Je mange de tout !, G. Bouttier Guérive, B. Bécue

Un recueil à lire aux petits dès 3 ans, pour apprendre à manger de façon claire et ludique

C’est sûr, dans la vie, c’est quand même drôlement mieux de manger varié, sain, des aliments qui ont du goût, parfois trop, parfois trop bizarre, mais des aliments qui font du bien.

Je mange de tout, le recueil de textes de Gaëlle Bouttier Guérive, illustré de couleurs vives et savoureuses par Benjamin Bécue, dans la collection Mes premières questions réponses, répond à vos questions, et à celles de vos petits :

  • A quoi ça sert de manger ?
  • D’où vient la nourriture ?
  • Pourquoi il faut manger des légumes ?
  • A quoi ça sert de bien se tenir à table ?
  • Pourquoi on ne mange pas toujours la même chose ?

Etc… vous l’aurez compris, en 21 questions, on fait le tour de la problématique, par des réponses adaptées à l’âge des petits lecteurs et un jeu à chaque page pour qu’il apprenne en s’amusant. Car à chaque double page, il y a des objets à trouver parmi ceux que l’on vient d’évoquer.

Ce recueil est fait avec de jolies pages plastifiées, on peut presque manger en le lisant, ce n’est pas grave, ça ne va pas tacher les pages.

Catalogue éditeur : Nathan

Auteur : G. Bouttier Guérive
Illustrateur : B. Bécue

La collection qui répond aux questions des tout-petits : 21 questions pour découvrir le plaisir de manger de tout : pourquoi on ne mange pas que des gâteaux ? Pourquoi c’est bien de goûter un peu de tout ? à quoi ça sert de prendre son temps pour manger? Est-ce que la soupe ça fait vraiment grandir ?
Et un grand jeu de cherche et trouve pour s’amuser à tous les aliments préférés.

6,95 € / 24 Pages / Parution : mai 2019 / ISBN : 978-2-09-258748-5

Plus jamais peur de la cantine, Catherine Aliotta, Ewen Blain

Un livre jeunesse pour apprendre à dédramatiser la cantine, et rendre la vie plus facile aux petits

couv du livre plus jamais peur de la cantine, photo Domi C Lire

J’ai aimé la lecture de ce livre à destination des petits « Plus jamais peur à la cantine » dans la collection Souris à la vie, sophrologie, éditions Langue au Chat, écrit par Catherine Aliotta et illustré par Ewen Blain.

Comment minimiser le fait de ne pas rentrer à la maison le midi, de manger des plats qui ne ressemblent ni par l’odeur, ni par leur couleurs, à ceux dont on a l’habitude, ceux qui sont préparés par les parents, à ne pas manger au calme, contrairement à ce qu’il se passe dans l’abri douillet de son chez-soi.
Car c’est effectivement souvent une question de goût, de couleur, d’odeur, de bruit, et le fait d’être entouré de gamins distraits ou rêveurs, ce n’est pas toujours évident ni agréable. Du coup, le blocage arrive, et plus moyen de manger.

Alors l’auteur dédramatise, ici, une petite souris vient aider l’enfant et lui explique les situations, lui propose des petits exercices de sophrologie, tous simples à faire, comme un jeu pour lui rendre la vie plus facile chaque jour. Lui montrant l’intérêt de bien manger pour grandir. Et le plaçant à nouveau dans un cercle familial où il n’est pas forcément le seul à être malheureux de ne pas retrouver la famille le midi, j’ai trouvé cela aussi particulièrement intelligent.
Et maintenant j’ai hâte de le faire découvrir à mes petits enfants ! je suis ravie de découvrir cette collection à destination des petits.

Catalogue éditeur : Langue au chat

Emma doit déjeuner à la cantine. 
C’est horrible ! La nourriture n’a pas du tout le même goût, ni la même couleur qu’à la maison. En plus, il y a du bruit, des petits qui pleurent, les dames du service qui crient pour demander le silence, les grands qui jettent des choses collantes dans les cheveux… Rien ne va ici !
Catherine Aliotta, la référence française en sophrologie, explique des exercices pas à pas pour chasser les mauvais souvenirs vécus à la cantine, pour se sentir en sécurité dans un environnement qui n’est pas encore familier ou encore pour apprendre à goûter les aliments inconnus…

Catherine ALIOTTA est une auteure et pédagogue française spécialisée dans le domaine de la sophrologie. Fondatrice et directrice de l’Institut de formation à la sophrologie. Elle a à son actif de nombreux manuels pratiques en sophrologie destinés au grand public et aux professionnels. Elle donne de nombreuses conférences et apparait régulièrement en tant qu’experte dans les plus grands médias français.
Ewen BLAIN est né en 1981. Nourri aux bandes dessinées dès son plus jeune âge par son père, il se dit qu’être dessinateur plus tard, ce serait vachement bien. Du coup, il se met à dessiner, encore et encore, et ça lui plaît ! Depuis, il a illustré des jeux, des bandes dessinées, des manuels scolaires, des romans, des contes, des livres scientifiques… et il ne s’en lasse pas !

