Braves gens du Purgatoire, Pierre Pelot

Le bonheur de découvrir Pierre Pelot, auteur emblématique de ses Vosges natales et des paysages qu’il connait bien, avec « Braves gens du Purgatoire » ce roman qu’il présente comme son dernier.

couverture du roman braves gens du purgatoire de patrick pelot photo Domi C Lire

A Purgatoire, un petit village des Vosges, Maxime Bansher a assassiné sa compagne puis s’est pendu. Meurtre et suicide, c’est la thèse des gendarmes. Pourtant  si tout parait évident, ni sa petite fille Lorena, ni les relations proches ou éloignées du couple, ne sont convaincues. Alors en partant de l’origine des familles, ces deux américains tout droit débarqués de la troupe de Buffalo Bill en 1889, à leurs descendants pendant la résistance, puis à aujourd’hui, chacun cherche un mobile. Peu à peu, les relations, les sentiments se dévoilent, noirceurs, secrets, vengeances dessinent peu à peu les contours nauséabonds  des relations entre les principaux protagonistes.

Lire un roman de Pierre Pelot, ça se mérite ! Il y a la force, la minutie et surtout la poésie de l’écriture, qui malgré des airs surannés est résolument actuelle. Chaque mot compte, chaque paragraphe amène le lecteur vers un évènement significatif, chaque digression l’entraine au loin, l’obligeant parfois à revenir en arrière. Pour bien savourer, il faut se poser et se laisser imprégner par les nuances, les émotions qui transpirent de chaque phrase, chaque personnage. C’est dense, comme ancré dans la terre de ces régions chères à l’auteur, profondément humain et en même temps terriblement attachant.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Que s’est-il passé cette nuit-là à Purgatoire ? Dans ce petit village niché à la croisée des sommets vosgiens, les habitants s’interrogent et la rumeur enfle. Maxime aurait assassiné sa femme avant de se suicider. Mais Lorena, leur petite-fille, n’y croit pas un instant et entend bien le prouver. Auprès de Simon, dépositaire de la mémoire des lieux, elle espère lever le voile sur l’histoire de la famille Bansher et les sombres secrets qui hantent leur vallée depuis près de cent ans.
Braves gens du Purgatoire nous embarque sur les sentiers sinueux d’une enquête envoûtante, où le lecteur découvre le portrait brut de ceux dont ne nous parviennent que de lointains échos. Ultime roman de Pierre Pelot, on se laisse traverser, égarer et bousculer par son écriture charnelle, vibrante et profondément humaine.

512 pages / 22€ / Paru le 10 janvier 2019 / ISBN : 978-2-35087-484-5 / Image de couverture © Pierre Pelot

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Une année folle, Sylvie Yvert

Deux hommes embarqués dans les tourments de l’Histoire, deux souverains qui se disputent le pouvoir, deux épouses extraordinaires… Vous venez, on part découvrir cette année folle si bien racontée par Sylvie Yvert !

Waterloo, qui n’est pas seulement une gare britannique, mais aussi les cent-jours et le retour de Napoléon puis de Louis XVIII, la plupart d’entre nous connaissons, ou du moins en avons-nous quelques souvenirs de lointains cours d’Histoire ou différentes lectures. Mais avec Une année folle, Sylvie Yvert nous dit tout sur ces bouleversements qu’a connu la France en 1815, quand à partir de fin février Napoléon Ier traverse la France en quelques semaines et revient à Paris après son exil à l’île d’Elbe.

Avec une exceptionnelle rigueur des faits et des événements, l’auteur réussit l’exploit de nous offrir un récit historique à la fois érudit, foisonnant, et surtout romanesque à souhait avec ces deux personnages principaux que sont, non pas Napoléon et Louis XVIII, mais le sage Antoine et le jeune et beau Charles. Car voici le récit tragique et drôle à la fois de la vie incroyable de ces deux hommes, mais aussi de leurs deux épouses hors du commun.

Ce que j’ai aimé ? Découvrir ces personnages décalés dont nous n’avions sans doute jamais entendu parler, dans cet exposé plus que significatif des incohérences de l’Histoire. Comment deux hommes tous deux proches de Napoléon, fidèles à leurs opinions, soucieux de leurs métiers, dans l’armée pour l’un, aux Postes pour l’autre, mais aussi de leurs familles, ont été emportés par le vent de l’Histoire et ont servi en quelque sorte de boucs émissaires en cette période où il fallait faire un exemple.

