Les nuits de Reykjavik, Arnaldur Indridason

Patrouiller la nuit dans les rues de Reykjavik, à la rencontre d’Erlendur, ou l’art du thriller par Indridason

Il y a les romans d’Indridason, avec son héros récurent Erlendur, et il y a un jour celui qui aurait pu être le tout premier de la série. Ce roman, qui nous présente les débuts de celui qui de viendra un flic bourru, taciturne et pugnace, intuitif et mutique. Il n’est pas forcément très doué en interrogatoires mais il réussit si bien à délier le fil de enquêtes auxquelles il s’attaque avec toujours la même envie de réussir.

En 1974, alors que le pays s’apprête à célébrer les 1 100 ans de la colonisation de cette île qui deviendra l’Islande, Erlendur rentre dans la police de Rekjavik. Il est affecté aux patrouilles de nuit qui contrôlent la faune interlope qui hante les bas-fonds de la ville. Accident, échauffourées entre clochards, suicides, et intervention suite à des violences faites aux femmes, la vie la nuit est un monde à part. Alors qu’il est appelé suite à la noyade d’un clochard, Erlendur reconnait cet homme qu’il avait croisé à plusieurs reprises. L’enquête tourne court, qui irait se soucier d’un marginal, parasite rejeté par la société. Mais Erlendur est un intuitif et cette mort l’intrigue. Il va rencontrer la famille d’Hannibal le clochard, et chercher à comprendre, même si cela n’entre pas dans ses attributions. Il faut dire que cette disparition et celle d’une femme disparue à peu près en même temps qu’Hannibal, ravive chez lui le souvenir de son frère disparu.

Tout au long du récit, on retrouve l’étrange caractère de ce flic un personnage atypique, son passé, la disparition de son frère, sa difficile relation avec celle qui deviendra la mère de sa fille (enfin on l’imagine), et ce caractère solitaire et taiseux. Ce roman est aussi prétexte à nous faire découvrir les nuits sombres de la capitale islandaise avec l’analyse d’une société qui n’est pas des plus réjouissantes. Marginaux qui dans le froid les doivent trouver coûte que coûte un abri pour rester en vie et se réchauffent à l’alcool à 70°, prostitution, violences conjugales, aussi réelles là qu’ailleurs, et pas forcément là où on les attend le plus car elles touchent toutes les strates de la société. Enfin, et là c’est plus léger, la passion du collègue d’Erlendur pour ce qui devrait révolutionner la cuisine traditionnelle, l’apparition des premiers fast-foods et des pizzas sur cette ile proche du pole.

Si j’ai parfois trouvé quelques longueurs, l’écoute de ce roman en version audio a cependant été vraiment très agréable. L’avantage c’est aussi que pour la première fois j’ai entendu ces noms imprononçables dont je me rends compte qu’à aucun moment dans mes nombreuses autres lectures de cet auteur je ne les avais prononcés, même pas en silence ! Là tout d’un coup, les noms des collègues, des suspects, des rues ou des villes, tout y est et prend vie autrement grâce à la voix de Jean-Marc Delhausse.

Catalogue éditeur : Audiolib pour la version audio, Métailié

La première affaire d’Erlendur.
Erlendur le solitaire vient d’entrer dans la police, et les rues de Reykjavik dans lesquelles il patrouille de nuit sont agitées : accidents de la circulation, contrebande, vols, violences domestiques… Des gamins trouvent en jouant dans un fossé le cadavre d’un clochard qu’il croisait régulièrement dans ses rondes. On conclut à l’accident et l’affaire est classée. Pourtant le destin de cet homme hante Erlendur et l’entraîne toujours plus loin dans les bas-fonds étranges et sombres de la ville. On découvre ici ce qui va faire l’essence de ce personnage taciturne : son intuition, son obstination à connaître la vérité, sa discrétion tenace pour résister aux pressions contre vents et marées, tout ce qui va séduire le commissaire Marion Briem.

