Cyclone, Marion Mousse & Clément Baloup

Ah, quand les tourments de l’adolescence rejoignent ceux de la planète et que les émois se heurtent au Cyclone dévastateur.

Margot vit sur une ile isolée du monde. En cette journée de rentrée scolaire, les évènements climatiques font craindre l’arrivée d’un puissant cyclone.

Pourtant, la rentrée se déroule comme partout ailleurs. Curiosité face au nouveau venu dans la classe, interrogations devant les têtes nouvelles, puis attrait pour le professeur Gregory Maréchal, monsieur Maréchal, ce prof si séduisant, si attentif. Margot s’y laisse prendre… son cœur balance, mais les jeunes filles de son âge sont souvent attirées par le risque, le danger, la découverte de ce qui est différent.

Margot veut vivre pleinement ses émois d’adolescente. Elle se confie à son amie Iseult, lui avoue que son cœur balance…Monsieur Maréchal, ou  le nouveau venu de la classe, cet Ali si mystérieux. Ali le musicien, en conflit avec les parents, lui l’amateur de musique qui est aussi amoureux de Margot.

Cyclone est l’occasion de découvrir ces conflits très actuels entre les jeunes, mais aussi les atermoiements des ados, avec Margot et son prof, piégée dans son triangle amoureux, face au déchainement de violence des réseaux sociaux. Et puis ces difficiles relations élève professeur. Quand ces adolescentes sont si provocantes avec leur beauté naturelle et si peu maitrisée, elles qui oscillent entre manque de confiance en soi et exercice du pouvoir de séduction sur leurs professeurs, par jeu, par plaisir, par réelle attraction…

C’est un plaisir de tourner les pages de Cyclone et d’apprécier les superbes illustrations de Marion Mousse, les couleurs, les doubles pages, les impressions. J’ai eu cependant comme un sentiment de pas assez, pas assez car l’intrigue est très classique, somme toute presque banale, mais c’est un joli moment de lecture et le graphisme est vraiment intéressant.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : éditions Sarbacane

Margot, lycéenne à la vie jusqu’ici anodine, éclot comme une fleur à sa rentrée en terminale. Vibrante d’une sensualité soudain débordante, sur son île battue par les vents et l’ennui, elle se sent prisonnière. Il y a bien Ali, le nouveau récemment débarqué, beau brun ténébreux, musicien torturé, qui la dévore des yeux. Mais Margot rêve d’autre chose, de plus grand, de plus fort… Aussi, quand Maréchal, son prof de philo et écrivain raté, la persuade de devenir sa maîtresse, elle se laisse séduire… sous le regard jaloux d’Ali. Un triangle amoureux venimeux s’installe, sur la petite île qu’une tourmente météorologique semble bientôt devoir isoler…

L’auteur : Clément Baloup, est un auteur marseillais qui réalise des scénarios tournés vers l’aventure dont les très remarqués Chinh Tri (2 tomes parus au Seuil) et Diables Sucrés pour Mathieu Jiro (Gallimard – sélection Angoulême 2010). Avec Mémoires de Viet Kieu T1,Quitter Saigon (La Boîte à bulles), il obtient son premier prix d’importance : le Prix du jury Œcuménique de la BD, à l’occasion du Festival d’Angoulême 2011.

L’illustrateur : Marion Mousse, est né en 1974 et vit aujourd’hui à Marseille. Sa première BD paraît en 2001 : Phineas, un album en noir paru chez Treize Étrange. Puis il se lance dans une adaptation libre du roman de Théophile Gautier: Fracasse (Glénat) qui sera publié – en 3 volumes – entre mai 2004 et mai 2005. Il a aussi publié From Outer Space, paru fin 2006 chez Six Pieds sous terre et Louise et les loups en 2012.

Date de parution : 06/02/2019 / prix de vente au public (TTC) : 22,50 € / 136 pages ; 29 x 21,5 cm / ISBN 978-2-37731-201-6 / EAN 9782377312016

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Namasté – Les larmes de la sorcière Asuri, Eddy Simon & Aurélie Guarino

Une superbe couverture, à la fois dynamique et effrayante, donne le la à « Namasté – Les larmes de la sorcière Asuri », une nouvelle aventure de Mina et sa famille aux éditions Sarbacane.

