Et si c’était lui ? Jean-Loup Felicioli

Pourquoi on aime ce conte de Noël tellement humain qui invite au partage.

Alors que toute la famille est en balade en direction du parc, sous la neige quel plaisir de pouvoir faire bonhomme de neige et bataille de boules, le chien de la famille trouve un homme allongé sur le sol, seulement protégé par une mine couverture bleue…

Vite, les secours, l’hôpital… et voilà une petite fille qui se pose des questions, pourquoi cet homme était-il là sous la neige, il n’a pas de maison ? Est-il est seul ? Abandonné ?

Après quelques négociations, la petite fille réussi à convaincre ses parents d’aller le voir à l’hôpital… Elle a très envie de l‘inviter pour Noël, car il ne saurait passer les fêtes seul n’est-ce pas ? Mais cet homme-là est bien mystérieux, et le soir de Noël il a tant de travail…

Voilà une jolie histoire, comme un conte magique où malgré le thème difficile des sans-abris abordé par l’auteur avec infiniment de finesse, l’humanité et la bonté dont savent faire preuve naturellement les enfants et la magie de Noël opèrent une fois de plus des miracles. Le décor et les couleurs un peu surannés sont assez jolis et de grandes illustrations pleine page en format paysages donnent toute sa splendeur au graphisme.

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Catalogue éditeur : Syros

Cette nuit, il a neigé. Tout est blanc et calme sur le chemin qui mène au parc. Chloé et son chien Zorro découvrent, derrière un banc,un vieux monsieur endormi sous une couverture bleue… Qui peut-il bien être ?

Après le succès des films d’animation Une vie de chat et Phantom Boy, le somptueux premier album de Jean-Loup Felicioli.

Éditions Syros Jeunesse / Octobre 2018 / 48 pages / 15,95euros / Album Jeunesse dès 4 ans

Le plus courageux des peureux. Guylaine Kasza

Lire « Le plus courageux des peureux » de Guylaine Kasza, mettre ses peurs dans un mouchoir au fond de sa poche et … rêver ! Pour les 8/10 ans.

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Inspirée d’un conte afghan que l’on raconte là-bas dans les maisons ou à l’ombre d’un grand arbre, l’histoire d’un homme qui a peur de tout a retenu l’attention de l’auteur. Elle a décidé de l’écrire à son tour, pour la faire lire au plus grand nombre.

A lire à partir de 8 ans, pour vaincre ses peurs… Ces peurs qui habitent chacun de nous ou de nos enfants, irraisonnées, incomprises parfois, moquées souvent, qui peuvent paralyser et handicaper aussi bien les enfants que les adultes.

Abdul est de ceux-là, car tout le terrorise, la nuit, les bruits, l’inconnu… Sa femme est lasse de ce mari qui lui fait parfois honte lorsqu’elle entend les ragots colportés par tout le village. Avec une ancienne du village, elle décide de lui jouer un tour, pour l’aider à vaincre ses peurs. Cela ne va pas se passer comme prévu, mais chut, je n’en dis pas plus…

L’histoire alterne avec quelques illustrations qui mettent en images les scènes du conte, c’est vivant, rythmé, agréable à lire, et interroge sur les peurs, leur réalité, et nos réactions dans certaines situations.

A votre tour, découvrez et faites découvrir à vos enfants cette série de contes parus dans la collection Kilim des éditions Syros.

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Catalogue éditeur : Syros

Une histoire pour prendre son courage à deux mains et dépasser ses peurs. 

Abdul est si peureux que le plus léger battement d’ailes d’un papillon le fait sursauter. Même les voyageurs qui viennent de loin ont entendu parler d’Abdul-le-peureux. Alors sa femme décide de tenter le tout pour le tout pour le guérir de sa frousse légendaire. Le pauvre Abdul est poussé hors de chez lui en pleine nuit… mais cette nuit-là, le redoutable géant Barzangui est de sortie !

Texte : Guylaine Kasza / Illustrations : Krzysztof Sukiennik.
8 ans – 10 ans / Date de publication : 05/09/2018 / ISBN : 9782748525809 / Prix : 6,40 €

Les poulets guerriers, Catherine Zarcate et Élodie Blandras

Quand une auteur et une illustratrice détournent un conte africain pour le plus grand bonheur des enfants, des parents et des grands-parents qui leur lisent l’histoire ou l’écoutent avec eux !

