Nymphéas noirs, Cassegrain, Duval, Bussi

Être autant embrouillée par l’intrigue originale que séduite par l’adaptation de Duval et Cassegrain. Pari réussi pour l’adaptation en roman graphique du thriller de Michel Bussi, Nymphéas noirs, aux éditions Dupuis.

Nymphéas noirs est l’un des romans de Michel Bussi dont les lecteurs m’ont le plus parlé, mais que je n’avais encore jamais lu ; je commence donc par une expérience originale, et avouons-le géniale, l’adaptation en BD chez Dupuis de ce roman paru en 2011.

Il était une fois trois femmes, Stéphanie Dupin, la jeune et jolie institutrice du village, la vieille sorcière qui habite au moulin, et Fanette Morelle, une jeune fille très douée en dessin. Toutes trois vivent dans ce joli et champêtre coin de d’Eure. Joli, mais étouffant semble-t-il, car irrémédiablement figé au temps des impressionnistes. Trois femmes qui vont voir leurs vies bouleversées pendant quelques jours en mai 2010, parenthèses maudite entre la découverte du cadavre d’un notable du village, et un deuxième assassinat.

Enquête, contre-enquête, l’auteur brouille les pistes avec une intrigue hors du temps, maniant avec dextérité les illusions. Le graphisme superbe, tout en douceur et en nuances, fait la part belle à la magie qui opère au fil des pages. C’est beau, étrange. Un superbe hommage au talent de Claude Monet, en son village de Giverny. Ce roman graphique aborde avec bonheur les codes des impressionnistes et les mêle savamment à ceux du roman noir ; on s’y laisse prendre, avec l’envie de tout reprendre à zéro quand on a enfin terminé, car la surprise finale est à la hauteur de celles dont sait nous gratifier Michel Bussi. Quel plaisir de lire et pourquoi pas offrir ou faire lire, cette BD particulièrement réussie.

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Lire également les chroniques des romans de Michel Bussi :

Catalogue éditeur : Dupuis

Dans le village de Claude Monet, à Giverny, vivent trois femmes : une fillette passionnée de peinture, une séduisante institutrice et une vieille dame recluse qui observe tout depuis sa fenêtre. Lorsqu’un meurtre est perpétré dans ce tableau pourtant idyllique, ce sont tous les secrets et les non-dits qui ressurgissent…
Une remarquable adaptation par Fred Duval du roman culte de Michel Bussi, auquel Didier Cassegrain rend sublimement hommage à la façon des impressionnistes.

Collection : Aire Libre / Genre : Suspens & Thrillers / Roman graphique / Drame / Age du lectorat : 15+ / Date de parution : 25/01/2019 / EAN : 9782800173504 / Nombre de pages : 144

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L’invitation. Elizabeth Day

Deux mondes, deux univers, une amitié indéfectible… Découvrir « L’invitation » d’Elizabeth Day, un roman tout en tension et faux-semblants, où jeux de pouvoir et classes sociales se côtoient et s’affrontent.

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Avec des accents typiquement britanniques de différence de classes sociales et de bienséance, Elisabeth Day nous offre un roman qui nous tient en haleine. Sous couvert de bonne société, elle explore la face cachée des amitiés entre deux hommes que leurs classes devraient justement tenir éloignés, que tout oppose et qui pourtant s’enorgueillissent d’une longue et fidèle amitié.

Martin Gilmour est un critique d’art reconnu, mais un écrivain plutôt raté, un homme fade et sans attrait. Avec son  épouse la douce et très effacée Lucy ils sont invités à l’anniversaire de l’ami de toujours, l’élégant et talentueux Ben Fitzmaurice. Les deux hommes se connaissent depuis l’adolescence, lorsque Martin, ébloui par Ben, avait décidé de conquérir son amour… ou son amitié ?

Dans la somptueuse maison que le couple vient d’acquérir et de rénover à grands frais, Ben les accueille avec sa superbe épouse Serena. Ce soir-là, anniversaire et crémaillère viennent valider la réussite de Ben, mais les deux couples doivent d’abord se parler…

Quand le roman débute, Martin est au commissariat. Peu à peu, le drame qui a conclu cette soirée transparait par le récit de Martin, le narrateur ou dans les écrits de Lucy, dont on nous dévoile quelques pages. Alternant les épisodes qui retracent les liens d’amitié, ceux qui font émerger les tensions, puis les séances de psy de Lucy ou les flash-back vers l’enfance, le lecteur voit se dessiner peu à peu une intrigue pleine de rebondissements et de ressentiment, de faux-semblants et de vaines espérances, de secrets enfouis et inavouables, creusant des tranchées profondes entre rêve et réalité, envies et contraintes, espoirs et déceptions.

