Je peux me passer de l’aube. Isabelle Alonso

Avec « Je peux me passer de l’aube » Isabelle Alonso nous entraine dans l’Espagne de la fin des années 30. Années difficiles où le pays devra réapprendre à vivre autrement, en silence et en religions, celle de Dieu et celle du tout puissant Caudillo Franco.

Domi_C_Lire_isabelle_alonso_je_peux_me_passer_de_l_aube.jpgComme beaucoup de lecteurs, j’avais apprécié  Je mourrai une autre fois, le précédent roman d’Isabelle Alonso sur cette période de l’histoire d’Espagne (les deux romans peuvent tout à fait se lire séparément). Dans ce premier opus, Angel et sa famille croient en la Seconde République, votée le 14 avril 1931 dans le calme et de façon pacifique, mais c’est compter sans  le soulèvement militaire de juillet 1936 et ses conséquences sur la population, en particulier la Retirada, ou l’exil en masse vers la France. En révolte, ne comprenant pas la passivité de son père, Angel s’engage dans l’armée alors qu’il n’a que 15 ans. Dans Je peux me passer de l’aube nous le retrouvons à la fin de la guerre civile espagnole, il est encore interné au camp de Saint Cyprien, côté français.

Dans les camps de ce côté des Pyrénées, à partir de juin 39, les espagnols ont le choix entre rester ou repartir au pays. Angel choisi de revenir en Espagne pour retrouver sa famille, mais le voyage ne sera ni paisible, ni rapide.  A son arrivée en Espagne, il va être trimbalé en prison ouverte, condamné à faire des travaux, en particulier reconstruire ces ponts qu’il avait aidé à détruire alors que s’organisait la résistance. Après plus d’une année, il apprend que son père est mort. Il est anéanti car il ne pourra plus jamais s’expliquer avec lui, mais il peut enfin rejoindre sa famille. Il découvre alors la vie dans l’Espagne franquiste. La peur de la délation, la misère, le manque de travail, la crainte d’être pris pour ces Rojos qui ont tout à craindre du pouvoir en place, font de la vie au quotidien un véritable enfer.

Malgré cette situation, Gélin espère des jours meilleurs, découvre une fraternité au quotidien, faite de petits moments de résistance, pour prouver qu’une  vie dans un pays où la démocratie existe est encore possible. Ces rêves de démocratie, de liberté, de fraternité lui font rejoindre un groupe de clandestins, pour la plupart communistes, car eux seuls semblent un tant soit peu organisés, de ces jeunes hommes qui par des activités souvent minuscules prouvent que la guerre contre Franco n’est pas terminée.

Bel espoir porté par ces jeunes hommes qui espèrent la fin de la seconde guerre mondiale pour voir tomber tous les dictateurs, de Hitler à Mussolini, en passant par Franco. Quand on sait combien de temps ce dernier sera resté au pouvoir…

Alors si vous aimez l’histoire, l’Espagne et le contexte de la seconde guerre mondiale sans pour autant souhaiter lire un roman trop dur ou trop noir, écrit avec autant d’humour que de dérision, celui-ci est pour vous. Car Isabelle Alonso a choisi d’évoquer le quotidien des espagnols, la montagne de difficultés pour trouver à manger, s’habiller, travailler et avoir un salaire, laissant de côté la partie la plus sombre, celle des arrestations, tortures, exécutions (même si ces thèmes sont également abordés). Mais le sentiment qui persiste à la fin de la lecture est bien celui d’un immense espoir et d’une grande foi en l’homme, en d’avantage de légèreté, en une forme de fraternité dans la lutte indispensable pour se préparer un avenir meilleur.


Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Juillet 1939, la guerre d’Espagne est finie. Angel Alcalá Llach, 16 ans, rentre enfin chez lui, après un an au front et quatre mois au camp de Saint-Cyprien. Mais sous Franco, le pays asphyxié n’est plus qu’une prison à ciel ouvert. Angel parviendra-t-il à survivre dans ce monde sans droits, où toute résistance est passible de mort ? C’est pourtant dans les temps les plus sombres que l’on fait les rencontres les plus surprenantes et que, contre toute attente, la vie peut revêtir les couleurs de l’espoir.

Avec une écriture lumineuse et passionnée, Isabelle Alonso dépeint la tragédie sans jamais se départir de son humour. Je peux me passer de l’aube donne la parole aux vaincus qui croient malgré tout en l’avenir.

