Juvenia, Nathalie Azoulai

Et si demain on interdisait les relations entre hommes et femmes d’âges trop éloignés ?

Dans un avenir et un pays indéterminés mais qui pourrait être la France. Le 27 janvier est promulgué une loi interdisant l’union d’un homme avec une femme de plus de vingt ans sa cadette. Et des peines sévères sont prévues en cas de manquement à la loi. La république de Juvenia décide de rétablir ce que l’auteur nomme l’homochronie, cet équilibre des âges dans les relations homme-femme.

Nathalie Azoulai nous fait suivre quelques personnages emblématiques de ces différences d’âge, qui doivent réorganiser leurs vies pour être en conformité avec la loi. Deux femmes délaissées, jeune femme enceinte qui doit trouver un père pour cet enfant qui va naitre hors la loi, des hommes de plus de cinquante ans dont les aspirations sont bouleversées par la loi.

Voilà un roman féministe qui tente de redonner aux femmes de plus de 50 ans une vraie place dans la société. En effet, les femmes de cinquante ans sont abandonnées, seules, et leur vie devient trop difficile, dans la solitude, ou en union avec un homme trop âgé (puisqu’ils ne veulent que des femmes plus jeunes !). Mais d’un autre côté, on peut se demander pourquoi de très jeunes femmes recherchent ces vieux barbon qui les rassurent, les protègent et leur servent de guide et de mentor. Se pose alors la question de l’émancipation et de l’autonomie de ces jeunes femmes qui s’unissent à un homme trop âgé, qui pourrait être leur père, ce mentor qui les guide sans peut-être leur laisser la possibilité de s’épanouir librement.

C’est aussi un conte farfelu et utopique sur les relations hommes-femmes, et qui s’interroge sur le sort de ces enfants nés d’un père trop âgé pour avoir le temps de les voir grandir et de les élever.

Et je n’oublie pas le sexe, omniprésent dans la vie de Juvenia. Celui de jeunes et belles femmes avec des hommes murs, mais surtout celui de femmes enfin reconnues, aimée, touchées, par ces hommes qui les délaissaient et les ignoraient depuis trop longtemps.
C’est la conquête du plaisir enfin autorisée aux femmes plus âgées, de la revanche à prendre sur ces filles au summum de leur beauté. Ces jeunes femmes à la plastique idéale, idéalisée par ces hommes en mal d’une seconde jeunesse qui n’ont aucun scrupule à abandonner la mère de leurs enfants.
Un roman très court, qui allie Humour et libertinage, un conte aussi cynique et satirique que parfois drôle et souvent grinçant dans lequel les hommes n’ont pas vraiment le beau rôle. À la fois expression de nos fantasmes ou de nos angoisses inavouées sans doute !

Catalogue éditeur : Stock

Une loi du 27 janvier interdit aux hommes de la République de Juvenia de vivre avec des femmes de plus de vingt ans leurs cadettes : un raz-de-marée dans la vie des six personnages que Nathalie Azoulai fait se croiser dans une ronde drolatique et diabolique. Une jeune femme va-t-elle se retrouver hors-la-loi parce que le père du bébé dont elle est enceinte a le double de son âge ? Les ricanements des hommes envers les femmes qui vieillissent inexorablement vont-ils enfin cesser ? Et permettre à celles-ci de retrouver la confiance et le sens de l’avenir ? Les hommes de plus de cinquante ans s’en remettront-ils ? Et si cette loi réveillait un érotisme nouveau ?
Révolutions sentimentales, revirements cocasses, aventures ébouriffantes, déceptions en chaîne, guerre des sexes : cette satire est portée ici par un style voltairien aussi rapide qu’inventif.
Nathalie Azoulai observe notre société, s’amuse avec les codes du libertinage, joue avec nos craintes et nos fantasmes en romancière virtuose.

Nathalie Azoulai est romancière et a longtemps été éditrice. Parmi son œuvre on peut citer Titus n’aimait pas Bérénice, qui a reçu le prix Médicis en 2014.

Parution : 18/03/2020 / Collection : La Bleue / 120 pages / Format : 138 x 215 mm / EAN : 9782234089518 / Prix : 16.50 €

Simone Veil ou la force d’une femme, Cojean, Bétaucourt, Oburie

Simone Veil, une femme de combats et de convictions

Annick Cojean, grand reporter au Monde, a eu le bonheur rare de rencontrer Simone Veil à différents moments tout au long de sa carrière. Difficile alors de trouver quelqu’un de mieux placé qu’elle pour participer à l’écriture de ce roman graphique en hommage à la force d’une femme au nom quasi mythique.

