Boys, Pierre Théoblad

Avec Boys, Pierre Théoblad nous offre des instants de vies résolument masculines. Cette plongée dans le cœur des hommes est un véritable bonheur de lecture !

couverture du roman Boys de pierre Théoblad chez JC Lattes photo Domi C Lire

Il aurait pu être photographe, tant ses récits semblent être des instantanés de vies absolument jubilatoires à lire. Tout d’abord si comme moi vous êtes de l’autre sexe car quelle joie de lire ces sentiments, ces désirs, ces interrogations qui nous montrent que pour chacun d’entre nous la vie est un éternel questionnement.

Qu’ils soient Théo ou Fred, père ou frère, amis ou amants, ils ont tous su me séduire par leur humanité, leurs tâtonnements, leurs hésitations et leurs certitudes. Mais tous, absolument tous nous parlent d’amour. Celui qu’on attend, qu’on espère, qu’on regrette, qu’on pleure. Amour pour une femme, un homme, un enfant, amour sous toutes ses formes, qui rassure ou qui inquiète, qui déstabilise ou qui rend plus fort. Qu’ils soient forts ou faibles, sûr d’eux ou fragilisés, ils sont hommes avant tout, avec leurs sentiments et leurs espoirs, leurs doutes et leurs peurs, leur jeunesse et leur vieillesse, et nous avons tellement envie de les entendre.

Mais que ces nouvelles sonnent juste, on s’y plonge, on les vit, on est avec eux tous, on vibre et on pleure, on se réjouit et on espère. Un vrai bonheur, une lecture que je vous conseille vivement.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois.

Catalogue éditeur : JC Lattès

« J’ai aimé nos instants minuscules, nos instants de rien, ce que l’on croit être l’ennui, le quotidien, mais qui n’est autre que la manifestation sincère de l’amour, son expression nue et désintéressée. L’amour n’existe que là, dans ces intervalles dépourvus de consistance. »
Ce sont des hommes de tous âges, saisis chacun à un instant de bascule. Un mari qui enquête sur la vie secrète de sa femme, un séducteur qui s’apprête à retrouver une fille dont il n’a que faire, un sportif sur le déclin… Des losers magnifiques, des romantiques déraisonnables. Des pères sans enfant, de grands enfants devenus pères. Et, au milieu de tous ces hommes, il y a Samuel, que l’on retrouve à différentes étapes de sa vie, et qui doit faire face au plus difficile des renoncements.
Dans Boys, Pierre Théobald dresse un portrait sensible de la condition masculine aujourd’hui.

Né en 1976, Pierre Théobald est journaliste sportif. Il vit à Metz. Boys est son premier livre de fiction.

EAN : 9782709663243 / Parution : 03/04/2019 / 224 pages

Avant l’avenir. Geneviève Jurgensen

Elle est tantôt Véve, tantôt Geneviève, Geneviève Jurgensen est surtout une femme qui, comme chacun d’entre nous finalement, s’est forgé un caractère, une vie, au contact de sa famille, des intimes comme de ceux qui croisent notre route, et qui font de nous ce que nous allons devenir.

Domi_C_Lire_avant_l_avenir_genevieve_jurgensen.jpgComment devient-on soi-même ? En partant à la recherche de ces instants qui font « ce que nous allons devenir », et de leur suite « ce que nous sommes » ? Dans Avant l’avenir, l’auteur interroge à travers son enfance puis son adolescence, la jeune femme qu’elle était alors.

De 1950 alors qu’elle n’a que 3 ans, à cette année 1970 où elle arrive, mariée, sur le campus de Chicago  alors que les États Unis bruissent d’émoi face à l’action d’Angela Davis, nous suivons Geneviève Bertrand, aujourd’hui Jurgensen, tout au long de ces années de jeunesse qui font de chacun de nous ce que nous devenons.

Il n’a apparemment pas toujours été facile de vivre et de grandir dans la famille Bertrand, avec une mère et un père aux caractères si forts, une sœur qui prend toute sa place, des grands-parents aux personnalités écrasantes. Comment s’affirmer et devenir celle que l’on est aujourd’hui ? Et l’on y retrouve une mère qui ne se sent plus à sa place, un père qui disparait bien trop tôt, une sœur déjà presque absente, mais également les amis, hommes ou femmes, et déjà le psychanalyste Bruno Bettelheim, enfin et surtout cette jeune femme qui forge son avenir.

