Capitaine. Adrien Bosc

« Capitaine » passionnant roman d’Adrien Bosc sur le voyage de migrants fuyant le régime de Vichy, vers une terre promise en Amérique ou aux Antilles.

Domi_C_Lire_capitaine_adrien_bosc_stockEn mars 1941, le Capitaine quitte Marseille, et Adrien Bosc nous entraîne dans les méandres de l’Histoire… Après avoir brillamment conté l’aventure du Constellation – la traversée du transatlantique en 1949 – Adrien Bosc nous entraine sur les traces du Capitaine Paul-Lemerle, entre les mois de mars et de juin 1941. Le bateau quitte le port de Marseille le 24 mai 1941 avec à son bord des familles rejetées par la France de Vichy. Qu’ils soient juifs ou non, allemands, français, républicains espagnols, ces passagers  étaient persona non grata en France. Le sort qui les attendait était tellement incertain que tout valait mieux, y compris embarquer sur ces géants des mers fragiles et vieillissants.

Sur le bateau vont alors se côtoyer André Breton le surréaliste et Claude Lévi-Strauss l’ethnologue, Anna Seghers et Victor Serge, Wifredo Lam, un artiste peintre cubain, Germaine Krull, une photographe allemande et tant d’autres, savants, intellectuels, hommes d’affaires, bijoutiers, banquiers, poètes, écrivains, scientifiques, et leurs familles pour la plupart, car le régime nazi n’en voulait pas, la France non plus…

Leur périple va durer plusieurs semaines, également rejetés par les pays où ils vont accoster, cantonnés sur le bateau ou dans des hôtels sordides, dans le Lazaret, cette ancienne léproserie de Pointe-à-Pitre (sur cette ile de la Martinique, seule la rencontre avec Aimé Césaire et sa femme Suzanne rendent un peu d’humanité aux iliens, tant ils sont uniques par le courage qu’ils affichent ouvertement par le biais de la revue Tropiques), puis jusqu’à Ellis Island, en attendant que des fonctionnaires acerbes et stupidement zélés veuillent bien les laisser soit débarquer, soit repartir vers l’Amérique du Sud ou Saint Domingue.

Capitaine est un roman dense, intelligent, qui fourmille de faits, de rencontres, d’anecdotes, nous rendant si proches, humains, vivants, ces désespérés de la seconde guerre mondiale, juifs errants sur les mers et accostant des terres inhospitalières. Où l’on retrouve sans la comprendre l’incurie des services administratifs, les frontières, le racisme qui gangrène jusqu’aux côtes des iles des caraïbes, là où pourtant on pourrait imaginer que l’éloignement aurait rendu plus humains ceux qui contrôlent, inspectent, condamnent au nom d’un état qui se fourvoie.

Capitaine est plus qu’un roman, tant il est riche de ces informations qui rendent toute leur humanité à ces passagers ballottés par les mers et les hommes. Adrien Bosc nous entraîne dans les méandres de l’Histoire à travers ce qu’ont vécu ces hommes et ces femmes. Il a su leur rendre vie et nous les faire connaître sans nous submerger sous des tonnes d’informations en réussissant ce savant partage entre le romanesque et les faits historiques.

Où que nous regardions, l’ombre gagne… pourtant nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre. Nous savons que le salut du monde dépend de nous aussi…
Tropiques, Aimé Césaire

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Catalogue éditeur : Stock

Le 24 mars 1941, le Capitaine-Paul-Lemerle quitte le port de Marseille, avec à son bord les réprouvés de la France de Vichy et d’une Europe en feu, les immigrés de l’Est et républicains espagnols en exil, les juifs et apatrides, les écrivains surréalistes et artistes décadents, les savants et affairistes. Temps du roman où l’on croise le long des côtes de la Méditerranée, puis de la haute mer, jusqu’en Martinique, André Breton et Claude Lévi-Strauss dialoguant, Anna Seghers, son manuscrit et ses enfants, Victor Serge, son fils et ses révolutions, Wifredo Lam, sa peinture, et tant d’inconnus, tant de trajectoires croisées, jetés là par les aléas de l’agonie et du hasard, de l’ombre à la lumière. Ce qu’Adrien Bosc ressuscite c’est un temps d’hier qui ressemble aussi à notre aujourd’hui. Un souvenir tel qu’ il brille à l’instant d’un péril.

