De la part d’Hannah, Laurent Malot

De la part d’Hannah, un beau roman sur l’enfance et sur une époque, émouvant, indispensable, intemporel

Dans les années 60, nous faisons la connaissance d’Hannah, une fillette de dix ans qui n’a pas la langue dans sa poche. Elle revient du sanatorium et s’installe dans sa famille, avec son père et son grand père. La seconde guerre mondiale est encore un souvenir intact, la peur de l’émigré est déjà présente, et la guerre d’Algérie se profile, les jeunes partent faire un service militaire dont ils ne veulent pas et dont souvent ils ne reviennent pas. C’est dans ces conditions que nous allons suivre Hannah.

Elle est étonnante cette petite fille, avec son caractère bien trempé, son vocabulaire de charretier parfois, son manque flagrant d’éducation et qui pousse sans trop d’amour, orpheline de mère, et tuberculeuse dans un sanatorium.

Elle est d’autant plus étonnante qu’elle va apprendre peu à peu la réalité de son existence, affronter la duplicité et la méchanceté, la jalousie et l’envie, qui poussent les villageois, et de préférence les villageoises acariâtres et frustrées de La Chapelle-Meyniac à faire le mal autour d’elles.

Elle est émouvante, attachante, bouleversante quand elle apprend qu’elle peut quitter le sanatorium ; quand elle cherche le dialogue avec son père, qu’elle veut savoir où est enterrée sa mère, qu’elle se bat avec ses poings, son énergie et tout son cœur contre ceux du haut, mais aussi contre ceux qui la blessent ; quand elle met toute son énergie aussi à faire parler Martha ou Jimino, le grand père au grand cœur et à la bouteille facile, lorsqu’elle en a assez des secrets de famille qui pourrissent l’existence.

Elle a une grande maturité malgré sa jeunesse, un franc parler, une envie de vivre et d’être heureuse qui bouleversent le lecteur. De la part d’Hannah est un beau roman sur l’enfance, la filiation, la guerre, celle qui vient de finir depuis pas si longtemps, et celle qui se déroule là-bas de l’autre côté de la méditerranée en cette année 1961, mais aussi sur les préjugés, la médisance, la bassesse et la méchanceté et bien sûr l’intolérance, et pour tout cela il n’y a hélas pas prescription.

Un roman qui émeut, d’une belle intelligence, celle de l’esprit mais aussi celle du cœur. Une belle raison de le faire connaitre, maintenant qu’il est enfin en poche.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Hannah a dix ans et un caractère bien trempé. Elle vient de passer trois ans dans un sanatorium, lorsque, du jour au lendemain, on décrète qu’elle n’est plus malade et doit rejoindre son petit village de Dordogne. À La Chapelle-Meyniac, les cancans des mégères vont bon train. Hannah s’en méfie. En 1961, en pleine guerre d’Algérie, les blessures de la Seconde Guerre mondiale ne sont pas cicatrisées. Rien de pire que les rumeurs, surtout lorsqu’elles concernent votre mère…

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, roman jeunesse, roman policier et thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans et scénarii. 

216 pages / Date de parution : 08/01/2020 / EAN : 9782253934554

Éditeur d’origine : Robert-Laffont / EAN : 9782221135549 / pages : 234 / Format : 135 x 215 mm / prix : 19.00 €

L’ile introuvable, Jean Le Gall

Improbable roman sur la littérature et sur l’écrivain, « L’ile introuvable » est une véritable prouesse littéraire de cette rentrée 2019.

Un homme tombe amoureux d’une femme déjà en couple avec un autre, tous trois  deviennent amis… Voilà une intrigue plutôt classique digne d’un vaudeville, mais qui est traitée ici de façon bien singulière.

Tout commence par le survol en hélicoptère de l’ile introuvable, en Italie, pour y rechercher un auteur qui a disparu des radars de l’actualité. Puis l’auteur fait un retour arrière. Olivier Ravanec rêve d’écrire le roman parfait, celui qui le rendra célèbre et qui lui donnera enfin la reconnaissance du public. Dominique Bremmer est éditrice chez Gallimard, Olivier Ravanec en est fou amoureux, mais elle est avec l’étonnant Vincent Zaïd, riche amateur de fêtes parisiennes. Ce dernier, flirtant avec la marginalité des voyous de grands chemins, intéressé par la politique et accessoirement la littérature, est donc surtout en couple avec Dominique. Après quelque aventures pour le moins ubuesques, Zaïd est emprisonné pour malversation, puis libéré au bout de quelques années. Sa vengeance sera implacable.

Impossible d’en dire d’avantage, car dans ce roman, l’important est la façon dont il est composé, à la fois un hymne à la littérature, et une œuvre fourmillant de réflexions philosophiques, littéraires, ou politiques. Le narrateur donne des avis sur les auteurs classiques ou d’autres plus actuels, sur la difficulté d’être un écrivain reconnu, sur le talent et le travail, le monde abscons de l’édition pour les néophytes que nous sommes. C’est dense, ça fourmille de références, d’idées, de personnages plus extravagants les uns que les autres. Un roman indiscutablement singulier et différent de ce que l’on a l’habitude de lire.

