Attends-moi le monde, Gaëlle Pingault

Un billet gagnant pour une année sans mois de novembre, ça vous tente ?

Camille est venue se terrer dans un village où il ne se passe jamais rien. Graphiste célibataire en télétravail, elle aime sa solitude. Sa seule activité sociale semble être de prendre de temps en temps un verre au café du village, lieu où se rejoignent tous ceux qui ont envie de parler sous les yeux du barman, le beau Maxime. Un jour, elle s’intéresse pourtant à une bien étrange tombola. Un homme très attirant lui propose un billet dont le premier prix serait une année sans mois de novembre.

Diantre, qu’est-ce que ce prix aussi déraisonnable que surprenant ? Qui peut y croire ? Camille se prend au jeu et achète ce billet dont elle sait au fond d’elle qu’il sera gagnant. Car elle n’a aucun doute, un prix aussi loufoque ne peut que lui être destiné.

Face à l’incrédulité de Maxime, le séduisant et jeune barman aux yeux bleus, elle ne dit rien lorsqu’elle gagne ce lot. Elle l’emporte et refuse de découvrir ce qu’il y a dans la mystérieuse enveloppe remise à la gagnante. Le mois de novembre est bientôt là, il faudra bien se décider à l’ouvrir. C’est ce qu’elle fait, en espérant comprendre ce qui l’attend.

À partir de ce moment-là, le fantastique et l’irréel entrent dans la vie de Camille, pas toujours pour son plus grand bonheur, mais certainement pour l’accompagner vers le chemin d’une sérénité et d’une paix qui sont aujourd’hui loin d’être son quotidien. Le chemin n’est pas aussi doré et magique qu’il y paraît, l’effort que Camille doit faire pour se retrouver et verbaliser ce passé qu’elle a profondément enfoui en elle s’avère bien douloureux.

Les chapitres alternent entre le présent de Camille, qui lui même oscille entre réel et fantastique, ses lettres à une certaine Émilie, et des messages d’on ne sait qui vers Camille. Peu à peu se tisse une histoire, un passé que l’on démêle en même temps qu’elle pour mieux entendre sa douleur, ses doutes, ses hésitations, sa culpabilité. Le lot qu’elle a gagné lui permet chaque jour un peu plus de se libérer de ses traumatismes et de ses peurs, parfois dans la douleur, mais aussi dans la gaîté et la légèreté, à travers la rencontre avec les trois I, avec Maxime, avec elle-même enfin.

Un roman où la bienveillance et le travail sur soi ont toute leur place, une lecture agréable au sujet singulier qui permet de se dire que parfois cela fait un bien fou de lâcher prise et de se laisser porter.
Alors, ploum, ploum, léger ou profond ? Ce sera toi, lecteur, qui le dira !

Catalogue éditeur : Eyrolles

Premier prix : Vous détestez la grisaille et la nuit qui tombe à 16 h 30 ? Vivez une année sans mois de novembre !

Lorsqu’elle tombe sur un petit flyer vantant les mérites d’une tombola locale en ces termes, Camille comprend d’emblée qu’elle va jouer, et gagner. Durant ce mois de non-novembre, un étrange temps suspendu l’invite à emprunter quelques chemins inexplorés, tandis qu’alentour, le monde continue son petit manège habituel. En acceptant de perdre ses repères, d’abord un peu hésitante, puis entièrement chamboulée, Camille se laissera porter par l’étrangeté dont jaillira peu à peu la compréhension de sa propre histoire.

ISBN13 : 978-2-416-00132-1 / pages : 206 pages / 2 septembre 2021 / 16€

Rien ne t’appartient, Nathacha Appanah

Une femme rattrapée par la violence de son passé, un magnifique roman d’amour et de mort

Tara attend l’arrivée d’Eli, son beau-fils. Elle se laisse aller, et son appartement est le reflet de son délabrement intérieur. Les déchets s’amoncellent, elle doit ranger ce désordre, éliminer cette saleté, mais elle n’y arrive plus. Cette chaleur ambiante, ce chagrin intérieur, la tuent à petit feu. Gravement blessée et victime d’une amnésie partielle, elle a rencontré son mari à la suite du séisme qui a ravagé son pays. Depuis la mort de son époux plus rien ne la retient à la vie. Les souvenirs surgissent peu à peu et viennent peupler ses nuits et ses jours de noirceur et de regrets. Son passé, son enfance, sonnent à la porte de sa mémoire pour raviver les douleurs enfouies de l’enfance. Désormais, plus rien ne sera jamais comme avant. Mais qui est elle vraiment cette Tara qui s’abandonne et se perd ainsi.

Vijaya est une fillette à l’esprit libre, joyeuse, insouciante, cultivée. Elle passe son enfance auprès de parents aisés, aux mentalités atypiques sur cette île paradisiaque. Athées, qui prônent l’égalité et la liberté de croyance dans un pays qui n’accepte pas cette idée, ou très mal. Sortir de l’enfance est parfois difficile, mais lorsque la cruauté du monde rejaillit sur Vijaya elle n’a aucun moyen d’anticiper ce qui l’attend. La petite fille est recueillie dans une famille qui ne la comprend pas. Le silence s’installe, la solitude devient son quotidien. Les années passent, la jeune femme découvre l’amour et la douceur des corps qui se comprennent avec ce garçon qui l’aime pour ce qu’elle est.