Adrien Bosc est né en 1986 à Avignon. En 2014, il reçoit pour son premier roman, Constellation, le Grand Prix du roman de l’Académie française, ainsi que le Prix de la Vocation. Fondateur des éditions du sous-sol, il est par ailleurs éditeur au Seuil.

Parution : 22/08/2018 / Collection : La Bleue / 400 pages  / Format : 137 x 215 mm / EAN : 9782234078192 / Prix : 22.00 €

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Vivre ensemble. Émilie Frèche

Vivre ensemble, dans le roman d’Émilie Frèche est un postulat universel qui se décline sur différents plans, de la cellule familiale recomposée au pays qui tente tant bien que mal d’assimiler les migrants qui frappent à sa porte.

Domi_C_Lire_vivre_sensemble_emilie_freche_stockNovembre, Déborah et Pierre sont en terrasse d’un café parisien. Impuissants, ils assistent aux attentats sanglants qui meurtrissent et sidèrent la France. Sortir vivant de l’horreur, cela vous  change profondément… Pierre et Déborah ont chacun un fils, en garde alternée, fils qui ne se connaissent pas encore. Mais l’urgence de vivre, de s’aimer, de se blottir l’un contre l’autre, de former une famille, même recomposée,  est la plus forte.
Aussi peu de temps après, ces rescapés lucides quant à la fragilité de la vie et conscients d’être des miraculés décident de vivre ensemble. La vie est courte, ne faisons pas attendre un bonheur possible. Rapidement, Salomon, le fils de Pierre manipulé par celle que son père nomme MdS (mère de Salomon, c’est dire !) va se rebeller contre cette famille qu’il rejette de toutes ses forces d’adolescent sensible et différent, violent et solitaire.

En parallèle à son métier, Pierre part chaque semaine dans la jungle à Calais. Là, il assiste bénévolement les migrants dans leurs démarches pour obtenir des papiers et un accueil digne. Pourtant, là encore rien n’est simple. Ces hommes et ces femmes qui ont traversé frontières, mers et montagnes, pays en guerre, recomposent à Calais les haines et les combats fratricides qui leur ont fait quitter leur pays…

Dans le Vivre ensemble d’Émilie Frèche il y a donc une famille recomposée, celle que l’on tente justement de composer, il y a la difficulté à comprendre et à vivre avec un enfant difficile, différent, l’acceptation de la religion de l’autre, de ses habitudes, de son passé. Il y a aussi l’ombre des attentats terroristes qui ont touché le pays en novembre puis en juillet et la capacité de résilience des rescapés. Enfin, il y a une présence absolument prégnante, celle de la jungle de Calais et toute la difficulté à vivre ensemble, que ce soit à Calais où dans les pays d‘accueil.

Voilà un roman qui parle sans se cacher de l’utopie que représente le Vivre ensemble, qui ose enfin avouer qu’il est parfois difficile voire impossible de comprendre et d’accepter l’autre, celui qui est différent, qui vous interpelle mais vers qui on a tant de mal à aller pour tenter de le connaitre. Qu’il s’agisse de la famille, des relations avec les enfants ou entre hommes et femmes, ou même de migrants, l’inconnu, le repli sur soi comme le communautarisme sont souvent des freins trop importants à l’acceptation de l’autre, qui vient vers nous mais ne nous ressemble pas. Une fois de plus Émilie Frèche a les mots pour nous faire réfléchir – et même s’il me manque peut-être un point de vue, celui des enfants, et si la situation est quelque peu « parisienne » – son talent nous emporte dans une intrigue à plusieurs niveaux qui ne nous lâche pas jusqu’à la toute dernière page, que dis-je, la dernière ligne.

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Pour aller plus loin on peut lire également les avis de Nicole du blog motspourmots, du blog matoutepetiteculture, ou de Bibhorslesmurs.

Du même auteur, j’avais beaucoup aimé également le roman Un homme dangereux.

