérature française / Collection : Littérature française / Parution : 28/09/2016 / Format : 11.5×18.5×0 cm / Prix : 12,00 € / EAN : 9782081388000