Oxymort, Franck Bouysse

Oxymort de Franck Bouysse, un huis-clos oppressant et glaçant aux limites de la folie

Découvrir une autre facette de l’auteur de « Né d’aucune femme » ce roman qui nous avait tous tellement séduit l’an dernier..
Un homme est enchaîné sur un sol en terre battue, attaché dans le noir. Il ne comprend absolument pas ce qui a pu le mener jusque-là. Cet homme, c’est Louis Forell, professeur dans un lycée, une vie relativement banale, alors comment et pourquoi est-il arrivé là ?

Son geôlier lui fait jouer un jeu malsain afin de le lui faire deviner. Piégé dans cette cave obscure, il n’a pas d’autre solution s’il ne veut pas devenir fou, que de s’évader dans ses pensées, évoquer son travail, ses parents disparus, et surtout son amoureuse la belle Lilly avec qui la vie est si belle. Nous allons le suivre dans ce jeu mortel du chat et de la souris.


Le roman se lit vite, les chapitres courts alternent entre passé et présent, entre les souvenir de l’un puis de l’autre. Des vies défilent et rapidement le lecteur voit poindre toute la folie du geôlier, et de se demander alors jusqu’où l’amour peut mener un homme. Si le thème est abordé dans ce roman, c’est de façon plutôt singulière. Comme un oxymore auquel le titre fait référence peut être ? Je t’aime je te fais souffrir ?

L’écriture est rapide, rythmée, avec des phrases et des chapitres courts qui s’enchainent facilement. Si l’on n’y retrouve pas le style peaufiné et les belles phrases de Né d’aucune femme, c’est malgré tout un thriller qui se laisse lire et qui fait passer un bon moment.

Catalogue éditeur : J’ai Lu

Un homme s’éveille, enchaîné sur la terre battue d’une cave où règne un effroyable silence. Engourdissement, incompréhension. Qui ? Pourquoi ? La seule façon de repousser son désespoir, de lutter, est de remonter le temps, errer dans les corridors de sa mémoire et chercher à comprendre, en allant de piste en piste, pour tenir en laisse la folie. Guetter l’apparition d’une femme, au moment où les ombres s’étirent dans le crépuscule. Jouer la musique de sa survie.

Paru le 04/03/2020 / Prix : 7,20€ / 224 pages / 110 x 178 mm / EAN : 9782290219478

Silencios. Claudio Fava

Indispensable, le roman de Claudio Fava « Silencios » retrace un évènement oublié de la dictature argentine, à lire !

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1978 en argentine, à La Plata. De jeunes hommes s’entrainent pour le championnat de rugby, ils doivent participer au mondial qui aura lieu dans quelques mois.
Ils sont jeunes, très efficaces, ce sont même de très bons joueurs, mais ils ne vivent pas à la bonne époque…

Car en Argentine à ce moment-là, le général Videla a pris le pouvoir et les disparitions, les assassinats, sont devenus monnaie courante. Le jour où le jeune Momo est enlevé, puis assassiné, le monde de Raul et de ses coéquipiers s’écroule, ils entrent de plain-pied dans la terreur et dans l’horreur.

Au match suivant, l’équipe refuse de jouer si une minute de silence n’est pas respectée en l’honneur de Momo, une minute qui s’éternise, les joueurs, les spectateurs, tous respectent, tous se taisent, tous protestent en silence face au fracas des bottes et des armes. Mais la contestation doit être brisée  dans l’œuf… et les sportifs vont disparaitre les uns après les autres…

Desaparecidos, vols de la mort, l’Esma (École Supérieure de Mécanique de la Marine), autant de mots, de noms qui ont une connotation de terreur forte lorsque l’on évoque les années noires de la dictature Argentine.

Un très court roman, mais une lecture forte et émouvante qui interroge sur les dictatures, et sur le silence et l’oubli par les peuples…

Je ne connaissais pas cet épisode, mis en lumière par l’auteur Claudio Fava, à la suite du témoignage Raul Barandiaran, unique survivant de l’équipe de rugby de La Plata. L’auteur a été touché également par la relation entre cette dictature et les années noires qu’a également connu l’Italie avec la mainmise de la mafia sicilienne.