Émilie Frèche aux Correspondances de Manosque 2018

 


Catalogue éditeur : Stock

 « La première fois qu’ils se sont vus tous les quatre, le fils de Pierre n’a pas supporté un mot du fils de Déborah, ou peut-être était-ce juste un rire, et, pris d’une rage folle, il s’est mis à hurler qu’il les détestait, que de toute façon elle ne serait jamais à son goût et Léo jamais son frère, puis il a attrapé un couteau de boucher aimanté à la crédence derrière lui et, le brandissant à leur visage, il a menacé de les tuer – cela faisait une heure à peine qu’il les connaissait. »
Tout le monde ne parle que du vivre-ensemble mais, au fond, qui sait vraiment de quoi il retourne, sinon les familles recomposées ? Vivre ensemble, c’est se disputer un territoire.

Émilie Frèche est romancière. Elle est l’auteur, entre autres, de Deux étrangers (Prix Orange du livre en 2013 et prix des lycéens d’Île-de-France 2013).

288 pages / Format : 137 x 215 mm / EAN : 9782234081734 / Prix : 18.50 €

L’archipel du Chien. Philippe Claudel

L’archipel du Chien, de Philippe Claudel, un conte moderne pour décrire un territoire qui rassemble tous les mondes, tous les humains, pour un étrange panorama de l’humanité dans ce qu’elle a de plus banalement inhumain peut-être…

Domi_C_Lire_l_archipel_du_chien.jpgSur cet archipel du Chien, un volcan menace de se réveiller, les autres iles de l’archipel sont désertes, l’activité manque, la pêche reste la seule ressource, et Oh miracle, un consortium propose de créer un centre balnéaire qui va enfin pouvoir faire vivre la communauté… Mais c’est compter sans le hasard…
L’auteur a choisi un lieu imaginaire pour planter son décor. S’il n’existe pas vraiment, nous pourrions cependant le situer en de nombreux endroits de ces mers et océans qui nous entourent, sur ces terres que nous connaissons bien. On peut l’associer par exemple aux Iles Canaries, où pendant de nombreuses années les  migrants venus d’Afrique se sont échoués sur les rives de l’archipel.

Ici, on ne sait pas d’où ils arrivent, mais ils sont là… Par un petit matin pareil à tous les autres, le chien de la Vieille, une ancienne institutrice acariâtre, découvre trois cadavres échoués sur la plage. Que faire, qu’en faire, comment faire ?

Alors dans le village, tout ce qui compte comme autorité va avoir un mot à dire, le maire, qui n’a de nom que sa fonction de maire, représentant de l’autorité sur l’ile, le prêtre et ses abeilles, qui a l’air de planer au-dessus des contingences et ne montre pas beaucoup plus d’humanité que tous les autres, sauf pour ses abeilles, le commissaire, le docteur bien sûr, qui est l’aidant, le soignant, mais le sera-t-il dans ce cas ? Puis l’instituteur, le seul à se rebeller et à démontrer une forme d’humanité.
On le comprend vite, chaque protagoniste va à sa façon défendre l’ile, les habitants, leur futur tranquille et sans histoire, pensant qu’il a les meilleures raisons du monde tout en ayant à la fois tord et raison… Après avoir fait le nécessaire pour ne plus voir les corps des naufragés, ils vont devoir vivre avec le souvenir de ce drame et affronter la rébellion de l’instituteur. Mais tout ne se passera pas comme ils l’ont imaginé… là il est difficile d’en dévoiler davantage.

J’ai trouvé le parti pris de l’auteur intéressant. Il nous montre avec ses personnages caricaturaux, que l’on peut être dans le vrai et pourtant se fourvoyer, que chacun a ses raisons pour faire avancer le monde qui l’entoure, fort de ses attributions ou de son rôle, mais que la morale, la vérité, et le bien commun ne sont pas toujours pris en compte, et qu’il est parfois bien facile – ou difficile ? –  de ne pas basculer dans la peau d’un sauveur ou dans celle d’un malfaiteur.

Si j’ai trouvé parfois l’intrigue un peu inégale, il y a cependant dans L’archipel du Chien la morale et l’humanité, servis ou bafoués, la lâcheté et le courage, le mensonge et la fuite, des situations et des sentiments tellement communs et sans doute humains qu’ils semblent véridiques. Et qui confrontent le lecteur à ses propres sentiments, à ses propres questionnements : qu’aurions nous fait ? Voilà assurément un roman qui pousse à la réflexion, comme sait si bien nous les offrir Philippe Claudel et sa belle écriture.