EAN : 9782806310071 / Nombre de pages : 40 / Format : 200 x 292 mm / Prix : 12,50€

Taxi Curaçao, Stefan Brijs

Lire Taxi Curaçao, de Stefan Brijs, c’est entrevoir l’histoire des Caraïbes à travers trois générations d’hommes qui rêvent chacun à sa façon d’une vie meilleure, entre hier et aujourd’hui.

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Juillet 2001, pendant que Max s’envole à bord d’un avion vers les Pays-Bas, frère Daniel raconte la vie d’une famille sur trois générations, les vies de Max, de son père et de son fils Sonny.

Frère Daniel se souvient de ce premier jour d’école…Max Tromp, qui se voudrait discret, débarque à bord de la Dodge Matador flamboyante de son père. En ces années 60 sur l’ile de Curaçao, c’est la misère et la belle américaine impressionne même frère Daniel, le seul prêtre noir de l’île. Max s’avère être un bon élève, il souhaite étudier pour devenir instituteur. Il vit avec sa mère dans la bicoque misérable dénichée par son père pour les mettre à l’abri. Mais si son père l’a reconnu, il continue malgré tout à courir les femmes comme beaucoup d’hommes dans ces iles Caraïbes, il faut bien maintenir sa réputation.

Aidé par frère Daniel, Max poursuit des études jusqu’au jour où son père tombe malade. Là il doit se résoudre à prendre sa place à bord de la vielle Dodge Matador, les courses de nuits, les touristes à l’arrivée des bateaux, les travailleurs des chantiers, mais aussi la crise passent par-là, et les espoirs de vie meilleure fondent comme neige au soleil… Max épouse la jeune Lucia, après quelques difficultés, un garçon va naitre.

Adulé par sa mère, Sonny  n’en fait qu’à sa tête sur cette ile déjà pourrie par les trafics en tout genre. Cocaïne, mule transport de drogue entre les Pays-Bas et Curaçao, tout est bon pour sortir du cercle de la pauvreté, se faire quelques dollars et arborer les signes extérieurs de richesse de ces jeunes désespérés, Nike, chaine en or, vêtements de sport de luxe, portable collé à l’oreille, scooters… Car sur l’ile, la colonisation a laissé des traces et l’émancipation ne se fera pas dans la sérénité mais bien dans la violence, la corruption, l’illégalité.

A travers l’histoire de trois générations d’hommes et de femmes d’une même famille, l’auteur dépeint la tragédie de la colonisation, montre aussi le côté pervers de cette dernière, quand loin d’accepter les habitants natifs, ou immigrés, les colons ont tenté pendant de longues années de les soumettre à leur image.

Stefan Brijs  présente une vision intéressante de la situation de cette ile, car elle n’a rien d’angélique et semble tout à fait réaliste. Porté par une écriture sensible, le récit de frère Jean est juste et sans concession, son analyse semble objective et fidèle. Avec toujours cette question sous-jacente,  le destin est-il quelque chose d’inéluctable ou peut-on y échapper ? Que peut-on bâtir et de quoi est-on réellement maitre dans son existence, ici tout autant à l’échelle d’une vie qu’à celle d’un pays ? Voilà donc un excellent roman qui borde ces questions en montrant la difficulté, la violence parfois, mais toujours avec une lueur d’espoir et de foi en l’homme.

💙💙💙💙

A savoir : Curaçao, qui forme avec Aruba et Bonaire les iles ABC, groupe d’îles des Petites Antilles appelé « îles Sous-le-Vent », est un État autonome au sein du royaume des Pays-Bas depuis la dissolution de la fédération des Antilles néerlandaises en 2010. La majorité de la population est d’origine africaine, descendante des esclaves noirs affranchis.