A la fois factuel et humain, aussi réaliste que parfois admiratif, le portrait est juste et sobre. On y retrouve Simone, née à Nice en 1927. Puis on la suit pendant les années de guerre, la déportation, la solidarité des trois femmes, la mère et ses deux filles. Celle qui était trop jolie pour mourir ne se remettra jamais vraiment du décès de sa mère un mois avant la libération des camps, un deuil comme une plaie ouverte qui ne se refermera jamais totalement. A la libération, avec un tatouage sur le bras, mais dans le silence sur le vécu trop lourd à exprimer, c’est le retour à Paris. Les études, la rencontre avec Antoine, le mariage et leurs quatre enfants. Elle devra abandonner son rêve d’exercer le métier d’avocate pour entreprendre un métier accepté par son mari (chose courante à l’époque, déjà bien qu’il accepte qu’elle travaille !).

Elle vivra des expériences professionnelles différentes, à la direction de l’administration pénitentiaire, puis à la direction des affaires civiles auprès du Garde des Sceaux, au ministère de la justice. Partie prenante essentielle dans l’adoption de la loi sur l’IVG voulu par Giscard d’Estaing en 1974, elle devra supporter stoïquement les insultes et les propos humiliants et grossiers dont elle fait l’objet. Elle part ensuite à la tête du Parlement européen, puis fera son retour comme ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville en 1993. Enfin, elle entre à l’académie française, élue au premier tour en 2008.

Décédée en 20017, Simone Veil a rejoint les grands Hommes du Panthéon, accompagnée dans cette dernière et honorifique demeure par Antoine, l’époux d’une vie.

Cette femme magnifique à la forte personnalité, très combative, a toujours défendu les femmes, leur droit au travail, à une certaine autonomie à la fois financière et professionnelle. Rescapée des camps, épouse et mère, féministe brillante, totalement engagée, ayant une forte exigence morale, Simone Veil a marqué durablement son époque.

Penser à elle, c’est aussi se souvenir, pour ne jamais oublier que rien n’est jamais définitivement gagné, pas même la liberté.

Les différentes années de la vie de Simone Veil s’entendent facilement ici grâce au graphisme fait d’une alternance de tons pastels, jaune, bleu ou gris. Dommage il n’y a pas le vert de ses yeux, mais l’on est très bien projeté d’une temporalité à l’autre. Cela manque peut-être d’un peu de dynamisme, après tout, cette femme s’est battue et a porté haut ses convictions, on aurait pu les imaginer avec parfois un peu plus de luminosité, mais cela passe très bien malgré tout.

Catalogue éditeur : éditions Steinkis & Plon

Un récit intimiste et émouvant sur deux grandes femmes.
Par Annick Cojean, Xavier Bétaucourt, Étienne Oburie

Annick Cojean est grand reporter au Monde.
Au fil de sa carrière, elle a croisé Simone Veil à plusieurs reprises. Au fil de leurs rencontres, une relation singulière s’est installée entre Simone Veil et la journaliste.
Elle signe un portrait subjectif, délicat et parfois surprenant de la femme au-delà de l’héroïne.

Date de parution 28 Mai 2020 / ISBN 9782368462584 / Pages 112 / Prix 18€

Je suis top ! Blandine Métayer, Véronique Grisseaux, et Sandrine Revel.

Parce que rien n’est jamais gagné ni gravé dans le marbre, « Je suis Top ! » nous rappelle le combat des femmes pour l’égalité.

DomiCLire_je_suis_top.jpgParler de l’inégalité homme/ femme, des études, de l’évolution de carrière, de la difficulté d’atteindre le sommet, bloquée sous le plafond de verre des entreprises, du partage des tâches ménagères, des nounou à gérer, des enfants malades, de l’éducation des enfants, du divorce, est toujours un sujet d’actualité. D’ailleurs, Blandine Métayer joue son one woman show au théâtre depuis 2010, et le joue encore en cette fin d’année 2016, c’est dire si le message est loin d’être passé y compris dans notre société.

On peut parfois trouver le trait un peu caricatural dans cette retranscription en roman graphique,  car tout doit être exprimé en peu de pages. Mais tout se tient, grâce au condensé de l’histoire par la scénariste Véronique Grisseaux et à la plume et au graphisme de Sandrine Revel. A la fois porte-parole et ambassadrices de ces femmes qui doivent encore chaque jour lutter bec et ongles pour trouver leur place, et surtout la maintenir contre vents et marées, contre les collègues hommes qui souhaitent tant les voir partir, ceux qui pensent que ce n’est pas le moment de tomber enceinte (mais ce sont souvent les mêmes qui sont tellement fiers lorsqu’ils deviennent pères ! ).

Contre ceux qui refusent leurs droits aux femmes, ou tentent de les rabaisser, la vigilance doit être permanente, car tous les droits qui ont été acquis depuis les années 80 ne sont pas gravés dans le marbre d’une constitution, les stéréotypes sont importants et les mentalités sont encore trop souvent rétrogrades.


Catalogue éditeur : Delcourt

Je suis top ! Liberté, égalité, parité.
Scénariste : METAYER Blandine, GRISSEAUX Veronique
Dessinateur et Coloriste : REVEL Sandrine
Collection : ENCRAGES / Date de parution : 10/02/2016 / ISBN : 978-2-7560-6920-3 / 15.95 € Prix public