Lady Mary, Danielle Digne

Femme libre toujours tu chériras…  la mer, ton époux, ta condition ? Danielle Digne nous fait découvrir Lady Mady, une femme remarquable dans l’Angleterre du XVIIIe siècle

A cette époque, la condition féminine est une expression sans doute taboue, ou du moins qui n’a pas lieu d’être. Puisque chacun le sait bien, la condition optimum que puisse rêver une femme est d’être d’abord une épouse modèle, puis une mère attentive, enfin une femme soumise et discrète, ne se formalisant pas si son mari à quelques élans du cœur ou du corps en dehors de la cellule familiale. Ceci étant entendu, quelle jeune fille de bonne famille raisonnable irait à l’encontre de ce postulat ?

Eh bien, Lady Mary fut l’une d’elle. Rebelle, souhaitant apprendre les langues et les sciences et pas seulement la couture ou le piano, être instruite et capable de disserter, réfléchir, échanger avec ses pairs, et surtout avec les hommes qui l’entoure ; elle souhaite aussi choisir son mari et non approuver celui qui devrait lui être imposé pour satisfaire aux désidératas d’un père. De ces pères qui arrangent souvent avec le mariage de leurs filles leurs affaires et la pérennité ou l’extension de l’héritage familial.

Lady Mary est belle comme le jour. Intelligente et cultivée, elle apprend à lire et le latin seule dans la bibliothèque paternelle. Il n’en faut pas moins pour devenir une héroïne hors du commun. Lady Mary est amoureuse, mais le mari qu’elle convoite ne sied pas à son père. Qu’importe, elle va fuir avec celui qu’elle a choisi, quittant son confort et sa dot. Elle épouse l’homme qu’elle aime, Edward Montaigu.

Pourtant, elle déchante vite, et celui qui l’a parée de tous les compliments a tôt fait de l’ignorer, y compris lorsqu’ils partent en Turquie, puisqu’il est nommé ambassadeur à Constantinople pour cinq ans.

Lady Mary s’y intégrera rapidement et s’y révèlera fin stratège. Elle fera la connaissance des femmes de la haute société locale, tentera de vivre comme elles et s’intéressera de près à la condition féminine dans l’islam. Curieuse, attentive, intelligente, elle saura également conseiller finement ce mari qui ne comprend goute aux us et coutumes du pays.

Pendant son séjour, elle va écrire des lettres à ses relations restées en Angleterre. Ce seront ses Turkish Ambassy letters, qui à l’instar de celles de Madame de Sévigné, nous en apprennent beaucoup sur la civilisation qui l’entoure et sur ses habitudes. Harem, épouses multiples, mais aussi place et importance de la femme auprès des décideurs, et liberté de celles-ci, rien ne lui échappe.

Toute sa vie, elle osera, expérimentera, ira au contact des autres pour tenter de les comprendre, sera même un des précurseur de la technique d’inoculation de la variole, qu’elle a testé sur son propre fils en Turquie.

Voilà un roman biographique fort intéressant. Ici, point de rebondissement spectaculaire ou de personnages attachants ou repoussants. Mais par contre une vérité historique évidente et bien retranscrite, sur une époque, des mœurs qui nous apparaissent clairement pour ce qu’ils sont.

Lady Mary, roman plus factuel que romanesque, nous fait passer  un excellent moment de découverte et d’histoire. Les chapitres courts donnent le tempo et incitent le lecteur à tourner les pages. Le personnage de Lady Mary m’a fortement intéressée et donné envie de connaitre sa vie.

Catalogue éditeur : Le Passage

En ce début du XVIIIe siècle, dans une Angleterre figée dans ses traditions, une jeune femme se rebelle. Aristocrate érudite, réputée pour sa beauté et son esprit, Lady Mary est l’une des premières à critiquer l’attitude de ses contemporains envers les femmes et à remettre en cause ce qu’on appelait « les mariages de convenance ». Elle donne l’exemple en s’enfuyant avec l’homme qu’elle aime, Edward Montagu.
Amie des écrivains les plus distingués de son temps, elle est célèbre pour ses Turkish Embassy letters, des lettres écrites de Turquie où elle a suivi son mari, nommé ambassadeur à Constantinople. Au-delà du tableau des mœurs raffinées de la cour ottomane et des harems, elle constate que, paradoxalement, les femmes turques sont parfois plus libres que celles de la noblesse anglaise.
À son retour d’Orient, toujours curieuse des nouveautés médicales et scientifiques, c’est elle qui imposera à Londres le traitement de la variole par inoculation, technique qu’elle avait découverte en Turquie et expérimentée sur son fils.