On mourait en Argentine comme en Sicile, à Buenos Aire comme à Catane

Sur cette période, et l’Argentine en particulier, on ne manquera pas de lire également le roman de Frédéric Couderc Aucune pierre ne brise la nuit, Frédéric Couderc a également répondu à mes questions, interview à retrouver ici.

💙💙💙💙💙

Catalogue éditeur : J’ai Lu, inédit

L’histoire vraie du club de rugby qui défia la dictature argentine…

Argentine, 1978. L’assassinat politique d’un jeune joueur de rugby de La Plata met le feu aux poudres : la guerre est déclarée entre l’équipe et la dictature. Chaque match du petit club est un défi, chaque hommage aux victimes une provocation adressée au pouvoir, qui répond par un bain de sang. Et pourtant, l’équipe, de plus en plus décimée, gagne ses matchs…
Traduction (Italien) : Alexandre Bilous, Dominique Manotti.
Thriller (n° 12419) / Paru le 07/11/2018 / Prix : 5,00€

Romain Gary s’en va-t’en guerre, Laurent Seksik

Les éditions J’ai Lu fêtent leur les 60 ans, l’occasion de découvrir quelques pépites, comme « Romain Gary s’en va-t’en guerre » de Laurent Seksik.

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Toute sa vie Roman Kacew s’est inventé des personnages, les siens d’abord, Emile ou Romain, mais aussi ceux de son père et de sa mère, mis en mots dans ses romans et bien peu fidèles semble-t-il à la réalité.

Le roman de Laurent Seksik se déroule à Wilno pendant deux jours, les 26 et 27 janvier, en 1925, alors que Romain Gary est encore Roman Kacew. A une époque où l’antisémitisme monte doucement mais surement dans le pays et en Europe, où de nombreux juifs se posent la question de partir, mais refusent de croire au pire. Il est construit en alternance de chapitres qui présentent tour à tour sa mère Nina, le jeune Roman, puis son père Arieh. Ils sont les personnages inévitables d’un trio humain fait d’amour et de haine, d’attente et d’espoir, de mensonge et de déception.

Nina est modiste et crée de jolis chapeaux pour les belles dames. C’est une jeune femme divorcée, mère d’un enfant, Joseph, lorsqu’elle épouse contre l’avis de sa belle-famille, Arieh le fourreur. Des années après arrive enfin ce fils tant attendu, Roman, puis la mort atroce de Joseph qui marquera à jamais cette mère. Un jour, Arieh quitte Nina pour Frida, une femme plus jeune, une vie plus sereine, et abandonne sa femme et surtout son fils de onze ans à une solitude incompréhensible pour cet enfant si sensible.

L’auteur nous entraine habilement dans les sentiments, les pensées, les espoirs de chacun, et déroule ces instants de vie qui décident d’un avenir, parfois sans même que l’on en comprenne réellement la portée. Car dans la vie, les couples se défont, parfois la violence s’installe, le désamour et la passion se combattent, et il y a parfois posé au milieu, en équilibre, un enfant qui attend l’amour d’un père, qui s’invente l’amour d’un père, qui espère puis désespère.

Ce n’est pas peu dire que Romain Gary a toujours été poussé par sa mère, qui a toujours cru en lui, et qui a rêvé pour lui qu’il serait célèbre un jour. Mais ici, Laurent Seksik lève le voile sur la part de mystère qui entoure l’auteur de la promesse de l’aube et nous parle essentiellement des années dans le ghetto, de son père, fourreur, mari infidèle, puis de la souffrance et de la solitude du jeune Roman, en attente de l’amour d’un père, qui réinventera celui qui l’a trahi.

