Assemblage, Natasha Brown

Un roman singulier sur l’intégration et la différence

Elle est trentenaire, travaille à la City de Londres, est propriétaire d’un bel appartement et son petit ami vient de l’inviter à l’anniversaire de mariage de ses parents. Tout lui sourit en somme.

Sauf qu’elle est d’ici mais que tous la voudraient d’ailleurs, elle et sa peau noire qui dénote dans les hautes sphères de la finance. Elle à qui ses collègues osent faire ces réflexions qu’il faudrait garder pour soi s’ils avaient un tant soit peu d’attention pour l’autre. L’avantage d’être une femme, le soucis d’équilibre qui favorise les représentant des minorités, tous ce qui fait qu’on se permet de lui dénier ses aptitudes, sa capacité, ses compétences pour être qui elle est et où elle est.

Aujourd’hui elle sort de chez le docteur et ce cancer du sein l’interroge. Et si c’était la solution de fuir ce monde qui ne veut pas d’elle, qui aimerait la renvoyer vers cette Afrique qu’elle n’a jamais connue.

Alors elle assemble les éléments d’une vie, les mots, les situations, les relations, les frustrations, les silences, se taire et accepter, baisser les yeux et se faire discrète, tout ce qui fait son quotidien et que les autres ne voient pas, ne subissent pas, ne comprennent pas. Le tout est porté par une écriture singulière qui dénote dans cette rentrée littéraire.

Cet Assemblage de mots et de sentiments, de situations et de frustrations, de pensées et de souhaits est là pour crier la différence, la peau noire, le rejet par les autres, la difficulté à être admis, même si l’on a parfaitement accompli son intégration dans une société dans laquelle on aspire à se fondre.

Un roman sans doute un peu trop court pour réussir à m’attacher à son personnage et pour susciter l’empathie. Mais qui éveille notre conscience à la perception au plus profond de soi de la diversité. Car être blanc ou noir change vraiment la donne lorsque l’on évolue dans une société traditionnelle blanche.

Catalogue éditeur : Grasset

Découvrir l’âge adulte en pleine crise économique. Rester serviable dans un monde brutal et hostile. Sortir, étudier à « Oxbridge », débuter une carrière. Faire tout ce qu’il faut, comme il faut. Acheter un appartement. Acheter des œuvres d’art. Acheter du bonheur. Et surtout, baisser les yeux. Rester discrète. Continuer comme si de rien n’était.

La narratrice d’Assemblage est une femme britannique noire. Elle se prépare à assister à une somptueuse garden-party dans la propriété familiale de son petit ami, située au cœur de la campagne anglaise. C’est l’occasion pour elle d’examiner toutes les facettes de sa personnalité qu’elle a soigneusement assemblées pour passer inaperçue. Mais alors que les minutes défilent et que son avenir semble se dessiner malgré elle, une question la saisit : est-il encore temps de tout recommencer  ?

Pages : 160 / EAN : 9782246828235 prix 17€ / EAN numérique: 9782246828242 prix 11,90€ / parution : 11 Janvier 2023 /

Les gens de Bilbao naissent où ils veulent, Maria Larrea

Une histoire de vie et d’amour, où tout est inventé, où tout est vrai

À Bilbao en 1943 naît Julian, hijo de puta au vrai sens de l’expression, mais hijo abandonné par cette mère qui l’a enfanté sans désir. C’est à l’orphelinat chez les jésuites qu’il va vivre désormais. En Galice naît Victoria, déposée à l’orphelinat d’un couvent de bonnes sœurs par Dolorès, cette mère qui ne veut pas de sa fille mais ne l’abandonne pas vraiment. Elle ne sera jamais adoptée et sera « récupérée » à dix ans par une mère ingrate et peu ou pas aimante. Les enfants peuvent travailler et faire vivre certains parents, c’est cette vie là qui est désormais dévolue à Victoria.

Un jour, le destin fait se rencontrer ces deux orphelins. Amoureux, ils se marient, quittent Bilbao et partent vivre à Paris.