L’écriture de Sylvie Yvert, le rythme soutenu de cette année folle qui prend des airs de tragi-comédie sur fond d’intrigues et de compromissions, et le fait que le récit soit parfaitement documenté sans paraitre trop dense, voilà la recette d’un excellent roman historique.

Catalogue éditeur : éditions Héloïse d’Ormesson

Entrez dans la danse : une des plus sidérantes années de l’histoire de France commence. Fraîchement débarqué de l’île d’Elbe, Napoléon déloge Louis XVIII pour remonter sur son trône. « Son » trône ? Après Waterloo, le voilà à son tour bouté hors des Tuileries. Le roi et l’Empereur se disputent un fauteuil pour deux, chacun jurant incarner la liberté, la paix et la légitimité.
Sur la scène de ce théâtre méconnu des Cent-Jours, deux fidèles de « l’Aigle » sont dans la tourmente. Deux héros oubliés liés par un sens de l’honneur et une loyauté hors du commun qu’ils vont payer cher…
Au bal du pouvoir la valse des courtisans bat la mesure face à un peuple médusé. Chorégraphe d’une tragi-comédie en cinq actes, Sylvie Yvert tisse avec une savoureuse habileté ces destins contrariés. Une fable intemporelle, enjouée et amorale.

336 pages / 19€ / Paru le 15 février 2019 / ISBN : 978-2-35087-490-6

Illustration de couverture © Musée de la Ville de Paris – Musée Carnavalet/Bridgeman Images

Six nouvelles pour le Prix Clara 2018

Six regards, six aventures, six ados : un recueil de nouvelles à découvrir !

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Le Prix Clara récompense chaque année des adolescents pour des nouvelles écrites sur une thématique précise. Six nouvelles sont retenues, dont les auteurs ont moins de 18 ans, le recueil est publié par les Éditions Héloïse d’Ormesson, avec le soutien de différents organismes tels que la fondation La Poste, la fondation Orange, la SNCF, et l’accueil de la mairie de Paris pour la soirée de remise du prix. Comme chaque année, cette remise de prix avait lieu à la mairie de Paris. Dans le cadre somptueux des salons de l’hôtel de ville, les jeunes talents de 2018 étaient accueilli par ceux des années précédentes.

Le recueil de nouvelles est vendu au bénéfice de l’ARCFA, Association pour la Recherche en Cardiologie du Fœtus à l’Adulte.

Le Prix Clara 2018 est un recueil qui va encore vous surprendre et vous étonner par la qualité des écrits, tout comme je le suis chaque année d’ailleurs.

Thomas Carré : La nuit venait de tomber
Une dystopie… dans un avenir incertain, les couples ont le droits de faire des enfants, mais pas celui de les élever. Face au trop grand nombre de divorces, causés pour la plupart par des soucis domestiques, comme par exemple la fatigue et les tracas liés à l’éducation des enfants, le gouvernement a pris des mesure coercitives.. mais la population est-elle prête à tout accepter ?

Rémi Courtois : La cabane
Un jeune garçon aime se promener dans la forêt, là il tombe sur une cabane, ni extraordinaire, ni somptueuse, mais qui va lui permettre de s’évader de son quotidien… mais est-il le seul à connaître cette cabane ? Et si ce n’était pas le cas ?

Salomé Fabry : Le chant des pierres
Palmyre… la cité aujourd’hui détruite a un jour était la somptueuse citée romaine, puis syrienne.. à présent cité en ruine, ses pierres se souviennent, ses pierres chantent les jours passés, la beauté et la destruction.

John Levy : Rêveries au large
James aime la voile, depuis toujours, et aujourd’hui il part faire le tour du monde, assisté par des grands noms des traversées en solitaire… à bord, une carte postale représentant un tableau de Balthus, et une liste qu’il a établie alors qu’il était lycéen, la liste de ses vœux … de voyages en rêveries, qu’est-il advenu de ces rêves de jeunesse ?

Alexis Notarianni : Le souffleur de verre
Dans le village où il passe ses vacances, l’enfant admire le travail patient et solitaire du souffleur de verre. La grâce du geste, la finesse du travail, la force du feu et la beauté des billes de verre tombées au sol.. mais va-t-il un jour oser lui parler ?