Alors bien sûr, au 16 de la rue Grande-Pohulanka, il y a Un certain M. Piekielny, dont nous a également parlé François-Henri Désérable dans son roman paru à la rentrée de septembre 2017. Ce voisin un peu timide et effacé vient acheter à madame Kacew les quelques biens qu’elle tente de vendre en espérant pouvoir fuir au loin. Pour Roman et sa mère, ce sera l’Europe, puis plus tard l’engagement dans l’armée française, oui, mais ça c’est plus tard, beaucoup plus tard.

J’ai aimé ce roman qui me parle d’un personnage que je connais assez peu en fait. L’écriture est intéressante, sans fioritures inutiles, directe et concise, l’auteur réinvente une réalité qui donne corps aux personnages, et m’a vraiment donné envie de découvrir ses autres romans. Alors si vous aussi vous aimez les belles découvertes, un peu ou beaucoup Romain Gary mais aussi les biographies romancées, allez-y, foncez, vous ne le regretterez pas !

Catalogue éditeur : J’ai lu (Flammarion)

Le génie de Romain Gary, c’est sa mère.
Mais le mystère Gary, c’est son père, au sujet duquel le romancier-diplomate a toujours menti.
Laurent Seksik lève le voile sur ce mystère en ressuscitant la véritable figure du père, dans un roman à la fois captivant, bouleversant et drôle, où la fiction fraternise avec la réalité pour cerner la vérité d’un homme.

Paru le 03/01/2018 / Prix 7,80€ / 256 pages – 111 x 178 mm – EAN : 9782290147887

Une victime idéale, Val McDermid

« Une victime idéale », un auteur qui connait son affaire, des policiers hors pair, frisson et suspense garantis…

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Avec Une victime idéale je découvre les personnages récurrents de Val McDermid, d’abord Carol, l’ancien patron de la BEP et Tony, le profiler au talent certain. Mais depuis que la BEP a été dissoute tout tourne mal. Carol s’est réfugiée dans la maison de son frère décédé – on comprend vite qu’un meurtre horrible est arrivé dans cette maison – qu’elle démolit à grand coups de masse pour anéantir un passé qui la hante, pendant ce temps, Tony se terre sur une péniche dont il vient d’hériter.

Paula McIntyre, ancien bras droit de Carol, a pris du galon. Aujourd’hui elle travaille avec Alex Fielding et doit subir le commandement de cette arriviste un peu bornée et bien peu ouverte aux autres. Mais un tueur de jeunes femmes blondes sévit dans la petite ville de Bradfield, l’enquête piétine et le mauvais suspect est arrêté. Paula demande l’aide de Carol, avec Tony et en dehors de tout cadre normal il vont devoir résoudre l’affaire…

un roman intéressant, qui tient ses lecteurs avec un bon suspense. Mais avec un petit bémol, il m’a semblé que les personnages et les situations ont un peu de mal à se mettre en place, entrainant quelques longueurs, pour arriver sur une fin un peu abrupte et peu crédible. Enfin, sauf si on admet que personne ne peut faire aussi bien son métier que Carol et Tony ! Dommage car on se laisse réellement prendre par la plume de l’auteur.

Un roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix J’ai Lu Page des libraires 2017

Catalogue éditeur : J’ai Lu

Dans une petite ville du Yorkshire, des femmes qui se ressemblent sont retrouvées mortes. Elles sont toutes blondes aux yeux bleus, point commun que partage la commissaire Carol Jordan. Le tueur cherche en chacune de ses victimes la femme parfaite, amante soumise et ménagère accomplie, avant de la massacrer avec la plus grande cruauté. Au moment où le meurtrier se prépare à fondre sur sa prochaine proie, Tony Hill se retrouve au cœur de l’enquête, mais cette fois, sur le banc des accusés. Le célèbre profiler serait-il passé de l’autre côté du miroir ?

Traduction (Anglais) : Arnaud Baignot, Perrine Chambon

Prix : 8,00 € / EAN : 9782290138427 / Date de parution : 22/03/2017

Comment les grands de ce monde se promènent en bateau, Mélanie Sadler

Envie d’un moment de légèreté, on embarque avec Mélanie Sadler !