Julian est concierge au théâtre de la Michodière. Passionné et excessif, l’alcool est son meilleur ami, même s’il rencontre et devient l’ami de tous ces grands noms qui fréquentent le théâtre.
Victoria ne sait ni lire ni écrire, on se demande bien qui aurait bien pu lui apprendre entre l’orphelinat et une mère aussi peu mère, aussi peu attentive et si peu aimante. Elle sera femme de ménage et secondera son mari concierge.

L’amour entre ces deux là est une réalité, mais il leur est si difficile d’avoir un enfant. Heureusement dans ces années 70 a Bilbao des gynécologues peuvent aider les femmes infertiles à avoir des enfants. Cela s’est pratiqué au bon temps du franquisme pour de bien mauvaises raisons, cela se pratique encore en ces années là pour d’aussi obscures raisons, l’appât du gain en particulier.

C’est dans ces conditions que naît Maria, mais elle ne le sait pas encore. La jeune femme a toujours senti une sorte de flou autour de sa naissance sans en comprendre la raison, la future naissance de son premier enfant et la rencontre avec une cartomancienne vont déclencher une quête de quatorze longues années pour découvrir d’où elle vient.

Une quête longue et éprouvante, non pas pour connaître ses parents biologiques, mais plutôt la genèse de sa vie, l’histoire avant la naissance, le pourquoi et le comment de ce qui a permis qu’elle vienne au monde.

Un roman incroyable, dans lequel comme disait Boris Vian, « tout est vrai puisque je l’ai écrit » . Mais ici, tout est romancé, et tout est vrai. Je ne veux pas vous en dire plus si ce n’est lisez-le !

La rencontre avec l’autrice à Manosque puis à la librairie Tonnet de Pau m’a donné un bel éclairage sur la genèse du roman, mais il n’est pas besoin de trop en savoir pour lire avec bonheur et intérêt ce magnifique premier roman.

Catalogue éditeur : Grasset

L’histoire commence en Espagne, par deux naissances et deux abandons. En juin 1943, une prostituée obèse de Bilbao donne vie à un garçon qu’elle confie aux jésuites. Un peu plus tard, en Galice, une femme accouche d’une fille et la laisse aux sœurs d’un couvent. Elle revient la chercher dix ans après. L’enfant est belle comme le diable, jamais elle ne l’aimera.
Le garçon, c’est Julian. La fille, Victoria. Ce sont le père et la mère de Maria, notre narratrice.
Dans la première partie du roman, celle-ci déroule en parallèle l’enfance de ses parents et la sienne. Dans un montage serré champ contre champ, elle fait défiler les scènes et les années : Victoria et ses dix frères et sœurs, l’équipe de foot du malheur  ; Julian fuyant l’orphelinat pour s’embarquer en mer. Puis leur rencontre, leur amour et leur départ vers la France. La galicienne y sera femme de ménage, le fils de pute, gardien du théâtre de la Michodière. Maria grandit là, parmi les acteurs, les décors, les armes à feu de son père, basque et révolutionnaire, buveur souvent violent, les silences de sa mère et les moqueries de ses amies. Mais la fille d’immigrés coude son destin. Elle devient réalisatrice, tombe amoureuse, fonde un foyer, s’extirpe de ses origines. Jusqu’à ce que le sort l’y ramène brutalement. A vingt-sept ans, une tarologue prétend qu’elle ne serait pas la fille de ses parents. Pour trouver la vérité, il lui faudra retourner à Bilbao, la ville où elle est née. C’est la seconde partie du livre, où se révèle le versant secret de la vie des protagonistes au fil de l’enquête de la narratrice.  

