Première dame, Caroline Lunoir

Et si la réalité dépassait la fiction ? Comme le dit Caroline Lunoir, quand un candidat part en campagne, sa « Première dame »  l’accompagne, pour le pire et pour le meilleur…

Lorsque Marc annonce à Marie qu’il se présente aux prochaines présidentielles, toute la famille décide de faire corps pour lui apporter un soutien sans faille. Pendant sept cent vingt-six jours, la présence de chacun sera indispensable et cette campagne s’annonce féroce. Il faudra affronter les primaires du parti, les candidats adverses, la mise en coupe réglée par journalistes et médias, le chemin est long, il faut se tenir prêt.

Dans cette famille catholique bienpensante, l’éducation est primordiale, Marie et Marc ont élevé leurs enfants dans le respect de chaque individu, mais aussi de la vérité et de la justice. C’est en tout cas ce que croyait Marie. Car les révélations vont s’accumuler et faire s’effondrer ses illusions d’une famille idéale telle qu’elle pensait l’avoir construite avec Marc. Rapidement, elle ressent le besoin de verbaliser ses interrogations et ses sentiments les plus intimes. Elle décide de tenir un journal à rebours, soit J – 726 jusqu’aux élections, pour y retrouver plus tard cette femme qui aura traversé cette période difficile.

Mais la campagne se révèle cruelle pour tous, y compris pour l’épouse qui n’avait rien demandé et qui découvre les incartades, les trahisons, les mensonges de Marc. Et les enfants, malgré l’amour qu’ils vouent à leur père, se sentent floués, trahis, perdus. Alors Marie, femme trompée et déçue va coucher sur le papier toutes ses émotions, ses blessures et ses craintes les plus intimes, ses attentes et ses espoirs. Et le lecteur peut aisément imaginer qu’elle incarne tout ce que d’autres premières dames ont vécu cela avant elle, leurs déchirures, leurs blessures, leurs humiliations, leurs déroutes.

Si de prime abord le thème semble léger, et même parfois dérange lorsque l’on réalise que l’auteur reprend des faits vus ou lus dans les journaux… Il interpelle vraiment car il fédère adroitement toutes ces premières dames passées ou à venir. Caroline Lunoir nous décrit de l’intérieur et avec un certain réalisme les jalousies, les trahisons, les noirceurs que ces « femmes de » doivent endurer. Et tout ça pour le bonheur de qui ? De quoi ? D’une nation qui ne leur en sera jamais reconnaissante, et qui de plus en plus les observe et les critique par le tout petit bout de la lorgnette.

Il est féroce et brillant ce roman. Caroline Lunoir, avocate pénaliste, auteur de deux autres romans parus également chez Actes Sud, s’inspire ici de la réalité pour créer une fiction politique plus vraie que vraie en ancrant ses personnages dans cette réalité tangible. Réalité dont chaque lecteur a entendu parler lors de campagnes présidentielles ou d’actualités souvent bien sordides, oubliant le bien commun au profit de quelques gros titres racoleurs. Si de prime abord tout cela peut sembler déroutant, rapidement le lecteur s’y laisse prendre. Alors on tourne les pages de ce journal intime bien écrit, vivant, rythmé, émouvant parfois, et en comprenant et décortiquant les arcanes du pouvoir, on ressent même de l’empathie envers ces femmes de

💙💙💙💙

On pourra lire également les chroniques de Virginie du blog Les chroniques littéraire de Virginie, le blog Quatre sans Quatre, ou l’avis de Nicole du blog Mots pour mots.

Catalogue éditeur : Actes Sud

Un beau dimanche d’avril, c’est dans l’euphorie et la fierté qu’est accueillie l’annonce de Paul : il sera candidat aux primaires de son parti en vue de l’élection présidentielle. Épouse dévouée, mère exemplaire, Marie inaugure pour l’occasion un journal, avide de tenir la chronique des deux  années à venir qui s’annoncent pleines de suspense, de promesses et d’accomplissements. Leurs quatre enfants, jeunes adultes, se réjouissent du sens que ce projet paternel donne à une vie d’engagement et le soutiennent avec chaleur. Personne ne semble mesurer les conséquences d’une telle mise en lumière, ni ne pressent le souffle des scandales qui s’apprêtent à ébranler la cellule conjugale et le cocon familial… lire la suite…

Janvier, 2019 / 11,5 x 21,7 / 192 pages / ISBN 978-2-330-11783-2 / prix indicatif : 18, 00€