Quand Javier Leonardo Borges,  un vieux professeur d’histoire précolombienne de Buenos Aires fait une découverte inattendue dans les documents que vient de lui envoyer Hasan, son acolyte Turc, le voilà prêt, lui le sédentaire blasé, à retourner la terre pour comprendre,  trouver des preuves et enfin connaître la gloire qu’il mérite.

Ce qu’il vient de découvrir bouleverse la totalité des recherches et des parutions qu’il a produit depuis le début de sa carrière. Quelle histoire cette rencontre improbable d’une déesse aztèque et du palais de Topkapi,  quel bouleversement de l’Histoire peut être ? Une présence précolombienne dans l’univers du sultan Suleyman le magnifique ? Le dernier des empereurs aztèques serait parvenu à échapper à Cortés, aurait traversé l’océan et réussi à rejoindre le palais du sultan à Constantinople ?

Mêlant habilement de chapitre en chapitre les aventures des deux chercheurs et le récit passionné de Roxelane, la belle prisonnière du Harem qui a su conquérir le cœur du sultan, Mélanie Sadler nous emporte dans un récit rocambolesque et plein d’humour que l’on pourrait aisément imaginer en BD.

Comment les grands de ce monde se promènent en bateau est certainement de la fantaisie littéraire écrite avec beaucoup d’humour et d’érudition, un clin d’œil à l’Histoire, de France, de Turquie et précolombienne, mais pas seulement. Car en fermant ces pages, j’avoue je me pose quelques questions sur la crédibilité de certaines recherches, la possibilité de supercheries, la possibilité de détecter de faux ou au contraire de véritables documents. Sans parler de la possibilité pour d’adroits faussaires de mener en bateau quelques vieux chercheurs insatisfaits de leurs carrières d’universitaires, à l’image de ce J.L Borges, qui n’a rien d’un auteur de fiction (allusion bien sûr à Jorge-Luis Borges, auteur que j’affectionne particulièrement pour entre autre son roman  Fictions)

Catalogue éditeur : Flammarion

Un vieux prof d’Histoire précolombienne, Javier Leonardo Borges, rendu soudain fringant par une mystérieuse découverte ; son collègue stambouliote qui fouine dans les mosquées à la tombée de la nuit ; un manuscrit turc du XVIe siècle dans lequel, anachronisme insensé, une déesse aztèque se pavane ; et un sultan, Suleyman le Magnifique, qui confie pour la première fois son terrible secret. Leur point commun ? Être au cœur d’une incroyable supercherie dont la révélation pourrait bien changer notre regard sur l’Histoire officielle. Des couloirs de l’université de Buenos Aires au palais de Topkapi, entre parchemin codé et crypte secrète, Mélanie Sadler mêle avec beaucoup de virtuosité fantaisie littéraire et roman d’aventure. Ce livre emprunte aussi bien à Borges qu’à Hergé dans le seul dessein de nous mener tous sacrément en bateau.

152 pages – 134 x 209 mm / EAN : 9782081336506 / ISBN : 9782081336506 / Paru le 07/01/2015

Henri Loevenbruck, « Nos rêvions juste de liberté » Flammarion

Henri Loevenbruck a écrit 16 romans, dans un genre totalement différent de son dernier. Souvenir de la rencontre chez Flammarion pour la parution du roman Nous rêvions juste de liberté.

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© DCL-DS2015

Pour un auteur, c’est souvent une angoisse de changer de genre d’écriture, surtout en France, car pour les journalistes, mais également dans une bibliothèque ou une librairie, les livres sont classés par genre, sur certaines étagères et pas sur d’autres, aujourd’hui il faut placer le nouveau Loevenbruck ailleurs  que dans la catégorie thrillers polars.