Un livre audio lu par Jean-Marc Delhausse  Traduit par Eric Boury

Date de parution : 13 Mai 2015 / Durée : 8h17 / Prix public conseillé : 22.50 € / Livre audio 1CD MP3 / EAN Physique : 9782356419491

Piégée. Lilja Sigurdardóttir

C’est toujours un grand plaisir la découverte d’un auteur de polar venu du froid et ayant un vrai talent pour nous tenir en haleine ! Avec « Piégée » Lilja Sigurdardóttir met la barre haut et avouons-le, on aime ça !

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Dans Piégée, son premier roman, Lilja Sigurdardóttir propose une intrigue qui mêle manipulation, sentiments, angoisse, enquête… pour mener son lecteur par le bout du nez !
Sonja, jeune femme divorcée, espère récupérer la garde de son fils Thomas. Ses problèmes financiers et sa relation homosexuelle avec Agla lui ont porté préjudice lors de la séparation, et c’est chez Adam, son ex, que Thomas passe la plupart de son temps.
Sonja est « piégée » et se retrouve à passer de la cocaïne, faisant de nombreux aller-retour depuis Londres ou Copenhague vers Reykjavík. C’est presque devenu une professionnelle du trafic. Les astuces pour échanger les bagages, pour éviter les fouilles, elle connaît. Elle sait aussi qu’il faut se méfier des donneurs d’ordre et ne croire en personne. Mais elle espère surtout arriver à sortir de ce piège pour reprendre une vie normale et obtenir la garde définitive de son fils.

C’est compter sans la ruse d’Adam, qui veut être le seul dans la vie de leur fils ; sans l’absolue nécessité de Bragi, le douanier attentif – dont la femme très malade nécessite des soins importants – averti et expérimenté il va rapidement avoir des doutes sur Sonja et sur sa doublure si parfaite de femmes d’affaires ; sans Agla et les sordides histoires de trafic financier dans lesquelles elle est empêtrée jusqu’au cou et qui pourraient lui porter à nouveau préjudice et par ricochet la pénaliser à nouveau.

L’action se situe pendant l’éruption volcanique, en Islande. Ah ce volcan, il en aura causé des dommages indirects ! L’intrigue bien menée embarque le lecteur et jusqu’au final on vibre, on applaudit, on déteste, on espère, dans l’attente du pire ou du meilleur. Les multiples niveaux d’intrigue laissent présager des suites intéressantes à ce premier tome d’un trilogie annoncée. Qu’il s’agisse du rapport de forces inégal fait de manipulation et de soumission entre Sonja et son ex, ou de sa relation amoureuse si mal assumée qu’elle en devient ambigüe, le tout pendant sur fond de crise financière en Finlande et de trafic en tous genres, du coup on ferme ce tome et on attend impatiemment la suite !

Un bon polar porté par la traduction de Jean-Christophe Salaün, spécialiste de l’islandais, que j’avais découvert grâce à un épisode des carnets de l’édition de lecteurs.com

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Métailié

Titre original : Gildran / Langue originale : Islandais (Islande) Traduit par : Jean-Christophe Salaün

Sonja a été contrainte de devenir passeuse de cocaïne pour retrouver la garde de son petit garçon. Elle doit jouer au chat et à la souris avec des narcotrafiquants féroces, un ex-mari pervers, un avocat ambigu, une compagne envahissante.
Elle doit se montrer de plus en plus inventive, de plus en plus audacieuse. Elle doit sortir du piège dans lequel elle s’est laissé enfermer. Seule certitude, Tómas son petit garçon, lui, ne vit que pour ses week-ends auprès de sa si jolie maman.
Il y a aussi, à l’aéroport de Keflavík, Bragi, le vieux douanier, très intrigué par cette jeune femme élégante et décidée qui traverse régulièrement les salles d’embarquement.
Entre malversations et trafic de drogue, Piégée est un thriller original et brillant, mêlant une intrigue pleine de suspense, des personnages attachants et une description fantastique de la capitale de l’Islande pendant l’hiver 2010-2011, couverte de cendres et sous le choc du krach financier.

Nominé pour le Drop of Blood, le prix islandais du roman policier 2016.