Le Teckel, tome 3 : Votez le Teckel. Grégory Mardon & Hervé Bourhis

Le Teckel , une BD totalement décalée, vivifiante et humoristique à souhait, qui fait aussi terriblement réfléchir sur les campagnes électorales…

DomiCLire_le_teckel_tome_3.jpgLe Teckel, cet homme fade et sans saveur, complétement ringard, va peut-être pouvoir sauver la campagne du président en titre, du président en perte de vitesse. Car quoi de mieux que de lancer un candidat factice, face au candidat de l’opposition vainqueur potentiel et quasi assuré de son succès, pour lui prendre les voix qu’il lui faut pour arriver au second tour, pour l’affaiblir. Utopie ? Ou réalité ? On peut se poser la question…

Lancé dans une campagne électorale factice, le Teckel va faire le tour de France et prendre goût aux relations avec le bon peuple, vivats, encouragements… au moment où il faudrait qu’il quitte le devant de la scène, difficile de le faire partir !

Que cette BD est drôle, et totalement réaliste en fait (surtout depuis les dernières élections, non ? ) dialogues incisifs, graphisme décalé, humour caustique garanti, un vrai régal !


Catalogue éditeur : Casterman

Le Teckel, le candidat pour une France qui a du chien !

Le Teckel se présente aux élections présidentielles.
Pour une France qui a du CHIEN !
Le candidat qui fait vibrer les électeurs et émoustille les électrices !
La campagne électorale en CX break avec de l’action moustachue et du rire très hexagonal.
La vérité sur les pratiques de la politique française et ses communicants.

VOTEZ LE TECKEL !

Une campagne dirigée par Hervé Bourhis, politologue autoproclamé, et brillamment mise en image par le directeur de la communication Grégory Mardon.
Scénario : Hervé Bourhis / Dessin : Grégory Mardon, Hervé Bourhis
Maquettiste : Studio Casterman BD / 17,95 € / Paru le 11/01/2017 / ISBN : 2203101636

 

Ma semaine aux USA pendant les élections présidentielles américaines…

C’était le 8 novembre, journée d’élections pour des millions d’américains. J’ai assisté en direct à cette soirée pour le moins inhabituelle si on la compare à celles de nos élections présidentielles et à leurs résultats quasi instantanés. Quelques impressions de cette journée, semaine devrais-je dire.

Soirée en famille devant le poste. Et quelle soirée ! Commencée vers 16h, terminée (par ko) à 1h du matin. Étrange veillée électorale où les résultats s’engainent pendant des heures à partir de 20h ET (Eastern Time, ne pas oublier que les bureaux de vote ferment parfois d’un côté du pays quand les résultats sont déjà en partie annoncés de l’autre !) et se finissent tard le lendemain. Deux états ont un système à la proportionnelle, pas les autres, ce qui fait que celui qui a la majorité des voix emporte l’ensemble des grands électeurs de l’état. Il y a également en plus de Hillary Clinton et Donald Trump, deux autres candidats dont on ne parle quasiment pas.
Toute la journée du lendemain, et pendant des jours, les résultats arrivent mais l’élection se joue avec le décompte des grands électeurs, même si le vote populaire peut être différent. Pour en avoir une idée Hillary a environ plus de 200.000 votes de plus dès le lendemain des résultats. D’ailleurs les gens protestent dans les rues de plusieurs grandes villes dès le 9 novembre au soir ! (Ce qui est très inhabituel ici !)
Les derniers résultats ne sont toujours pas validés quand je pars dormir.

Pour info, à Miami le temps moyen pour remplir un bulletin de vote est de 25 à 30 minutes car il y a 3 pages de sujets différents à élire, choisir, décider le même jour ! Une réglementation sur l’énergie solaire, changer les juges, etc. et accessoirement voter pour le président… Ils sont écrits en trois langues, anglais, espagnol et créole. Et les bureaux de vote étaient ouverts pendant les 15 jours précédant le 8 novembre, vous pouviez donc aller voter au moment qui vous convenait le plus. Ce n’est pas forcément pareil dans tous les états.

domiclire_electionsusa37 novembre : Élections Last Hours…#ClintonVsTrump ambiance #USA2016 demain on sera devant le poste pour une drôle de soirée !

8 novembre : Dans l’après-midi, ballade du côté de Winwod (un quartier de Miami) je tombe par hasard sur un bureau de mobilisation des volontaires pour la campagne démocrates. Ambiance ! Ils sont motivés et ils y croient.