Mais cet amour là est interdit. Elle est emmenée au Refuge, là où son éduquées et dressées les filles gâchées. Un refuge qui a tout d’une prison pour ces filles rejetées par la société. Devenue désormais Avril, elle va apprendre cette phrase qu’on lui répète inlassablement Rien ne t’appartient. C’est une adolescente brisée qui survit aux années terribles de dressage, mais aussi à la puissance des flots qui emportent tout sur leur passage.

L’arrivée d’Emmanuel sera sa bouée de sauvetage. Ensemble, le médecin venu porter secours aux victimes du tsunami trouve l’amour et Vijaya devenue Tara trouve la vie. À ses côtés elle se réinvente, devient autre. Jusqu’au jour où le cataclysme déclenché par la mort de son sauveur fait resurgir les souvenirs. Un prénom en particulier, oublié, enfoui au fond de sa mémoire. Et ces années pendant lesquelles elle a appris ce que les hommes font aux filles comme elle, ce qui est interdit, ce qui est autorisé, que rien ne leur appartient, jamais. Comment vivre avec ça, que peut-elle en faire désormais.

Dans ce pays jamais nommé que l’on imagine multiculturel, évolué, à l’environnement luxuriant, une île sur laquelle se côtoient plusieurs religions, la vie pourrait être paisible. Mais même là, les filles n’ont pas les mêmes droits que les hommes, elles doivent se plier aux exigences et aux violences que la société leur inflige. À travers ces deux prénoms et ces deux personnalités, le lecteur découvre l’enfant à qui tout sourit, à la vie insouciante et belle. Puis l’adolescente à la vie si difficile, qui a tant de mal à trouver une place dans cette société à laquelle elle n’a jamais été préparée. Enfin, la femme sauvée, aimée, puis meurtrie, rattrapée par son passé.

J’ai retrouvé dans ce roman toute la beauté de l’écriture de Nathacha Appanah. Sa façon de parler de la difficulté d’être, de devenir, de vivre, en mettant tant de douceur et de poésie dans ses mots. Le sujet des violences faites aux filles et aux femmes, ces filles que l’on dit gâchées, mais aussi l’intransigeance et les dictât des religions sont abordés avec subtilité et avec un réalisme qui fait froid dans le dos. J’ai aimé la façon dont l’autrice évoque les relations si belles et parfois violentes entre filles, l’amitié, le deuil, la solitude, avec tant d’humanité et de sensibilité.

De Nathacha Appanah, on ne manquera pas de lire le sublime roman Tropique de la violence, ou encore Le ciel par dessus le toit.

Catalogue éditeur : Gallimard

« Elle ne se contente plus d’habiter mes rêves, cette fille. Elle pousse en moi, contre mes flancs, elle veut sortir et je sens que, bientôt, je n’aurai plus la force de la retenir tant elle me hante, tant elle est puissante. C’est elle qui envoie le garçon, c’est elle qui me fait oublier les mots, les événements, c’est elle qui me fait danser nue. »
Il n’y a pas que le chagrin et la solitude qui viennent tourmenter Tara depuis la mort de son mari. En elle, quelque chose se lève et gronde comme une vague. C’est la résurgence d’une histoire qu’elle croyait étouffée, c’est la réapparition de celle qu’elle avait été, avant. Une fille avec un autre prénom, qui aimait rire et danser, qui croyait en l’éternelle enfance jusqu’à ce qu’elle soit rattrapée par les démons de son pays.
À travers le destin de Tara, Nathacha Appanah nous offre une immersion sensuelle et implacable dans un monde où il faut aller au bout de soi-même pour préserver son intégrité.

160 pages / ISBN : 9782072952227 / Parution : 19-08-2021 / 16,90 €

Bélhazar, Jérôme Chantreau

Entrer dans le monde énigmatique de Bélhasar pour enfin se retrouver

Bélhazar est un élève prometteur, un enfant précoce, de ces enfants que la société a tant de mal à comprendre et à accepter. Dix-huit ans, ce n’est certainement pas un âge pour mourir, encore moins lors qu’une interpellation de police qui tourne mal, et qui plus est, tué par sa propre arme. C’est pourtant ce qui est arrivé à Bélhazar en 2013. Alors, bavure, accident, suicide comme on a bien voulu le faire croire, que doit-on en penser.

Une affaire étrange, dont on a peu parlé mais sur laquelle Jérôme Chantreau décide un jour de faire la lumière. Car si la police et la justice ont tôt fait de conclure à un suicide qui arrange bien les autorités et les délivre de toute responsabilité, les parents eux, se posent bien des questions.

Antoine Bélhazar est un garçon différent, brillant. Jamais vêtu d’un tee-shirt, mais toujours d’une chemise et d’un grand manteau, il dénote terriblement dans sa classe ou dans la cour de l’école. Et cette différence, comme son intelligence, en font un souffre douleur, mais aussi un jeune homme hors norme.

Rêveur, collectionneur fou, artiste, passionné, inspiré, unique, il mène rapidement sa vie en dehors des sentiers battus, et surtout de la vie normale d’un enfant ou d’un adolescent. Passionné par la guerre et par les armes à feu, il les collectionne, apprend à tirer au club de tir et compte bien trouver un métier en relation avec cette passion dévorante. Mais Bélhazar est aussi quelqu’un qui vit dans le monde d’Alice au Pays des Merveilles, avec son lapin blanc dans sa forêt magique, à la limite du monde merveilleux et enchanté de ces histoires qu’il aime tant. Un monde dans lequel peu à peu va le suivre l’auteur, passant insensiblement de la recherche de vérité à la magie d’un monde parallèle accessible aux seuls initiés, ceux qui savent comment passer de l’autre côté du miroir.