J’avoue que j’étais parfois un peu perdue dans la multitude de personnalités, connues ou pas, rencontrées par l’auteur, par ces noms et ces situations si personnels, à tel point que par moment je me suis sentie un peu exclue du récit. Cependant ce livre est une belle évocation des rêves d’une jeunesse pas toujours aussi heureuse qu’il n’y parait, mais aussi des aspirations des femmes comme des hommes dans la France des années 60/ 70, de la situation politique nationale et internationale, et des idées qui s’y affichent et s’y affirment. Enfin, s’il est une leçon à retenir de Avant l’avenir c’est bien que malgré les douleurs, les échecs comme les réussites, les difficultés rencontrées et les idées de chacun, un avenir est toujours possible, et c’est à nous et à nous seuls de le créer.

Oser aimer, ce n’est pas aimer aveuglément,
c’est laisser vivre ce qui fait de chacun de nous un être singulier.

💙💙💙


Catalogue éditeur : JC Lattès

Voici la vie d’une petite fille qui a trois ans en 1950 jusqu’à son mariage en 1970. Geneviève Jurgensen se fait ici l’archiviste de son enfance et d’une époque déjà bien lointaine mais riche d’histoires.
La petite Vève grandit dans un quatuor familial qui se désaccorde  : une sœur aînée déjà presque ailleurs, un père fonctionnaire international qui ouvre sa famille sur le monde et surtout une mère aimante, absente et malheureuse qui s’efforce d’initier ses filles aux beautés de la culture. Une famille où la parole et l’écrit, entre conversations et échanges épistolaires, ponctuent le temps et les sentiments.
Enfant choyé, enfant perdu, enfant confiant, enfant fuyant, Vève ne rêve que de sa libération future.

Hisser aux frontières de la fiction, l’ordinaire de la vie, faire parler le silence, sublimer les détails, c’est la marque de Geneviève Jurgensen.

EAN : 9782709656726 / Littérature française / Parution : 06/09/2017 / 400 pages

Ne parle pas aux inconnus. Sandra Reinflet

Partir, rester, parler, vivre. Sandra Reinflet évoque cette période si difficile qu’est l’adolescence dans un premier roman qui touche et interpelle.

DomiCLire_ne_parle_pas_aux_inconnus.JPGCamille, jeune fille ni trop belle ni trop laide, rêve de liberté et vient de réussir son BAC. Comme le font la plupart de lycéens, il faut fêter ça. Mais il semble que la fête dérape, la soirée ne se passe pas comme prévu. Conséquence ou hasard, peu de temps après la fête, Eva, l’amie, la confidente, l’amoureuse libre et artiste disparait sans laisser de nouvelles, du jour au lendemain. Elle abandonne Camille à son quotidien étriqué et sinistre de la ville de Thionville. Dans cette famille bienpensante et protectrice, peut-être un peu trop, qui donne trop de conseils, d’interdits, de recommandations, de ces mots qui lui donnent des envies de départ, de fuite en avant, envie de courir retrouver celle qui lui manque et qu’elle aime tant.

Alors Camille part, un beau matin, en stop à travers l’Europe, vers ces pays de l’Est nouvellement dessinés et où tout peut arriver, ou pas. Là, de rencontre en découverte, de conseil en confidence, elle va vivre en espérant, en attendant celle qu’elle aime. Jusqu’au jour où la famille se rappelle à elle de la plus difficile de façons.

Elle qui se croyait détachée de ses parents va rentrer au bercail. Pour revenir dans ce chemin si droit tracé pour elle ? Faut-il accepter ou au contraire se rebeller, pour exister ? Mais on peut aussi se demander, lorsque l’on est parents, faut-il couver nos enfants pour les protéger, ou au contraire les laisser exister ? Faut-il taire sa peur et ses envies de les protéger pour laisser se déployer leurs personnalités. Enfin, est-on vraiment sûr de bien connaître ceux que l’on doit côtoyer chaque jour ?

L’héroïne de Sandra Reinflet est attachante et assez crédible au fond. Son phrasé, bref et dynamique, ses mots, aussi vifs que l’adolescence, celle qui explose, qui veut vivre et exister loin des parents et des règles imposées, traduisent bien cette impatience à vivre pleinement cette adolescence, passage  indispensable pour se construire. Voilà un personnage intéressant, une personnalité sensible et parfois déjantée, Camille a su me séduire et me donner envie de la suivre jusqu’au bout. Malgré quelques imperfections, quelques incohérences et un peu trop d’optimisme envers les humains, j’ai découvert un joli premier roman.