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Quand les adolescents poulets veulent être les plus forts, ils partent  sur le sentier de la guerre, décorés de peintures de guerre, en véritables conquérants Masaï. Et ils laissent au village le tout petit qui pourtant, comme tous les enfants, veut suivre les grands.

Alors bien sûr tout ne se passe pas comme prévu, et les grands devront bien se rendre à l’évidence, dans la vie, on a toujours besoin d’un plus petit que soi. Dédain des plus grands pour les plus jeunes, entraide, solidarité, respect, voilà des notions à faire comprendre aux plus petits, et voilà une façon originale et poétique de le faire.

Le graphisme est très coloré, rythmé de couleurs chatoyantes, de personnages aux dimensions intéressantes qui les placent bien dans le paysage du conte,  et ce texte est comme un chant guerrier, à scander, à entonner avec les petits ! Et le CD ou le MP3 à télécharger permettent d’écouter l’histoire avec les enfants.

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Nous sommes les poulets guerriers !
Yé, yé !!!
Nous chassons les chats !
Nous tuons les chats !
Nous mangeons les chats !
Yé !

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Catalogue éditeur : Syros

Un conte africain tendre et malicieux, raconté avec l’humour de Catherine Zarcate.
Pour les 5, 6 ans.
Il était une fois, dans un village, en Afrique, des poulets adolescents. Ils ont décidé de partir sur le sentier de la guerre ! Ils se sont fait des peintures de guerre, ont coiffé leur crête en crête avec du gel, ont bombé le torse et ont traversé le village en file indienne. Un petit poussin les voit et crie : « Je peux venir avec vous, s’il vous plaît ? Je peux venir avec vous ? »

Illustratrice : Élodie Balandras. Diplômée de l’école Émile Cohl en 2003, Élodie s’installe en free-lance en 2004, où elle oscille entre le graphisme et l’illustration, avec la même envie de mieux répondre à la demande et d’aller plus loin dans son dessin… La presse, l’édition jeunesse, et la publicité sont ses domaines de prédilection, essentiellement en région Rhône-Alpes où elle s’est installée, mais aussi Paris, Londres Genève et Lausanne… Chaque commande est une « excuse » de plus pour essayer un nouvel outil, papier, ou technique !

Auteur : Catherine Zarcate. Professionnelle dès 1979, Catherine ZARCATE fait partie des conteurs de la « première génération » qui ont initié le renouveau du conte en France. Improvisatrice infatigable, elle s’enrichit auprès de chanteurs et danseurs contemporains et conte des nuits entières, jamais avec les mêmes mots. Femme présente à son monde, elle crée une parole contemporaine. Sensible à la profondeur humaine, elle interroge notre relation à la nature et s’ouvre aux mythes.  Son choix essentiel : unir dans chaque récit profondeur et humour.

Date de publication : 10/08/2011 / ISBN : 9782748511093 /Prix : 9,49 €

Un royaume pour deux, Marin Ledun

Marin Ledun est un auteur largement reconnu par la critique et par ses lecteurs dans le domaine du roman noir. Ici, je le découvre avec « Un royaume pour deux » édité par Syros en littérature jeunesse.

Domi_C_Lire_un_royaume_pour_deux_marin_ledun.jpgAlors qu’elle est en vacances comme chaque été chez sa grand-mère, dans cette région qu’elle connait bien, la jeune Lola voit arriver sa mère, et celle-ci accompagne un jeune garçon qui va passer quelques jours avec Lola et sa grand-mère.
Jusque-là, rien d’exceptionnel, si ce n’est que Aymen est une jeune syrien, que ses parents sont des émigrés sans papiers qui ont fui la Syrie et qu’ils sont hébergés provisoirement par les parents de Lola à Paris. Un garçon de son âge qui arrive de si loin en ayant traversé des contrées hostiles et surtout fui la guerre, cela impressionne forcément Lola, qui, plus jeune d’un an, ne veut surtout pas perdre la face.

Elle tente alors de l’amadouer, et peut-être surtout de l’impressionner, en lui faisant découvrir cette grande bâtisse en ruine  qui est un peu son domaine mais qui, parce qu’elle tombe réellement en ruine, est dangereuse. Il ne faut pas s’en approcher. Cette découverte doit rester leur secret.