 

Je suis donc à Miami, un des états clé, qui est pronostiqué devant basculer dans le camp Clinton. On est prêts. Et le verre de vin est indispensable pour attaquer cette longue soirée. Le amis et la famille réunis pour vivre en direct les longs, très longs décomptes et résultats…
Tout au long de la soirée, je prendrai des photos de l’écran de télé, pour me faire expliquer ensuite. Et je tenterai de comprendre les subtilités du système fédéral, qui accorde un nombre d’électeurs par état qui n’est pas forcément proportionnel au nombre de votants. Ceci pour respecter et permettre un certain équilibre dans la représentation des états moins peuplés, mais qui peut faire basculer les résultats dans un sens ou dans l’autre, à l’encontre parfois du vote populaire. Enfin, ça c’est si j’ai bien compris !

Premiers résultats on attend les résultats de la Floride ! Va-t-elle basculer ou pas ?
Si vous êtes à New York, l’Empire States qui s’éclaire aux couleurs du pays annonce les résultats. C’est parfois serré. Les électeurs s’ajoutent  en bas à gauche de l’écran quand l’état est gagné …
On arrive au bout de quelques heures aux résultats des états du centre des USA, largement républicains, mais ça ‘était prévu… beaucoup d’incertitudes…Pour moi, il est absolument étonnant de voir comment un État malgré les différences dans chaque conté (zones plus ou moins peuplées) passe d’un côté ou de l’autre.

 

Alors, à partir d’une certains heure, c’est pas bon, non ? Enfin ça dépend pour qui !
On voit souvent sur l’écran : « Too early to call », ça veut dire que pour certains états, on ne peut pas encore dire, c’est trop serré ! Les heures passent. les résultats changent parfois d’une minute à l’autre !

 

Ok ! Au bout d’un moment, sur la carte, c’est rouge de chez rouge non ?

 

domiclire_electionsusa149 novembre : au matin, le discours de Clinton. Intéressant, en particulier son passage pour les jeunes filles et les femmes.
Se dire qu’au final, elle a quand même gagné en nombre de voix du « popular vote » ! Et malgré tout perdu ! Elle aura environ plus de 2 millions de votes populaire de plus ! On assiste à des manifs dans quelques villes (mais pour le début, c’est bien plus calme qu’en France) pour réclamer le résultat du vote populaire. Le lendemain soir. Les votes montrent déjà la différence : Clinton a davantage de voix que Trump !

Au dernier décompte (22 novembre) elle est à 48,1% avec 64,227,373 voix et Trump à 46,6% avec 62,212,752 voix !

Voilà, c’était mes impressions d’une étonnante soirée, semaine, expérience…

Deux semaines après l’élection présidentielle américaine, remportée par Donald Trump, Hillary Clinton n’en finit plus de creuser l’écart : le nombre total de voix en faveur de l’ancienne candidate démocrate (64 223 958) dépasse désormais de plus de deux millions (soit 1,5 point de pourcentage) celui en faveur du président élu (62 206 395), après un dernier décompte réalisé dans les États du New Jersey, de l’Illinois, du Maryland et de Californie, selon le New York Times, qui rapporte les données compilées par le site Cook Political Report.

Azadi, Saïdeh Pakravan

Découvrir Théhéran par la voix de Saïdeh Pakravan, dans ce roman singulier et bouleversant

Téhéran 2009, malgré l’interdiction et dans un climat particulièrement tendu, des milliers d’iraniens investissent les rues de la ville pour s’insurger contre le résultat des élections. Les policiers sont partout présents, usant de grenades lacrymogènes et de matraques pour disperser les manifestants. Étudiants appartenant à la classe aisée, femmes voilées, personnes de tous âges, enfants, sont vite réprimés par les bassjidjis qui n’hésitent pas à frapper et à emprisonner.

Raha et ses amis comptent parmi eux. Au cours d’une de ces manifestations, Raha sera arrêtée, emprisonnée, et subira les pires sévices. De retour presque miraculeusement dans sa famille, alors que ses projets de vie volent en éclats, elle va tenter de se reconstruire sur les cendres des illusions perdues de son adolescence.

manifs

Les protagonistes et les expériences se succèdent pour donner une image assez précise, à plusieurs voix, de l’Iran actuel, mais aussi de celui du Shah, que certains osent à peine regretter, de celui de Khomeiny, instaurateur d’une république islamiste contraignante, liberticide et si peu bienveillante, mais également entre les lignes, de l’Iran de demain rêvé par la jeunesse parfois bien naïve et pourtant souvent optimiste d’aujourd’hui.