Difficile alors de cerner le personnage, de trouver la réponse au pourquoi et comment est-il mort, et d’apporter aide et soulagement aux parents.

Le long cheminement de l’auteur vers un semblant de vérité au côtés de ce jeune homme unique, lunaire, magnifique, est avant tout un chemin vers une meilleure connaissance de lui-même et de ce qui l’entoure, de ce vers quoi il veut aller. Un moyen d’évoluer et de se trouver là où il pensait seulement cerner cet élève singulier, énigmatique et magnétique à l’imagination et à la créativité débordantes.

Un livre étrange qui nous parle d’un disparu auquel on s’attache sans parvenir à le cerner vraiment. Mais est-ce vraiment le but, l’auteur ne cherche-t-il pas plutôt à mieux se connaître à travers cette relation à l’autre, à celui qui a disparu et à ceux qui l’ont aimé.

Catalogue éditeur : Les éditions Phébus

Février 2013 : Bélhazar, un jeune homme sans histoire, décède lors d’un contrôle de police. Accident? Bavure ? Suicide, comme l’avance le rapport officiel ? L’affaire en reste là. Passée sous silence, elle tombe dans l’oubli.

Jusqu’à ce que Jérôme Chantreau décide de mener l’enquête. Professeur de français et de latin, il avait eu pour élève le jeune Bélhazar. L’auteur se plonge dans le passé, interroge les souvenirs.
Mais se heurte à la malédiction qui semble entourer ce drame. Que s’est-il vraiment passé ce soir d’hiver ?

Et par-dessus tout, qui était Bélhazar ? Adolescent hypnotique ? Artiste précoce ? Dandy poète laissant derrière lui un jeu de piste digne d’Alice au pays des merveilles ?

Jérôme Chantreau écrit contre l’oubli, et pour la vérité. Le crime est-il vraiment là où l’on croit ?
Les faits sont réels, mais ils ne disent pas le vrai. Pour comprendre enfin, l’histoire de Bélhazar exige une mise à nu totale : celle de l’auteur. Son engagement inconditionnel emporte le lecteur dans un labyrinthe d’indices et d’émotions.

Parution : 19/08/2021 / Prix : 19,00 € / Format : 20.5 x 14 cm, 320p. / ISBN : 978-2-7529-1237-4

Les douces, Judith Da Costa Rosa

Quand les secrets de l’enfance volent en éclat, un roman sur l’amitié et l’adolescence

Zineb, Bianca, Dolorès et Hannibal sont les quatre meilleurs amis du monde depuis l’école primaire. Ils se sont juré protection et fidélité depuis l’enfance. Le jour où Hannibal disparaît sans laisser de trace, le quatuor explose et chacun part vivre de son côté, dans le doute et l’affliction. Les trois filles gagnent la capitale. A Paris, la ville de tous les possibles, elles s’évitent autant qu’elles le peuvent.

Dolorès, bien trop belle pour se contenter de son village, est partie faire des études à la grande ville.
Bianca est devenue influenceuse, le summum de la superficialité, et elle s’en délecte, sauf quand l’un de ses followers déverse sa haine à chacun de ses posts.
Zineb, mal à l’aise avec son physique, se contente avec une étrange délectation de son métier d’ouvreuse dans un obscur cinéma. Elle revisite tous les classiques du troisième art en lisant avec avidité les mails envoyés par Hannibal.
Car depuis sa disparition huit ans auparavant, Hannibal envoie des messages à ses trois douces…

Mais un jour, à l’occasion de travaux de terrassement engagés par la petite fille d’Auguste Meyer, on découvre le corps d’Hannibal enfoui dans le parc de la maison de l’artiste. Le sculpteur donnait des cours de porterie à tous les enfants du village dans sa maison. Les quatre inséparables s’étaient connus à cette occasion. Mais l’on peut se demander si les relations ambiguës qu’il entretenait avec certains enfants ne sont pas révélatrices d’une perversité jamais nommée, si elles ont entraîné à la fois des silences et différentes pathologies destructrices chez les jeunes femmes. De ce jour, le silence soigneusement posé sur les ruines de leur enfance vole en éclat.

L’enquête est menée par un policier hors normes, ancien sportif, un peu en marge.

Un roman intéressant qui se lit avec beaucoup de plaisir. Il me semble cependant que de trop nombreux thèmes y sont abordés, et du coup ils sont noyés par cette multiplicité sans être réellement traités en profondeur par l’autrice. La pédophilie, l’amitié, la superficialité du beau, de l’image et de l’apparence, les réseaux sociaux, la maladie de Lewy, la relation parents enfants, ici en particulier mère fille, l’adolescence, etc. arrivent pêle-mêle au fil de l’enquête et de l’évocation des souvenirs. Le défaut sans doute du premier roman, mais une écriture prometteuse et de qualité.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2021