Pages : 224 / EAN : 9782246831969 prix : 20.00€ / EAN numérique: 9782246831976 prix :

14.99€ Parution : 17 Août 2022

Le cabaret des mémoires, Joachim Schnerf

C’est la nuit que certains hommes vivent leurs plus belles fulgurances

Dans Cette Nuit, c’est au seuil d’une nuit, celle de Pessah pour Salomon devenu veuf, qui sait qu’il n’aura pas assez de courage pour continuer la route, sans Sarah, son épouse partie avant lui qui a partagé sa vie, avec ses joies, ses bonheurs et ses malheurs.
Ici, c’est la nuit où il est seul pour Samuel. Son épouse est à la maternité, et le lendemain il reviendra avec elle et leur fils dans leur foyer.

Mais cette nuit n’est pas vraiment solitaire puisqu’il revit les moments forts de son enfance, et la perte de sa grand-tante Rosa, la dernière rescapée d’Auschwitz.
Rosa et sa famille arrivés de Pologne, ayant trouvé refuge en France. Ce pays qui a trahi et abandonné les juifs en les envoyant à la mort certaine dans les camps d’extermination nazis.
Rosa revenue des camps n’a jamais pu parler aux siens. Elle a fuit la France pour créer un cabaret au Texas, cabaret dans lequel chaque nuit inlassablement elle raconte l’horreur, la survie, le manque d’humanité parfois nécessaire pour espérer vivre jusqu’au matin, la douleur, l’amitié par delà la mort, la culpabilité du survivant, le retour, le silence, et tous ceux qui ne sont plus, tous ceux qui ne comprendront jamais. Peut-être est-il plus facile pour Rosa de raconter aux inconnus qu’à ses proches, à ceux qui sont revenus, et surtout à tous ceux qui ont comme elle perdu une grande partie de leur famille. C’est le paradoxe de ceux qui ont vécu l’horreur, ne pas en parler autour de soi, mais parfois l’écrire, le dire à ceux qui avec qui il n’y a aucun lien.

En cette nuit avant de ramener avec lui son épouse et son fil, Samuel se souvient, et ses pensées vont du présent au passé, de son présent à son futur, mais surtout à son enfance, cette enfance avec sa sœur et son cousin et pendant laquelle Rosa était un personnage bien lointain mais cependant prégnant. J’ai été parfois un peu perdue dans ces aller-retour, mais ce roman se lit vraiment si vite que cela n’est pas trop gênant, il est toujours possible de faire quelque retour arrière.

Encore et toujours à travers les mots de Joachim Schnerf s’impose le besoin de transmettre pour ne pas oublier, dire pour que tous sachent et que jamais ne revienne l’horreur. Et pourtant, parfois la violence du monde actuel semble nous démontrer qu’au contraire, tout peut revenir. Et qu’il nous faut être vigilent, toujours, partout.

Catalogue éditeur : Grasset

Demain matin, Samuel ira chercher sa femme et leur premier né à la maternité. Alors, en cette dernière nuit de solitude, à l’aube d’une vie qui ne sera plus jamais la même, Samuel veille. Partagé entre exaltation et angoisse, il se souvient du passé, songe à l’avenir, tente d’endosser son nouveau rôle de père.

Cette nuit est hantée par de nombreuses histoires. Celle de ses aînés, et d’abord celle de sa grand-tante, la fabuleuse Rosa, installée après la Seconde Guerre mondiale au Texas où elle a monté un cabaret extraordinaire. Celles que Samuel se racontait enfant, lorsqu’avec ses cousins il se déguisait en cow-boy et jouait à chercher sa grand-tante dans le désert d’une Amérique fantasmée, face à des ennemis imaginaires. Celles que Rosa, désormais ultime survivante d’Auschwitz, raconte chaque soir sur les planches. Toutes ces histoires, Samuel les partagera avec son fils, l’enfant de la quatrième génération qui naît alors que Rosa fait ses adieux à la scène. … lire la suite

Parution : 24 Août 2022 / pages :140 / EAN : 9782246828921 prix 16.00€ / EAN numérique: 9782246828938 prix 10.99€

Le goût des garçons, Joy Majdalani

Treize ans, et l’envie de découvrir l’autre sexe avec avidité et réalisme

Dans une ville dont on ne connaîtra jamais le nom, au collège de Notre Dame de l’Annonciation, les jeunes filles de bonne famille espèrent et craignent les premiers émois de l’adolescence. La relation avec les garçons est auréolée de mystère dans ces écoles qui n’ont pas encore connu la mixité.