Relire le compte rendu de la rencontre avec Philippe Claudel, avec les éditions Stock, lors de la sortie du roman.

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Catalogue éditeur : Stock

« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que  quelque chose allait se produire.

Ce fut déjà et cela dès l’aube une chaleur oppressante, sans  brise aucune. L’air semblait s’être solidifié autour de l’île,  dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait  ça et là l’horizon quand il ne l’effaçait pas : l’île flottait au milieu de nulle part. Le Brau luisait de reflets de  meringue. Les laves noires à nu en haut des vignes et des  vergers frémissaient comme si soudain elles redevenaient  liquides. Les maisons très vite se trouvèrent gorgées d’une haleine éreintante qui épuisa les corps comme les esprits.
On ne pouvait y jouir d’aucune fraîcheur.
Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à  propos de laquelle on aurait pu se dire qu’on l’avait rêvée,  ou qu’elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche,  de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. Mais d’heure en  heure l’odeur s’affirma. Elle s’installa d’une façon discrète,  pour tout dire clandestine. »

Parution : 14/03/2018 / 288 pages / Format : 138 x 215 mm / EAN : 9782234085954 / Prix : 19.50 €

Rencontre avec Philippe Claudel

Pendant le salon Livres Paris, le bonheur de rencontrer Philippe Claudel avec un groupe de blogueurs pour l’écouter parler de son dernier roman L’archipel du Chien. 

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C’est un choc ce roman, ce texte qui est au fond une histoire pas si morale que ça ! On y retrouve la belle écriture de Philippe Claudel et son souci d’aborder des sujets contemporains qui interrogent. Si le roman lui-même est assez classique dans sa forme, romanesque à souhait, c’est aussi un livre à suspense à la limite du thriller puisqu’il y a un cadavre et qu’il faudra bien comprendre le pourquoi, comment, qui et quand peut-être aussi ?

Domi_C_Lire_rencontre_philippe_claudel_3Avec L’archipel du Chien l’auteur a voulu une fois encore se confronter au mal. Pour cela, il établit sur une ile tranquille une communauté idéale, calquée sur celle de Voltaire et de son Candide, où chacun ne souhaite qu’une chose, se retrouver au calme dans son jardin, en ayant réussi à réaliser ses objectifs, quels qu’ils soient… Dans ce cas, l’ambition importe peu, ce qui compte c’est la sérénité.

Comme le dit l’auteur, ici, nous découvrons cette communauté, installée dans son ile, mais qui va être confrontée à un monde extérieur déstructuré qui viendra perturber son équilibre. Car en fait, le monde idéalisé de candide et de Voltaire n’existe plus, même si on essaie de dresser des murs – au propre comme au figuré – il est impossible de se confiner dans sa bulle de confort en restant aveugle au monde qui nous entoure.

L’archipel du Chien est donc une interrogation sur le phénomène migratoire qui vient frapper aux portes de l’Europe, via la méditerranée ou l’atlantique, mais pas seulement.

Tout au long de ses romans Philippe Claudel a parlé des déplacés, des migrants, se posant des questions sur ces actions parallèles et particulièrement intriquées portées aussi bien par les passeurs, les migrants, mais aussi les bénévoles. Car bien évidement, en plus de divertir, un roman doit permettre d’aborder des questions d’actualité.

Ici, les personnages ont une singularité qui les rend intemporels. Ce sont seulement des archétypes de pouvoir, le pouvoir politique avec le maire, le pouvoir religieux ou de conscience avec le prêtre, le pouvoir de police avec le commissaire, le pouvoir social avec le médecin, et enfin le savoir avec l’instituteur. Chacun a un avis, et bizarrement, on peut aussi se dire que chacun a raison, si l’on prend en compte sa propre logique et son point de vue, au travers de ses propres objectifs.

Il me semble d’ailleurs que c’est aussi ce qui est fascinant dans ce livre, la raison, la logique, de chacun, parfois infaillible mais pourtant tellement contestable !

L’auteur est passionné depuis toujours par les mythes fondateurs, l’Iliade par exemple, mais aussi Hélène de Troie et tant d’autres, qui ont bercé ses lectures d’enfance et d’adolescence. Ici, le mythe du Chien prend toute son importance, via cet archipel que l’on peut comparer aux iles Canaries, mais aussi en rappel de l’annonce en latin, au seuil des villas romaines, et qui avertit le visiteur : attention au chien !