Roman / 304 pages | 20€ / Paru le 7 septembre 2017 / ISBN : 78-2-35087-423-4

Photo de couverture © Stephen Mulcahey/Arcangel

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La mélodie familière de la boutique de Sung. Karin Kalisa

Voilà un drôle de roman qui sous des airs de légèreté et de naïveté bon enfant aborde intelligemment le problème de l’immigration et de l’insertion dans ces pays que l’on n’adopte pas toujours par choix.

DomiCLire_la_melodie_familiere_de_laboutique_de_sung.jpgBerlin, dans le quartier de Prenzlauer berg, la fête de l’école s’annonce chaleureusement classique. Mais le directeur à une idée farfelue, demander à chacun des enfants d’étrangers, d’émigrés, de son école de venir avec un objet représentant son pays d’origine. Tout serait très simple si Minh n’avait pas eu la belle idée de venir avec sa grand-mère, qui donne un spectacle peu commun de marionnettes, abordant en même temps la difficile période d’immigration, d’adaptation et d’insertion des Vietnamiens dans le Berlin d’avant la chute du mur.

Cette représentation au demeurant fort artistique et poétique pourrait ne pas avoir de suite. Mais c’est sans compter sans l’institutrice, qui va aimer puis reprendre l’idée des marionnettes pour en faire un élément de contestation. Pour ce faire, elle va rencontrer différemment ces vietnamiens qu’elle côtoie depuis toujours sans les aborder réellement. Parler, travailler ensemble, échanger, sourire, goûter, rêver, voilà bien un exercice simple, évident, mais si peu courant. Pourtant, l’ensemble de la communauté va peu à peu changer ses habitudes, les allemands d’origine pour découvrir les coutumes de ces étrangers qu’ils voient dans leur quartier depuis toujours sans pour autant avoir jamais essayé de les connaitre, les vietnamiens pour sortir de leur isolement, apprendre une langue qu’ils avaient ignorée jusque-là, mais aussi partager des habitudes, des goûts, des savoirs. Chacun faisant un pas vers l’autre, de découverte en découverte, le quartier va changer pour le plus grand bonheur de tous.

Ah, et si c’était aussi simple ! Car bien sûr ici tout parait bien idyllique. Mais quand même, quel joli moment d’échange, d’ouverture vers l’autre, de rêve idéalisé d’entraide, de partage, d’échange, de joies communes et de vie plus sereine. C’est une drôle d’aventure terriblement optimiste qui se déroule dans ces pages-là, et même si on a du mal à y croire, on voudrait bien malgré tout que cette belle expérience se répète dans nos villes, dans nos quartiers, entre les différentes communautés qui trop souvent s’ignorent, plus par manque d’élan vers l’autre, de curiosité, que par réel manque d’ envie.

Et s’il suffisait de construire quelques ponts de singe pour créer des liens entre nous ?


Catalogue éditeur : éditions Héloïse d’Ormesson

Lorsque la grand-mère de Minh donne un spectacle de marionnette vietnamienne à la fête de l’école, personne ne soupçonne que le quartier de Prenzlauer Berg va en être bouleversé. Et pourtant, dans ces rues de l’ancien Berlin-Est, la part d’Asie ressurgit, insufflant un nouveau sens de la communauté. C’est l’effet papillon assuré. Bientôt, les habitants sont coiffés de chapeaux de paille pointus, des légumes méconnus apparaissent dans les assiettes, des ponts de bambou relient les maisons de toit en toit. De belles vibrations, une vraie révolution ! Lire la suite

Rose Labourie / 288 pages | 20€ / Paru le 19 janvier 2017 / ISBN : 978-2-35087-380-0

Illustration de couverture © conception : Geviert, Grafik & Typografie, Andrea Janas ; illustration : © Geviert ; photo de Berlin © shutterstock/linerpics.

Pour que rien ne s’efface. Catherine Locandro

Qui se souvient de ce qui a été, de la gloire et de la légèreté, au moment de quitter la difficile scène de la vie. Dans son dernier roman « Pour que rien ne s’efface » Catherine Locandro évoque avec justesse le temps qui passe, la solitude et l’oubli.