Timothée Peraldi : Influenceuse
Au collège où elle est une élève plutôt brillante, Audrey se trouve isolée car elle est la seule à ne pas surfer sur les réseaux sociaux.. jusqu’au jour où elle s’inscrit, écrit, surfe, poste, influence des centaines de followers… mais la vie, la vrai vie, où est-elle ? Du côté des smartphones ou du côté des vivants ?

Ce que j’aime ? L’écriture, déjà maitrisée, l’inspiration, si diverse, les mots, les sentiments, décrits par ces jeunes qui sont nos voix de demain… peut-être aussi avoir l’impression de mieux les connaître à travers ces mots qu’ils posent si justement sur les choses qui les entourent, sur leur quotidien, sur les sentiments, sur la vie, et qui parfois nous surprennent … nous faisant alors nous poser des questions sur ce que nous avons fait de ce monde-là !

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Avec eux, embarquez sur les océans, écoutez le chant des pierres de Palmyre, admirez le savoir-faire ancestral d’un souffleur de verre, laissez-vous porter par une correspondance amoureuse et refusez le diktat des réseaux sociaux.

Avec profondeur et subtilité, humour et légèreté, révolte et insouciance, ces récits sont les reflets d’un âge où l’affirmation de soi s’exprime à travers le questionnement de l’actualité, la créativité, l’originalité et la sensibilité. Ils ont entre 15 et 17 ans, rayonnent déjà par leur talent, et nous invitent à partager leurs doutes et leurs rêves.

128 pages / 10€ / Paru le 8 novembre 2018 / ISBN : 978-2-35087-480-7 / Anne-Marie Bourgeois

A la rencontre de Frédéric Couderc

Il est des rencontres, et des romans, qui vous marquent plus que d’autres, avec lesquels vous vous sentez une affinité immédiate… Frédéric Couderc est de ceux-là, ses romans aussi…

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Il y a eu d’abord la découverte du roman Le jour se lève et ce n’est pas le tien, puis Aucune pierre ne brise la nuit dont je vous ai parlé sur le blog.
En juin dernier, je suis allée écouter l’auteur à la maison de l’Amérique Latine, lors d’une soirée organisée par Alicia, qui a fondé le Collectif argentin pour la mémoire *.
Depuis, Frédéric Couderc a accepté de répondre à quelques questions, réponses à découvrir ici.

– Comment est née l’idée de ce roman, car apparemment l’Amérique du Sud ou centrale (je pense à votre précédent roman Le jour se lève et ce n’est pas le tien ) vous inspire ?

Je porte ce roman finalement depuis mon adolescence, la coupe du monde de football 78, mais je n’imaginais pas un instant la part française dans cette dictature qui m’a fait me jeter à l’eau. L’horreur le dispute à l’idée de rentrer dans les contradictions des personnages,  j’espère ainsi que ce texte n’emprunte pas un chemin militant, qu’il est parfois enragé, mais que le travail littéraire, les métaphores, l’amour entre Ariane et Gabriel permettent clairement de se sentir dans un objet littéraire. Finalement nous sommes entre Buenos Aires et Paris, mais tout ça me semble bien universel, on voyage et en même temps on est au coin de sa rue.

Mais je sais que le lecteur ressent tout ça … devine mon enquête littéraire, mes rencontres (Alicia/Paula), et ma peine à chaque fois qu’une grand-mère disparaît, je me suis rendu chez elles exactement comme Ariane dans le roman….

– La tragédie de la dictature argentine, est-ce au départ une curiosité ou un travail de journaliste ?

Il est de coutume de dire que Buenos Aires est la femme, et Paris la maîtresse, tant les liens sont étroits entre les deux pays.

Comme évoqué précédemment, certains faits émergent au moment du mondial de 78, avec Rocheteau en particulier. Pendant cette coupe du monde, il y a eu un boycott par certains français. Surtout face à l’ambiguïté qu’il y avait entre le président Giscard d’Estaing qui recevait les réfugiés et la vente d’armes à la junte militaire qui continuait en parallèle.

– Vous parlez des vols de la mort, cette monstruosité qui veut que l’on fasse disparaitre non pas des corps, mais bien des humains encore vivants…voilà qui glace le sang juste d’y penser. Est-il aisé d’enquêter là-dessus  ou existe-t-il toujours une forme d’omerta sur le sujet ?