Ce roman est tragique par le sujet – les sujets je devrais dire – qu’il aborde, mais parfois aussi tellement drôle, on dirait que ses personnages sont sortis d’une comédie italienne. Comme le prêtre qui se désespère pour les abeilles qui l’accompagnent sans cesse et dont il sait que l’extermination annoncée précédera  la fin de l’humanité. Ensuite, les détails, la mise en scène, ne sont jamais anodins, ici par exemple, une ile, un volcan, car la géographie des lieux entraine parfois celle des hommes, leur comportement.

A la question, quand vous commencez à écrire, connaissez-vous déjà la fin ? La réponse est oui. Et non seulement la fin mais surtout et avant tout le titre. Car l’auteur écrit son histoire autour d’un titre qu’il a soigneusement choisi. Puis comme un noyau nucléaire qui explose, tout s’articule ensuite autour de ce titre, et tout conduit à la dernière phrase, celle dont on sait au moment où on l’écrit, qu’elle sera la dernière ! Comme une évidence absolue.

Cette rencontre était un vrai moment d’échange et de partage avec un auteur qui sait prendre le temps de répondre, d’échanger, qui donne de son temps, un grand bonheur ! Et un bel échange aussi  avec des lecteurs passionnés, c’était une belle rencontre dans un lieu au demeurant très agréable ! Merci aux éditions Stock.

 

 

Tout le pouvoir aux Soviets. Patrick Besson

De la grande époque du parti communiste à la Russie de Poutine, « Tout le pouvoir aux soviets » de Patrick Besson nous entraine dans les méandres de l’âme russe à travers trois générations.

Domi_C_Lire_patrick_besson_tout_le_pouvoir_aux_soviets.jpgMarc Martouret est un jeune banquier à qui tout sourit. Il possède à la fois le capital financier qui rend la vie si facile et le capital séduction qui fait tomber les femmes dans ses bras. En voyage en Russie,  il rencontre une jeune femme, prétexte à se poser des questions sur sa propre famille, lui qui est issu d’une mère arrivée tout droit d’URSS et d’un père qui est sans doute l’un des derniers communistes encore existants sur le sol français !

C’est donc à Moscou que Marc rencontre Tania, cette jeune femme qui porte le même prénom que sa mère. Il tombe immédiatement sous le charme et s’imagine déjà amoureux. Il comprend vite que Tania connait des amis de son propre père.

Car c’est à Moscou que René, le père de Marc rencontre Tania, traductrice et sans doute KaGébiste, lors de la visite de la délégation communiste française qui célèbre les 50 de la révolution d’Octobre. René épouse Tania, puis ils partent vivre à Paris, lui le communiste convaincu, elle l’anti communiste proclamée. C’est également à Moscou que René rencontre Dodikov, qui sera son guide et son facilitateur. Lors de sa visite à Peredelkino, René croise la route de la petite fille de Dodikov, Natalia.

Dans Tout le pouvoir aux soviets, on croise également Lénine en exil à Paris, puis Lénine à Moscou, en 1917, la révolution russe et les bolchéviques. Puis Poutine à Moscou, dans une Russie de 2015 où l’argent peut presque tout. Prétexte pour l’auteur à présenter la situation sur un plan plus historique et politique.

Quand le passé et le présent se rejoignent, quand malgré les années et les pays qui les séparent, les personnages se rencontrent pour une histoire commune à leurs familles et leurs pays.  Marc et Tania au présent, et Natalia, la mère de Tania sont comme un pont entre le présent et le passé.

Et le lecteur découvre une famille à travers le temps, mais aussi des manipulations et des trahisons, des amours et des convictions. Ce que j’ai aimé dans ce roman ? Une écriture incisive, une narration érudite et un contenu politique et historique particulièrement bien construit.

