Attendre un fantôme, Stéphanie Kalfon

Quand on vous vole la mort de l’être aimé, comment faire son deuil ? Attendre un fantôme, le deuxième roman de Stéphanie Kalfon explore les relations familiales ambiguës

J’avais aimé le premier roman de Stéphanie Kalfon qui faisait revivre Erik Satie avec vivacité ce précurseur au génie incompris. J’attendais donc avec impatience le deuxième romande l’auteur.

Ici, point de personnage historique emprunté au réel, la fiction suffit à poser le sujet. Kate, une jeune femme de dix-neuf ans rentre de vacances à Marbella. Elle avait décidé de couper tout contact avec le monde et l’actualité, de se ressourcer en quelques sorte… Son petit copain Jeff est parti en Israël finir ses études, après quelques aléas, rupture, retrouvailles, ils avaient décidé de se revoir quand il serait de retour.

Mais la vie en aura décidé autrement, car Jeff est mort dans un attentat. Lorsque Kate le découvre, il est trop tard pour participer aux funérailles, trop tard pour pleurer avec les autres, trop tard car sa mère en a décidé autrement et a interdit à tous de le lui annoncer.

Difficile chemin de celle à qui on a ôté tout espoir de faire son deuil normalement, enfin, si l’on peut dire. Chacun autour d’elle décide, dit, pense pour elle, et la mort de Jeff devient son seul horizon, nuit et jour, l’objet de sa douleur et de son traumatisme.

Ici, le récit est très souvent haché, et devient déclinaison de pensées, de réflexions, sur la vie, la mort, la famille, le caractère de la mère, la vie du père, le poids du chagrin que l’on vous impose. Cette mère toute puissante qui détruit peu à peu sa fille, ce père qui blesse psychologiquement son fils, ces familles désunies où l’amour attend à la porte sans jamais franchir le seuil. Cette absence qui devient prison, ce mort que l’on attend, comme un fantôme.

Si le thème me semblait intéressant, j’avoue que j’ai été un peu perdue par l’écriture qui par moment m’a parue alambiquée et qui du coup prend le pas sur le sujet. Comme s’il manquait des pages pour que l’alternance entre les idées et l’intrigue trouve son équilibre. Roman très court, qui ne me laissera pas autant d’émotion ou de souvenirs que Les parapluies d’Erik Satie. Alors, attendons le suivant !

Catalogue éditeur : Joëlle Losfeld éditions

Kate, jeune fille de dix-neuf ans, vit un drame : la mort brutale de son amoureux dans un attentat. Tout pourrait s’arrêter là. Mais ce serait sans compter sa mère, les gens qui l’entourent et la manière dont ce drame résonne en eux, dont ils s’en emparent, dont ils décident que ce sera le leur – et le transforment en traumatisme.
Voici des personnages qui sont comme des poupées russes : chaque membre de la famille de Kate semble en cacher un autre, ou se cacher derrière un autre, les histoires des autres venant hanter la mémoire des uns.

Le roman explore les relations qui lient une famille où il fait bon se taire. La violence rôde mais on ne la voit pas. Si la violence est ici dangereuse, c’est qu’elle passe par le banal ; voilà son déguisement, sa petite excuse, la main tendue d’une mère affirmant porter secours tandis qu’elle étouffe. Kate va suivre les fantômes qui mènent à la possibilité de vivre encore. En affrontant l’emprise de sa mère, en la mettant au jour, elle parvient à faire sauter un à un, cran après cran, les rouages mécaniques de la violence. Pour cela il lui faut cesser d’attendre, pour prendre le risque d’exister.

144 pages / 150 x 220 mm / ISBN : 9782072844898 / Parution : 29-08-2019

Le Cherokee, Richard Morgiève

Uthah, 1954…. Des martiens, des tueurs en série, mais on ne le sait pas encore, des hommes amoureux, mais ils ne le savent pas encore, avec Le Cherokee, Richard Morgiève nous balade dans un roman noir aux accents terriblement américains.

