Un loup quelque part, Amélie Cordonnier

Mère amère, ce drôle de roman qui nous dit à quel point il est parfois difficile d’être mère

Il est né, ce divin enfant, le deuxième de ce couple uni et aimant. Ils sont déjà parents d’une petite Esther adorable et sans histoire, voilà qu’arrive un fils aimé et choyé. Enfin au moins jusqu’au jour de cette visite chez le pédiatre, lorsque sa mère découvre une tache bizarre sur le petit corps d’Alban. Et jour après jour, les marques se font plus nombreuses, la couleur de sa peau change. Car Alban s’avère être un bébé surprise, un bébé métis. Mais pourquoi ? Mais comment ?

Les découvertes et les révélations sont violentes et fracassante pour cette maman complétement perdue dans le silence de ses origines, dans ce secret enfin dévoilé qui bouleverse sa vie. Qui est-elle et d’où vient-elle ? Une fillette adoptée par des parents aimants. Par ce père devenu veuf qui se mure dans le silence et n’ose révéler ce lourd secret à sa fille au décès de son épouse. Anéanti par son chagrin, le père ne saura jamais lui dire d’où elle vient et tout cet amour qu’il lui porte, qu’ils lui ont porté à deux, lui faire comprendre tout le bonheur qu’ils ont eu de pouvoir élever cette enfant tant attendue.

Le silence est fracassant, la révélation déstabilisante, elle est face à cet enfant qu’elle ne reconnait pas, qu’elle hésite à aimer, à prendre dans ses bras, à accepter. La voilà plongée dans un immense désarroi, celui de réaliser qu’elle a été abandonnée à la naissance, puis le silence de son père, enfin la couleur de l’enfant, comment peut-elle vivre avec ça ? Mais elle a en même temps une réaction totalement démesurée, celle de cacher cet enfant que je ne saurais voir par tous les moyens, même les plus invraisemblables. Un peu trop peut-être, on a un peu de mal à y croire à ces accessoires, mais dans la réalité, on sait bien hélas que la maltraitance n’a pas de limite… surtout dans une famille un peu trop aveugle confrontée à cette mère désespérée.

Je retiens avant tout cette question importante soulevée ici par l’auteur : est-on mère d’office lorsque l’on a un enfant, ou le devient-on ? L’instinct maternel, une évidence ou une construction ? Aime-t-on son enfant dès qu’il parait comme on se plait à nous le répéter depuis si longtemps, ou doit-on là aussi s’apprivoiser l’un l’autre jusqu’à devenir mère. De belles questions qui restent sans réponse, mais qui interrogent intelligemment le lecteur.

S’il peut être difficile d’être mère, il est sans doute aussi parfois difficile d’être l’enfant différent. Ici, Alban est encore un bébé. Mais cette lecture m’a rappelé un souvenir d’enfance. Des voisins dont l’un des enfants était métis, le gène d’un ancêtre africain ayant sauté des générations. Il nous demandait toujours avec tristesse pourquoi sa mère ne le lavait pas autant que les autres. Les parents étaient déstabilisés et ne savaient pas trop comment le lui expliquer, mais l’amour des parents et de la fratrie était si fort et communicatif qu’en grandissant il a vite accepté sa différence.

On ne manquera pas de lire les chroniques de Nicole, du blog Motspourmots et de Joëlle Les livres de Joëlle

Si vous avez aimé ce roman, je vous conseille de découvrir aussi Amour propre, le superbe roman de Sylvie le Bihan. Elle a le mérite de poser cette question de l’instinct et du bonheur de la maternité quasi imposée aux femmes. Mais aussi à La résurrection de Joan Ashby, pour son approche iconoclaste de la maternité.

Roman lu dans le cadre des 68 premières fois, session anniversaire 2020

Catalogue éditeur : Flammarion

« Paupières closes coupées au canif, lèvres parfaitement dessinées, l’air imperturbable. Royal même. Au début, elle a cru qu’il lui plaisait, ce petit. Seulement voilà, cinq mois plus tard, elle a changé d’avis. Ça arrive à tout le monde, non ? Elle voudrait le rapporter à la maternité. Qui n’a pas un jour rendu ou renvoyé la chemise, le pantalon, le pull, la ceinture ou les chaussures qu’il venait d’acheter ? »

Que fait cette tâche, noire, dans le cou de son bébé ? On dirait qu’elle s’étend, pieds, mains, bras, visage. Mais pourquoi sa peau se met-elle à foncer ? Ce deuxième enfant ne ressemble pas du tout à celui qu’elle attendait. Aucun doute, il y a un loup quelque part.