Photos de la rencontre organisée par Nathalie Iris, de la librairie Mots en marge, avec Stefan Brijs et Alain Jaspard Pleurer des rivières

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Curaçao, Caraïbes, 1961. Max Tromp débarque un matin dans la classe du frère Daniel à bord du taxi rutilant de son père. Du haut de ses 12 ans, c’est un gamin futé qui rêve de devenir instituteur. Mais dans cette île étranglée, il est vite rattrapé par son destin et n’a bientôt d’autre choix que de reprendre le volant de la Dodge Matador paternelle. Tandis que les années s’égrènent, Max, père à son tour, croit déjouer le sort quand son fils prend le chemin de l’école. Les Tromp parviendront-ils enfin à échapper à leur condition ?
À travers cette chronique sur trois générations, Taxi Curaçao dresse un portrait coup de poing d’un pays qui porte les stigmates de la colonisation et semble condamné à la corruption et à la pauvreté. Brijs, l’un des plus grands conteurs belges, livre un texte puissant, à la fois tendre et violent, qui ne cesse d’osciller entre amour et haine, culpabilité et rédemption.

Né en 1969 dans la province de Limbourg, Stefan Brijs s’est imposé comme l’un des géants de la scène littéraire flamande avec son premier roman, Le Faiseur d’anges, qui a été couronné par le Prix des lecteurs des Littératures européennes de Cognac en 2010 et le Prix littéraire des lycéens de l’Euregio en 2011.

Traduit du néerlandais (Belgique) par Daniel Cunin / 288 pages / 21€ / Paru le 23 août 2018 / ISBN : 978-2-35087-466-1 / Illustration © Roald Triebels, photo © Donald Lee

Maria, Angélique Villeneuve

Maria, le roman d’Angélique Villeneuve qui touche ses lecteurs et bouscule nos certitudes avec énormément de talent

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Maria est une jeune grand-mère de 58 ans, qui n’aime rien autant que de passer des heures en parfaite symbiose avec Marcus, son petit-fils de 3 ans, à regarder les oiseaux, à courir, en oubliant le monde autour d’elle, son compagnon William, et jusqu’à son travail quand sa fille Céline – l’autre, pas la chanteuse-  a besoin d’elle au pied levé.
Qu’importe le moment ou l’heure, Maria est là, Maria est heureuse, Maria est fusionnelle avec Marcus. Qu’importe aussi que Marcus ait les cheveux longs et emmêlés, les ongles peints, qu’il porte des leggings rose ou une robe, qu’il joue aux voitures ou à la poupée et qu’il ait décidé qu’à partir de maintenant il ne faut plus l’appeler Marcus, mais Pomme.

Le couple que forme sa fille et Thomas n’est pas tout à fait classique, pas tout à fait dans les rails d’une société bienpensante. Ils élèvent leur enfant à la maison selon leurs propres règles. Céline est enceinte de leur deuxième enfant. Un bébé arrive, un bébé prénommé Noun, car ce prénom n’est absolument pas associé à un genre, et c’est ce que le couple cherche, que leur bébé, leur enfant détermine lui-même, quand il l’aura décidé, à quel genre il appartient, ou pas.
C’est trop difficile pour William, cela sort de toutes les règles traditionnelles de la société, cela ne correspond à aucun usage acceptable. Il fuit, quitte Maria, qui se retrouve seule, perd son emploi peu de temps après, et tout cela sans pouvoir vraiment faire la connaissance du bébé Noun avec la même intimité que celle qui la lie à Marcus.

Maria, quel étonnant parcours, intriguant voyage porté par le verbe et les mots magiques d’Angélique Villeneuve, dans un univers où les règles et les contraintes ne s’appliquent plus, qui bouscule nos habitudes, à nous aussi lecteurs, qui dérange peut-être, mais intéresse, interpelle vraiment. Car au final, qui a raison ? Et comment faire évoluer nos sociétés qui mettent tout et tous dans des cases dès la naissance.

Intéressant point de vue qui nous bouscule avec énormément de talent. Maria reste dans nos mémoires, nous interpelle et nous interroge longtemps après avoir fermé la dernière page de ce roman qui pourtant se lit d’une traite, comme dans un souffle, et qui rayonne de l’amour, du partage et de don de soi d’une grand-mère pour ses petits-enfants.

D’ailleurs, expérience vécue… il ne vous est pas arrivé de tenter d’acheter un vêtement de tout petit bébé sans savoir le genre justement, et de ne rien trouver en dehors des classiques bleu ou rose ? C’est un exemple futile, mais il montre déjà à quel point nous sommes formatés dès le plus jeune âge, et à quel point nous acceptons, la plupart du temps, et souvent par facilité,  ces contraintes et ces règles.

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Lire également les chroniques de Joëlle du blog Les livres de Joëlle, de Nicole, du blog Motspourmots, de Virginie du blog Les lectures du mouton.