Les deux enfants visitent les salles du royaume, puis une dispute éclate… Aymen s’enfuit, laissant Lola à ses colères et ses problèmes d’amour propre. De retour chez la grand-mère de Lola, il découvre que celle-ci n’est pas rentrée, et que la famille est inquiète.

Mais que peut penser, et surtout comprendre des réactions de la famille un jeune garçon qui a connu le pire, qui veut faire bien, mais à peur de causer du mal à ses parents, en fuite, migrants illégitimes dans une ville qui ne veut peut-être pas d’eux…

Tout le charme de ce roman repose à la fois sur la personnalité de Lola et Aymen, leur passé si différent, leurs conditions de vie, leurs façon d’entrevoir leur avenir, et la confiance, difficile à instaurer, mais si forte et importante au final. De timide et craintif, à solidaires et fraternelle, leur relation va évoluer et nous montrer toute la complexité des sentiments, des façons de voir et de comprendre, largement conditionnées par nos expériences, notre passé, notre cadre de référence.

Ce que j’aime dans ce roman ? La façon dont l’auteur, fidèle à ses habitudes, aborde des sujets de société actuels, tout en sachant les adapter au public de son livre. Chaque lecteur peut s’interroger sur le monde qui l’entoure, car les migrants sont un des éléments récurrents de nos journaux télévisés, et les informations transportées par nos médias touchent chacun d’entre nous chaque jour, enfants et ados compris.

Si vous aussi vous avez envie de découvrir les romans jeunesse de cet auteur qui nous a convaincu depuis longtemps de son talent, allez-y ! J’avoue, je suis séduite par l’écriture et par le fonds de cette intrigue. L’amitié, la découverte, la fidélité, la timidité de ces enfants, la relation qui se tisse entre eux, et finalement ce qui va en ressortir, tout cela est un vrai régal de lecture. Je ne peux que vous conseiller de le faire découvrir à vos ados !

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Catalogue éditeur : Syros

Le nouveau roman de Marin Ledun dans la collection Souris noire ! Un hymne à la nature et à l’enfance, qui met en scène un duo bien ancré dans notre époque.

En vacances chez sa grand-mère, Lola est la reine d’un royaume qu’elle réinvente chaque été. Cette nature sauvage écrasée de soleil, dont elle connaît le moindre bloc de pierre ou buisson d’aubépine, elle va devoir la partager cette année avec Aymen, un jeune garçon syrien dont la famille est réfugiée en France. Par amitié, mais aussi par bravade, Lola conduit Aymen jusqu’à la ruine maudite, une vieille bâtisse à propos de laquelle se raconte une histoire terrifiante…

Auteur(s)  :  Marin Ledun / Illustrateur(s)  :  Anne-Lise Nalin / Date de parution  :  09/03/2017 / ISBN : 9782748523379  / 63 pages / 5,99 euros

 

Une maison dans les buissons de Akiko Miyakoshi

« Une maison dans les buissons » de Akiko Miyakoshi un album pour les plus de 4 ans aux éditions Syros

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On est séduit par le charme du graphisme de Akiko Miyakoshi dans ce joli livre pour enfants à partir de 4 ans, « Une maison dans les buissons » publié chez Syros. Elle y décrit en quelques pages l’enfance, l’amitié, un déménagement et les craintes ou les surprises que cela entraine, mais aussi le plaisir de la nouveauté, la découverte. Autant de sentiments, impressions,  craintes qui sont soulignés en peu de mots par un joli graphisme tout en émotions.
Un album à conseiller ou à lire à tous les enfants, et qui va plaire à tous ceux qui sont friands des beaux dessins originaux.

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De cette auteure lire également l’album publié chez Syros : Quand il fait nuit.

Catalogue éditeur : Syros

Après le succès de « Un goûter en forêt » et de « Quand il fait nuit » (Bologna Ragazzi Award), un magnifique nouvel album d’Akiko Miyakoshi.