DomiCLire_pour_que_rien_ne_sefface.jpgC’était une enfant magnifique, puis la plus belle des femme, aujourd’hui, oubliée de tous, c’est un cadavre qui se décompose, dans un appartement parisien. Comment peut-on en arriver là quand on s’appelle Lila Beaulieu, actrice ayant eu son heure de gloire et ayant descendu avec panache les marches de Cannes lors de la parution de son seul grand film, quelques trente ans plus tôt ? Comment peut-on en arriver là quand on a eu des maris, des enfants, des amants, des amis ?
Dans ce roman choral le lecteur tourne autour de Lila comme s’il était devant le film de sa vie. On imagine la  caméra qui tourne autour de Lila et nous montre à chaque fois un angle de vue différent. Divers témoins se succèdent, amis, amants, maris, sa fille, ses voisins, ils sont plus ou moins proches et ont eu  une relation plus ou moins intime avec Lila. Chacun vient apporter sa brique pour décrire celle qu’il a connue, dévoilant tour à tour des facettes de sa vie, de sa personnalité, de ce qu’elle a bien voulu leur montrer, ou tout simplement ce qu’ils ont bien voulu en connaître.

Chacun est là aussi pour dire la fin tragique annoncée. Car quelle que soit la relation qu’ils ont eue avec Lila, on découvre au grès des déclarations et des souvenirs le succès puis l’échec, le rêve brisé d’une carrière à Hollywood, la perte d’un enfant, l’oubli dans l’alcool, l’éloignement du couple et le rejet de ceux qui restent. Mais aussi et surtout l’incompréhension et la méconnaissance de la véritable personnalité de Lila, le poids de l’enfance, les hésitations, l’effondrement de ses rêves et les désillusions de sa vie de femme.

Comme cela avait été le cas en lisant « La maladroite », j’ai ressenti dans ces témoignages à la fois un lourd chagrin et un grand nombre de responsabilités, souvent sans faute, accumulées par tous ceux qui ont partagé ou traversé la vie de Lila. Tous ceux qui ont vu, qui ont compris la solitude et le chagrin mais qui n’ont jamais fait le nécessaire pour qu’elle s’en sorte. J’ai aimé la structure de ce roman, cette façon de tourner autour du personnage de Lila Beaulieu et de la découvrir peu à peu, sans juger, sans parti pris, juste en témoin d’une vie qui passe.

Citation :

Il faudrait tout dire à Lucie. Et avant tout, que la vie était courte, mais aussi terriblement longue. Elle vous donnait tout le loisir de multiplier les erreurs, et vous laissait si peu de temps pour les réparer.


Catalogue éditeur : Éditions Héloïse d’Ormesson

Cette histoire commence par la fin : une femme de soixante-cinq ans retrouvée morte dans un studio parisien. La défunte est pourtant loin d’être une inconnue. Mais qui se souvient d’elle ? lire la suite

208 pages | 18€ / Paru le 12 janvier 2017 / ISBN : 978-2-35087-389-3
Photo de couverture © Charlotte Jolly de Rosnay

Lucie ou la vocation. Maëlle Guillaud

Lucie ou la vocation, le premier roman de Maëlle  Guillaud décrypte sans équivoque la complexité des relations entre les sentiments religieux et les dictats de la Religion. Que l’on ait la foi ou pas, ce roman vous marquera forcément !

Lucie aime et Lucie aime sans retour, sans compter, sans peur de se tromper… mais Lucie aime celui pour lequel il faut donner sa vie sans compter, sans retour, et qui sait peut-être sans peur de se tromper… Contre l’avis de tous, alors qu’elle est une brillante étudiante en Khâgnes, Lucie découvre sa vocation, son amour inconditionnel pour ce Dieu à qui elle décide de dédier sa vie. Au grand désespoir de sa mère dont elle est la fille unique et qui rêvait déjà de petits enfants à dorloter, au grand désespoir aussi de Juliette, son amie de toujours, sa presque sœur, qu’elle abandonne sans regrets en rentrant dans les ordres.