Catalogue éditeur : Grasset

Dans le cœur de Maria, il y a d’abord Marcus, son petit-fils de trois ans. Ensemble, ils guettent les oiseaux, collectionnent les plumes et s’inventent des mondes.
À l’arrivée d’un deuxième enfant, les parents de Marcus font un choix radical. Nul ne saura le sexe du nouveau-né.  Ni fille, ni garçon, leur bébé sera libéré des contraintes de genre.
Maria est sous le choc. Abasourdie, abandonnée, elle se débat pour trouver sa place et ses mots. Reste l’éblouissement de l’amour pour Marcus, restent les oiseaux dont les ailes les abritent. Mais pour combien de temps  ?

Parution : 07/02/2018 / Pages : 180 / Format : 130 x 205 mm / Prix : 17.00 € / Prix du livre numérique : 11.99 € / EAN : 9782246813439

Rien que des mots. Adeline Fleury

Les mots, un bonheur ou une malédiction ? Un rêve ou un cauchemar ? Dans « Rien que des mots », livre d’anticipation ou une fable à la manière de,  Adeline Fleury s’interroge.

domiclire_rien_que_des_motsDans un monde où le numérique règne en maitre, un grand feu de joie a permis de détruire tous les livres, maintenant que chacun peut lire ce qu’il veut sur sa liseuse. Mais dans la famille d’Adèle, on ne l’entend pas de cette oreille. Car lorsqu’on aime les livres, les mots, la littérature en général, on a un peu de mal à comprendre que ceux-ci puissent être définitivement banni d’une vie.

C’est pourtant ce qui arrive à Nino, le fils d’Adèle. Car Adèle aime les mots, mais porte de sérieux stigmates. Comment est-ce possible ? Eh bien, imaginez un père qui passe son temps à créer des livres, à taper sur les touches de sa machine pour en sortir des pages et des pages de mots, de phrases, de livres, au détriment du bonheur partagé et donné avec sa fille unique et de sa vie de famille. Imaginez un mari qui vit dans ce monde dans lequel le livre papier a été éradiqué, et cependant rêve de recréer l’ensemble des livres qu’il a lu et que sa mémoire prodigieuse lui permet de restituer dans leur intégralité devant sa machine à écrire, pour les proposer de nouveau au reste de l’humanité.

Imaginez alors la vie d’Adèle, seule, dans cet univers-là. Bien sûr, elle aussi a choisi les mots, puisque elle est journaliste. Jusqu’au jour où elle décide de tout arrêter, et de protéger son fils, de le sortir de cet univers, pour le faire vivre loin des livres, des mots, de l’écriture dans un cocon douillet et familier, tout doux, suave comme une bulle protectrice. Mais cette bulle, est-elle protectrice ou despotique, douce ou violente ? Et c’est sans compter sur la perspicacité de Nino, et sur l’impossibilité de tout humain de vivre sans, sans les mots, sans les phrases, sans les pages des livres, sans cette forme de vie qu’ils nous dispensent et ce savoir qu’ils nous offrent.

La séparation est brutale, car le jour où il comprend, Nino va s’éloigner de sa mère, son mari va exploser dans un éclatement de lettres et de mots, de pages dactylographiées qui le propulsent jusqu’au ciel. Son père s’enterre dans sa cave, lui dont les mains et les doigts se paralysent, ployant sous l’effort de tant d’années à taper avec l’énergie de l’urgence sur les touches de sa machine, pour lutter contre le temps et sauver les mots qui peuvent l’être.

Roman initiatique ? Roman surréaliste ? Roman d’anticipation ou au contraire historique ? Toute interprétation de « Rien que des mots » est possible, tout est permis, car à plusieurs époques, inquisition, seconde guerre mondiale, et pas si loin de nous avec Daesh, les hommes ont voulu bannir les mots, la connaissance, pour faire vire les hommes dans l’obscurantisme…Si j’ai bien aimé l’idée sous-jacente de ce roman, j’ai parfois eu un peu de mal avec le côté anticipation que je n’ai pas senti forcément assumé jusqu’au bout, mais qu’elle idée intrigante, et si demain il n’y avait plus aucun mot, aucun papier ! Alors là, non !! Je dis non ! Rendez-nous nos livres, leurs couvertures séduisantes ou tristes, l’odeur incomparable du papier, et la vue de ces belles piles qui s’entassent dans nos bibliothèques et jusqu’au fond de nos greniers, de nos fauteuils, au pied de nos lits…