Les vols de la mort… Il est si difficile d’imaginer les arrestations et les disparitions, et pour les familles, de savoir que le deuil est impossible, difficile d’imaginer également la barbarie exercée à ce point et la cruauté incroyable de ces militaires argentins.
J’ai assisté en décembre dernier au procès d’un pilote de la mort qui s’était reconverti en Europe… et travaillait depuis pour Transavia !

De fait, il y a l’utilisation du présent pour parler de torture. Peut-être parce que c’est totalement hors du temps ?

– Les bébés volés, on en parle aussi pour l’Espagne, est-ce une sordide caractéristique des dictatures ?

30 000 disparus, 500 bébés disparus. Ce sont autant d’histoires différentes. Il est important alors d’interroger la question du pardon !

– Je découvre par « Aucune pierre ne brise la nuit » le rôle des anciens de l’OAS, comment et quand vous est venue l’envie d’en parler?

Il était important de nommer ici tous les faits qui se sont passés dans cette période.
La fuite des nazis en Argentine à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais aussi l’existence de négociations entre les nazis et l’Amérique du Nord et l’Argentine, qui ont permis leur fuite en très grand nombre. Puis, quelques années après les années 60, la présence des anciens de l’OAS.
Également la mise en place du « Plan Cóndor » destiné à anéantir l’opposition dans plusieurs pays d’Amérique Latine qui se met en marche en Uruguay, Brésil, Chili, Paraguay.

– Aborder les horreurs et la tragédie par le biais d’un roman d’amour, cela permet de captiver le lecteur, est-ce un moyen de montrer que la vie continue ? Comment les avez-vous imaginés ? Avez-vous rencontré les survivants, les mères, les perdants de ces desaparecidos avant d’écrire, pendant ou après vos recherches ?

Il y a un désir d’écrire comme j’aime lire. D’aller dans la zone grise de l’histoire et des personnages.
L’idée est de surprendre, de se laisser surprendre, sans obéir à un plan. D’être un écrivain jardinier qui regarde pousser sa plante. En particulier avec le personnage de Constant. C’est important de montrer que toutes les lumières ne sont pas éteintes. Et dans ce cas, la psychologie du personnage est importante.
Un fait très étonnant, ce sont les liens qui se sont tissés, y compris des liens invisibles, avec Alicia. Et de fait être capable de parler d’événements qui ont réellement existé sans qu’on les ait évoqués ! Comme s’il y avait eu une transmission de pensée, de mémoire, de savoir.

L’auteur doit définir une réalité augmentée où la grande histoire va grandir, et entrer en empathie avec les personnages. Pourtant, c’est pesant une écriture de militant. Il faut être sur le fil et rester à la fois documenté et réussir à brouiller les pistes pour que le lecteur se fasse son avis.

En même temps il y a une temporalité indispensable du roman, comme une course contre la montre car les grands mère et les témoins sont en train de disparaître ! il y a urgence pour que la justice passe mais il fait se dire aussi que tant qu’on n’a pas retrouvé les bébés cela ne passera pas.

– Et si j’ose, un nouveau roman est-il en préparation ? Un roman qui va nous emporter loin de nouveau ?

Alors l’avenir… je termine mon premier roman jeunesse qui paraîtra en mai chez PKJ. Une histoire qui se déroule en Corse, hier et aujourd’hui autour de la protection des juifs par l’ensemble de la population…Et bien sûr je prépare mon prochain roman chez Héloïse. Pour le moment je cherche l’inspiration, mais disons que Tel Aviv m’attire beaucoup, un livre me donne toujours le la pour une nouveauté, cette fois-ci c’est Le poète de Gaza

Quel lecteur êtes-vous Frédéric Couderc ?

– Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu récemment, ce serait lequel et pourquoi ?

Je recommande avec ardeur Chien-loup, de Serge Joncour, non parce que le maître d’école s’appelle Couderc, mais parce que tout y est : une langue riche, subtile, et variée, des personnages profonds et attachants, une vrai intrigue, et un rapport à la nature que je partage totalement, entre contentement et malaise face au monde sauvage.

– Existe-t-il un livre que vous relisez ou qui est un peu le fil rouge de votre vie ?

Les Chutes de Joyce Carol Oates, pour la passion de Dirk et la « veuve des Chutes », la lutte contre le pognon roi, leur façon de se relever et rester vivant.

Merci cher Frédéric pour votre disponibilité et pour vos réponses.