Car Lucie va rentrer dans les ordres, et pas n’importe où puisqu’elle choisi une congrégation de sœurs qui font vœu de silence et s’enferment au couvent. Amour absolu et incompréhensible pour la plupart de ceux qui l’entourent, mais avouons-le aussi pour la plupart d’entre nous lecteurs qui nous pensons libres et éclairés. Pour moi en tout cas, qui n’imagine pas qu’une telle vie puisse être rêvée par des jeunes filles d’aujourd’hui. Voilà donc un livre étonnant qui nous plonge dans une communauté et un univers que j’ai ressenti comme quasiment carcéral, avec ses tentions, ses rancœurs, ses jalousies, entre femmes qui ont fait vœu de pauvreté, abstinence et … obéissance. Jeux de pouvoir au sein de ce couvent, entre la mère supérieure et toutes celles qui espèrent un jour accéder au titre, dominer les autres. Car l’univers d’un couvent est conforme à la société, avec ses tensions et ses jalousies, son amour absolu pour un Dieu omniprésent et pourtant absent, avec ses doutes quant à la justesse du chemin choisi. Et au dehors, mais si proche, les doutes d’une adolescente qui pressent sa vocation puis l’assurance d’une presque adulte qui affirme sa vocation, l’amitié plus forte que tout, l’amour inconditionnel d’une mère, de celles ou ceux qui ne comprennent pas mais qui doivent accepter pour ne pas perdre….

Je n’ai pas pu m’empêcher de faire la comparaison avec ceux qui s’embarquent pour faire le Jihad… sûrs de leur choix, terrible et incompréhensible pour leurs proches, ou ceux qui se convertissent quand ils pensent qu’ils ont trouvé la lumière, la voie. Ah, l’absolu pouvoir d’une religion et de ses extrêmes. L’incompréhension face à celui qui s’engage sans possibilité de retour. Voilà un livre assez dérangeant. Je pensais ne pas aimer, et en fait je me suis laissée happer par Lucie, sa foi qui l’emporte là où tant auraient abandonné, sur des chemins difficiles et si compliqués, si tendus, loin finalement de son idéal religieux d’amour absolu et joyeux, mais dans un univers dont on ne ressort pas si facilement.

Cette vie ou une autre, laquelle vaut le coup d’être vécue ? Et si elle avait raison ? Lesquels sont dans le vrai finalement, ceux qui doutent ou Lucie qui va au bout de son amour ? Je n’ai toujours pas de réponse. Même si « Lucie ou la vocation » est réellement un livre qui interroge le lecteur, j’avoue que je l’aurai bien parfois secouée un peu pour qu’elle réagisse !

« Christophe Colomb partait à la recherche des Indes, et qu’a-t-il découvert ? L’Amérique ! Partir à la recherche de Dieu aboutit à une découverte tout aussi imprévisible ! « 

#RL2016


Catalogue éditeur : Editions Héloïse d’Ormesson

Avec une sensibilité et une justesse infinies, Maëlle Guillaud nous entraîne dans un monde aux règles impénétrables.
En posant la question de la foi et en révélant sa puissance à tout exiger, Lucie ou la vocation entre en résonance avec l’actualité.

ISBN : 2350873749 / Parution : 18/08/16

Le Destin de Laura U. Susana Fortes

La passion plus forte que la raison ? « Le destin de laura U. » de Susana Fortes est une saga familiale qui nous transporte de chaque coté de l’Atlantique

Jeho_fortes3cuana se souvient, car Juana a passé sa vie au service de la famille Ulloa, dans la région de Galice empreinte de cette magie que procurent des paysages austères et rudes, dans ces familles où la passion est dévastatrice, lorsque les convenances et les obligations imposent une vie que l’on n’a pas choisie, où les apparences sont parfois trompeuses, même si elles règlent la vie de tous, chaque jour.

Dans la famille Ulloa, il y a d’abord le comte de Gondomar, le père de Rafael et Jacobo, patriarche tout puissant, homme autoritaire et volontaire, à qui nul ne résiste, ni sa belle-sœur, ni même Rebeca, sa belle-fille. Lorsque le comte meurt, l’héritage sépare inexorablement les deux frères : Rafael reste au domaine, Jacobo part gérer les terres de la famille à Cuba, dans cette ile où l’exotisme cède le pas aux croyances d’un autre temps, celles des indiens de caraïbes. Mais Jacobo vient de mourir, Rafael part à Cuba aider sa belle-sœur, régler la succession et organiser la vie du domaine, puis les deux femmes, Rebeca et sa fille Laura, retournent en Espagne. A partir de ce moment-là, les secrets inavouables, les amours clandestines et coupables, sont se révéler peu à peu, au coin du feu, dans le silence feutré des aveux et de la parole qui enfin se libère.

Il y a une véritable atmosphère dans ce roman, on imagine des images de contrées luxuriantes mais déroutantes pour ces émigrés contraints au départ, Cuba fait rêver, mais Cuba fait peur, par ses mystères et ses croyances. On y voit également émerger les brumes du matin, surnaturelles et mystérieuses, dans cette région d’Espagne qui vit tournée vers l’autre côté de l’océan. Le cœur est en lutte avec la raison, emporté dans la tourmente d’un climat à l’unisson avec les esprits torturés des hommes.