Aujourd’hui, Sakko-Chan emménage dans sa nouvelle maison. Elle sait que dans la maison voisine vit une fille de son âge. Mais ses parents reportent à plus tard la visite de courtoisie. Pendant qu’ils déballent les cartons, Sakko-Chan tente une première approche. Personne… Pour patienter, elle explore le champ qui sépare les deux maisons et tombe bientôt sur des buissons dont les feuilles forment une sorte de toit. A l’intérieur, elle trouve un petit panier et avec un set de mouchoirs fleuris…

Date de parution  :  12/10/2017 / Dès 4 ans / ISBN : 9782748524680 / 180 x 257 cm / 40 pages

Quand il fait nuit. Akiko Miyakoshi

Quand les livres pour enfants aident les petits à ne pas avoir peur de la nuit, « Quand il fait nuit » de Akiko Miyakoshi est édité chez Syros.

domi_c_lire_quand_il_fait_nuitUn petit lapin dans les bras de sa maman. C’est la fin de la journée, la tombée de la nuit. Il traverse la ville qui prend des teintes gris et noir, à peine trouées par les lumières des réverbères ou des fenêtres. Tout s’endort, petit lapin rentre sain et sauf chez lui, dans les bras de ses parents. Il comprend que, qu’elle qu’ait été la journée de chacun, la nuit sera sereine, calme et douce entouré des siens et bien au chaud dans son lit.

Voilà un livre pour enfants à partir de 4 ans, qui devrait les tranquilliser et les apaiser sur la nuit qui vient. Un très joli graphisme, les seules notes de couleur étant celles de petit lapin, le seul à être entouré d’un halo de lumière, le reste de l’album est tout en teintes sombres, comme brouillées par la nuit, mais il reste cependant rassurant et jamais triste. A lire aux enfants le soir avant de dormir, quand les petits lapins s’interrogent et ont besoin d’être réconfortés sur tous ceux qui les entourent et sur la nuit qui vient.


Catalogue éditeur : Syros

Après le succès de « Un goûter en forêt », le nouvel album d’Akiko Miyakoshi qui a reçu une mention spéciale pour le meilleur album à la foire internationale de Bologne 2016.10

« Je n’ai pas encore sommeil. Je me suis bien amusé aujourd’hui. Le restaurant ferme, la librairie aussi. La nuit tombe, tout est tranquille. Il n’y a plus personne dans les rues…» Sur le chemin du retour à la maison, un petit lapin, dans les bras de sa maman, observe sa ville. Il voit à travers les fenêtres des maisons que chacun s’affaire différemment. Et ensuite, quand il est couché, il s’interroge : Est-ce que tout le monde est maintenant dans sa maison et dans son lit ? Mais surtout, il imagine…
Auteur(s)  :  Akiko Miyakoshi / Date de parution  :  13/10/2016 / Dès 4 ans / ISBN : 9782748523201 / 165 x 210 cm / 32 pages / 14,50 euros

Nocturno, Petite fabrique de rêves. Isol

Un livre pour faire des rêves, magique et poétique, pour le plus grand bonheur des petits qui vont peut-être enfin aimer aller au lit !

domi_c_lire_noctruno_syrosMais que ce livre est une jolie idée, et en plus il a tellement de charme. Déjà la couverture vous emporte au pays des rêves… un phare éclaire la nuit, comme une promesse rassurante de sommeil tranquille.

Un joli graphisme, des pages dessinées sur un fond noir comme la nuit et constellées d’étoiles, une couverture rigide pour le faire tenir debout, voilà le livre qui brille dans le noir pour faire de beaux rêves. Ensuite, il faut tourner les pages pour comprendre. Mais surtout, il faut laisser la page quelques minutes sous une lampe avant d’éteindre la lumière, et bien sûr les images secrètes apparaitront lorsque toutes les lumières seront éteintes. Des dessins fluorescents vont s’éclairer pendant la nuit, pour emporter l’imagination des plus petits au pays des baleines avec le rêve du pécheur distrait, ou dans le rêve du livre sur lequel on s’est endormi, dans le rêve d’un autre, et dans bien d’autres, puisqu’il y en a dix en tout. Et idée lumineuse s’il en est, le tout dernier est celui qui sera dessiné par l’enfant qui recevra ce livre en cadeau !


Catalogue éditeur : Syros

L’auteure : Isol est un illustrateur, dessinateur, graphiste, écrivain, chanteur et compositeur. Elle est née en 1972, vit et travaille en Argentine. Elle a commencé sa formation artistique à l’Escuela Nacional de Bellas Artes, «Rogelio Yrurtia», des études pour devenir professeur d’art, suivie par quelques années à l’Académie des Beaux-Arts de Buenos Aires.
Dès 3 ans / 15 × 24 cm 32 p. / 15,90 € / ISBN : 978-2-74-851739-2

Ingrid Astier aime « les armes à feu et les ponts de la Seine, Cioran et le chocolat »

Qui est Ingrid Astier ?  Je ne peux pas vous le dire, je sais simplement qu’Ingrid est un authentique écrivain qui vous plonge dans un univers bien à elle. Normalienne, originaire de Bourgogne, Ingrid aime « les armes à feu et les ponts de la Seine, Cioran et le chocolat ».