L’auteur nous entraine par ses mots, ses descriptions de l’âme humaine, de la société dans laquelle évoluent ses personnages, interrogeant la part de réel ou d’imaginaire qu’il faut décrypter entre les deux hommes, entre ces deux mondes, ces deux classes sociales qui finalement ne se rejoignent peut-être pas aussi sincèrement que ça. C’est finement observé, judicieusement décrit, savoureusement mené, une intrigue qui a tout du roman noir, qui vous embarque avec mordant et lucidité, et parfois un brin d’humour british pour faire passer la tension.

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Catalogue éditeur : Belfond
Lutte des classes, ambition politique, désirs refoulés et violence sourde… Une œuvre originale et parfaitement construite qui allie roman noir à la tension implacable et comédie sociale mordante, quelque part entre le Monsieur Ripley de Patricia Highsmith et Le Dîner de Herman Koch, le tout porté par un humour grinçant tout britannique.

Ben Fitzmaurice est devenu le meilleur ami de Martin Gilmour le jour où, dans la cour de leur très chic école, Ben, héritier d’une prestigieuse dynastie, a pris la défense de Martin, petit boursier, fils unique d’une mère célibataire sans le sou. Depuis, Ben s’est fait un nom en politique, Martin est devenu critique d’art ; Ben a épousé la très parfaite Serena, Martin vit avec la très discrète Lucy. Et Ben est toujours le meilleur ami de Martin.
Ce soir, Ben fête ses quarante ans. Tout le gratin est présent. Martin aussi. Naturellement…

Traduction : Maxime Berrée / Date de parution : 03/05/2018 / EAN : 9782714476135 / Nombre de pages : 352 / Format : 140 x 225 / Prix : 21€

La belle de Casa. In koli Jean Bofane

La belle de Casa, de In Koli Jean Bofane, c’est une histoire de vie et de mort, un conte moderne dans les rues de Casa la belle.

Domi_C_Lire_la_belle_de_casa_actes_sudDans Casa la belle, migrants et voyous se rencontrent dans les quartiers populaires. Sese est un jeune clandestin arrivé de Kinshasa. Il a atterri là alors qu’il pensait arriver en Normandie. Depuis il vivote  en faisant casquer sur internet quelques européennes en mal d’amour, en les amadouant et en leur promettant la lune. Il était associé dans son petit business avec Ichrak.

Un matin, dans une ruelle peu fréquentée, il découvre la belle Ichrak morte, ensanglantée. Ichrak n’a pas de père et sa mère, la farouche Zahira, est folle depuis longtemps. Alors qui pouvait bien lui en vouloir ? Tous ! Car Ichrak la sublime avait la langue bien pendue et ne s’en laissait pas conter.

Et certainement pas par tous ces hommes concupiscents qui la guettaient et rêvaient de la soumettre à leur volonté. Ces nombreux hommes qui évoluent autour d’Ichrak, à commencer par le commissaire Daoudi, qui mène l’enquête. Lui-même est tombé sous le charme de la belle, mais n’a jamais réussi à la faire plier. Il y a bien sûr Sese le migrant, mais aussi Nordine le voyou, Farida la femme d’affaires avertie et son mari le très ambigu Cherkaoui, qui entretient une bien étrange relation avec Ichrak.

Dans ce quartier misérable, les migrants arrivent du Congo, du Cameroun, du Sénégal. Ils n’ont pas trouvé d’issue à leur course vers l’Europe et ont posé ici leurs maigres bagages. Ils squattent des immeubles miteux lorgnés par les promoteurs. Ces derniers rêvent de transformer les quartiers pauvres de Casablanca  pour les proposer aux plus riches, centres commerciaux, palaces, immeubles de luxe remplaceraient opportunément ces ruines, pourvu que l’on puisse en chasser les habitants. Et l’auteur nous décrit, avec une gouaille et un sens du dialogue qui nous embarquent dans une sordide réalité, les malversations, magouilles et affaires qui se trament ici sous le manteau.

En parallèle, on découvre le sort de ces migrants qui ont quitté l’Afrique noire et se retrouvent prisonniers en Lybie dans des conditions sordides, tant qu’ils n’ont pas payé un lourd écot aux passeurs, risquant leur vie pour un espoir d’avenir meilleur en Europe ou en Afrique du Nord.

Et comme un bouleversement majeur qui agirait en continu tout au long du roman, il y a le vent Chergui, ce vent du désert qui assèche, qui chamboule les hommes par sa chaleur, sa force, qui les contraint à trouver une issue à leurs souffrances. Symbole de ce changement climatique qui pousse hommes et femmes à chercher vers le nord un territoire où se poser ?

Ce que j’ai aimé ?  Le style, l’écriture, les vies et les portraits de ces personnages, réalistes, tragiques, vivants, décrivant une réalité douce-amère avec beaucoup d’humanité et de véracité. On s’y croit.. on y croit, et c’est bouleversant.