La narratrice est tourmentée par les prémices de la sexualité, un mystère qu’elle voudrait tant percer seule et le plus vite possible. Lorsque l’on a treize ans, cet autre que l’on ne connaît pas exerce une attraction irrésistible. Mais pour cela, encore faut-il être sûre de soi, connaître son véritable pouvoir d’attraction, sa beauté réelle ou fantasmée. Pas facile lorsque l’on se cherche, en cette période parfois ingrate de l’adolescence, quand seins, hanches, rondeurs et pilosité jusqu’alors inconnues transforment des corps jusque là maîtrisés.

La relation avec les autres filles est également compliquée, celles qui entrent dans le moule sans discuter, ces autres qui se rebellent en douceur, les confidentes, les rivales, les plus belles, celles qui savent déjà, celles qui espèrent. Alors tout est bon pour apprendre, les confidences bien sûr, l’expérience des autres, mais aussi internet, les garçons non désirés mais prêts à vous apprendre comment se fait un premier baiser, comment être et se comporter, au risque de passer pour la P… de service.

Voilà un premier roman terriblement bien construit, à l’écriture travaillée, au vocabulaire cru et réaliste. La narratrice passe de la naïveté de l’enfance à la sexualité plus fantasmée que réelle de l’adolescence avec un style direct qui parfois dérange mais qui surtout parle vrai.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : Grasset

Elles sont «  de bonne famille  ». «  Bien élevées.  » Collégiennes à Notre Dame de l’Annonciation. Elles pourraient aussi bien être dans n’importe quelle institution d’une autre religion ou un très bon collège de la République. Elles ont treize ans, elles sont insoupçonnables. Elles n’ont que le désir en tête.
…..
Légendes, ragots, ignorances, peurs, élans, embûches, alliances, traîtrises, téléphone, Internet, tout tourne autour des garçons et de leur corps mystérieux dans un mélange de fantasmes et de romantisme. Cru et délicat, dévoilant les candeurs comme les cruautés, voici un premier roman d’une véracité implacable qui marquera.

Pages : 176 / EAN : 9782246828310 prix 16€ / EAN numérique : 9782246828327 prix 10,99€ / Parution : 5 Janvier 2022

Mise à feu, Clara Ysé

Entrer dans l’univers magique de Nine et de Gaspard

Nine nous raconte sa vie d’enfant et d’adolescente marquée par un tournant dramatique, l’incendie de sa maison. Elle est recueillie avec son frère Gaspard par un oncle effrayant, Le Lord. Elle parvient à survivre loin d’une mère singulière et attachante que tous surnomment L’Amazone grâce à la protection de Gaspard, la présence de Nouchka sa pie apprivoisée et les courriers de sa mère qu’ils reçoivent tous les mois.

Ce roman de Clara Ysé hésite entre drame poétique et ode à la jeunesse et à l’amitié. Les affres de l’adolescence de Nine y sont particulièrement bien traités et la chute bien qu’attendue n’en est pas moins très émouvante. Les larmes de l’auditeur seront à la mesure de l’attachement au personnage de Nine.
Le malaise de l’auditeur, s’il doit y en avoir un, vient quant à lui de la difficulté à faire la part entre poésie, réalisme et surréalisme, ce qui donne le sentiment d’une œuvre « diffractée » pour reprendre un mot que l’autrice semble apprécier. Il peut donc être malaisé d’y trouver son bonheur

Pour l’avoir déjà lu à sa sortie, j’ai trouvé la lecture par l’autrice très agréable. Mais elle n’apportait rien de plus à ce roman qui reste très attachant.