Catalogue éditeur : Grasset

Ils étaient quatre, trois filles et un garçon  : Dolorès, Zineb, Bianca et Hannibal. Quatre meilleurs amis devenus comme frère et sœurs, ayant grandi ensemble, connu les joies de l’enfance et les tourments des premiers sentiments, se jurant de ne jamais se séparer. La vie s’ouvrait à eux  ; le lycée terminé, ils quitteraient leur village du Sud, découvriraient Paris. Mais le soir du bal de fin d’année, Hannibal disparaît et laisse celles qu’il appelait mes douces, seules et interdites.  
Huit ans plus tard, son corps est retrouvé, enterré dans la propriété d’Auguste Meyer, sculpteur célèbre de la région et professeur de poterie des quatre enfants qui, jusqu’à sa mort, a nourri pour Dolorès, sa beauté, une étrange fascination. L’Officier Casez est chargé d’enquêter, il convoque les trois jeunes femmes  ; l’une est devenue célèbre sur les réseaux sociaux, l’autre étudiante, la dernière travaille dans un cinéma. Elles ne se parlent plus mais continuent de recevoir d’énigmatiques emails signés Hannibal. L’une le croit vivant, les autres pas.
A mesure qu’il essaie de percer le mystère de leur amitié, Léo Casez bute sur les interrogations  : quel pacte les liait  ? Qui était vraiment Auguste Meyer et pourquoi la mère de Dolorès le protégeait-elle ? En rouvrant les archives du passé, il force les secrets et nous entraîne dans les souvenirs de cet été brûlant, les joies et les tourments de quatre adolescents devenus si tôt adultes.

Format : 143 x 205 mm / Pages : 400 / EAN : 9782246822813 prix 20.90€ / EAN numérique: 9782246822820 prix 14.99€ / Parution : 12 Mai 2021

Mise à feu, Clara Ysé

De l’enfance à l’adolescence, un conte pour évoquer l’absence et la séparation

Nine, Gaspard et Nouchka leur pie vivent avec L’Amazone, cette mère singulière et fantasque qui leur fait vivre une enfance à la frontière entre le merveilleux et la magie. Danser, boire, rêver, aimer l’autre et apprendre à grandir, voilà ce que leur propose L’Amazone, jusqu’à ce soir de réveillon où tout bascule.

À la suite d’une maladresse, et parce qu’aucun adulte présent n’a réalisé l’ampleur des dégâts, un incendie détruit leur foyer ; les enfants ne doivent la vie sauve qu’à leur fuite éperdue avec L’Amazone pour échapper à la maison en flammes. Puis au matin, leur mère disparaît.

Dès lors, ils sont confiés à leur oncle, un étrange et bien froid Lord, qui les élève dans le silence de l’absence maternelle. Pourtant, L’Amazone leur adresse régulièrement des lettres et au fil des années leur décrit la façon dont elle tente de restaurer et de rendre habitable la maison familiale. Des lettres toujours lues par Gaspard à sa petite sœur, celle qu’il protège, à qui il voue tout son amour de grand frère.

Les deux enfants grandissent, connaissent les tourments et les désordres de l’adolescence, rébellion, contestation, fuite dans l’alcool, les drogues, l’amitié et les amours diverses. La relation avec Lord est de plus en plus difficile, la frontière entre le possible et l’intolérable semble souvent franchie, sa violence envers eux augmente au fil de ces huit années, même si cela est souvent suggéré, pas toujours dit ouvertement.

Comment pourront-ils s’en sortir, voilà bien toute la question que soulève ce conte des temps modernes. Surtout lorsque la fin de l’enfance est pour Nine synonyme de coupure dans sa relation avec Gaspard et la Pie, puisqu’elle ne la comprend plus lorsqu’elle parle. Seul Gaspard semble être encore dans ce monde.

Ce que j’ai aimé ?

La façon dont Clara Ysé appréhende les moments parfois difficiles de l’enfance, ses tourments, l’évocation de l’amour entre frère et sœur, la protection qui en découle. Mais aussi la difficulté qu’il peut y avoir à grandir sans modèle et sans amour, bien évoqués par l’autrice.

Si la fin m’a semblé évidente et du coup tardait à arriver (mais sans doute ne le sera-t-elle pas pour tous les lecteurs) je me suis laissée porter par la magie de ce conte qui évoque Nine, Gaspard, et la Pie, ce trio inséparable. Le ton est moderne, la relation à l’autre émouvante et les personnages attachants. Un premier roman agréable à découvrir.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2021

Catalogue éditeur : Grasset

Nine et Gaspard vivent dans la maison de leur mère, l’Amazone.
Nouchka, leur pie, veille sur le trio.
La nuit du réveillon, un incendie ravage le paradis de l’enfance.
Le lendemain, le frère et la sœur se réveillent seuls chez leur oncle, l’inquiétant Lord.
Ils reçoivent tous les mois une lettre de l’Amazone qui leur dit préparer dans le Sud la nouvelle demeure qui les réunira bientôt.
Quel pacte d’amour et de rêve vont-ils nouer pour conjurer l’absence ?
Récit magique et cruel, féérie moderne, roman d’initiation et d’aventure, ode à la liberté, à l’adolescence, à la tendresse, aux amitiés qui sauvent, Mise à feu envoûte par son émotion, sa puissance d’évocation poétique et musicale.