Danielle Digne est l’auteur du Joaillier d’Ispahan et de La Petite Copiste de Diderot. Avec Lady Mary, elle fait revivre la personnalité d’une femme exceptionnelle, dont Voltaire admirait l’intelligence et les qualités littéraires – allant jusqu’à écrire que ses lettres surpassaient de loin celles de Madame de Sévigné. Alors que l’Angleterre allait bientôt s’ouvrir aux Lumières, Lady Mary en était déjà l’une des étoiles les plus brillantes.

ISBN : 9782847424164 / Date de publication : Mai 2019 / Nombre de pages : 264 / 14 x 20,5 cm / Prix public: 18 €

Un amour parfait, Gilda Piersanti

La relation amoureuse toxique dans ce qu’elle a de plus pervers, ou l’amour fou à la vie à la mort…

Une fois de plus, la très parisienne Gilda Piersanti nous embarque à Rome dans les pas de ses personnages.
Lorenzo a tout pour être heureux, un travail qui le satisfait, une femme qui le rend heureux, des enfants formidables et en bonne santé. Mais un jour, Lorenzo retrouve par hasard Laura, l’amour de sa jeunesse, absolu, dévastateur, qu’il avait occulté pour pouvoir continuer à vivre, tant la rupture avait été imprévue et douloureuse.

Laura lui fait vivre des moments intenses d’amour fou dans les hôtels et les villes les plus insolites, puis lui fait comprendre que sans lui elle ne pourra jamais quitter son mari, il doit l’aider à s’en libérer.

Peu à peu, totalement envouté, Lorenzo oubli son travail, trompe a femme sans remords, ment à son meilleur ami sans regrets, prêt à tout pour l’amour de Laura, cet amour parfait qui le ressuscite. Mais le piège se referme, l’homme heureux, mari comblé, directeur prometteur se laisse peu à peu détruire par cet amour machiavélique qui le consume. L’aventure n’est peut-être pas aussi limpide et idyllique qu’elle en a l’air, la descente s’annonce douloureuse et vertigineuse, et le réveil cruel et terrifiant.

Avec habileté et une sacré dose de perversité, Gilda Piersanti décrit les affres de la relation amoureuse, ici totalement toxique, par cet amour perdu puis retrouvé qui tel un ouragan balaye tout sur son passage, laissant Lorenzo exsangue et pantelant. Si l’homme amoureux n’a plus de scrupule, s’enlisant dans le mensonge et les faux-semblants, l’homme inquiet de ses actes est habilement décortiqué et finement analysé par l’auteur qui le soumet sans relâche à la diabolique et perverse manipulation de Laura.

Catalogue éditeur : Le Passage

La vie de Lorenzo n’a pas d’ombre, sa carrière est au zénith, son couple se porte à merveille, ses enfants l’adorent.
Jusqu’à ce soir où il la revoit au bar de l’hôtel : Laura, l’amour de ses 18 ans. Trente ans plus tôt, il a failli mourir pour elle. Le hasard l’a-t-il remise sur son chemin pour faire renaître le passé ou faire disparaître le présent ?
Une femme fatale ne revient jamais pour réparer ses fautes mais pour continuer son œuvre de destruction. Elle est revenue et elle lui dit qu’elle l’aime encore, mais doit-il la croire ? Lorenzo est prêt à tout pour l’avoir de nouveau dans ses bras. Prêt à tout… Même à tuer ?

Avec Un amour parfait, Gilda Piersanti signe un thriller psychologique d’une puissance redoutable où la passion amoureuse prend la forme d’une fascination venimeuse. Commence alors une lente descente aux enfers.

ISBN : 978-2-84742-409-6 / Date de publication: Mars 2019 / Nombre de pages : 288 / Dimensions du livre : 15 x 24 cm / Prix public : 19.50 €

Les pécheurs d’étoiles. Jean-Paul Delfino

Vous venez, Jean-Paul Delfino nous entraine ! Nous sommes en 1925, vous y êtes ? Allez, on traverse Paris dans les pas d’Erik Satie et de Blaise Cendras, pour vivre avec «  Les pécheurs d’étoiles » une singulière nuit d’aventure et de découverte.