Retrouvez ma précédente chronique ici.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Audiolib, Grasset

Nine et Gaspard vivent dans la maison de leur mère, l’Amazone. Nouchka, leur pie, veille sur le trio. La nuit du réveillon, un incendie ravage le paradis de l’enfance. Le lendemain, le frère et la sœur se réveillent seuls chez leur oncle, l’inquiétant Lord.
Ils reçoivent tous les mois une lettre de l’Amazone qui leur dit préparer dans le Sud la nouvelle demeure qui les réunira bientôt.
Quel pacte d’amour et de rêve vont-ils nouer pour conjurer l’absence ?

Parution : 16/02/2022Durée : 3h33 / EAN 9791035407605 / Prix du format cd 19,90 € / EAN numérique 9791035407766 Prix du format numérique 17,95 €

Les méduses n’ont pas d’oreilles, Adèle Rosenfeld

Une incursion surréaliste dans le monde des malentendants, de l’importance de nos sens

Louise entend de moins en moins bien de l’oreille droite, sa seule oreille encore entendante. Et peu à peu, même cette audition-là va disparaître. Les différents examens, et surtout sa propre expérience le lui assurent, elle doit absolument programmer rapidement une opération avant de devenir complètement sourde. Mais l’implant cochléaire qu’on lui propose va transformer aussi sa façon d’entendre, enlever le naturel pour passer au métallique, au synthétique.

Pour celle qui vit entre deux mondes depuis l’enfance, le choix et la décision sont bien difficiles. Doit-elle rester dans ce brouillard opaque dans lequel elle évolue depuis si longtemps. Il faut croire que malgré les inconvénients elle s’en satisfait puisqu’au fond il la rassure, ou doit-elle sauter le pas. Bien sûr, elle a appris à lire sur les lèvres, elle doit se faire à l’idée que très bientôt il lui faudra aussi apprendre le langage des signes. Mais elle se complaît d’une certaine façon dans cet univers dont elle connaît les contours, souvent flous, parfois opaques, ces conversations tronquées, ces échanges faits de quiproquos et d’isolement, mais qui semble-t-il la rassure, car elle s’y reconnaît.

D’autant que dans ce brouillard auditif, Louise s’est fait des amis, les sons et les mots perdus se sont transformés en un soldat, un chien, une botaniste aux curieuses manières, qui viennent peupler son monde du silence.

C’est une étrange expérience que de découvrir les sons et les mots à travers tous ces silences, ces manques, ces interprétations. Ne pas comprendre les failles mais savoir qu’elles sont là, qu’elles ont une réalité que moi, bien entendante, je ne peux même pas imaginer. Comprendre la difficulté du handicap, le regard des autres, l’isolement, le rejet. Entendre aussi le doute, la peur, les questions que posent un changement radical et les conséquences d’une opération que l’on ne maîtrise pas. En ce sens, j’ai apprécié ce roman, même si je dois avouer que le coté surréaliste m’a un peu perdue.

Catalogue éditeur : Grasset

Quelques sons parviennent encore à l’oreille droite de Louise, mais plus rien à gauche. Celle qui s’est construite depuis son enfance sur un entre-deux – ni totalement entendante, ni totalement sourde – voit son audition baisser drastiquement lors de son dernier examen chez l’ORL. Face à cette perte inéluctable, son médecin lui propose un implant cochléaire. Un implant cornélien, car l’intervention est irréversible et lourde de conséquences pour l’ouïe de la jeune femme. Elle perdrait sa faible audition naturelle au profit d’une audition synthétique, et avec elle son rapport au monde si singulier, plein d’images et d’ombres poétiques.
Jusqu’à présent, Louise a toujours eu besoin des lèvres des autres pour entendre. C’est grâce à la lumière qu’elle peut comprendre les mots qu’elle enfile ensuite, tels des perles de son, pour reconstituer les conversations. Lire la suite