Bien sûr, j’ai envie de vous parler à nouveau de ce superbe roman paru en début d’année… Vous ne l’avez pas encore lu ? Alors, courrez vite chez votre libraire, à la bibliothèque, où vous voulez, lisez-le… et dites-moi ce que vous en avez pensé !


* Le « Collectif Argentin pour la Mémoire » rassemble des argentins et des français qui vivent en France et assument la Mémoire en tant que responsabilité historique et morale, se ralliant à la lutte permanente pour la Vérité, la Justice, l’information et la transmission aux nouvelles générations des crimes de « lèse-humanité » commis sans relâche par l’État Argentin entre 1972 et 1983.

Les mains dans les poches, Bernard Chenez

Quelques chapitres, quelques mots, quelques lignes pour retracer des instants, des rencontres, une vie … C’est la balade que nous propose Bernard Chenez dans « Les mains dans les poches ».

Domi_C_Lire_les_mains_dans_les_poches_bernard_chenez.jpgBernard Chenez se promène Les mains dans les poches et pense à son enfance, à sa vie, à son passé. Il  relate des événements posés çà et là, pas forcément de façon chronologique, mais qui semblent arriver au hasard des rencontres, des envies, des souvenirs.

Du gamin qui se lève tôt pour tenter de gagner quelques sous à l’homme d’aujourd’hui, de l’adolescent qui découvre l’amour sombre, romantique, clandestin, à celui qui découvre l’anarchie, la vraie, de l’étudiant sérieux à celui qui manifeste, une vie défile. Heureuse parfois, nostalgique parfois, belle souvent.

Il y a les souvenirs, il y a les parents, la famille et la vie, les batailles d’indiens,  imaginaires, le bord de mer, les barricades et les révoltes, le bleu de travail que l’on porte à l’usine, les chagrins et les amours. Mais il y a également une certaine nostalgie à se remémorer ceux qui ne sont plus, amis, amantes, parents. Et tout au long des pages une dose de tendresse pour l’enfant ou l’adolescent que l’homme a été un jour, pour celui qui n’est plus mais qui continue à vivre dans les réminiscences de ces instants de vie. Comme tout un chacun en somme, mais ici c’est joliment dit, avec une vraie poésie.

Car ce livre, qui n’est ni tout à fait un roman, ni vraiment un récit, est à lire au hasard. Juste ouvrir un chapitre, vivre avec l’auteur quelques instants, se souvenir de l’enfant, de l’adolescent puis de l’homme qu’il a été, comprendre et aimer, la vie, la mort peut-être aussi…

J’ai aimé l’image de ce train que l’on prendrait à l’envers, comme pour remonter le temps de la vie… mais en partant dans tous les sens à la fois. Alors même si je ne me suis jamais vraiment attachée au personnage, j’ai aimé découvrir ses souvenirs et le témoignage qu’il nous donne d’une époque qui semble parfois révolue.

Quelques citations…

Ma mère n’est morte ni le jour, ni l’heure, ni même à  la seconde de son dernier souffle…
Les mères choisissent le moment. Elles nous ont donné le premier souffle de vie, elles nous confient le première heure de leur mort.

Les pères ne meurent pas, ils disparaissent de la mémoire en mer, fût-elle faite de tubes de couleur et de toile.

Être anarchiste, ce n’est pas être adhérent d’un parti, c’est un état d’esprit.

C’est la main qui voit, et l’œil qui dessine.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Pour percevoir à nouveau l’odeur de l’encre et du plomb, pour sentir frémir le crayon sur le papier de son premier dessin, pour entendre ces rifs de guitare protestataires qui ont rythmé ses combats, il fallait partir à l’autre bout du monde et embrasser sa mémoire…  Les mains dans les poches est une promenade nostalgique et poétique qui accepte et dépose enfin ses fantômes.

Paru le 16 août 2018 / ISBN : 978-2-35087-464-7 / Photo de couverture © Édouard Boubat/Rapho

Aucune pierre ne brise la nuit, Frédéric Couderc

Vous aimez les belles histoires d’amour ? Vous aimez mieux comprendre l’Histoire, surtout quand elle aborde des sujets encore étonnamment d’actualité ? Alors vous aimerez « Aucune pierre ne brise la nuit » le magnifique roman de Frédéric Couderc, à découvrir d’urgence.