Domi_C_Lire_namaste_les_larmes_de_la_sorciere.jpgMina est en Inde avec sa famille. Ils rencontrent un Maharadja qui les invite à passer quelques jours dans son palais.
Comme il n’y est pas revenu depuis le décès de sa maharani, quelques années plus tôt, ce palais sent la poussière. Souricette,  qui n’a jamais peur de se faire la belle, s’y promène sans vergogne. Lorsque Mina part à sa recherche, elle visite les belles salles aux riches décors, mais elle prend peur lorsqu’elle voir une ombre, celle d’une vieille femme qui a tout d’une sorcière menaçante.
Alors que toute le famille décide de partir pour se baigner à la cascade toute proche du palais, Mina et Pintu, un autochtone un peu trouillard, rencontrent un jeune homme, et vont le suivre jusqu’au mausolée du terrifiant Yama, qui n’est autre que le Dieu de la mort…
Accompagnée par Pintu et Souricette Mina, toujours aussi courageuse, va mener l’enquête.

Dans des décors prétextes à nous faire appréhender toute la richesse et les couleurs joyeuses et colorées de l’Inde magique et millénaire, les enfants mènent l’enquête. Ils vont explorer les diverses croyances en partant à la recherche de cette sorcière contrariée et très mystérieuse.

Le trait d’Aurélie Guarino est adapté à son public, à la fois enfantin et énergique, réaliste et vif. Les couleurs donnent du dynamisme et le côté concret à cette aventure bercée d’un peu de magie et de beaucoup de rêve.

Voilà un tome 3 qui se lit indépendamment des autres, mais j’imagine que c’est mieux si l’on suit les aventures de Mina avec la série.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Sarbacane

Après un périple mouvemente, Mina a retrouvé ses parents !
Pour fêter l’évènement, le Maharadja les invite à séjourner dans sa villégiature d’été, face à la plus belle et plus sacrée des montagnes : l’Himalaya.
L’immense demeure victorienne a des allures fantomatiques, et très vite, Mina se sent observée. Au détour d’un couloir, elle aperçoit une vieille femme lugubre qui lui lance une incantation avant de disparaitre !
Qui est-elle ? Un fantôme, une sorcière ? Et que veut-elle ?
Avec Mina l’intrépide, l’aventure n’est jamais loin, et très vite, elle décide de percer le mystère de la sorcière. Flanquée de son fidèle ami Pintu, le pèlerin têtu, Mina poursuit ses aventures sur les flancs de l’Himalaya jusqu’au cœur d’un temple maudit.

Collection : BD Jeunesse / Âge : Dès 8 ans / Nombre de pages : 48 pages / Parution : 7 février 2018 / Format : 21 x 28,5 cm / ISBN : 9782377310630 / Prix : 12,50 €

Pereira Prétend. Pierre-Henri Gomont

Pereira Prétend est adapté du roman d’Antonio Tabucchi. Lors du festival d’Angoulême, j’ai eu le plaisir de discuter avec l’auteur Pierre-Henri Gomont qui a su me donner envie de lire cette BD.

DomiCLire_pereira-pretend.jpgSi au premier abord j’étais un peu déroutée par le graphisme, le personnage et son univers, en fait, très vite je me suis laissée absorber par cet univers étrange où un journaliste veuf et particulièrement solitaire, Pereira Prétend, prétend qu’il lui arrive ci ou ça, rentre chez lui et parle à sa femme, morte depuis longtemps, mais qui lui manque tant. Puis petit à petit, il se pose enfin des questions sur son existence et se demande s’il n’a pas gâché sa vie à force de vouloir fermer les yeux au monde qui l’entoure.

Car nous sommes au Portugal, à Lisbonne dans les années 38. Au moment où l’air qu’on y respire est de plus en plus malsain, c’est celui des troupes de Salazar, et de l’ordre sécuritaire de l’époque. L’Espagne voisine est désormais aux mains de Franco, l’ombre nazie plane sur l’Europe qu’elle va couvrir bientôt.

Dans les villes, les jeunes tentent de se révolter, les hommes sont arrêtés sans raison dans les rues, tabassés, enlevés, mais Pereira ne voit rien. Lui, il fait juste son métier, directeur de la page culture du journal  Le Lisboa. Chaque jour, il suit le même rituel, bonjour du matin à la concierge du journal, à la botte de la police et qui divulgue tout ce qu’elle voit, chaque soir il rentre chez lui et parle à sa femme (enfin, à son portrait !)  ou à ses autres « moi » bonne ou mauvaise conscience peut-être, chaque jour enfin, il se goinfre d’omelette ou de citronnade fortement sucrée, à tel point que sa santé est en péril.

Un jour il décide, sans trop savoir ce qui l’y pousse, d’embaucher un stagiaire qu’il a repéré suite à un texte publié dans un journal. Et cette rencontre avec la jeunesse de cette époque à laquelle il s’est soustrait va enfin lui ouvrir les yeux, car dans ce monde feutré où la censure met sous le boisseau tout ce qu’elle veut taire, où chacun espionne l’autre, où il est bon de penser comme le gouvernement, Pereira se pose enfin les bonnes questions. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est justement cet éveil à la conscience d’un homme ordinaire à qui sa vie banale convenait jusque-là. Ici pas de héros, pas d’acte particulièrement dramatique ou éclatant au sens classique, mais malgré tout cette prise de conscience qui peut subvenir en chaque homme.