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Quelques photos de l »auteur aux Correspondances de Manosque, en cette belle fin de mois de septembre.

 


Catalogue éditeur : Actes Sud

Qui a bien pu tuer Ichrak la belle, dans cette ruelle d’un quartier populaire de Casablanca ? Elle en aga­çait plus d’un, cette effrontée aux courbes sublimes, fille sans père née d’une folle un peu sorcière, qui ne se laissait ni séduire ni importuner. Tous la convoi­taient autant qu’ils la craignaient, sauf peut-être Sese, clandestin arrivé de Kinshasa depuis peu, devenu son ami et associé dans un business douteux. Escrocs de haut vol, brutes épaisses ou modestes roublards, les suspects ne manquent pas dans cette métropole du xxie siècle gouvernée comme les autres par l’argent, le sexe et le pouvoir. Et ce n’est pas l’infatigable Chergui, vent violent venu du désert pour secouer les palmiers, abraser les murs et assécher les larmes, qui va apaiser les esprits… Lire la suite

Août, 2018 / 11,5 x 21,7 / 208 pages / ISBN 978-2-330-10935-6 / prix indicatif : 19, 00€

Ceux qui restent, Busquet & Xoul

Tout en respectant les codes de l’intrigue policière, Ceux qui restent de Busquet & Xoul, reprend les thèmes du récit fantastique et ravira les amateurs du genre.

Domi_C_Lire_ceux_qui_restent_delcourt_bd.jpgAlors qu’il dort paisiblement dans son lit, Ben est réveillé par une étrange créature qui vient lui demander on aide. Car Ben, comme tous les enfants, à des capacités que n’ont pas, ou plus, les adultes, comme de voir d’étranges créatures peut-être ? Alors Ben embarque avec un Wumple pour le royaume d’Auxfanthas. Est-ce un rêve ? Est-ce une réalité ? Il doit bien y avoir une certaine réalité dans ce rêve, puisque au petit matin, Ben n’est plus dans son lit. Les parents, inquiets, avertissent la police. Les recherches commencent, nombreuses, longues, mais aucune trace de Ben, volatilisé dans une maison fermée, sans effraction ni violence apparente.

Quel mystère ! Bien sûr, les soupçons pèsent sur les parents, mais leur chagrin est si réel, leur désespoir si palpable, qu’il est impossible de les mettre en cause. Pendant l’absence de Ben, d’étranges individus viennent toquer à la porte de sa famille, car eux aussi ont connu ce phénomène… mais quel phénomène ? Les parents les rejettent.

Un jour, longtemps après, Ben réapparait. Si ses parents ont trouvé le temps long, pour lui il s’est passé à peine quelques heures. Ses explications semblent tout à fait loufoques, aider à combattre le mal dans un autre monde ? Parents et médecins estiment qu’il s’agit d’un problème psychologique, des inventions  d’enfant…

J’ai aimé le point de vue porté par les auteurs sur Ceux qui restent. Quand il y a une disparition, un rapt dans une famille, tant pour l’entourage familial que pour la société, cela ne correspond pas aux normes et entraine obligatoirement de la suspicion, du chagrin, une forme d’incompréhension et de doute.

Avec ses codes de thriller ou d’intrigue policière très lookée années 40, voilà une BD du scénariste Josep Busquet aidé par les couleurs, les traits et les ombres du dessin de Xöul, qui nous transporte dans un monde magique tout en nous laissant ancrés dans le quotidien. On découvre des parents anxieux, suspectés, malheureux, témoins de deux mondes, celui qui part, et ceux qui restent. Et pour une fois, le lecteur n’embarque pas dans le monde fantastique mais reste bien dans celui des parents, nous vivons cette étrange aventure avec eux, et nous devenons les témoins attentifs de leur traumatisme, de la douleur de ceux qui ont perdu un être cher, qui doivent vivre un deuil quel qu’il soit.

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Catalogue éditeur : Delcourt

Un soir, le jeune Ben part sauver un royaume magique d’un terrible danger, de la même manière que Wendy et ses frères suivirent Peter Pan. Mais ce qui ressemble à un rêve d’enfant se transforme en cauchemar pour ses parents.

Ben a disparu. Ses parents préviennent la police mais personne ne peut imaginer la réalité : leur enfant affronte mille dangers dans son royaume imaginaire. Mais un jour, il revient. Parents, police et psys pensent que Ben nie la réalité de ce qu’il a vécu. Avant de disparaître à nouveau. Seule une association regroupant des parents qui vivent les mêmes turpitudes pourra sans doute leur venir en aide…

Scénariste : BUSQUET Josep / Coloriste : XÖUL Alex / Illustrateur : XÖUL Alex

Série : DES GENS ORDINAIRES / Collection : HORS COLLECTION / Date de parution : 21/03/2018 / ISBN : 978-2-7560-5262-5 /

Une jeunesse de Marcel Proust. Evelyne Bloch-Dano

Dans « Une jeunesse de Marcel Proust » Evelyne Bloch-Dano nous invite à revisiter la vie et l’entourage de Marcel Proust, pour comprendre ce qui a fait de cet auteur un écrivain aussi singulier.