Avec une écriture aussi moderne qu’acérée, Amélie Cordonnier met en scène une femme paniquée de ne pas réussir à aimer son enfant et dont l’affolement devient de plus en plus inquiétant.

Paru le 11/03/2020 / 272 pages – 137 x 210 mm / ISBN : 9782081512757  / Prix : 19,00€

Quelque chose de rond. Calouan & Jérémy Parigi

Quelque chose de rond, comme un ballon ? Comme la terre ? Ou comme…

Domi_C_Lire_quelque_chose_de_rond.jpgVoilà bien la question que se pose cette jolie petite fille en observant sa maman, et ce ventre si rond, si mystérieux, que peut-il bien cacher, la terre, un ballon, un aquarium ou une belle lanterne magique ?

Les questionnements à l’approche d’une naissance, les interrogations et l’imagination galopante des enfants, autant de textes de Calouan mis en images par Jérémy Parigi avec beaucoup de grâce et d’originalité. Le graphisme est aérien, mutin, magique, les traits en teintes douces, une maman à la taille et à l’arrondi totalement démesurés, sans doute comme elle peut être perçue d’ailleurs par un tout petit enfant. D’ailleurs les dessins sont tous en double page comme pour amplifier cette impression. Puis arrive la solution à ce mystère, douce, enveloppante, rassurante, dans les traits de l’enfant qui vient d’arriver et les sourires de chacun.

Un livre pour rêver, questionner, se rassurer, comprendre, face à l’arrivée souvent troublante d’un petit frère ou d’une petite sœur.
Le livre se termine par une double page, faite de mots posées au hasard, pour aider l’enfant à décrire sa propre maman. Destiné aux enfants de 4 à 7 ans, dommage, ce n’est pas mentionné sur le livre (ou je ne l’ai pas vu ? ).

💙💙💙


Catalogue éditeur : La Pimpante

Que cache Maman sous son ventre si rond ? Une pastèque ? Une planète ? De drôles d’habitants semblent vivre là…
Album à partir de 4 ans / Mai 2017 / ISBN : 9782372050364 / 16.00 euros

Winter is coming. Pierre Jourde

« Winter is coming », c’est beau comme un morceau de musique qui parle à votre cœur et c’est difficile comme la mort d’un enfant que l’on ne peut ni ne veut accepter, mais que l’on va accompagner autant qu’on en sera capable.

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C’est un beau mais triste récit, celui de la maladie et de la mort du fils de l’auteur. A vingt ans, l’âge de tous les possibles, où tous les rêves sont permis, où la vie s’ouvre devant vous, Gabriel meurt d’une forme de cancer qui touche peu de patients mais qui va l’emporter en quelques mois. Son père pleure un fils, son père sublime ces moments rares mais puissants de partage et de silence, de non-dits et de compréhension mutuelle de ce temps qui file et que l’on ne revivra plus jamais.

C’est la difficile descente vers plus de souffrance, vers moins de vie, c’est l’accompagnement du malade à qui on n’ose pas dire tout ce qu’on aimerait tant dire avant la fin, avant qu’il disparaisse à jamais, à qui on n’ose pas parler de peur qu’il ne comprenne que sa vie inéluctablement s’en va, car le sait-il, lui, que c’est fini, que plus jamais ? Et l’on peut d’ailleurs se demander qui cache la vérité à l’autre, qui le protège, qui est celui qui joue le plus la comédie de la guérison possible, le malade, ses proches, les médecins qui ne disent pas tout ou que l’on ne veut pas entendre ?