Il y a assez peu de personnages au final, mais des couleurs étonnantes qui reflètent bien les différentes situations. Des fonds bleu ou vert pour les moments heureux et plus sereins, des tonalités de rouges et de noirs pour l’incertitude, la colère ou la révolte, mais aussi des ciels bleus limpides en opposition au climat ambiant du Portugal de ces années-là. Le graphisme particulièrement travaillé nous emporte vraiment dans les rues de Lisbonne, devant ses bâtisses, il est au contraire plus ébauché pour les personnages, par exemple pour ces petits lutins rouges « consciences » de Pereira, ou ces lâches aux tronches de bandits, etc. C’est assurément un exercice réussi pour au final un roman graphique qui se lit d’une traite et se termine un peu trop vite à mon goût !


Catalogue éditeur : Sarbacane

Pierre-Henry Gomont nous emmène dans le Portugal de Salazar.

Lisbonne, Portugal, en pleine dictature salazariste, fin juillet 1938. Dans une ville enveloppée d’un « suaire de chaleur », un journaliste vieillissant, le doutor Pereira, veuf, obèse, cardiaque et tourmenté, rédige chaque jour depuis plus de trente ans la page culturelle du quotidien très conservateur, le Lisboa. Dans cette vie endormie, déboule un certain Francesco Monteiro Rossi… et, de façon tout à fait inattendue, Pereira l’engage. Mais le jeune pigiste, au lieu d’écrire les sages nécrologies que Pereira lui a commandées, lui remet des éloges aussi sulfureux qu’impubliables de Lorca et autres Maïakovski, ennemis avérés du régime fasciste.  Lire la suite…

Format: 21,5 x 29 cm / Nombre de pages: 160 / Parution: 7 septembre 2016 / ISBN: 9782848659145 / Prix: 24,00 €

Weegee, sérial photographer. Max de Radiguès & Wauter Mannaert

Max de Radiguès et Wauter Mannaert nous font découvrir Weegee, sérial photographer du New York des années 30 et entrevoir son parcours totalement atypique.

DomiCLire_weegee.jpgNous sommes dans les années 30, à New York, dans le Lower East Side. Weegee, alias Arthur Fellig, est photographe et rêve de devenir célèbre, mais la banalité, les scènes heureuses, la vie, les enfants et les chats, ce n’est pas son truc. Il vise le sordide, les scènes de crime. Pour réussir ses prises de vues il n’hésite pas à les scénariser, les travestir et les transformer, ajoutant des accessoires, déplaçant les cadavres, surtout lorsqu’il arrive le premier sur les lieux. Et c’est souvent le cas car pour cet enfant du Lower East Side non seulement le réseau fonctionne bien mais en plus chaque nuit il est branché sur la fréquence de la police. Sa voiture est son lieu de vie, il y a installé un véritable bureau, machine à écrire, nécessaire pour développer ses photos, tout y est pour être certain de vendre ses clichés avant les autres. Si sa vie se déroule la nuit, ses rêves c’est la célébrité et Hollywood ! Jusqu’au jour où il parvient à publier un livre avec ses photos, prouvant ainsi qu’avant d’être un photographe d’actualité c’est avant tout un artiste. La gloire est à deux pas, il fait même des photos pour le magazine Vogue !

Ce qui est intéressant dans ce parcours atypique c’est qu’on sent se cristalliser avec lui tous les rêves des émigrés. Passés par Elis Island ils rêvent d’en sortir par le haut, de côtoyer les vedettes d’Hollywood, d’assister aux soirées dans le Upper side, il faut dire également que ces années post Grande Dépression ne sont pas synonyme d’opulence pour la plupart des américains de la rue, alors tous les rêvent sont permis, surtout ceux qui promettent un ailleurs plus facile.

Le graphisme en noir et blanc restitue l’ambiance de ce New York des années 30 post Grande Dépression, la vie des quartiers, les scènes de crimes sont inspirées des véritables photos de Weegee et le lecteur est plongé le temps de quelques dizaines de pages dans les bas-fonds de New York.

Extraits :
– Je suis le meilleur photographe de cette foutue ville. Personne ne peut faire comme moi ! Et tu sais pourquoi ?
– Parce que les autres dorment ?
– Non, parce que j’ai grandi dans ces rues. A partir de 15 ans, j’y dormais aussi. Tous ces cadavres, ça aurait pu être moi ! Je suis à la fois derrière et devant l’appareil photo, tu comprends ?