Parution : 12 Janvier 2022 / Pages : 240 / EAN : 9782246827061 prix 19.00€ / EAN numérique : 9782246827078 prix 13.99€

Sur la route avec Bashô, Dany Laferrière

C’est un étrange voyage que nous propose Dany Laferrière avec ce roman dessiné, entre le japon de Bashô et l’Amérique, entre New-York et Berlin, Québec et Port-au-Prince. Aller de poésie en dessins, de paroles en cris, de questions en affirmations. Tout à fait le genre de livre que l’on pose sur la table du salon pour le reprendre régulièrement, en lire quelques mots, quelques textes, écouter les questionnements sur l’homme, le racisme, la vie, les villes et les habitants croisés lors des pérégrinations de l’auteur.

C’est à la fois un touche-à-tout étonnant et une continuité dans les couleurs vives et joyeuses pour la plupart, les mélanges, les voyages, les citations, les phrases posées là, comme par hasard, au fil des dessins qui les représentent. Et surtout, sans en avoir l’air, une façon de poser des mots sur la réalité du monde qui l’entoure, qui nous entoure, et y poser surtout un regard neuf, surpris, bouleversé ou parfois même attendri, par une voisine, un enfant, un paysage.

Et ces phrases si étonnantes !

Le pyjama intimide toujours les actifs (ah, est-ce toujours vrai après deux ans de confinement/télétravail!)

Revoir la même chose sous un nouvel angle et si c’était cela justement que nous propose Dany Laferrière ?

L’avez-vous lu ? En avez-vous lu un autre écrit de la même façon par l’auteur ? C’est une étonnante découverte pour ma part.

Catalogue éditeur : Grasset

Voici le troisième roman dessiné de Dany Laferrière chez Grasset. Après «  Autoportrait de Paris avec chat  » et «  L’exil vaut le voyage  », «  Sur la route avec Bashô  » suit la méthode nonchalante et néanmoins réfléchie de Bashô, le moine-poète japonais du XVIIe siècle, une des inspirations constantes de l’auteur (qui comme on sait est un écrivain japonais). Le narrateur de cette histoire parcourt le monde d’aujourd’hui, de l’Amérique au Japon en le prenant par surprise. Qui se méfierait d’un rêveur ? Il ne rêve pas du tout. Il admire (les femmes écrivains qu’il lit, de Jean Rhys à Zora Neale Hurston). Il se remémore (les divinités vaudoues). Il éprouve de l’affection (envers une de ses voisines alors qu’il séjourne à New York). Des dessins stylisés parcourent le texte, qui sont peut-être la rêverie de ce narrateur « dans ce monde sans pitié ». Voyageant dans le monde contemporain, il ne peut que constater que la menace est partout. Dessinant ce qu’il voit, le narrateur écrit aussi des mots. Et par exemple ceux-ci : « Black lives matter ». « Un nègre est un homme et tout homme est un nègre », a-t-il dit au début de sa pérégrination. Nègres sont donc les manifestants de Hong Kong qu’il voit réclamer la liberté. Pourtant, son intention n’est pas de changer le monde, nous dit-il, « simplement d’y vivre ». Et l’on comprend alors que, comme le disait Pavese, c’est un métier de vivre. 
Heureusement, il y a la littérature, le jazz, les femmes élégantes, les cafés et les fleurs. Il y a encore des rayons de soleil.

Parution : 13 Octobre 2021 / Pages : 384 / EAN : 9782246828884 prix : 22.00€/ EAN numérique : 9782246828891 prix : 15.99€

La grande Aventure, Victor Pouchet

Et si « La grande Aventure » du couple et de la vie était finalement un long poème…

Quel plaisir de lecture ce court recueil de Victor Pouchet, préface d’Hervé Le Tellier, publié par les éditions Grassert.
Parce que la poésie n’est jamais ridicule, qu’il suffit parfois d’aller à la ligne et que lire ou écrire un poème par jour peut nous rendre heureux.