C’est le cri d’amour d’un père pour son fils, c’est le cri d’impuissance des vivants face à la mort, c’est aussi le cri que nous avons tous envie de pousser lorsque ceux qu’on aime disparaissent… Ce n’est pas un roman, ce n’est pas un récit, c’est une parenthèse de douleur qui parle à tous ceux qui ont connu la mort, à tous ceux qui la redoute, à chacun d’entre nous en somme.

 «Winter si coming » est le récit de l’avant, avant de savoir, avant l’inéluctable, du pendant, pendant la maladie, les silences, les moments de vie intense mais si brefs, de l’après, quand on porte sa douleur comme un bagage que l’on ne pourra plus jamais déposer dans aucune consigne mais qui s’allégera malgré tout peu à peu. Difficile, douloureux, rempli d’amour et de souffrance « Winter is coming » est porté par l’écriture incisive, désespérée, optimiste parfois, poignante toujours, de Pierre Jourde.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Gallimard

«Après coup, on ne peut pas s’empêcher de revenir sur les jours d’avant, comme pour prendre la mesure de son aveuglement d’alors. On se regarde ne pas savoir, on se regarde vivre alors que cela n’est pas encore arrivé, on s’étonne de ce fragile bonheur. Et ce sont tous les moments de la vie, toutes les joies, les naissances, les après-midi dans le jardin, les journées sur la plage, les histoires racontées le soir aux enfants, les photographies et les souvenirs du passé que vient rétrospectivement infecter de son venin le jour où l’on a su. Ta photographie d’enfant joyeux est celle, à jamais, d’un enfant qui va bientôt mourir.»
Un des trois fils de Pierre Jourde, Gabriel, est mort à vingt ans. Le récit évoque la dernière année de ce jeune homme plein de charme et de joie de vivre, doué pour les arts plastiques et la musique. La figure radieuse de «Gazou» hante le récit de la maladie : les anecdotes du bonheur enfui ponctuent l’élégie. Un texte poignant sur le deuil et l’amour paternel.

Collection Blanche / Parution : 09-03-2017 / 160 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072721373

Cruelle. Florence Dupré La Tour

Cruelle, de Florence Dupré Latour, c’est elle, Florence, enfant, et elle l’est vraiment ! Mais n’est-ce pas également le monde autour d’elle qui fait preuve parfois de cruauté ? Voilà une BD singulière et qui pose question.

De Paris à Buenos Aires, de la Champagne-Ardenne à Lyon, les années d’enfance de l’auteure sont portées par un réalisme en teinte sombre, comme ses dessins.
Les animaux se succèdent, cochon d’inde, poulet, oie, cochon, chien, et la cruauté des enfants est sans limite. Mais en contre point, celle des parents, des fermiers, des adultes, ne l’est pas moins. Du petit cochon qu’on adule à celui qu’on abat, du lapin tout doux à celui qu’on dépèce et qu’on mange, de l’oie en poussin à celle sur la table du dîner, du petit chien tout mignon qu’on adopte et qu’on caresse, au vieux chien qui pue un peu, que plus personne ne veut sortir le soir, et qu’on fait piquer, la frontière entre la cruauté enfantine gratuite et celle des adultes et de la vie est bien mince.

Assez déstabilisée dans un premier temps par le thème abordé, et par ces dessins essentiellement en dégradés de noirs, blancs, gris, j’avoue que la réflexion est bien plus profonde que ce que l’on peut penser de prime abord. L’histoire est ponctuée de questionnements sur la place de la femme, l’égalité, les traditions, la famille, le respect de l’autre, et bien d’autres choses à découvrir entre les lignes et les dessins.


Catalogue éditeur

Dessinateur, Scénariste, Coloriste : Dupré la Tour Florence
Avec Cruelle, Florence Dupré Latour commence une réflexion singulière sur l’identité.
Florence Dupré Latour raconte comment, de son enfance jusqu’à la fin de son adolescence, elle a torturé, mutilé, tué les petits animaux de compagnie qui lui passaient entre les mains. Version trash des Malheurs de Sophie, ce récit est stupéfiant, singulier et plein d’humour. L’auteure est cruelle mais nous renvoie à une vérité universelle : un bambin qui joue, c’est aussi un redoutable prédateur, un Attila ivre de conquêtes et de pouvoir, un savant fou prêt à toutes les expériences…Un album singulier et atypique.
logoPagination. 204 pages / Format. 170×240
EAN. 9782205073348

Dérapages. Danielle Thiéry

Découvrir Dérapages, la nouvelle enquête écrite par Danielle Thiéry, avec toujours autant de plaisir

Sur une plage du Pas-de-Calais, on retrouve le corps sans vie d’une fillette d’un âge difficile à déterminer. Edwige Marion est appelée sur les lieux, l’enquête s’annonce difficile.