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A la fin des années 90, dans un musée au Havre, deux personnes contemplent le même tableau. Il s’agit de l’œuvre d’un inconnu, mais apparemment tous deux connaissent soit l’auteur du tableau, soit l’époque et le pays, l’Argentine, sujet de l’exposition temporaire « Français d’Argentine ». Lorsque Gabriel propose à Ariane de boire un verre, il ne s’attend certainement pas aux bouleversements qui vont suivre.

Lui est argentin, émigré en France depuis de nombreuses années, il a fui la dictature, les années sombres, et s’est réfugié dans une vie de marin solitaire. Elle est femme de diplomate, les pérégrinations de son mari l’on emmenée à Buenos Aire aux pires moments de la dictature. C’est d’ailleurs là qu’elle a eu le grand bonheur de pouvoir adopter sa fille chérie, Clara. Leurs destins se sont peut-être croisés à ce moment-là, tout comme ils se croisent à nouveau aujourd’hui.

Attiré par cette femme qui lui rappelle tant Veronica, son amour perdu d’Argentine, Gabriel le solitaire va nouer rapidement des liens étroits avec Ariane.

De discussions en découvertes, Ariane s’éveille à la réalité d’une vie dont elle ne soupçonnait rien. A Buenos Aire, elle vivait dans le cocon douillet des expatriés aisés et protégés. Elle comprend au contact de Gabriel les horreurs et la douleur qu’ont vécus les argentins lors de la dictature dans les années 70/80. Celles des jeunes enlevés par la junte, victimes de tortures, disparus à jamais lors des vols de la mort pratiqués par l’ESMA (Escuela de Mecánica de la Armada). Celles aussi des familles représentées par les grands-mères de la place de mai, qui tentent aujourd’hui encore de retrouver leurs petits-enfants, bébés volés par le pouvoir et la plupart du temps adoptés par les nantis protégés par la junte militaire.

De découvertes en soupçons, Ariane comprend que Clara, peut-être… Aussi lorsqu’elle décide de quitter son mari pour enquêter, de partir en Argentine avec Gabriel, puis avec Clara, c’est tout un pan de l’histoire de ce pays que nous dévoile l’auteur à travers son histoire. Mêlant adroitement une belle et intense histoire d’amour – parfois trop belle pour être possible d’ailleurs, tant la douleur et le chagrin peuvent être des obstacles puissants à accepter le bonheur quand il se présente – à une réalité historique édifiante et douloureuse. Le rôle des militaires, la violence de la dictature, les tortures subies par les desaparecidos, le rôle des français de l’OAS en soutien aux tortionnaires argentins, rien ne nous est épargné et c’est tant mieux. Et si le récit foisonne de détails, ils ne sont jamais prégnants et n’effacent pas le plaisir de la lecture, même si avouons-le ils nous tirent parfois quelques larmes, ils nous procurent de grandes émotions.

Ce que j’aime particulièrement dans les romans de Frédéric Couderc, c’est qu’il arrive à créer un subtil équilibre entre l’intrigue romanesque qui fait que l’on s’attache aux personnages et le thème et la vérité historique qui sont particulièrement bien maîtrisés et nous font paraitre un peu moins ignorants. Même si je connaissais en partie ce sujet-là, ayant été attentive également aux drames des bébés volés en Espagne, j’ai trouvé passionnant de mieux comprendre et d’en savoir plus.

Aucune pierre ne brise la nuit est porté par une écriture superbe, fluide, précise et juste, chaleureuse malgré le thème. J’avais déjà été emballée par le précédent roman Le Jour se lève et ce n’est pas le tien qui se passait à Cuba, et nous parlait de ce personnage méconnu qu’était Camillo Cienfuegos. J’ai été de la même façon emportée par la trame romanesque et par l’intrigue de celui-ci, je ne peux que vous conseiller de le découvrir !

💙💙💙💙💙

Si ce thème vous intéresse, lire également Condor, de Caryl Férey, qui évoque L’opération Condor cette vague d’assassinats réalisés en masse sous couvert de lutte contre la guérilla,  conduite conjointement par les services secrets du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay,  à cette même période,  au milieu des années 1970.
A propos des bébés volés, il y a eu également le même phénomène dramatique en Espagne, y compris après les années Franco. Lire à ce sujet Mala Vida de Marc Fernandez.


Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Dans un musée du Havre, la rencontre entre Gabriel et Ariane n’aurait pas dû avoir lieu – lui le réfugié argentin, elle la femme de diplomate. Mais devant la mystérieuse toile d’un peintre de Buenos Aires, les fantômes du passé ressurgissent, tout comme les ombres de la passion. À l’heure où les enquêtes sur les trente mille disparus sous la dictature reprennent, chacun s’embarque alors dans une quête où la vérité menace d’être plus dévastatrice encore que le mensonge…
Porté par un souffle romanesque puissant, Aucune pierre ne brise la nuit explore les cicatrices infligées par la junte militaire, et rend hommage aux victimes sans sépulture. Une histoire haletante qui sonde les tourments de la recherche identitaire et de l’amour interdit.
320 pages | 19€ / Paru le 3 mai 2018 / ISBN : 978-2-35087-456-2
© Romain Baillon/Millennium Images, UK

Une famille très française, Maëlle Guillaud

Avec « Une famille très française », Maëlle Guillaud confirme ses talents d’écrivain et nous entraine avec justesse dans les affres de l’adolescence qu’elle décortique avec subtilité.

Domi_C_lire_une_famille_tres_francaiseCharlotte est fière de sa famille, sa mère, sa grand-mère, si présente, si expansive, si affectueuse. Pourtant le jour à la belle Jane arrive dans son lycée, elle est éblouie par cette jeune fille si élégante, par cette famille si raffinée, si discrète, ses enfants si bien éduqués.
Quand on vient d’une famille exubérante, chaleureuse, protectrice, avec des femmes « mères juives » qui en imposent par leur franc parler, leur cuisine du soleil, leur amour débordant et presque encombrant, un peu de classicisme serait le bienvenu. Aussi, représentante de la bourgeoisie de province par excellence, la famille Duchesnais a tout pour éblouir la jeune Charlotte. Jane – ne pas confondre avec Jeanne, c’est moins chic ! –  à qui tout semble réussir, un frère comme Charlotte en rêve, des parents si conformes aux standards qu’elle voudrait retrouver dans sa famille, un rêve devenu réalité ?

Le difficile apprentissage de l’adolescence où l’on se cherche, où l’on a parfois honte de ce que l’on est ou des siens, ébloui par les lumières et les apparences parfois trompeuses. Car que sont une éducation rigide et bienpensante, mais peut-être moins sincère, moins affectueuses, face à la chaleur et à l’exubérance de celles qui savent donner tout leur amour. Que sont les faux-semblants, les masques de bonne éducation…

De Maëlle Guillaud, j’avais beaucoup aimé Lucie ou la vocation. Je la retrouve avec un grand plaisir dans ce roman très actuel d’une jeune femme qui se cherche, qui se perd parfois, mais qui se pose de vraies questions sur son identité, sa famille, son milieu de vie. Intéressant plaidoyer pour la famille, celle que l’on se choisit ou celle que l’on a, sur les amitiés adolescentes, les vérités et les apparences, le savoir être et ce que l’on montre.

Une belle écriture, une justesse d’analyse de cette jeunesse en mal de repère, des sentiments propre à cette période de la vie si compliquée qu’est l’adolescence. Une famille très française  est un beau roman à mettre entre toutes les mains des ados et de leurs parents. Maëlle Guillaud poursuit son chemin d’écrivain pour le plus grand bonheur de ses lecteurs, et c’est tant mieux !

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Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Charlotte a toujours été fière de ses parents, mais lorsqu’elle rencontre ceux de Jane, leur élégance et leur réussite l’éblouissent. La silhouette élancée et la blondeur vaporeuse de sa meilleure amie tranchent à côté de ses rondeurs généreuses et de ses boucles brunes. Peu à peu, Charlotte se met à avoir honte de l’exubérance de sa mère, de l’humour de son père, de ses origines… Et si le raffinement des Duchesnais n’était qu’un trompe-l’œil, et cette famille moins parfaite qu’elle n’y paraît ?
Avec justesse et subtilité, Maëlle Guillaud soulève l’épineuse question de l’identité à travers les yeux d’une adolescente face à ses contradictions. Une famille très française est un roman d’apprentissage qui loue la richesse d’être soi, tout simplement, avec son histoire et ses singularités.

208 pages | 17€ / Paru le 12 avril 2018 / ISBN : 978-2-35087-448-7 / Photo de couverture © Colin Hutton/Millennium Images, UK