Corey était coi, Myrtle Tate l’avait chloroformé. Apache et deux fois orphelin, ça faisait beaucoup pour un shérif de l’an mille neuf cent cinquante-quatre.

Dans les années 50 aux USA, l’idée de martiens fait son chemin dans la population et c’est bien connu, on en voit régulièrement. La guerre de Corée vient de s’achever, Hiroshima n’est pas loin, le maccarthysme non plus, les communistes sont chassés partout dans le pays, en pleine guerre froide on craint la riposte Russe.

Nick Corey est envoyé sur la piste d’une soucoupe volante, quand l’avion militaire Sabre atterri, le shérif en lui n’est pas sûr de ce qu’il voit, mais l’homme ouvert à toutes les possibilités comprend qu’il n’y a aucun pilote et que l’affaire est sérieuse. Et il découvre incidemment sur les même lieux une voiture volée. Le FBI et l’armée sont rapidement prévenus.

Le shérif est hanté depuis vingt ans par le double meurtre de ses parents adoptifs. Affaire non résolue, même si la culpabilité lui a d’abord incombé avant d’être disculpé. Les années de prison et de guerre l’ont rendu à la fois sensible et attentif, prêt à écouter et à appréhender toutes les possibilités, doté d’une mémoire fabuleuse, sur une scène de crime, il est ouvert à toutes les éventualités. D’ailleurs, il vient de découvrir une nouvelle théorie issue d’Allemagne qui évoque la possibilité de tueur en série.

Le voilà lancé sur la piste de meurtres multiples et particulièrement cruels. Nick Corey comprend rapidement que ces meurtres sont liés à ceux de ses parents, survenus 20 ans avant. De meurtre sordide en résolution d’énigme, Corey va avancer à la fois dans sa quête du Dindon, ainsi qu’il a surnommé le tueur qu’il traque, et dans celle du mystère de l’avion sans pilote, complot terroriste fomenté par des militaires en mal de conflit. Ses pas le mènent dans ceux de l’agent du FBI White – il  comprend alors que l’amour se cache où il veut- mais surtout vers sa quête intérieure. D’où vient-il, est-il ce que ses parents, l’éducation, la religion,  ont fait de lui, est-il forgé par la violence de ses années de prison ou de guerre, ou par l’amour qui se révèle en lui au contact de White ?

Richard Morgiève a situé son intrigue dans les années 50. Il interroge le lecteur sur ce que l’homme fait de sa planète, abordant de grands thèmes universels, désertification des campagnes, même si celles des USA sont gigantesques, pollution aux métaux lourds, industrialisation outrancière, guerre atomique, place des indiens natifs des grandes plaines, homosexualité, religion, pouvoir de l’argent, par exemple.

J’ai aimé cette écriture, étonnante, singulière, digne d’un grand roman noir américain, qui laisse souvent poindre à la fois humour et un brin de dérision dans un univers particulièrement noir, sanglant et violent. Phrases et chapitres courts donnent le rythme. J’ai suivi ce personnage attachant, désarmant et mélancolique avec intérêt et tourné les pages avec avidité… même si la fin m’a laissée un peu sur ma faim justement. Mais qu’est-ce qui est le plus important, la quête, le chemin, ou l’arrivée ?

Photo Domi C Lire Richard Morgiéve Manosque 2017

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : Joëlle Losfeld, Gallimard

1954, USA : alors qu’il fait sa tournée de nuit à la première neige, sur les hauts plateaux désertiques du comté de Garfield, dans l’Utah, le shérif Nick Corey découvre une voiture abandonnée. Au même moment, il voit atterrir un chasseur Sabre, sans aucune lumière. Et sans pilote. C’est le branle-bas de combat. L’armée et le FBI sont sur les dents. Quant à Corey, il se retrouve confronté à son propre passé : le tueur en série qui a assassiné ses parents et gâché sa vie réapparaît. Corey se lance à sa poursuite. Mais les cauchemars ont la dent dure… Et on peut tomber amoureux d’un agent du FBI.

480 pages / 150 x 220 mm  / ISBN : 9782072829321 / Parution : 17-01-2019