Parution : 18 Août 2021 / Pages : 198 / EAN : 9782246827603 prix : 18.00€ / EAN numérique: 9782246827610 prix : 12.99€

Là où chantent les écrevisses, Delia Owens

Une lecture aussi émouvante qu’addictive

Émotion, tendresse, rage, tristesse, joie et bonheur de voir comment Kya, la fille des marais, réussi à vivre malgré l’abandon de Ma, puis de ses frères et sœurs et enfin de Pa.
Comment avec l’aide de Tate elle réussit à apprendre à lire, elle qui vit seule dans sa cabane sans eau ni électricité au bout des marais de Caroline du Nord. La sauvageonne que tous craignent sans jamais chercher à la connaître est une fleur qui s’épanouit au contact de la faune et de la flore de ces marais qu’elle connaît mieux que quiconque.
Ce roman est vraiment magnifique, et totalement addictif. On aime tout de suite cette émouvante et attachante fille des marais. Et on n’a pas envie de la quitter.

La voix de Marie du Bled est juste, précise. Jeune quand Kya est enfant, dure quand on s’adresse à elle, triste ou lourde de remords ou de regrets après les épreuves et les abandons, mais toujours forte et déterminée. Une voix en véritable symbiose avec le personnage principal et ceux qui gravitent autour d’elle.
Et surtout, cette lecture audio permet de prendre encore mieux la mesure de la beauté de l’écriture et de la précision de l’auteur lorsqu’elle décrit la nature omniprésente, sauvage, protectrice et le plus souvent si belle.
C’est un grand plaisir de lecture, et je dois dire que si j’avais déjà lu ce roman lors de sa sortie, j’en ai apprécié ici toute la beauté et la finesse grâce à cette version audio.

Retrouvez ma première chronique de ce roman ici.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib

Un livre audio lu par Marie du Bled. Traduit par Marc Amfreville

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
À l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…
Une héroïne autodidacte et passionnée, une peinture saisissante de la beauté des marais, et une enquête à suspense digne d’Agatha Christie font de ce roman un véritable page-turner.
Un premier roman phénomène qui a conquis des milliers de lecteurs dans le monde entier.

Éditeur d’origine : Le Seuil
Date de parution : 16 Septembre 2020 / Durée : 11h18 / Prix public conseillé: 24.90 € / Format: Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 381 / Poids CD 2 (Mo): 551 / EAN Physique: 9791035403614

Le consentement, Vanessa Springora

Un témoignage fort sur l’emprise et la manipulation, une lecture indispensable

D’abord, il y a V. cette toute jeune fille qui se laisse séduire sans trop le vouloir ni s’en rendre compte par celui qui aurait pu être son père. Le père absent justement, cet homme maniaque jusqu’à l’obsession, jusqu’à la violence, que sa mère ose quitter avant que leur vie de couple ne tourne au drame. Un père qui peu à peu disparaît des radars, qui ne viendra jamais s’occuper de sa petite fille.

Et cette mère qui a tant de mal à joindre les deux bouts, mais qui aime la fête, qui aime aussi sa fille mais d’une façon si maladroite. Un soir elle participe à un dîner de travail avec V, qui a tout juste treize ans. Elles y rencontrent G, un écrivain en vue. Ce cinquantenaire séduisant en diable plaît bien à sa mère. Mais c’est avec la fille qu’il va entrer en relation épistolaire, relation séduisante sur le papier, bien qu’insistante, et qui devient vite une relation charnelle et amoureuse. Possession, manipulation, déclaration, tout y passe et la jeune fille va réellement tomber amoureuse de cet homme qu’elle apprécie, qui lui fait ressentir qu’elle existe vraiment. Cet amant qui l’aime pour ce qu’elle est. C’est du moins ce dont elle va longtemps se persuader.

Il n’est pas nécessaire d’en dire plus, car il me semble qu’on a presque tout dit sur ce livre. Je l’ai écouté lu par Guila Clara Kessous, et j’ai eu l’impression que V était là, à coté de moi, pour m’en parler. Elle me disait ce qu’a été sa vie, cette désillusion de l’amour à mesure qu’elle comprenait qui était réellement G, qu’elle réalisait ce vol qui lui a été fait de son enfance, de son adolescence. Car à l’age où l’on connaît ses premiers émois amoureux et où l’on en parle avec ses copines, elle vivait déjà une véritable relation amoureuse avec un homme de cinquante ans dans un hôtel, loin de sa famille, loin de ses camarades de classe, classe qu’elle fréquentait d’ailleurs de moins en moins au risque d’hypothéquer toutes ses chances d’avenir. L’attitude de sa mère est aussi confondante qu’incompréhensible. Mais ne faut il pas aussi se replonger dans les mentalités post soixante-huitardes où tant de choses semblaient permises pour le bonheur de tous, la liberté sexuelle étant l’une des plus grandes conquêtes des femmes de ces années là. Il semble que dans ce cas la frontière entre liberté pour les femmes et droits des adolescentes soit allégrement franchie.

Ce texte est d’une grande sincérité. L’auteur décortique le cheminement de l’emprise puis de sa rupture avec ce prédateur sexuel qu’elle reconnaît enfin pour tel. Elle se sent trahie, se demande si elle est complice, consentante, puis comprend enfin qu’elle est avant tout victime. Un statut que lui nient une partie de ceux qui l’entourent et qui ont été bien complaisants avec le pédophile que tout le monde adulait. Car la presse, les politiques, le milieu de la télévision, les confrères du monde de l’édition, mais aussi Cioran pour ne citer que lui, ont fait longtemps les beaux jours de G sans jamais s’offusquer de ses voyages avoués en Malaisie pour y rencontrer de très jeunes garçons, ou de son amour immodéré pour les jeunes écolières de moins de seize ans, largement développés dans toute son œuvre littéraire. Et l’on enrage de voir à quel point la police, à travers la brigade des mineurs et malgré de nombreux courriers anonymes explicites, mais aussi l’hôpital et ce gynécologue d’opérette vont agir avec une jeune fille de quatorze ans qui appelle à l’aide par les maladies quelle déclenche.