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Catalogue éditeur : Stock

Marc Martouret, jeune banquier né d’une mère russe antisoviétique et d’un père communiste français, porte en lui ces deux personnes énigmatiques dont on découvrira les secrets tout au long du roman qui nous emmène du Paris de Lénine en 1908 au Moscou de Poutine en 2015, ainsi que dans l’URSS de Brejnev pour le cinquantième anniversaire d’octobre 17. L’épopée révolutionnaire, ses héros et ses martyrs, ses exploits et ses crimes, ses nombreuses ambiguïtés, sont ressuscités au fil des pages. Trois histoires d’amour se croiseront et seule la plus improbable d’entre elles réussira. Tout le pouvoir aux soviets est aussi une réflexion, chère à l’auteur, sur les rapports entre le pouvoir politique quel qu’il soit et la littérature. Le titre est de Lénine et on doit la construction aux célèbres poupées russes.

Parution : 17/01/2018 / 256 pages / Format : 136 x 210 mm / EAN : 9782234084308 / Prix : 19.00 €

La désertion. Emmanuelle Lambert

« La désertion » d’Emmanuelle Lambert est un roman sur l’absence, sur la disparition inexpliquée d’un proche, et certainement sur la place que l’on accepte ou pas d’occuper dans la société.

Domi_C_Lire_la_disparition.jpgDisparue, volatilisée ! Du jour au lendemain, Eva Silber n’est plus revenue au bureau, ni sur le banc où elle avait l’habitude de se poser les mardis et jeudis, ni dans les bras de son amant, nulle part, comme ça ! Mais, est-ce possible de disparaître ainsi ?

Dans ce roman construit en quatre parties, qui portent chacune le prénom de celui qui évoque la disparue, tout à tour  Franck, Marie-Claude, Paul, puis Eva racontent, expliquent, tentent de comprendre.
Car avouons-le, cela nous parait carrément impossible de s’évanouir dans la nature du jour au lendemain. Et pourtant… Eva exerce un travail étonnant, chaque jour elle doit rentrer des statistiques dans des tableaux impersonnels. Des statistiques ? Oui, mais pas n’importe lesquelles, car ce sont des morts qu’elle inventorie jour après jour, croix après croix, cas après cas, des morts sans nom et sans famille. Jusqu’au jour où la mort d’un tout jeune enfant perturbe l’ordre établi. Car Eva décide de lui donner un prénom qui n’existera qu’entre elle et lui pour faire vivre à ses côtés la mémoire de l’enfant mort. Jusqu’au jour où Eva n’accepte plus…

Alors chacun raconte la disparue, du patron à l’attitude malsaine à la collègue faussement  compatissante, puis à l’inconnu futur amant transi, chacun tente de comprendre pourquoi et surtout comment ils auraient pu, ou dû, voir ? Que s’est-il passé ? Et surtout pourquoi le silence, car alors, que penser de la relation tissée avec celle qui a fait désertion.

Un roman surprenant, incisif et désespéré, où les personnages se dévoilent peu à peu dans ce qu’ils ont de plus intime, cette part d’humanité ou de violence, de silence et de secrets, de solitude et d’incompréhension.

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Dans le même esprit, la disparition d’un proche, lire  aussi le roman d’Emmanuelle Grangé Son absence (68 premiers romans).


Catalogue éditeur : Stock

« Le premier jour d’absence il était descendu à l’heure du déjeuner pour l’attendre dans le parc, caché derrière l’arbre d’où il observait la sortie de ses subordonnés. Il avait ensuite vérifié les registres de la badgeuse. Aucune trace d’elle. » Un jour, Eva Silber disparaît volontairement. Pourquoi a-telle abandonné son métier, ses amis, son compagnon, sans aucune explication ? Tandis que, tour à tour, ses proches se souviennent, le fait divers glisse vers un récit inquiétant, un roman-enquête imprévisible à la recherche de la disparue.

Parution : 17/01/2018 / 160 pages / Format : 136 x 215 mm / EAN : 9782234084957 / Prix : 15.00 €

 

Une jeunesse de Marcel Proust. Evelyne Bloch-Dano

Dans « Une jeunesse de Marcel Proust » Evelyne Bloch-Dano nous invite à revisiter la vie et l’entourage de Marcel Proust, pour comprendre ce qui a fait de cet auteur un écrivain aussi singulier.

Domi_C_Lire_une_jeunese_de_marcel_proust_blochdano.jpgTout un chacun, ou presque, connait ou a entendu parler du questionnaire de Proust, rendu célèbre dans les années 90 par Bernard Pivot qui terminait ses émissions Bouillon de culture en posant à ses invités quelques questions légèrement remaniées. C’est André Maurois qui évoque le premier ce document et qui suggère à l’éditeur Léonce Peillard de le soumettre à quelques auteurs. Fort de ce nouveau succès, l’éditeur publie « Cent écrivains répondent au questionnaire de Marcel Proust » à la fin des années 60.