Catalogue éditeur : JC Lattès

Ce devait être une fête, une libération, la fin du lycée et des «  ne pas  ». Mais Eva ne répond plus et Camille ne répond plus de rien. Depuis que sa Polonaise a disparu, la jeune femme se cogne au silence comme un papillon à une ampoule. Elle décide de prendre la route pour la chercher. Un voyage au cours duquel elle croisera ces étrangers dont ses parents lui disaient de se méfier et qui tous, à leur manière, l’aideront à trouver ce qu’elle ne cherchait pas : elle-même.
Les secrets les mieux gardés ne sont-ils pas les plus en vue ? Les inconnus, parfois, sont ceux dont on croit tout connaître.
 
Née en 1981, Sandra Reinflet est inventeuse d’histoires vraies. Après trois ouvrages photos-texte, Ne parle pas aux inconnus est son premier roman. 

Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong

Un magnifique roman de Valérie Tong Cuong sur les secrets, l’amour ou la haine, et comment trouver sa place dans une famille

Pardonnable, impardonnable

Dans la famille de Milo, je demande :

La mère : Céleste, quel beau nom (telle la voute céleste qui éclaire chacun dans la famille, ou comme les étoiles sur le cadre du vélo de Milo) est une mère aimante, une sœur presque parfaite, a depuis toujours suppléé aux manques de sa propre mère envers sa sœur, est une épouse bien peu comblée, a souffert de la perte d’un premier enfant, vit une relation fusionnelle et étouffante avec sa propre mère.

Le père : Lino, issu d’une famille d’ouvrier, son père s’est suicidé quand il avait dix ans, a une famille qu’il a pratiquement reniée tant elle ne correspond plus à ses aspirations d’homme accompli, est très exigeant avec son fils, a du mal à se positionner dans son couple, vit une relation complexe avec sa magnifique belle-sœur, cherche en vain la reconnaissance de sa belle-mère.

La grand-mère : Jeanne, elle en veut à la vie, à son ex-mari (divorcé puis décédé depuis longtemps),  a une relation fusionnelle unique et exigeante avec sa fille Céleste, a sciemment occulté de ses sentiments, dès sa naissance, sa seconde fille, sans que l’on comprenne tout de suite pourquoi, est en conflit avec ce gendre qui lui a pris sa fille, lui qui n’est pas assez bien pour elle.

La tante : Marguerite, belle jeune femme, vit chez sa sœur, part régulèrent sur des sites de fouilles archéologiques dans le monde entier, a une relation forte avec son neveux Milo, souffre depuis toujours du peu d’amour que lui porte sa mère « je t’aime, un peu, beaucoup… pas du tout », s’est construit une vie qui la protège.

Une famille comme on en voit souvent en somme. Mais l’équilibre instable vole en éclats, Milo, victime d’une chute de vélo, se bat entre la vie et la mort. Et chacun le sait bien, lorsque les évènements dramatiques intenses surviennent, les rancœurs se révèlent, les tensions se renforcent, les sentiments s’exacerbent jusqu’à la rupture, ou jusqu’au pardon. Et vient le temps de la colère, de la haine, de la vengeance, de l’amertume, et celui du pardon.

Avec beaucoup de finesse et de justesse dans les propos, dans sa narration des sentiments, ses descriptions des personnages si tranchés et parfois si réalistes, Valérie Tong Cuong nous entraine à la suite de cette famille meurtrie, de ses incohérences, de ses errements, jusqu’à la déchirure, jusqu’aux révélations, jusqu’au pardon, jusqu’à la réconciliation. Alors bien sûr on peut trouver que cette famille cumule beaucoup, coupable, pas coupable, nombreux arrangements et révélations multiples, relation fusionnelle mère-fille, relation de couple, relation enfant-parent, relation incestueuse, au point d’en être à peine réaliste. Mais c’est bien écrit, les mots sont justes pour décrire des sentiments forts,  des situations complexes, on y croit et on a envie de suivre. Un très beau moment de lecture.

Catalogue éditeur : J.C Lattès

Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.
Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ?
Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?
Un roman choral qui explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour sous toutes ses formes.

Valérie Tong Cuong est romancière ; elle est l’auteur de onze romans, parmi lesquels Noir dehors (Grasset, 2006), L’Atelier des miracles (JC Lattès, 2013, prix Nice Baie des Anges) et Pardonnable, impardonnable (JC Lattès, 2015). Son dernier roman, Par amour (JC Lattès, 2017), a été couronné par de nombreux prix, dont le prix des lecteurs du Livre de Poche.
Son œuvre est traduite en dix-huit langues.

ISBN : 9782709646086 / Parution : 07/01/2015 / 300 pages / 19.00 €