– T’es jamais sortie d’ici Rita. Y’a pas d’avenir ici, rien çà attendre, faut foutre le camp ! Moi, j’veux pas crever ici, tu m’entends ? ici, ça sent la mort et la misère.
Les rêves qu’on avait en débarquant à Ellis Island, on les trouvera pas dans le Lower East Side.

Catalogue éditeur : Sarbacane

Premier sur les lieux, il n’hésitait pas à « améliorer » la scène de crime pour la photo !
Fin des années 30, New York, Lower East Side, le terrain de chasse privilégié de Weegee (de son vrai nom Arthur Fellig). Dans sa voiture, une radio branchée sur les fréquences de la police ; Weegee, cigare, imper et chapeau mou, photographie à tombeau ouvert la vie nocturne et brûlante des bas-fonds de Big Apple : accidents, corps carbonisés, incendies, « passants-voyeurs »… Mais aussi, déshérités, Noirs, petits bonheurs… Weegee est l’observateur – au vitriol – des inégalités et des discriminations de l’Amérique de la Grande Dépression. Les auteurs nous proposent d’accompagner Weegee le solitaire dans une séance de shooting comme en apnée, vertigineuse et crue, au cœur de la société américaine d’avant-guerre, déviante et corrompue.

Format: 21,5 x 29 cm / Nombre de pages: 128 pages en bichromie / Parution: 17 août 2016 / Collection: BD Adulte / ISBN: 9782848659138 / Prix: 19,50 €

 

La drôle de vie de Bibow Bradley. Nicolaï Pinheiro

Cette adaptation BD très réussie du roman d’Axl Cendres nous entraine dans les années 60 à la suite de Bebow Bradley, de la guerre du Vietnam au mémorable concert de Woodstock.

domiclire_la_drole_de_vie_de_bebow_bradleyDans un bar de l’Illinois, Bebow Bradley se souvient. Et le lecteur de revivre avec lui ses souvenirs en partant de son enfance dans le bar des parents. Aucun de ses parents n’ayant pensé à l’inscrire à l’école, il y arrive en ayant appris la vie, mais pas la moindre lettre de l’alphabet…totalement décalé par rapport aux autres enfants, il va bien sûr se faire renvoyer de l’école. Puis vient le temps de partir à l’armée, pour aller tuer du Vietminh avec les jeunes de son âge qui meurent bien trop nombreux au Vietnam. Là, Bebow pète un câble et risque gros, très gros. Mais son cas  intéresse la CIA car il souffre d’un mal rare : il ne connait pas la peur !

Rapidement recruté, il est envoyé en mission sur tous les fronts, en URSS  mais aussi pour infiltrer les bandes de jeunes Hippies. D’abord parce que la CIA a le soucis de mieux les cerner et les comprendre, puis lorsque leurs doléances se propagent à travers le pays, quand ils contestent un peu trop bruyamment le bienfondé de la guerre au Vietnam et jusqu’au mémorable festival de Woodstock. On va donc suivre Bebow de son enfance au présent, à l’image d’un Forest Gump il est aussi le reflet d’une Amérique qui se cherche.

On plonge avec plaisir dans cette vision moins superficielle qu’il n’y parait de l’Amérique des années 60/70 , de la guerre froide avec l’URSS, de la vague hippy  et de ses revendications et contestations non-violentes pour l’arrêt de la guerre au Vietnam. On se souvient d’ailleurs de la comédie musicale « Hair » qui affirmait ces mêmes revendications … Le récit est superbement adapté, porté par le graphisme et les couleurs très seventies, on s’y immerge totalement… c’est un très agréable moment de lecture.


Catalogue éditeur : Sarbacane

Bibow Bradley : l’homme qui ne connaissait pas la peur !

USA, début des 60’s. Né dans un trou paumé de l’Illinois, le jeune Bibow Bradley est destiné à finir, comme son père et son grand-père avant lui, derrière le comptoir du Bradley’s and son, le bar des tocards ! Mais la guerre du Vietnam éclate, et à 18 ans, le voilà parachuté au cœur de la jungle !
Sauf que Bibow a une particularité, un don qui s’avérera très utile aux yeux de la CIA : il n’a jamais peur. Les balles peuvent bien siffler à ses oreilles, lui, il s’en moque !! Mais de mission en mission, entre activistes communistes à Moscou et rassemblements hippies à Woodstock, Bibow découvrira une chose qu’on ne lui a jamais enseignée : le facteur humain.

Format: 21,5 x 29 cm / Nombre de pages: 112 /Parution: 7 septembre 2016 / ISBN: 9782848659152 / Prix: 19,50 €