Ses romans n’ont rien du polar traditionnel, ils vous emportent et ont l’écriture et la puissance d’un grand roman. Il y a des gentils et des méchants, des policiers et des bandits, mais il y a bien plus que ça. Les policiers et les bandits, Ingrid les connaît, elle a navigué avec la brigade fluviale et fréquenté les bandes d’Aubervilliers, a plongé dans la Seine comme elle plonge ses écrits dans la réalité, pour mieux les vivre et nous les faire vivre à notre tour. Son écriture a une telle véracité, une telle crédibilité qu’on vibre avec ses personnages, au rythme de leurs aventures, frissonnant du danger, humant l’air et les parfums avec eux.

Ingrid est une femme lumineuse et tellement attachante qu’on se demande d’où viennent les noirceurs de ses intrigues, de la vie sans doute, de la nuit, de sa connaissance parfaite des milieux, ceux des policiers ou des marginaux qu’elle a côtoyés sans peur pour peaufiner le moindre détail de ses romans.

Alors que paraît son dernier roman, Même pas peur, aux éditions Syros, rencontre avec Ingrid Astier le 14 avril Au café littéraire avec lecteurs.com

INGRID4Les questions sont posées par Karine Papillaud

Trois ans pour écrire un roman, c’est un peu long pour les lecteurs qui ont hâte de vous lire ?

Au xive siècle, il fallut sept ans pour livrer La Tenture de l’Apocalypse — une tapisserie. Alors je me dis que, finalement trois ou quatre ans, c’est raisonnable pour écrire un roman (rires). J’ai besoin de temps pour définir mon terrain et m’immerger dans les univers liés à mon histoire. Deux années au moins, à travers les différents services de police, avec un parfumeur, un pêcheur, un SDF, un balisticien, une trapéziste… car il faut beaucoup de temps pour appréhender chaque univers.  Mon travail est tout sauf une recherche documentaire. Pour écrire, je vais quitter le quotidien et m’embarquer dans l’imaginaire. Écrire repose profondément, pour moi, sur la rencontre humaine. Je pars de cette intensité comme de cette émotion : la rencontre.

Au départ d’un nouveau roman, la question que je me pose est : avec qui ai-je envie de vivre ? Avec un flic, un voyou, une trapéziste, un pêcheur d’anguilles ? Car il faudra passer trois ans dans cet univers… Écrire donne cette possibilité de vivre dans un monde qui distend les frontières. C’est une chance de s’assouplir, de briser le cercle dans lequel nous grandissons puis évoluons.  Ce ne sont pas mes propres valeurs que je vais observer, mais le monde où mon roman va me mener. Car il me mène par le bout du nez. C’est lui qui décide. Je compare alors l’écriture aux traversées des grands explorateurs : chaque roman est l’occasion d’un départ, au sens fort, et la découverte d’un nouveau monde. Par nouveau, il ne s’agit pas d’un monde original, mais singulier.

INGRID 6Dans vos romans, les notions de réel et d’imaginaire sont importantes.

On vit chaque jour dans un monde romanesque et c’est aussi ce qui fait son charme. Mais il faut savoir le concentrer. L’écrivain n’est pas loin du travesti. Quand je commence un livre, quand j’écris la première ligne, d’une certaine façon, c’est comme si je déchirais ma carte d’identité : je deviens autre, j’habite cette conscience autre. Une passation d’imaginaire est à l’œuvre. Cette passation permet de vivre intensément, de sortir de sa vie, de ne pas être borné à soi. C’est confortable mais risqué, aussi : quelle personnalité vais-je habiter ?

En quoi le réalisme va-t-il nourrir l’imaginaire ?