#les68premiersromans édition 2016


Catalogue éditeur : Bourin édtions

Dans un avenir qui ressemble à notre futur proche, Adèle a décidé de tenir son fils Nino éloigné de la lecture. Privée dans son enfance de la tendresse d’un père écrivain accaparé par son œuvre, elle fera tout pour éviter un tel sort à son fils. Pour qu’il reste dans la vraie vie, pour l’empêcher d’être tenté par la grande aventure de l’écriture, elle proscrira autour de lui la présence des livres. Elle les brûlera, elle va jusqu’à nier leur existence.
Mais l’enfance est têtue et tous les silences ne peuvent rien contre sa curiosité. Lire la suite

Format : 13 x 20 cm / 184 pages / ISBN : 979-10-2520-160-2 / Prix de vente public : 20.00€

Le garçon. Marcus Malte

« Le garçon », voilà un livre étrange et poétique qui cristallise l’intérêt du lecteur autour de ce garçon sans nom et sans paroles, pour une belle aventure romanesque de près de 540 pages.

domi_c_lire_le_garconLa vie du garçon, ou du moins ce que le lecteur en connaitra, se déroule de 1908 à 1938. Courte vie mais tellement remplie. En 1908, le garçon apparait seul dans des territoires isolés, sa mère vient de mourir, il quitte alors cet espace de vie qui était le leur pour partir explorer le monde. A cet âge-là, on l’imagine adolescent, il s’arrête dans un village qui va l’adopter partiellement car, ne communiquant pas, il intrigue et inquiète. Et on le sait, tout ce que l’on ne connait pas fait peur. Dans ce village, il découvre les autres, hommes, femme, enfants, et accepte tout, même de se laisser exploiter par ceux qui profitent de sa candeur, de sa naïveté, et de sa force, jusqu’au jour où il fuit vers d’autres contrées. Puis il rencontre Brabek l’ogre des Carpates, un personnage extravagant qui sous des abords repoussants et malgré une vie de lutteur de foire, est un véritable philosophe qui lui apprend beaucoup sur la vie. Enfin, il rencontre Emma et son père et découvre la douceur de vivre, la musique et surtout l’amour, absolu, charnel, fou. Jusqu’au jour où il embarque pour la guerre, la grande guerre, celle où « On lave son linge sale : dix-neuf millions de morts », l’horreur et le carnage des tranchées, celle dont personne ne revient intact.

Les descriptions, l’observation des autres, de la nature, des sentiments, non exprimés mais ressentis au plus profond par le garçon sont merveilleusement décrits par l’auteur qui a un grand talent de conteur et un regard à la fois humain et critique ponctué de quelques pointes d’humour. Descriptions magiques du garçon qui exprime par ses gestes ce qu’il ne peut pas dire avec des mots. Comme lors des premières scènes de lecture avec Emma où le garçon « s’imprègne des senteurs d’encre et de papier, et peut-être qui sait, du parfum même des mots », ceux qu’il entend, mais ne sait, ne veut, ne peut ni lire, ni dire. Questionnements de l’auteur sur l’amour, la guerre, mais également sur le choix d’une éducation, celle qui façonne les hommes et qui est une expression de leur liberté ou au contraire la cage dans laquelle on les enferme ?

Si parfois j’ai trouvé quelques longueurs, j’ai malgré tout été tout à fait captivée par ce parcours d’un personnage hors norme, qui toujours sans parole exprime tous les sentiments, amours, chagrin, désespoir, peur, courage, solitude et abandon, et nous plonge au plus profond de l’âme.

Citations :

« Eugénie Janicot n’aime guère son prochain mais elle aime Dieu, ce qui n’est pas incompatible semble-t-il et même plus répandu qu’on ne pourrait le penser. »

« De toute façon, dit-elle, nous ne pouvons pas continuer à ne pas le nommer. C’est nier son existence même – car ce qui n’a pas de nom existe-t-il réellement ? Et puis Félix lui sied à merveille. »

« -Sinon une existence avérée quelle différence entre Dieu et Guillaume II ? Lance Blumenfeld. Entre Dieu et Napoléon ? Entre Dieu et Attila ? Pour l’un comme pour les autres il y a toujours des milliers, des millions de victimes, et ceci dans le seul but de répandre leur gloire, d’assoir leur toute puissance et assurer leur hégémonie.

-Pas Dieu, mon vieux, réplique le caporal. Il ne s’agit pas de Lui mais seulement de ceux qui se prétendent Ses représentants. Des usurpateurs. Ceux qui parlent en Son nom et ne font en réalité que détourner Sa parole. Tu confonds le général avec son estafette, Blum. »

 #rl2016


Catalogue éditeur : Zulma

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct. Lire la suite

14 x 21 cm / 544 pages / ISBN 978-2-84304-760-2 / 23,50 € / Paru le 18/08/16