Saïdeh Pakravan le raconte à travers la voix de plusieurs personnages vivant dans l’entourage de Raha, étudiante en architecture, issue d’une famille aisée de Téhéran. Les voix se succèdent, en particulier celles de Nasrine, sa mère ; Celle de Gita, qui vit aux États Unis et revient quelque temps à Téhéran, spectatrice impuissante dans son propre pays ; D’Homa, chirurgien à l’hôpital, elle voit chaque jour les méfaits du pouvoir ; De Pari, qui vit dans l’opulence, protégée par les excellentes relations de son mari avec le pouvoir en place ;  De Mina, gardienne de prison par nécessité, mais qui a un cœur gros comme ça et saura aider Raha ; De Hossein, gardien de la révolution, religieux par tradition familiale plus que par conviction, policier par nécessité, issu d’un milieu modeste, il tombe amoureux de Raha sans pouvoir se l’avouer ni réaliser son rêve ; De Kian, étudiant, fiancé à Raha, qui ne saura jamais dépasser les apparences ni les préjugés.

Des voix qui racontent les gardiens de la révolution, les règles qu’il faut suivre mais qu’on ne connait pas toujours, la police des mœurs qui contrôle la longueur d’un voile, qui vérifie que les femmes circulent bien avec un homme ayant un lien de parenté avec elles, sinon gare à elles.

Qui parlent de la condition des femmes, si peu reconnues, souvent si maltraitées, elles qu’un homme peu violer en toute liberté à condition d’avoir prononcé les mots lui accordant un « mariage temporaire », elles aussi que l’on va violer avant de les exécuter, car sinon vierges, elles entreraient tout droit au paradis.

Qui évoquent les contradictions d’un peuple, les moyens de s’évader des contraintes, surtout quand on appartient à la classe aisée, qui présente cette jeunesse qui rêve d’ailleurs et de liberté, d’une piscine privée où bravant les interdits, filles et garçons vont se baigner ensemble, de films téléchargés illicitement, d’internet, des réseaux sociaux qui ouvrent au monde.

azadi tour

C’est particulièrement intéressant d’entendre ces différents points de vue, même si forcément ils sont aussi issus du propre vécu de l’auteur. Au début je me suis un peu perdue dans la multiplicité des personnages, mais au final juste quelques-uns sont importants dans le récit, les autres servant essentiellement à ajouter une opinion, une vision propre à leur condition. Le rythme du roman est parfois dense, ajoutant à l’intrigue une description de la situation politique du pays, et c’est aussi ce qui fait son intérêt. Les chapitres alternent avec aisance, d’un personnage à l’autre, d’un témoignage à l’autre, on tourne les pages, on vit avec Raha, ses aspirations de jeune femme un peu naïve, d’étudiante, sa chute et son combat. L’insertion de mots persans est agréable car immédiatement traduits, pas en bas de page ou en annotations lointaines, ils sont facile à assimiler à mesure de la lecture. Ils sont là comme une mélodie qui donne son rythme au roman, inconnu, singulier, bouleversant, musical.

Catalogue éditeur : Belfond

Azadi signifie « liberté » en persan. Certains la rêvent et d’autres paient le prix pour la vivre.
Lauréat du Prix de la Closerie des Lilas 2015
Téhéran, juin 2009. Après des élections truquées, une colère sourde s’empare de la jeunesse instruite de Téhéran. Dans la foule des opposants la jeune Raha, étudiante en architecture, rejoint chaque matin ses amis sur la place Azadi pour exprimer sa révolte, malgré la répression féroce qui sévit. Jusqu’au jour où sa vie bascule. Après son arrestation, et une réclusion d’une violence inouïe, ses yeux prendront à jamais la couleur de l’innocence perdue…
Tout en levant le voile sur une psyché iranienne raffinée et moderne, sans manichéisme et avec un souffle d’une violente beauté, Azadi raconte de façon magistrale le terrible supplice de celle qui cherche, telle une Antigone nouvelle, à obtenir réparation. Et à vivre aussi… là où le sort des femmes n’a aucune importance.

Saïdeh Pakravan, écrivaine franco-américaine de fiction et poète, est née en Iran. Ayant grandi dans un milieu francophone, elle s’installe à Paris, participant, après la révolution iranienne de 1979, à un mouvement de libération de l’Iran.
Publiée dans de nombreuses revues littéraires et anthologies, lauréate de prix littéraires dont le prix Fitzgerald, Saïdeh Pakravan est également essayiste et critique de film.

Date de parution : 22/01/2015 / EAN : 9782714460158 / pages : 448 / Format : 134 x 190 mm / 19.00 €