Le roman et une chance de pouvoir pousser des portes et de pénétrer des mondes qui ne sont pas les vôtres. Jouissance de l’évasion. Dans Angle mort, je me suis demandée, par exemple, où Diego, mon braqueur, allait habiter. J’ai beaucoup sillonné la banlieue, de nuit, avec mon vélo. Jusqu’à Aubervilliers, le royaume des garages et des bars, pour comprendre, apprendre, savoir. Je n’ai pas envie plaquer des éléments dans un livre. Tout milieu se respecte. L’imaginaire, c’est du sérieux. De loin, être à vélo, de nuit, à Aubervilliers dans certains quartiers, peut paraître insensé. Et sans l’aimantation du roman et sa quête précise, ce le serait.

Pour en revenir aux explorateurs, c’est alors le modèle de l’alpiniste qui me porte. Toute petite, avec mon frère, la montagne nous fascinait, même si elle est loin de la Bourgogne où j’ai grandi. Nous passions des jours entiers à lire des livres d’alpinistes comme Glace, neige et roc de Gaston Rébuffat. Le Guide Michelin… et les livres d’alpinistes ! Nous rêvions sur ces zones qui aimantent l’imaginaire. Grimper et avoir les orteils gelés, tout cela pour redescendre, n’est-ce pas également fou, un supplice en soi, si l’on ne considère que les faits bruts ? On ne peut donc envisager ces élans qu’en termes de quête et de dépassement.

INGRID 5Durant les trois années de terrain, que vais-je chercher ? Cette vectorisation du roman est essentielle. Je pars pour m’imprégner de l’altérité : une façon différente de se vêtir, de parler, d’agir, de ressentir. Écrire est un métier d’écoute, il faut basculer dans d’autres mondes, pour viser le naturel. La fiction est à ce prix.

Dans Quai des enfers, tout comme dans Angle mort, c’est tant l’esprit d’une époque que le Paris des anecdotes que je vais chercher, non le Paris touristique. Par exemple, pour le Petit éloge de la nuit (Folio Gallimard) j’ai observé, une nuit, l’État-major du 36 quai des Orfèvres pour voir si minuit était réellement l’heure du crime. J’aime tester une expression, la mettre à l’épreuve du réel. Mais je suis aussi allée discuter avec les SDF du Pont-Louis-Philippe, à Paris. Aujourd’hui, leur squat a été muré, ce qui donne encore plus d’importance à la littérature. Car le roman, en définitive, est terre de mémoire. Une stèle comme un sanctuaire, un écho qui prête sa voix à ceux qui murmurent, tout bas. J’apprécie aussi beaucoup les pêcheurs, ce sont de vrais viviers, comme le garde-pêche de Paris, qui m’a inspirée pour Quai des enfers. J’adore l’anecdote, que je reprends dans ce roman, où il m’explique comment trouver des alliances dans la Seine, ou comment il signe les anguilles…

INGRID3BDans « Même pas peur », vous abordez tous les thèmes, l’amour, les jeunes, leurs codes… Quel rapport avez-vous à la littérature, car vous écrivez de tous les genres, polar, cuisine, saveurs, roman, jeunesse ? En fait, vous paraissez totalement libre, les codes, vous les prenez tous, ou pas ?

Au départ, pour Même pas peur, Natalie Beunat, la Directrice de collection de Syros, m’a proposé un roman policier pour ou enfants ou adolescents. Au final, j’ai écrit un roman noir, à ma façon, et qui peut toucher un adolescent comme un adulte qui rêve de retrouver ses seize ans. Un roman noir mais aussi un roman d’aventures et d’amour, un roman d’éducation sentimentale. C’est noir, car à l’adolescence, l’amour peut pousser à tout, y compris à l’extrême — folie, suicide, fugues, émiettement de l’identité… Même pas peur n’est pas un roman policier au sens strict de l’enquête procédurale, mais il est noir car le sentiment amoureux est certainement celui qui nous met le plus en péril. Et c’est une enquête sur soi-même.

À l’île d’Yeu, les adolescents sautent dans l’eau depuis les rochers. De trois mètres, six mètres, douze mètres… Toujours plus haut, pour épater, se dépasser, séduire l’autre. Mais paradoxalement, au moment d’exprimer leurs sentiments, il n’y a plus personne. Même pas peur part de ce grand écart. Et si l’on mettait la même audace dans la découverte de soi et de sa sensibilité ? Si l’on se lançait vers l’autre comme l’on plonge, parfois même à corps perdu ?