Jusqu’au jour où l’évidence est là, il faut prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre. Il aura fallu trente ans à V pour dire, écrire les mots qui soulagent, les mots qui je l’espère pardonnent à la jeune fille abusée qu’elle a été alors. Pour décortiquer aussi les mécanismes de l’emprise qui bien souvent passent inaperçu ou incompris dans l’entourage de ceux qui les subissent. L’écriture est maîtrisée de bout en bout, le ton est sincère et factuel, sans fioriture et sans compromis, pas même à son égard. Elle écrit sans jamais s’apitoyer sur ce qui lui est arrivé, et ce témoignage pourra peut-être ouvrir les yeux à des proches ou des parents trop laxistes ou aveugles face à de telles situations. Parler pour libérer la parole de ceux qui subissent, parler pour montrer aussi que ce genre de perversion n’a ni frontière ni milieu social, mais peut au contraire toucher tout le monde.

J’ai apprécié cette version audio qui m’a aussi permis de prendre quelques pause salutaires pendant l’écoute, comme pour prendre le temps d’absorber l’importance des mots, leur portée, leur signification. La voix de la lectrice est très posée, agréable, j’avais l’impression d’être à ses côtés et de l’écouter me parler d’elle. Les différentes intonations situent bien les deux personnages principaux, la subtilité de leurs échanges et de cette relation délétère entre le manipulateur et sa proie.

Enfin, le plus de cette version audio est aussi de pouvoir écouter un entretien avec Vanessa Springora en fin de lecture.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib, Grasset, Le Livre de Poche

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin «  impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
«  Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence  : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre  », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.
Vanessa Springora est éditrice. Le Consentement est son premier livre.

Audiolib : Date de parution : 10 Juin 2020 / Prix public conseillé : 20.90 € /   Livre audio 1 CD MP3 – Suivi d’un entretien avec l’autrice / EAN Physique : 9791035403430
Grasset : Format : 130 x 210 mm / Pages : 216 / EAN : 9782246822691 prix 18.00€ / EAN numérique : 9782246822707 prix 7.49€

Brûlant était le regard de Picasso, Eugène Ébodé

Pas un roman sur Picasso mais la biographie romancée d’une femme qui traverse le siècle et parle à nos émotions

J’y découvre une héroïne émouvante et attachante. Mado est née à Édéa en Afrique d’un père suédois et d’une mère camerounaise sur les bord de la rivière rouge et blanche. Toute petite elle est élevée par son père. Mais très vite celui qui est reparti en Suède pour voir sa famille se trouve bloqué là-bas car la seconde guerre mondiale vient de débuter. Tout change alors dans la vie de Mado.
Face à l’inquiétude des combats et de la guerre, et alors que son époux Jacques a pris les armes pour défendre la France libre, sa « mère d’adoption » quitte le Cameroun pour Perpignan, via le Maroc et Constantine. La rencontre avec le général De Gaulle ou l’armée du général Leclerc, les troupes françaises libres qui “blanchissent” leurs régiments à la libération de Paris, sont des épisodes marquants de ces années-là. L’arrivée à Perpignan est pour Mado une plongée dans un autre monde. L’école, la religion qu’elle embrasse sans que ce soit celle d’aucun de ses parents biologiques, tout change. Elle prend désormais conscience de sa couleur de peau, car la belle métisse attire les regards et ce n’est pas toujours un bonheur pour la jeune femme.
Jusqu’au jour où elle rencontre Marcel, l’homme de sa vie. À Céret où ils s’installent, le couple rencontre les grands artistes de son époque, Chagall, Matisse, Dali, Miro, et « Brûlant était le regard de Picasso » sur la belle Mado. Ils œuvrent ensemble pour la promotion et la protection de l’art et des artistes et pour la création du musée d’art moderne qui abrite en particulier les donations de Picasso.

J’ai aimé partager la vie et les tourments de Mado enfant, en quête de sa famille biologique, de cette mère qu’elle a longtemps crue morte mais qu’elle retrouvera finalement. Une héroïne au destin si lumineux malgré les nombreuses blessures de l’enfance, une femme à la fois forte et fragile et que l’on se prend à aimer si fort. Mais également entendre les difficultés des pays africains pendant la colonisation et la décolonisation, par ceux qui les ont vécues, que ce soit le point de vue des colons ou celui des africains.
Il faut dire que l’écriture d’Eugène Ébodé est magnifique, le style travaillé et de grande qualité. Il nous entraîne dans cette vie que nous avons tous envie de connaître. Car Mado, ou Madeleine Petrasch est âgée de 84 ans et vit à Céret. Cette femme forte, mère et grand-mère si attachante, n’est pas sortie de l’imagination de l’auteur mais est bien un personnage important de l’histoire de la ville. La créatrice de l’association des amis du musée de Céret a traversé le siècle et connu tant de chagrins et de joies.
Une superbe biographie romancée que je vous recommande vivement.