Comme c’est un motard averti, on peut penser qu’il a mis un peu de lui dans ses personnages. Il lui aurait donc fallu 43 ans pour travailler son sujet (son âge !) et ce roman ne pouvait arriver ni trop vite, ni trop tôt dans sa vie. Il a souhaité écrire un roman qui ne soit pas nombriliste, dans lequel chacun peut se retrouver, un roman universel car quelque part, sa vie est aussi un peu la nôtre. C’est un roman qui a une trame très dure mais qui reste très optimiste, comme la vie en somme. Le lecteur compatit forcément un peu aux aventures de ces jeunes qui se construisent seuls. Comme le disait Simone de Beauvoir  « les gens heureux n’ont pas d’histoire », mais même les gens heureux ont parfois vécu des choses terribles dans leur vie. Et c’est en cela que chacun peut se retrouver.

Le roman parle des MC, nés aux USA dans les années 30/40 puis dans les années 60. Il y en a beaucoup en France, qu’ils soient importés des USA ou natifs. Cependant, il ne peut être situé ni dans le temps ni dans l’espace, car même si les noms des villes existent, leurs situations ne sont pas réalistes. Chacun l’imagine en Amérique, une Amérique rurale, sans relation à l’actualité ni à aucune temporalité. C’est aussi ce qui en fait un roman suffisamment universel pour ne pas être autobiographique.

Henri Loevenbruck a l’habitude de faire de nombreuses recherches et de se documenter sur des sujets très précis. Pour Gallica par exemple, sur le compagnonnage parfois inspiré des sociétés initiatiques, les grades, les valeurs, rouler et se former tout en voyageant, qui sont des valeurs présentes également dans son dernier roman. Dans L’apothicaire il aborde l’incommunicabilité de l’espèce, la nécessité de connaitre les autres. C’est un vrai bonheur pour l’auteur que ce roman ait été traduit en 15 langues, l’écriture devient alors un pont vers les autres, vers ceux qu’on ne rencontre jamais mais qu’on a touché.

A propos de liberté, certains ont pu dire « la liberté c’est la nécessité comprise », comme peut être pour Freddy ? Mais pour l’auteur c’est tout sauf ça. L’amitié a une saveur exceptionnelle, au-dessus du lot de valeurs humaines, il a foi en l’amitié. D’ailleurs, même si la trame du roman est dure, il ne véhicule pas quelque chose de triste. La quête d’un père, la quête de l’autre, sont également en filigrane de tous ses romans.  D’ailleurs, la quête de l’autre est peut-être simplement la quête de soi, une recherche d’altérité sans doute. Comme le dit Bohem, en parlant de Freddy, « c’est le seul type, quand je suis avec, j’ai l’impression d’être seul », il a trouvé en Freddy son parfait alter égo. De même pour ces motards, sauvages et impressionnants, qui roulent seuls, mais toujours en groupe, en clan, dont le besoin de liberté est compensé par ce besoin d’amitié solide.

Et quand le livre est terminé ? Pour l’auteur, avant l’écriture, le livre est en gestation, déjà là quelque part, imaginé, il faut alors restituer ce qui est dans l’inconscient. Parfois à ses yeux, le roman terminé est un peu en dessous de ce qu’il a rêvé. Il ne les relit jamais, mais en fait chaque chapitre est énormément lu et relu pendant la phase d’écriture. Le travail le plus fastidieux est presque celui de l’écriture, « avant c’est top, après c’est super, pendant c’est plus complexe ». Lorsqu’il écrit l’auteur a un moyen infaillible de se motiver, tel Shéhérazade, il ne termine jamais la dernière phrase, ainsi chaque matin l’envie de la terminer est présente et motivante.  « Nous rêvions juste de liberté » a nécessité huit mois d’écriture, c’est le plus court de tous ses romans, mais pas forcément le plus facile. Henri loevenbruck est un inconditionnel de Romain Gary (et d’Emile Ajar forcément) auteur épris de liberté mais jamais engagé, on retrouve un peu de Momo dans le personnage de Bohem, dans sa façon de parler. Peut-être également une influence d’œuvres américaines, de Salinger à Stephen King, dont il nous conseille de lire la nouvelle « le dernier barreau de l’échelle ».