Quand j’ai débuté Même pas peur, j’avais un modèle en tête, Le Blé en herbe de Colette. C’est un livre que j’ai lu grâce à ma mère, quand j’étais adolescente. Ma mère laissait toujours traîner des livres pour que j’aie l’impression de les croiser par hasard. Elle savait que c’était plus efficace que de me dire de les lire, et j’admire aujourd’hui sa finesse. Dans Le blé en herbe,  il y avait un rapport abyssal aux sentiments. Je m’étais toujours dit que j’aimerais écrire une histoire simple autour de l’océan, d’adolescents, et des sentiments. Une sorte de Blé en herbe contemporain.

Pour écrire une nouvelle, , j’avais eu besoin de nourrir un personnage de plongeur. Un jour, sur une avancée rocheuse de l’île d’Yeu, arrive un jeune plongeur. Avec sa monopalme et ses cheveux blonds bouclés, c’était le premier homme-sirène que je croisais… J’ai mené mon enquête pour remonter à lui et sa famille. Sa mère était ramendeuse — son métier me faisait penser au travail de l’écrivain, réparer, reprendre les mailles d’un grand filet (le réel et ses béances chez le romancier)… Le plongeur, lui, m’a décrit les plongées océaniques. C’est lui qui, des années plus tard, a inspiré le personnage de Raphi dans Même pas peur. Il incarne la transition réussie entre le monde des adolescents et celui des adultes.

Ingrid, vous avez donc les pieds sur terre et le nez dans le vent ?

Oui, c’est exactement cela. Rêver avec les pieds sur terre. Je tiens aux nuages comme aux racines.

Dans vos romans, la musique est omniprésente, il y a même des listes de titres à la fin.

Quand j’écris, il me faut un climat musical. Comme au cinéma, par le thème musical, on sait d’emblée quel personnage va arriver. Dans Angle mort, je voulais situer une scène d’amour dans la salle des machines du remorqueur-pousseur de la Fluviale, dans le ventre de la baleine en quelque sorte. Pour nourrir cette scène, j’ai demandé à passer une nuit, seule, dans la salle des machines. Pour enregistrer les sons du remorqueur, mais pas seulement, également l’eau qui claque contre les ducs d’Albe, et m’imprégner du lieu comme des odeurs d’huile. Au moment d’écrire la scène, je me suis repassée les enregistrements, pour basculer immédiatement dans cet univers. Ainsi, je pouvais être dans la tête des personnages, sans médiation.

Vous semblez avoir un tel attachement à vos personnages, que ressentez-vous à la fin d’un livre ?

La fin du livre, c’est un deuil atroce ! Pour Angle mort, en tout cas. Il fallut quitter un monde, une tension, une concentration de plusieurs années. Quand j’écris, je dis toujours que je pars en imaginaire : je quitte le monde, le  quotidien, je me coupe d’un pan familier. Mes amis sont habitués… Les personnages sont une famille, ce ne sont pas des êtres de papier. Pour rester dans leur logique, je ne puis me permettre de les quitter. J’ai fini Angle mort à bout de nerfs, à passer les dernières nuits sans dormir, pour coller à Diego, mon personnage, et épouser son rythme à lui…

Un livre, c’est aussi un tombeau. De lieux, de gens, disparus à jamais. Comme les cimenteries près du Pont-National, à Paris, dans Quai des enfers. Elles perdent du terrain. Le paysage urbain quitte cette mixité industrielle que j’appréciais. Il se normalise. Dans Quai des enfers, encore, j’évoque ce SDF qui habitait sous le Pont-Louis-Philippe, dans un royaume souterrain à la débrouille. James, celui qui m’a inspirée, n’est plus. J’ai assisté à son enterrement, et son royaume a été muré. Avec le roman, cet homme garde une voix, une trace, une histoire. Je pense aussi à un cordage de la Brigade fluviale, passé au goudron de Norvège. Il n’en existe plus à la Fluviale, la corderie a également disparu, comme la menuiserie. Mais l’odeur, à travers Angle mort, reste.

Quelle est la place du lecteur dans votre univers ?