Le rythme est très dense, de belles descriptions, peu de dialogues, et cependant une histoire racontée avec force détails qui ont tous leur importance. Rien d’inutile ou de verbeux, il y a à la fois profusion et économie de mots, c’est assez étrange d’ailleurs, et l’on souhaite ardemment se blottir au coin du feu pour terminer cette lecture à la fois prenante et perturbante. Voilà une saga familiale où les mystères ont des répercussions sur plusieurs générations. Laura U est une héroïne qui plonge ses racines de chaque côté de l’océan, des brumes sombres de Galice aux paysages éclatants de Cuba, dans les secrets de famille les plus inavouables et les mieux gardés, témoin d’une époque et d’un statut social auquel elle ne pourra pas échapper.


Catalogue éditeur : éditions Héloïse d’Ormesson

Traduit de l’espagnol par Nicolas Véron

Des murmures se font entendre dans les ruelles de Vilavedra, et le vent porte les peurs, les soupçons, les désirs inavouables.
Juana, au service de la famille Ulloa durant des décennies, se remémore les histoires de ses cœurs bâillonnés par les amours tragiques. Celles du vieux comte. De ses fils, Rafael et Jacobo, condamnés à vivre séparés par un océan. Et de la jeune Laura, héritière de cette lignée, qui découvrit trop tôt que la distance ne peut rien face à la providence.
Le Destin de Laura U. est un conte vibrant et sensuel empreint de l’exotisme d’une Galice austère et d’un Cuba extraverti où les secrets de famille finissent toujours par avoir raison de ceux qui les dissimulent.

160 pages | 20€ / Paru le 19 mai 2016 / ISBN : 978-2-35087-368-8

Wanderer. Sarah Léon

Wanderer, de Sarah Léon est un beau premier roman porté par la mélodie de mots et des sentiments. Une jolie découverte d’une auteure révélée par le prix Clara

DomiCLire_wanderer_sara_leon.jpgHermin est compositeur, il vit retiré dans une maison aux confins du Bourdonnais. Un soir d’hiver et de neige, Lenny, un de ses anciens élèves, mais surtout celui qui a été son protégé et son ami, et qui est devenu un pianiste talentueux, vient frapper à sa porte.
Dix ans auparavant, Lenny était un adolescent misérable, élevé par une tante poitrinaire et porté par un seul rêve, devenir un grand pianiste. Hébergé et pris sous l’aile protectrice d’Hermin, l’adolescent se révèle doué, mais terriblement possessif envers son protecteur. Jusqu’au jour où il disparait de la vie d’Hermin. Sa rencontre avec son mentor sera pourtant décisive et lui permettra d’accéder au plus haut niveau de maitrise du piano.

Étrange visite de celui que le compositeur n’a plus revu depuis si longtemps. Pendant ces dix longues années, aucun n’a repris contact, mais chacun a suivi le parcours de l’autre. Aujourd’hui, dans un huis clos porté par la musique et la création, les silences et les cris, des parts du mystère seront enfin dévoilées. Pourquoi cette fuite, pourquoi cette ultime visite, pourquoi celui qui est aujourd’hui devenu un homme au talent reconnu de tous souhaite-t-il tout abandonner. Ultime tentative de Lenny pour faire comprendre ou accepter l’étrangeté de cette relation qu’Hermin nomme une profonde amitié, mais qui n’a définitivement pas la même valeur ni le même sens aux yeux de Lenny.

C’est une belle écriture, très musicale, portée par les notes, la création, l’évolution de la mélodie de Schubert omniprésente dans le roman. Le récit du présent alterne avec les réminiscences indispensables du passé, souvenirs d’Hermin en italique dans le texte, pour une meilleure compréhension de ces non-dits, de ces échanges incomplets, de cette attente vitale et de ces révélations. Un peu déconcertée au début par ces incessants aller-retour dans le temps, j’ai vite apprécié la coloration musicale et hivernale de ce roman, son côté sombre aussi, cette tristesse qui en émane, au plus profond d’un hiver de glace, comme en écho à l’hiver d’une vie et à celui d’une profonde amitié.


Catalogue éditeur

Porté par une mélodie schubertienne, Wanderer est un premier roman d’une délicatesse rare, un adagio crépusculaire au cœur de l’hiver, une ode subtile au romantisme allemand.