Dans Paris, Jennifer conduit son bébé chez le pédiatre. A la suite d’un léger accrochage, en lieu et place de son fils elle trouve sur le siège arrière de sa voiture une bien étrange fillette qu’elle va devoir allaiter sous la menace. Son mari, Sasha Azanov semble avoir disparu de leur loft isolé dans les friches industrielles de saint-Denis.

Dans le même temps, Nina, la fille adoptive de Marion qui vit depuis deux ans à Londres avec sa sœur, arrive par l’Eurostar débraillée et couverte de sang. Elle est dans un état catatonique, muette de peur. Son beau-frère, Sasha Azanov, scientifique renommé, a disparu de son laboratoire Londonien.

Voilà posées les bases de cette nouvelle enquête de la commissaire divisionnaire Marion. Quel est le lien entre ces scènes, entre ces personnages, c’est à Marion de le découvrir. C’est donc là qu’entrent en scène son équipe de policiers un peu décalés que les lecteurs assidus de Danielle Thiéry ont appris à connaître au fil des différents romans, Valentine Cara et le fidèle Abadie en particulier, mais également l’ami anglais, puis le médecin légiste. Ainsi que quelques policiers pas toujours convaincus du bienfondé de l’enquête menée par Marion et d’avantage prompts à lui mettre quelque bâton dans les roues plutôt qu’à lui en faciliter la progression.

De course poursuite en filature, de tâtonnement policiers en enquête contrariée mêlée de tensions entre différents services de police et de problèmes avec une hiérarchie peu compréhensive, d’intrigues en manipulation, de recherche scientifique en lancement mondial d’un produit pharmaceutique révolutionnaire, l’intrigue se déroule, noire sans être sanglante, déroutante sans être trop sombre, comme sait les écrire cette commissaire qui connaît si bien la maison dont elle parle.

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Quelques fois le lecteur impatient de voir aboutir l’enquête aimerait souffler à Marion où chercher, où fouiller un peu plus scrupuleusement pour ne pas passer à côté des indices qui semblent tellement évidents. Mais qu’importe, on s’y laisse prendre une fois de plus. Et puis après tout les policiers aussi sont humains, et si, spectateurs que nous sommes, nous avons l’ensemble des cartes en main à la lecture du roman, eux n’en ont qu’une vue partielle qui leur permet d’avancer à petits pas vers la solution. Faite de courts chapitres rythmés, l’écriture efficace de Danielle Thiéry sait tenir en haleine ses lecteurs. Dans Dérapages, elle aborde avec finesse le sujet de la manipulation génétique, de la toute-puissance des consortiums  pharmaceutiques et pose aussi quelques questions sur l’utilité ou l’inconvénient de la jeunesse éternelle. Pour finir, elle ouvre brillamment la porte à un nouvel épisode que nous avons forcément tous hâte de découvrir !

Catalogue éditeur : Versilio

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Un corps d’enfant, très déconcertant, est découvert sur une plage du Nord de la France. Un cas troublant, qui laisse totalement perplexes les médecins légistes. Même la commissaire Edwige Marion, qui dirige un important service de la PJ parisienne, n’a jamais rien vu de tel. Au même moment, Edwige Marion récupère sa fille Nina, choquée et couverte de sang. Elle a fui Londres et sa sœur Angèle. Nina est mutique. Angèle et son mari, un scientifique renommé, ont disparu. Quels peuvent être les liens entre cet enfant mort noyé, une adolescente, et un scientifique spécialiste du génome humain… Commence pour la commissaire Marion une enquête complexe, aux ramifications internationales, et qui va vite sombrer dans l’horreur.

Parution : 21/05/2015 / ISBN : 978-2-36132-128-4