Elle et lui, lui sans elle qui le quitte, elle et lui, elle sans lui qui doit partir, la vie, chaque jour, faite de petits riens, des promenades dans un sens ou dans l’autre, la montagne, la cuisine, le jardin, les souvenirs, les moments paisibles, ceux que l’on passe loin de l’autre, ceux que l’on partage, ceux que l’on voudrait tant vivre à deux. C’est l’attente, l’espoir, l’amour, le silence, les mots et les regards que l’on pose ensemble sur la vie, les joies et la tristesse, le quotidien.
Quand ce quotidien somme toute banal devient poésie et humour, solitude et retrouvailles, partage et échange.
Une poésie résolument moderne qui emprunte aux réseaux, téléphone et emoji sans que cela paraisse incongru ou déplacé.

Catalogue éditeur : Grasset

« Le fil c’est peut-être une histoire très simple : tragi-comédie en cinq actes et deux personnages. L’un régulièrement menace de partir. L’autre se contente d’écrire des poèmes, dans l’espoir absurde de l’en empêcher. »

Dans ce roman-poème, Victor Pouchet déroule en vers une histoire d’amour et d’amitié à la fois bouleversante et légère. Celle d’un homme et d’une femme qui se rencontrent, se quittent et se retrouvent. Et des petites et grandes aventures que la vie leur offre – réservoir de joies et batailles inédites. Avec humour, grâce et musique, Victor Pouchet nous emporte dans un livre plein de trésors et de simplicité. Une grande aventure.

Parution : 6 Octobre 2021 / Pages : 160 / EAN : 9782246829539 prix 14.50€ / EAN numérique: 9782246829546 prix 9.99€

Passage de l’union, Christophe Jamin

Rencontre du troisième type avec Patrick Modiano dans ce roman écrit à l’encre sympathique

Alors qu’il est étudiant, le narrateur réside passage de l’union à Paris. Un jour il rencontre Patrick Modiano, cet écrivain si talentueux qui a pourtant tant de mal à s’exprimer à l’oral. Ils auront quelques échanges très limités.

Quelques années plus tard il est devenu avocat et, à l’instar de l’auteur, va régulièrement déposer une rose sur la tombe de Floriot, un célèbre pénaliste qu’il admire. Le jour où il doit défendre un criminel, il croise à nouveau Modiano lors du procès. Il faut dire que le prévenu a un parcours singulier, sa sœur aurait disparu dans les mêmes conditions que Dora Bruder, l’héroïne du roman de Modiano.

À partir de là, les routes des deux hommes se rejoignent à plusieurs reprises. Les mots, le pouvoir de l’écriture, les entraînent vers un univers parallèle dès qu’il s’engouffrent dans une station de métro, plongeant dans un passé récent jusqu’à la seconde guerre mondiale, la résistance, l’occupation de Paris.

Le narrateur met alors ses pas dans ceux de l’auteur devenu personnage de son roman, et part à la rencontre d’un monde bien plus vivable que celui dans lequel il évolue. Sur les traces d’un passé révolu mais qui parfois affleure à sa conscience, il rencontre ses propres personnages. Car eux aussi passent d’un monde à l’autre. La question est alors de savoir qui de François Yoannivitch ou de monsieur Joseph a le plus de réalité, le présent ou les protagonistes des romans de Modiano ? Grâce à l’écriture, à sa compréhension de certains situations, il peut enfin supporter la violence et le mal-être du présent.

Cette plongée dans la station de métro Varenne est là pour nous parler de tout cela, de l’écriture, du souvenir, de cette façon d’échapper à une actualité parfois difficile et sombre. De vivre sa vie autrement, dans un monde parallèle imaginaire. Avec ce côté magique parfois déroutant, ces personnages qui évoluent entre réalité et fiction, voilà un premier roman qui arrive à nous surprendre.