Pour aller plus loin, on ne manquera pas d’aller visiter le site de l’auteur https://www.eugene-ebode.fr/

Catalogue éditeur : Gallimard

À quatre-vingts ans passés, Mado, née d’un père suédois et d’une mère camerounaise, vit à Perpignan et se souvient : de son enfance à Edéa, au Cameroun, sur les bords de Rivière blanche et rouge, avant que n’éclate la deuxième guerre mondiale, ses horreurs et ses bouleversements. Elle revoit son départ inattendu vers la France où l’entraîne une mère adoptive aux nerfs fragiles. Les voici en escale à Témara, au Maroc, ovationnant le général de Gaulle venu stimuler la 2ème DB du général Leclerc en route vers le débarquement en Normandie. Lui revient aussi son escale à Constantine, en Algérie, où la Victoire des Alliés s’achève dans des explosions de joie mais aussi de colère. Arrivée à Perpignan, Mado déplore et le froid et les regards de biais sur une Métisse chagrine qui, longtemps, a cru sa mère biologique morte.
C’est à Céret que Mado deviendra l’amie et l’égérie secrète de plusieurs artistes de renom : Picasso, Matisse, Haviland, Soutine, Chagall, Masson, Dali…

Collection Continents Noirs / Publication date: 14-01-2021 / 256 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072914850 / 20,00€

Aller aux fraises, Eric Plamondon

La vie ordinaire, dans le froid et la chaleur embrumée d’alcool de la belle province

Rien d’extraordinaire et pourtant rien non plus de simplement ordinaire dans les souvenirs qui émaillent ces trois nouvelles. C’est direct, tendre, très nostalgique et terriblement vivant. De l’auteur, j’avais lu et particulièrement aimé Oyana, un roman également publié chez Quidam. Ici, il nous embarque dans son Québec, au grès des souvenirs de ses protagonistes.

D’abord, Aller aux fraises, où l’on apprend qu’entrer dans l’âge adulte n’est pas toujours facile. l’été, les adolescents font la fête sans s’inquiéter des lendemains. C’est le dernier été chez son père pour celui qui désormais part habiter à Thetford Mines avec sa mère pour y poursuivre ses études. À dix-sept ans, on a la vie devant soi et les conséquences de ses actes n’apparaissent pas vraiment dans toute leur réalité. C’est ce que va apprendre ce jeune homme, car quitter l’enfance ce n’est pas seulement refermer la porte de la maison familiale.

Cendres, ou comment se noyer dans l’alcool. Les souvenirs du père alimentent les légendes du fils. A Saint-Basile , à une heure de Québec, la vie n’est pas facile, il gèle fort et les buveurs de bière font les beaux jours de la taverne du coin. Mais le foie ne suit pas toujours, et lorsqu’un copain décède, il faut bien respecter les promesses qui lui ont été faites, y compris s’il faut affronter l’hiver. Ce qui dans ces contrées là n’est pas tout à fait un détail lorsque la neige se fait intense.

Thetford Mines, où l’on retrouve le protagoniste d’aller aux fraises un an après. C’est une ville minière, on s’en doute. C’était aussi la Californie locale jusqu’à l’interdiction de l’amiante dans les années 80. Dans ces années là, sa blonde étant à Québec, il va faire le chemin inverse à celui de ses dix-sept ans plusieurs fois par mois, par tous les temps. Jusqu’à cet onirique parcours lors d’une mémorable tempête de neige. Parce qu’on le sait bien, à dix-huit ans, tout est possible !

J’ai aimé découvrir ces aventures qui sentent bon la neige et le frimas, qui disent l’amitié, l’amour d’un père pour son fils, le temps qui passe, l’adolescence qui s’efface pour laisser la place à l’âge adulte, celui de tous les chagrins, mais aussi celui de tous les espoirs. De ces longues routes vers demain que l’on emprunte parfois à contre cœur, mais qui font de vous ce que vous êtes. J’ai aimé aussi les expressions et le langage typiquement québécois, merci de ne pas les avoir modifiés pour les mettre au goût d’ici.

Catalogue éditeur : Quidam

Aller aux fraises, c’est une langue qui sillonne les bois, les champs, les usines, les routes sans fin, les bords de rivière. C’est le sort de ceux qui deviennent extraordinaires à force d’être ordinaires. On s’y laisse porter par les souvenirs d’un père qui s’agrègent pour devenir les légendes du fils. Ce fils qui veut construire son propre récit et qui retrouve sa mère le temps d’un nouveau cycle. Eric Plamondon raconte la démesure de l’ordinaire. Sur le vif. C’est aussi drôle qu’émouvant.

Né au Québec en 1969, Éric Plamondon a étudié le journalisme à l’université Laval et la littérature à l’UQÀM (Université du Québec à Montréal). Il vit dans la région de Bordeaux depuis 1996 où il a longtemps travaillé dans la communication. Il a publié au Quartanier (Canada) le recueil de nouvelles Donnacona et la trilogie 1984 : Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S, publiée aussi en France aux éditions Phébus. 
Taqawan (Quidam 2018) reçu les éloges tant de la presse que des libraires et obtenu le prix France-Québec 2018 et le prix des chroniqueurs Toulouse Polars du Sud.