Alors direz-vous, pourquoi Proust a-t-il inventé ce questionnaire et dans quel but ? Eh bien tout simplement il ne l’a jamais inventé ! Il est avant tout l’un des multiples répondants au questionnaire qui arrive de Grande Bretagne et qui sert à dévoiler sa personnalité et ses aspirations, questionnaire que posait Antoinette Faure, la dernière des filles du président Félix Faure à son entourage. Cette dernière compile dans son cahier les réponses de ses divers amis et relations.

La première fois qu’il y répond, le jeune Marcel est âgé de 16 ans environ, il se pliera à l’exercice une nouvelle fois quelques années plus tard, sans doute âgé alors de 23 ans. Point de départ pour Evelyne Bloch-Dano à l’écriture de ce livre – car il ne s’agit pas ici un roman, mais bien une étude – autour de la personnalité et étude sociologique de l’époque, de l’entourage, de l’auteur d’à la recherche du temps perdu.
A partir des réponses et des personnalités diverses des répondants, Évelyne Bloch-Dano va faire une étude sociologique de la société de l’époque. La famille Faure, ses relations avec les parents et le jeune Marcel. Partagée entre Paris et le Havre, ces jeunes gens vont connaitre les enfances heureuses de nantis, dans cette bourgeoisie élitiste de la société française de la fin des années 1880.

L’auteur analyse les différentes réponses, prétexte à mieux comprendre cette éducation, si différente selon qu’elle s’adresse aux filles ou aux garçons. L’éducation des filles n’a qu’un but, les préparer au mariage, celle des garçons d’en faire des hommes soutien de famille. Tout cela transparait dans les réponses. Mais émergent également les éléments de la mémoire d’un pays, car la guerre de 70 n’est pas loin. Image d’une société, d’habitudes, de culture entre autre, par les noms cités, artistes, écrivains, personnages mythiques ou réels auxquels on souhaite s’identifier, envie forte pour les filles de devenir des hommes, démontrent ces différences et ces attentes.
Mais également, et peut-être un peu tard, ou du moins par rapport au titre du livre qui m’a fait attendre plus d’informations de ce côté-là, l’auteur étudie la personnalité de Marcel Proust, sa relation à sa mère, à l’école, à l’écriture, aux jeunes garçons qui l’entourent et dont il se sent proche.

S’il est un peu trop long et parfois dense à mon goût, ce livre a cependant l’immense avantage de décortiquer la société française de la fin des années1880. Dense, documenté, éclectique l’auteur nous présente un instantané qui dépeint la société avec une vision large, enfants ou parents, bourgeois ou politiques, parisiens ou provinciaux, dans les écoles ou pendant les loisirs, tout est analysé et détaillé avec une érudition qui comblera les plus exigeants.

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Catalogue éditeur : Stock

Qui n’a jamais entendu parler du questionnaire de Proust ?
Les réponses de l’écrivain ont traversé le temps et fait le tour  du monde. On a oublié qu’elles provenaient d’un album  intitulé Confessions, appartenant à Antoinette Faure, la fille  du futur président de la République.
En participant à ce jeu de société à la mode, Marcel Proust  ne se doutait pas qu’il livrerait des indices sur l’adolescent  qu’il était. Ses réponses ont été commentées. Mais jamais  contextualisées ou comparées. Jamais datées avec exactitude.
De Gilberte aux Champs-Élysées à la petite bande d’Albertine  et des jeunes filles en fleurs, quelles traces ont-elles laissées  dans son œuvre ?
Évelyne Bloch-Dano a mené l’enquête. Elle est parvenue  à identifier les autres amis de l’album d’Antoinette. C’est  alors tout un monde qui a surgi, celui des jeunes filles de la  bourgeoisie de la Belle Époque. Quelques garçons aussi. À travers leurs goûts, leurs rêves, s’est dégagé le portrait d’une  génération. Celle de Marcel Proust.

Parution : 20/09/2017 / 304 pages / Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234075696 /  Prix : 19.50 €