Plaçant sans cesse le lecteur sur une frontière floue entre réalité et fiction, tant par les personnages qu’il cite que par les situations qu’il explore, l’auteur réalise là une sorte de prouesse littéraire qui intrigue, perturbe parfois, mais donne envie d’aller jusqu’au bout. J’ai aimé le fait que l’auteur ne parte pas spécialement de faits d’actualité, ou de souvenirs, d’évènements de son vécu (en tout cas on ne les sens pas comme tels) mais nous propose bien un roman d’inventivité, construit de toute pièce, qui évoque brillamment et avec une réelle créativité la littérature et la solitude de l’écrivain. Il se distingue aussi en cela des romans que l’on a l’habitude de lire.

Tout à fait le genre de livre qu’il faudrait relire pour en tirer toute la substantifique moelle, bien évidemment ! Comment ne pas méditer sur la transformation d’un homme au contact de ses lectures, son unique occupation pendant des années. Ah, et cet hommage au Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas m’a peut-être bien donné envie de le relire !

photo Dominique Sudre lors de la rencontre chez lecteurs.com. 
Jean-Philippe Blondel, Valérie Tong Cuong et jean Le Gall

Catalogue éditeur : Robert-Laffont

Il faut rappeler comme une loi que la vie n’est jamais pareille à la littérature et, surtout, que c’est une folie de vouloir remplir sa vie de littérature. Puisse ce livre ou un autre, mais plutôt ce livre, démontrer l’inverse. » Olivier Ravanec.
Au-dessus d’une petite île de la Méditerranée, un hélicoptère survole un château en flammes. À son bord, un « enquêteur d’assurances » lancé sur la piste d’un écrivain passé de mode et néanmoins recherché : Olivier Ravanec. Sa disparition est d’autant plus troublante qu’elle survient quelques mois à peine après celle de sa compagne, l’éditrice Dominique Bremmer. « Une histoire d’amour, avait dit un jour Ravanec, c’est trois personnes minimum. » Songeait-il en particulier à ce roi déchu de la nuit parisienne, dont Dominique avait été longtemps éprise ? Lui s’appelle Vincent Zaid ; son intelligence est aussi vraie que dépourvue du moindre esprit, et si sa fortune lui a donné beaucoup d’amis, sa condamnation pour meurtres les a fait disparaître. Ravanec, Bremmer, Zaid : trois créatures venues d’un prétendu âge d’or – les années 80 – et qui n’ont pas retrouvé leur place dans le « monde d’après », attiédi et salement hygiéniste.
Ici commence le roman, le vrai, celui qui déborde, celui de la vengeance, où l’on verra justement qu’une passion pour le romanesque peut vous offrir toutes ces aventures et mésaventures qu’on appelle, par commodité, « un destin ».

Jean Le Gall dirige les Éditions Séguier. Son précédent roman, Les Lois de l’apogée, qui l’a révélé au public, a suscité les commentaires élogieux de la critique et figuré sur plusieurs listes de prix.

EAN : 9782221200223 / Nombre de pages : 432 / Format : 135 x 215 mm / Prix : 21.00 € / Date de parution : 22/08/2019

Toute la vérité, Karen Cleveland

Quand la vie d’une famille américaine ordinaire se transforme en cauchemar. On adore plonger dans ce premier thriller de Karen Cleveland qui nous dit « toute la vérité »… ou presque

Vivian a un mari aimant, quatre beaux enfants et un super métier, que rêver de plus ? Bien sûr, les salaires ne sont pas à la hauteur. Mais son mari Matt est toujours présent pour l’épauler, en particulier lors des soins importants qu’il faut apporter à l’un des jumeaux. Et si son métier la passionne toujours autant, il est aussi une source de revenus et une garantie d’assurance santé non négligeable.

Vivian est analyste à la CIA, spécialisée sur la Russie. Son projet phare va bientôt aboutir et lui permettre de percer à jour l’ordinateur d’un espion russe. Mais elle découvre sur l’ordinateur en question une photo de son mari, certainement l’un des agents étrangers dormants. A partir de là, plus rien n’est sûr dans la vie de Vivian. Le doute s’installe, qui alterne avec l’assurance de connaître parfaitement cet homme qui partage sa vie depuis plus de dix ans. Mais que valent les certitudes face à une telle découverte ? Que faire, et comment réagir à une telle révélation ? Penser d’abord à son pays ou à sa famille ?

Tout l’art de Karen Cleveland est de distiller le doute, les certitudes, les interrogations, avec une apparente véracité qui fait frissonner. De flashback en souvenirs, de certitudes en moments de doute, la tension monte et le lecteur est pris au piège. Car Karen Cleveland est du sérail, huit années comme analyste à la CIA, forcément ça aide à planter un décor juste et réaliste. Alors bien sûr les russes sont un peu trop caricaturaux, ou est-ce tout simplement l’image donnée aux espions, mais qu’importe. Le suspense est garanti pour ce page turner parfaitement maitrisé que l’on dévore avec l’envie de connaitre Toute la vérité et de se laisser balader par l’auteur jusqu’à la fin.