J’aime la nature, profondément, mais la contempler est solitaire. Avec le lecteur, règne le partage. Le roman casse, magiquement, le cercle de la solitude. Cette ouverture est sacrée. Et pourtant, l’écriture, c’est terriblement personnel, bien plus qu’une mise à nu. À travers ses romans, un écrivain dévoile tout un univers intérieur. Je comprends très bien qu’un lecteur ne rencontre pas toujours un livre. Cette rencontre tient du hasard, de l’intime. Relire, des années après, un livre, c’est pourtant lui rendre justice. Par exemple, je me demande ce que des adolescents peuvent bien percevoir du Misanthrope de Molière. Pourtant, le Misanthrope, c’est gigantesque ! C’est tout de même une question fondamentale, aujourd’hui, de savoir si l’on peut et doit tout dire, non ? Le naturel ou l’artifice ? La spontanéité ou la sociabilité ? Laissons le temps aux livres…

Vous avez écrit le Petit éloge de la nuit : j’ai l’impression que vous avez une fascination pour la nuit.

INGRID6Quand nous étions jeunes, en Bourgogne, je me souviens de mon frère qui fabriquait un télescope dans la cave. Il avait même élaboré un appareil de Foucault. Pour moi, c’était comme un rêve. Au fond de la cave, mon frère fabriquait du rêve ! Il s’isolait comme un animal en hibernation pour dialoguer, ensuite, avec les étoiles. Ce souvenir m’a profondément marquée. Il allait du noir au scintillement stellaire. Mon frère avait passé un temps infini à polariser le verre de son miroir dans la nuit de la cave, pour faire parler une autre nuit. Celle de l’infini. La nuit, c’est la clef de mon univers. Tout y est.

Vous avez dit que vous mettiez trois ou quatre ans pour écrire un roman, mais alors, à quand le prochain ?

Le prochain roman sortira en janvier 2016, dans la Série Noire. Mais après, vous savez ce que Pierre Michon dit de l’inspiration : « Le roi vient quand il veut ».

Souvenirs de la sortie d’Angle Mort, janvier 2013, une belle soirée avec Ingrid Astier 

Lancement Angle mort 10 janvier 2013 186Lancement Angle mort 10 janvier 2013 185

Même pas peur, Ingrid Astier

Même pas peur d’Ingrid Astier, un roman d’adolescence et d’initiation

C’est aussi un roman de sentiments, de chasse au trésor, de bande de copains dans lesquelles il faut toujours faire mieux que les autres et se moquer gentiment de ceux qui trainent. C’est aussi le roman des premiers regards furtifs vers celui ou celle que l’on aime sans trop savoir ce qu’est l’amour. Plutôt destiné à un lectorat adolescent, j’ai passé un excellent moment à le lire.

Tout d’abord, Ingrid Astier nous entraine vers l’ile d’Yeu, ses pêcheurs de homards ou de pousse-pied, ses sportifs accomplis. Elle nous entraine surtout vers ses jeunes vacanciers bien dans leur peau, sportifs, sympathiques, des jeunes épris de soleil et de mer, amoureux comme on commence à l’être à 16 ans, quand tout semble tellement important que l’on sait déjà que l’on peut mourir d’un chagrin d’amour.

Le narrateur, Stephan, est amoureux de la belle Mica, la seule fille de la bande. En admiration, muet d’amour, lui qui sait pourtant se montrer intrépide n’ose rien lui avouer de ses élans du cœur. Oui mais voilà, Mica regarde aussi Phil, l’autre sportif accompli de la bande. Vont s’ensuivre quelques péripéties, les adolescents sans complexes apparents vont entrer en conflits, puis se retrouver, portés par le souffle de leur jeunesse, de leur spontanéité, de leur fougue aussi, et finalement par leur appétence au bonheur. le sentiment amoureux comme fil conducteur, les atermoiements de l’adolescence et les conflits avec les parents en filigrane, c’est une agréable parenthèse de vie qui nous est contée là.

Catalogue éditeur : Syros

Un roman du dépassement. Un roman de l’audace. Un roman pour ne jamais dire : «Trop tard».

Ils sont trois : deux garçons et une fille, la séduisante et intrépide Mica, qui semble si inaccessible à Stephan, mais si proche des bras de Phil, son meilleur ami. La jalousie de Stephan s’insinue en lui comme un poison qui vient teinter de noir les lumineux jours d’été. Alors que le trio se lance dans la traditionnelle chasse au trésor qui les rassemble chaque année sur l’île d’Yeu, s’accrochant une dernière fois à l’enfance, Stephan se sent prêt à tout pour exister aux yeux de Mica.

Date de parution : 02/04/2015 /  ISBN : 9782748516654  / Dès 13 ans