Catalogue éditeur : Grasset

L’ouvrage met principalement en scène trois personnages dont les vies vont être amenées à se croiser  : le narrateur, un écrivain, un criminel.
Étudiant durant les années 1980, le narrateur vit dans un studio, que lui a acheté son père, situé passage de l’Union dans le VIIe arrondissement de Paris. Un soir, il se sent observé par quelqu’un dont on comprendra qu’il s’agit de Patrick Modiano. Il le croise à plusieurs reprises, lui parle et commence à lire ses livres. Sans se l’expliquer, il se reconnaît dans son imaginaire romanesque. Néanmoins les années passent, le narrateur devient avocat et les deux hommes se perdent de vue.
Au cours d’un procès d’assises, le narrateur défend un homme dont le crime s’explique par un lointain passé  : une sœur ayant disparu durant la seconde guerre mondiale dans les mêmes circonstances que la Dora Bruder de Modiano. Il se trouve que l’écrivain assiste au procès et accepte d’aider le narrateur à retrouver la trace de cette mystérieuse sœur…
Cette quête commune amène les deux hommes à basculer dans le Paris les années 40. Ils sont reçus par des individus douteux dans un appartement situé près du studio du passage de l’Union, dont l’écrivain apprend au narrateur qu’il fut, durant la guerre, le siège des sombres trafics d’un ferrailleur de sinistre mémoire, le fameux «  Monsieur Joseph  »…
Ce roman met en abîme la dette que nous contractons à l’égard d’un passé trouble et tu. Il constitue aussi un hommage à la littérature.  Les écrivains ne sont-ils pas des passeurs dont les œuvres nous permettent de répondre aux questions les plus intimes, et parfois les plus douloureuses, que nous nous posons  ?

Parution : 25 Août 2021 / Pages : 140 / EAN : 9782246826750 prix 14.90€ / EAN numérique : 9782246826767 prix 10.99€

Elles disent, Léonora Miano

D’Olympe de Gouges à Toni Morisson
De Barbara à Erica Jong
D’Anaïs Nin à Jeanne Moreau
De Delphine Horvileur à Marguerite Yourcenar
De Gisele Halimi à Winnie Mandela
Léonora Miano les convoque toutes et rassemble ici leurs mots pour nous les proposer à son tour.

À travers ces citations, qu’elles soient intellectuelle, révolutionnaire, avocate, chanteuse, écrivain ou visionnaire, chacune nous offre ses pensées, ses paroles, ses idées dans ce recueil construit comme une harmonie musicale.

Exactement le genre de recueil que l’on a envie d’avoir avec soi, et de lire et relire de temps à temps. À offrir et/ou à s’offrir, ou les deux !

« Ma revendication en temps que femme c’est que ma différence soit prise en compte, que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin » Simone Veil.

Catalogue éditeur : Grasset

« Des femmes d’horizons différents parlent, se parlent. Parfois  de manière frontale, parfois en se tournant le dos ou en se  prenant par la main.
Celles dont les mots composent cette mélopée sont spirituelles,  politiques, cérébrales, sensuelles, visionnaires, enragées,  mystiques, torturées, espiègles.
Leurs citations s’organisent en une manière de conversation  qui emprunte au jazz avec ses harmonies et dissonances, à  l’emphase d’antiques prêtresses, à diverses modalités du chant.
Ce n’est pas le testament des femmes qui est ici proposé,  mais une déambulation rythmée dans leurs paroles. » L.M.

Léonora Miano est née en 1973 à Douala, au Cameroun.
Prix Goncourt des lycéens pour Contours du jour qui vient en 2006, Grand prix littéraire d’Afrique noire en 2011 pour l’ensemble de son œuvre, Prix Femina pour La saison de l’ombre en 2013, elle est l’auteur d’une œuvre forte d’une vingtaine de titres en fiction et non-fiction. Son dernier essai : Afropea. Utopie post-occidentale et post-raciste, Grasset, 2020.

Parution : 29 Septembre 2021 / Format : 120 x 185 mm / Pages : 56 / EAN : 9782246824619 prix 6.00€ / EAN numérique: 9782246824626 prix 4.49€