Quand nous quittons les éditions Flammarion après cette belle rencontre, l’auteur, motard depuis longtemps, enfourche sa Harley-Davidson, synonyme de liberté, en particulier pour la part de rêve que ce nom véhicule. En mai Henri Loevenbruck sillonnera les routes de France à moto à la rencontre de ses lecteurs.

Nous rêvions juste de liberté. Henri Loevenbruck

Nous rêvions  juste de liberté d’Henri Loevenbruck, un roman inoubliable qui nous emporte dans un souffle

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Tout au long de ces pages, j’ai senti le souffle du vent sur mon visage, j’ai entendu le bruit pétaradant des moteurs, j’ai senti sur ma nuque le regard inquiet ou admiratif des passants. J’ai surtout ressenti la force de l’amitié indéfectible et le chagrin de la trahison ou de la perte. J’ai traversé les États Unis avec Hugo et ses amis, tant certaines scènes sont fortes, les descriptions réalistes, celle d’un auteur qui sait de quoi il parle.

Hugo, Freddy, Oscar et Alex vivent dans la petite ville de Providence. Le hasard des rencontres, des parents pas vraiment à la hauteur, une école sévère pour forger l’âme de ces gamins que l’enfance n’a pas vraiment aidé, les épreuves à traverser, en ont fait une bande de copains inséparables.  Hugo vit dans une roulotte à côté de la maison de ses parents, d’où son surnom de Bohem. Après avoir travaillé tout un été dans le garage du père de Freddy, Hugo et Freddy se fabriquent les motos de leurs rêves. Après quelques galères qui les éloignent de la ville, ils rentrent chez eux. Mais si les parents de Freddy lui ont gardé leur confiance, ce n’est pas le cas pour Bohem. Sa roulotte, et tous ses souvenirs, tout ce qui le relie à l’enfance, est en cendres. Ils décident alors de quitter Providence pour rouler vers Vernon, à la recherche du frère d’Alex.  Nous suivons leur folle équipée à travers le pays, à une époque où l’on pouvait rouler sans casque, toujours plus loin, toujours plus libre.

Les petits boulots, les petits vols surtout, vont leur permettre de vivre au jour le jour. Ils vont découvrir le monde des MC, ces motards qui règnent en maitre sur une ville, leur code d’honneur, leurs règles, leurs contraintes. De menus larcins en trafics plus sévères, ils vont se faire accepter comme leurs pairs. Bohem devient le président du MC des Spitfires de Providence. J’ai découvert tout un monde, celui des MC et de leurs couleurs, de leurs blousons que l’on ne porte pas au hasard, du 1% qui se mérite et s’affiche avec fierté. Le goût très particulier de se rassembler en roulant tous ensemble, là où chacun est seul sur sa moto, mais unis à cette troupe qui vit ce plaisir commun.

J’ai lu ce roman avec avidité, ayant hâte de lire la suite, de tourner les pages, l’écriture est intéressante. J’ai eu beaucoup de plaisir à suivre le récit d’Hugo, dont on aurait tant voulu que l’enfance soit plus heureuse, auquel on s’attache forcement, lui qui malgré les épreuves garde jusqu’au bout un sens de l’honneur et un sens inouï de l’amitié. Bohem à un style particulier de gamin instruit mais pas trop, qui veut bien faire, qui malgré ses pas de côté garde un certain sens de l’honneur et de ce qui est juste. Il reste fidèle et honnête envers ses amis et son désir de vivre jusqu’au bout cette Liberté à laquelle il aspire depuis toujours. J’ai senti son bonheur de tracer la route, son esprit rebelle, tout au long de ces pages, un grand plaisir de lecture.

Un roman lu aussi dans le cadre de ma participation au jury du Prix J’ai Lu Page des libraires 2017

Catalogue éditeur : Flammarion et J’ai Lu

Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté. » Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le… Lire la suite

Flammarion : Paru le 01/04/2015 / 432 pages – 154 x 242 mm / EAN : 9782081307285 / ISBN : 9782081307285 / Prix : 21,00€