DomiCLire_les_pecheurs_detoiles_jean_paul_delfino.jpgCe sont les années folles, celles qui permettent toutes les extravagances, celles de la gaité et de l’insouciance de l’après-guerre, du foisonnement de la vie artistique, mais où parfois l’on tire le diable par la queue, pour ces artistes qui bien souvent se cherchent et dont le talent n’est pas encore reconnu par leurs pairs.

Dans Paris, en cette nuit de 1925, deux hommes passablement imbibés d’alcool vont vivre une nuit insolite. Recherchant l’aimée, l’absente, Biqui, Suzanne Valadon, pour l’un, cherchant à l’aider pour l’autre, il vont à l’aventure, puis à la rencontre d’un allumeur de réverbère, mais pas seulement. Ils partent surtout à la rencontre de ceux qui ont fait ce siècle, que ce soit Jean Cocteau, l’enfant terrible aux mœurs dissolues, Modigliani le peintre maudit, les époux Sonia et Robert Delaunay, coloristes magiciens, mais aussi Toulouse-Lautrec artiste de génie à la courte vie de débauché, ou même évoquant le souvenir de Chaplin, rencontré ou pas dans une autre vie, mais aussi sur la tombe de Guillaume de Kostrowitzky, plus connu sous le nom de Guillaume Apollinaire. Au cours de cette folle nuit d’aventure et de poursuite on ne rencontre pas seulement des hommes, on découvre aussi quelques lieux mythiques, Le Père Lachaise et quelques-unes de ses plus célèbres tombes, l’opéra Garnier et son lac souterrain ou ses greniers peuplés de petits rats surréalistes, les cabarets où boivent jusqu’à plus soif quelques Russes blancs bagarreurs, la Closerie des Lilas qui n’abrite pas encore de chanteur ou de prix littéraire, des banlieues peuplées de gitans pourvoyeurs d’animaux fantastiques ou d’armes hétéroclites.

Ça foisonne, ça fourmille, ça éclate, d’amitié, d’alcool triste et fauché, de soutien dans le désespoir et la détresse, de talent, de complicité, de créativité. Dans cette folle traversée, les rêves et les souvenirs se confrontent, les désirs et les regrets s’exacerbent, l’amitié et l’amour se révèlent.
Où l’on découvre un Erik Satie rêveur immobile, qui a pourtant parcouru à pieds en vingt-sept ans le trajet de la terre à la lune, et un Blaise Cendras qui l’accompagne en pensées lors de son tout dernier voyage. Voilà assurément un beau roman à lire, et sans doute même plusieurs fois tant il est riche et fourmille d’anecdotes et de connaissance, pour mieux en extraire toute la richesse et en ressentir toute la poésie. Et nous voilà au plus près, au plus intime de ces deux hommes dont le talent sera largement reconnu un siècle plus tard, deux légendes chacun dans sa spécialité. Quel bonheur de passer une nuit auprès d’eux, merci à Jean-Paul Delfino pour ce beau voyage dans le temps.

Pour le plaisir, quelques belles phrases :

Qu’est-ce qu’il y a ? t’as les pétoches ? Laisse-moi te dire que ça tombe mal, parce qu’on va se le faire, lui ! lui et tous ceux de sa race ! Ce soir, ça va être la saint Barthélémy des zouaves et des peignes-culs de salons ! Les dadaïstes ! Les cubistes ! Les surréalistes ! Les symbolistes ! Les modernistes ! Les futuristes ! Il va y a avoir de la viande froide d’intellos sur le pavé de Paname, crois-moi ! l’artiste va se ramasser à la petite cuillère, nom de Dieu !

– L’essentiel dans un voyage est le voyage lui-même. Jamais le but.

Je me demandais juste pourquoi elle ? Pourquoi cette Biqui-là ?
Avec la candeur d’un enfant, Erik Satie arrêta de faire tourner son parapluie pour observer son compagnon. Puis il lui répondit :
– « Mais parce que elle, précisément… »
Après un instant d’hésitation, Cendras fini par s’exclamer : « Nom de Dieu ! Je crois que tu viens de me donner la meilleure définition de l’amour que j’ai entendue de toute ma chienne de vie ! Parce que elle… »


Catalogue éditeur : Le passage

Paris, 1925. Dans le bouillonnement des années folles, deux hommes vont vivre une nuit d’exception.
À la poursuite d’une femme fantomatique et aimée, sur les traces de Jean Cocteau qui leur a volé l’argument d’un opéra, ils sillonnent la nuit parisienne, …
Ces deux hommes, dont le génie n’est pas encore reconnu, se nomment Blaise Cendrars et Erik Satie. Ensemble, ils vont se trouver et se perdre, tenter de réenchanter le monde, jusqu’au bout de la nuit.