Date de parution : 03/03/2016 / Éditeur : Héloïse d’Ormesson / EAN : 9782350873572

http://www.editions-heloisedormesson.com/

Je mourrai une autre fois. Isabelle Alonso

Un conte, un roman ? « Je mourrai une autre fois » d’Isabelle Alonso est une jolie surprise, un roman qui se dévore, qui parle de la grande Histoire et d’histoires, et qui se lit avec plaisir.

Je mourrai une autre foisEspagne, 1931. Après des années passées sous un gouvernement de dictature mussolinienne porté par le général Primo de Rivera, puis le général Berenger, le roi Alphonse XII quitte le pouvoir. La seconde république est proclamée par la gauche dans la liesse et sans faire usage des armes. La joie éclate, tant à Madrid que dans tout le pays. Les attentes du peuple sont immenses et les premières réalisations seront nombreuses, liberté d’expression, laïcité, construction d’écoles, tout est à réaliser. Mais c’est sans compter sur l’avènement de Franco, la montée du franquisme et la répression des républicains. Si l’espoir est permis, il sera de courte durée.

Angel Alcalá Llach, ou plutôt Gelín, comme on le nomme affectueusement, est bercé par les idéaux de ses parents. Très tôt, dans cette famille un peu fantasque il s’instruit seul, dévorant à tour de bras les journaux et nombreux livres de la bibliothèque familiale sans contrainte ni interdit. Comme ses parents, et malgré son très jeune âge, il rêve à un monde meilleur. Il a à peine quinze ans lorsqu’ il s’engage dans cette bataille perdue d’avance, au moment où les pays voisins se laissent endormir par la montée du nazisme, tournant le dos à cette guerre civile qu’ils ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre, abandonnant ce peuple trahi par les siens et par l’Europe.

J’avoue, j’ai aimé me retrouver dans les rues de Madrid ou de Catalogne avec Gelín. Rencontrer Nena, sa jeune mère fantasque qui ne veut pas qu’on la nomme autrement que par ce prénom, ses frères et Sol, sa petite sœur, son père, personnage important de sa vie, et tu tío, cet oncle qui l’accompagne dans les joies et dans les galères. On se laisse porter par la vie de cette famille qui, comme tant d’autres, a cru à cette liberté gagnée sans les armes. On les suit dans leurs déménagements successifs. Avec Gelín enfant, j’ai contemplé la vie depuis les balcons, observé son monde, jusqu’à ce qu’il s’écroule et que les années de guerre deviennent son quotidien. Puis viendra le temps des champs de batailles, des heures sombres et sanglantes, où l’amitié, les liens qui relient ces compagnons de misère sont forts malgré tout. Même si parfois la différence de milieu et donc d’éducation montrent qu’il y a un monde entre ces jeunes hommes engagés au front. Puis viennent les camps de concentration en France, sur les bords de cette méditerranée que l’on partage avec nos voisins espagnols, toute une époque souvent oubliée.

C’est un livre très agréable, à la belle écriture, descriptive, humoristique, dans laquelle on ressent beaucoup d’affection pour les personnages. Mais il évoque aussi et surtout les souvenirs de ceux qui ne sont plus là pour dire, ou si peu, et qu’il est important d’écouter pour comprendre. Et puis il y a l’amour d’un pays, de son pays et de la liberté ! Tellement forts et tellement importants. Une belle surprise de cette rentrée, et pour un amoureuse de l’Espagne comme moi, cette évocation d’une période méconnue de l’histoire est passionnante. Car dans le sud de la France, il existe encore quelques-uns de ces camps de concentration, où étaient retenus les parents de nos amis, alors bien sûr, il est nécessaire de voir et de dire, pour ne pas oublier.


Catalogue éditeur

C’est l’avant-guerre. Le truc avec l’avant-guerre, c’est qu’on ne le sait qu’après. Sur le moment, on ignore qu’on est en train de se gaver de pain blanc. On ne sait même pas que ça existe, un pain pas blanc. On croit que la douceur de vivre est la seule forme d’existence. – Isabelle Alonso

Date de parution : 04/02/2016 / Editeur : Héloïse d’Ormesson / EAN : 9782350873428

La bibliothèque idéale d’Isabelle Alonso à découvrir sur le site lecteurs.com :
http://www.lecteurs.com/article/la-bibliotheque-ideale-disabelle-alonso/2442589