88 pages 12€ / févr. 2021 / 140 X 210mm / ISBN : 978-2-37491-175-5

Canción, Eduardo Halfon

Une quête familiale sur fond d’histoire contemporaine du Guatemala

Alors qu’il est au Japon, invité par une université de Tokyo pour participer à un congrès d’auteurs libanais, Eduardo Halfon se souvient de l’histoire de son grand-père, le seul libanais de la famille. L’auteur se sent bien plus juif, espagnol ou guatémaltèque qu’arabe, et s’il a parcouru le monde, il ne connaît pas encore le japon, l’occasion est belle de le découvrir. S’adapter en quelques heures aux coutumes de ce pays si particulier semble une gageure qu’il est prêt à tenter, même s’il arrive « déguisé en arabe » et si les quelques paroles qu’il tente pendant les différentes tables rondes tombent totalement à coté et n’obtiennent pas les réponses escomptées.

Qu’importe, l’auteur nous entraîne dans ses pensées, et surtout dans l’histoire du Guatemala à travers l’histoire du grand-père. Débarqué à New-York en 1917, il arrivait de Syrie, mais se plaisait à dire qu’il était libanais, même si le pays n’a été créé qu’en 1920, soit après son départ.

Les grands parents vivaient dans une vaste maison, un palais. Des affaires prospères, une famille heureuse, jusqu’à ce jour de 1967 où le grand-père est enlevé quasiment devant sa porte par une milice armée. Il sera libéré trente cinq jours plus tard, sain et sauf, contre une rançon qui viendra alimenter les ressources des FAR (Forces Armées Rebelles) organisation dissoute de nombreuses années plus tard.

Quelques figures de la clandestinité de l’époque ont participé à son enlèvement. La belle Rogelia Cruz mais aussi Canción, le tueur professionnel au visage d’enfant auquel le grand-père remettra pourtant deux plumes en or. Canción, capable d’exécuter n’importe quel homme sans sourciller et sans émotion. Canción, dont l’auteur va suivre le parcours, en parallèle à l’histoire de sa famille et à celle du pays.

Ce roman commence presque comme une farce humoristique « j’ai endossé un déguisement arabe pour ma conférence au japon ». Mais la suite est bien un retour aux origines d’une famille d’émigrés qui a parcouru la planète avant de se poser enfin dans un pays et d’y bâtir sa descendance. Pourtant, la violence omniprésente dans le passé raconté ici fait de ce court récit un véritable roman social avec en toile de fond la réalité politico-économique du Guatemala dans la deuxième partie du XXe siècle.

L’histoire de la famille est une fois de plus prétexte à remonter l’histoire du pays, et d’en montrer la complexité politique et économique. En particulier avec les enlèvements et les meurtres perpétrés par les guérillas insurgées contre la dictature militaire, mais aussi le contrôle par les États-Unis d’une partie de la politique intérieure du pays. Toujours en parallèle d’une quête familiale qui a déjà commencé dans de précédents romans. Je pense en particulier à Deuils, où l’auteur recherchait la présence de Salomon, l’oncle oublié dont personne ne parle jamais.

L’alternance présent, passé en très courts chapitres voire paragraphes, donne un vrai rythme. J’aime beaucoup cette écriture qui ressemble à un puzzle dans lequel le lecteur doit chercher son chemin et se laisser guider pour comprendre où on veut le mener. En peu de mots l’auteur mêle l’émotion, le souvenir, l’humour, la recherche historique, et le présent. Eduardo Halfon se joue des codes de la littérature et prend avec humour ces grands symposiums qui se veulent si sérieux. Il nous régale de quelques scènes plus légères entre les moments historiques d’une grande intensité.

Du même auteur, j’avais aimé en 2020 le roman Deuils dont je vous avais parlé ici.

Catalogue éditeur : La Table Ronde

Traduction (Espagnol) : David Fauquemberg

Par un matin glacial de janvier 1967, en pleine guerre civile du Guatemala, un commerçant juif et libanais est enlevé dans une ruelle de la capitale. Pourquoi ? Comment ? Par qui ? Un narrateur du nom d’Eduardo Halfon devra voyager au Japon, retourner à son enfance dans le Guatemala des années 1970 ainsi qu’au souvenir d’une mystérieuse rencontre dans un bar miteux – situé au coin d’un bâtiment circulaire – pour élucider les énigmes entourant la vie et l’enlèvement de cet homme, qui était aussi son grand-père.
Eduardo Halfon, dans ce nouveau livre, continue d’explorer les rouages de l’identité. En suivant à la trace son grand-père libanais, il entre avec lui dans l’histoire récente, brutale et complexe, de son pays natal, une histoire dans laquelle il s’avère toujours plus difficile de distinguer les victimes des bourreaux.

Eduardo Halfon est né au Guatemala en 1971 et a passé une partie de sa jeunesse aux États-Unis, où il a étudié la littérature qu’il a enseignée à son retour dans son pays natal. En 2007, l’auteur de La Pirouette est nommé parmi les quarante meilleurs jeunes écrivains latino-américains au Hay Festival de Bogotà et en 2012, il bénéficie de la Bourse de Guggenheim. Ses nouvelles et romans sont traduits en huit langues, et il reçoit le prestigieux prix espagnol José Maria de Pereda en 2010 ainsi que le Prix Roger Caillois en 2015 pour deux d’entre eux. 

Quai Voltaire / Paru le 14/01/2021 / 176 pages – 115 x 190 mm / ISBN : 9791037107541 / Prix : 15