Roman lu dans la cadre de ma participation au Prix des nouvelles voix du polar Pocket

Catalogue éditeur : Pocket et Robert Laffont

Malgré un travail passionnant qui l’empêche de passer du temps avec ses enfants et un prêt immobilier exorbitant, Vivian Miller est comblée par sa vie de famille : quelles que soient les difficultés, elle sait qu’elle peut toujours compter sur Matt, son mari, pour l’épauler.
En tant qu’analyste du contre-renseignement à la CIA, division Russie, Vivian a la lourde tâche de débusquer des agents dormants infiltrés sur le territoire américain. Un jour, elle tombe sur un dossier compromettant son époux. Toutes ses certitudes sont ébranlées, sa vie devient mensonge. Elle devra faire un choix impossible : défendre son pays… ou sa famille.

Diplômée du Trinity College de Dublin et de Harvard, Karen Cleveland a passé huit ans à la CIA en tant qu’analyste. Elle vit dans le nord de la Virginie avec son mari et ses deux enfants.

Robert Laffont : Date de parution : 25/01/2018 / EAN : 9782221214947 / Nombre de pages : 384 / prix : 21€
Pocket : Date de parution : 10/01/2019 / EAN : 9782266287869 / Nombre de pages : 408 / prix : 7.90€

Baïnes, France Cavalié

Baïnes, de France Cavalié, quand l’amour fou déraille et devient violence dans un huis-clos étouffant

pays basque
Saint Jean de Luz © DCL-DS2015

Depuis les années 80, je passe chaque année avec bonheur quelques jours au pays Basque. Avec Baïnes de France Cavalié, je suis à la fois en pays connu avec les paysages, l’ambiance, les « festaïres » de Biarritz, Bayonne ou Hendaye, et plongée dans l’inconnu de la violence secrète, celle qui est cachée derrière des volets verts, oppressée par le silence honteux d’une femme battue qui ne sait et ne peut parler du drame qu’elle vit. Quel contraste.

L’auteur nous balance entre un amour tellement fort qu’il en devient exclusif, celui de Rose et Oleg, en particulier pour Oleg qui est terriblement jaloux, et un air ambiant qui donne envie de vivre sous ce ciel si bleu, si vif. Nous voilà sur les plages de la chambre d’amour ou de la côte de basques, à vivre les débuts des surfeurs, qu’on imagine tous de beaux blonds aux corps d’athlètes, dans les rues ensoleillées de Biarritz, invités aux vernissages, avec les amateurs d’arts qui hantent les galeries chics et branchées, en ces années 80 où tout est possible.

Chaque chapitre commence par une phrase abordant un élément qui va se retrouver dans les pages suivantes, émaillées de rappels du quotidien de l’époque, stars de cinéma, actualités, films, romans, pour ancrer le récit dans la réalité, parfois à l’excès, même si ce n’est pas forcément gênant. En tournant les pages, on ressent l’atmosphère étouffante de ce huis clos d’un couple en rupture et pourtant soudé par un amour impossible, derrière ces volets verts où la souffrance, l’incompréhension, le silence, sont si forts et si inconcevables, même s’ils se passent à une époque où l’on commence à peine à parler de violences faites aux femmes. Qu’il est difficile de vivre, d’accepter de mettre des mots puis de dire et de comprendre la souffrance. Celle des autres est toujours plus facile à juger, mais c’est dire le chemin qu’il reste encore à parcourir. Difficile thème, abordé intelligemment par l’auteur, passage à l’acte pour celui des deux qui est violent, réaction ou manque de réaction pour l’autre, rien n’est simple, c’est un roman qui pose des questions.

Sélection du prix Orange du livre 2015

Catalogue éditeur : Robert-Laffont

Les années 80 à Biarritz. La ville des princes et des stars hollywoodiennes, par ailleurs farouchement basque, est le théâtre d’une histoire d’amour violente et lumineuse. C’est le récit intense d’une guerre dont personne ne se doute… Et d’une rédemption.

« – On va se marier, Rose.
Arrivé dans mon dos, Oleg a dit ça comme une évidence.
– Tu verras, ce sera mieux pour les enfants.
J’étais muette. Ou avait-il passé la nuit ? Avec qui ?
Je ne pensais plus qu’à ça, scrutant son regard, ses beaux yeux bleus posés sur moi.
Il a insisté.
– Alors, Rose ?
Je n’ai pas répondu tout de suite. Il y a des bonheurs qui ne réjouissent pas tout à fait. »
Dans le Biarritz des années 1980, ou l’art contemporain défie les ors de son passé princier, ou les surfeurs règnent sur la Côte des Basques, ou l’océan cache les baïnes et leurs puissants courants contre lesquels mieux vaut ne pas lutter, c’est l’histoire d’un amour en fusion qui déraille à huis clos. Rose et Oleg. Un amour bloc avec la mèche à l’intérieur.

Parution : 2 Janvier 2015 / Format : 1 x 215 mm / Nombre de pages : 234 / Prix : 18,00 € / ISBN : 2-221-15663-3