ISBN : 978-2-84742-337-2 / Date de publication : septembre 2016 / Dimensions du livre : 14 x 20,5 cm / Prix public : 18 €

Un soir à Sanary. Michèle Kahn

Dans « Un soir à Sanary », de Montparnasse à Sanary-sur-Mer, des années 30 aux années de guerre, l’exode des artistes et un pan de l’histoire dévoilés par Michèle Kahn.

https://i1.wp.com/www.lepassage-editions.fr/Nouveaux_fichiers/9782847423303.jpgPendant les années 30, les peintres et différents artistes sont venus de tous les pays confronter leur talent et exercer leur passion à Montparnasse. Ce que l’on connait moins, c’est lorsque ces peintres, ces auteurs, ces artistes, se sont retrouvés à Sanary-sur-Mer, et surtout pourquoi. Sous la forme d’un roman épistolaire, Michèle Kahn nous fait découvrir un pan de leur Histoire. Nous faisant comprendre la difficulté de ceux qui ont fui pour se retrouver un jour traqués, chassés, à leur tour, du fait de leur nationalité, simplement parce qu’ils n’ont pas vécu à la bonne époque…

Nous sommes en 1945 à Breuil près de Sanary-sur-Mer, le critique d’art Max Hoka répond aux courriers de son Gryllon, cette jeune artiste peintre qu’il a connue enfant, et de lettre en lettre il dévoile des pans de sa vie. Au début des années 30, les artistes vivent en Belgique, en Allemagne ou en Autriche, la plupart d’entre eux sont juifs. Hitler sévi déjà en Allemagne, sa politique inquiète à raison ceux qui anticipent déjà sa dramatique et funeste ascension. Alors Paris devient lieu de refuge, puis le sud de la France, avant de pouvoir s’installer ailleurs.

Tout au long de ses lettres, Max dévoile ce moment important de l’histoire de ceux qui, répertoriés comme « ressortissants d’une puissance ennemie » sont traités comme tels alors que le retour vers leurs pays d’origine signerait leur mort. Le lecteur découvre l’accueil des locaux, l’entraide et la solidarité, le soutien des populations locales, malgré les risques encourus. Puis l’internement des hommes dans les camp de concentration des Milles à Aix-en-Provence, ou celui des femmes dans le camp de Gurs dans les Pyrénées, et ce voyage totalement surréaliste des hommes dans ce train qui pendant des dizaines d’heures iront de Marseille à Bayonne et retour.

L’écriture de Michèle Kahn est intéressante car elle nous permet de suivre les parcours de ces artistes, leurs pérégrinations, leurs difficultés, et la solidarité des habitants, avec une profusion de détails qui démontre une réelle connaissance de cet épisode sans pour autant noyer le lecteur. Le roman épistolaire, les courriers de Max en réponse aux questions que l’on devine (puisqu’à aucun moment nous ne lirons les lettres de son Gryllon) donne un rythme à la densité des informations, décrites sous forme de souvenirs, et les rendent crédibles.


Catalogue éditeur : éditions Le passage

À Cologne, scène mondiale de l’art moderne, dans les années 30, le jeune critique d’art Max Hoka épouse Rosa, une femme rayonnante, et croit trouver le bonheur… lorsque les nazis s’emparent de l’Allemagne. Opposants, Max et Rosa doivent s’enfuir. Après une halte à Paris, ils s’établissent à Sanary-sur-Mer, petit port de pêche varois surnommé « Montparnasse-sur-Mer » ou « capitale de la littérature allemande » depuis que tant d’artistes allemands et autrichiens y ont déjà trouvé refuge, appréciant le charme et la sérénité d’un lieu où Thomas Mann, Bertolt Brecht et même le britannique Aldous Huxley ont imprimé leur marque

Collection : Littérature / Pages : 288 / Format : 14 x 20,5 cm / ISBN: 978-2-84742-330-3