Domi_C_Lire_une_jeunese_de_marcel_proust_blochdano.jpgTout un chacun, ou presque, connait ou a entendu parler du questionnaire de Proust, rendu célèbre dans les années 90 par Bernard Pivot qui terminait ses émissions Bouillon de culture en posant à ses invités quelques questions légèrement remaniées. C’est André Maurois qui évoque le premier ce document et qui suggère à l’éditeur Léonce Peillard de le soumettre à quelques auteurs. Fort de ce nouveau succès, l’éditeur publie « Cent écrivains répondent au questionnaire de Marcel Proust » à la fin des années 60.

Alors direz-vous, pourquoi Proust a-t-il inventé ce questionnaire et dans quel but ? Eh bien tout simplement il ne l’a jamais inventé ! Il est avant tout l’un des multiples répondants au questionnaire qui arrive de Grande Bretagne et qui sert à dévoiler sa personnalité et ses aspirations, questionnaire que posait Antoinette Faure, la dernière des filles du président Félix Faure à son entourage. Cette dernière compile dans son cahier les réponses de ses divers amis et relations.

La première fois qu’il y répond, le jeune Marcel est âgé de 16 ans environ, il se pliera à l’exercice une nouvelle fois quelques années plus tard, sans doute âgé alors de 23 ans. Point de départ pour Evelyne Bloch-Dano à l’écriture de ce livre – car il ne s’agit pas ici un roman, mais bien une étude – autour de la personnalité et étude sociologique de l’époque, de l’entourage, de l’auteur d’à la recherche du temps perdu.
A partir des réponses et des personnalités diverses des répondants, Évelyne Bloch-Dano va faire une étude sociologique de la société de l’époque. La famille Faure, ses relations avec les parents et le jeune Marcel. Partagée entre Paris et le Havre, ces jeunes gens vont connaitre les enfances heureuses de nantis, dans cette bourgeoisie élitiste de la société française de la fin des années 1880.

L’auteur analyse les différentes réponses, prétexte à mieux comprendre cette éducation, si différente selon qu’elle s’adresse aux filles ou aux garçons. L’éducation des filles n’a qu’un but, les préparer au mariage, celle des garçons d’en faire des hommes soutien de famille. Tout cela transparait dans les réponses. Mais émergent également les éléments de la mémoire d’un pays, car la guerre de 70 n’est pas loin. Image d’une société, d’habitudes, de culture entre autre, par les noms cités, artistes, écrivains, personnages mythiques ou réels auxquels on souhaite s’identifier, envie forte pour les filles de devenir des hommes, démontrent ces différences et ces attentes.
Mais également, et peut-être un peu tard, ou du moins par rapport au titre du livre qui m’a fait attendre plus d’informations de ce côté-là, l’auteur étudie la personnalité de Marcel Proust, sa relation à sa mère, à l’école, à l’écriture, aux jeunes garçons qui l’entourent et dont il se sent proche.

S’il est un peu trop long et parfois dense à mon goût, ce livre a cependant l’immense avantage de décortiquer la société française de la fin des années1880. Dense, documenté, éclectique l’auteur nous présente un instantané qui dépeint la société avec une vision large, enfants ou parents, bourgeois ou politiques, parisiens ou provinciaux, dans les écoles ou pendant les loisirs, tout est analysé et détaillé avec une érudition qui comblera les plus exigeants.

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Catalogue éditeur : Stock

Qui n’a jamais entendu parler du questionnaire de Proust ?
Les réponses de l’écrivain ont traversé le temps et fait le tour  du monde. On a oublié qu’elles provenaient d’un album  intitulé Confessions, appartenant à Antoinette Faure, la fille  du futur président de la République.
En participant à ce jeu de société à la mode, Marcel Proust  ne se doutait pas qu’il livrerait des indices sur l’adolescent  qu’il était. Ses réponses ont été commentées. Mais jamais  contextualisées ou comparées. Jamais datées avec exactitude.
De Gilberte aux Champs-Élysées à la petite bande d’Albertine  et des jeunes filles en fleurs, quelles traces ont-elles laissées  dans son œuvre ?
Évelyne Bloch-Dano a mené l’enquête. Elle est parvenue  à identifier les autres amis de l’album d’Antoinette. C’est  alors tout un monde qui a surgi, celui des jeunes filles de la  bourgeoisie de la Belle Époque. Quelques garçons aussi. À travers leurs goûts, leurs rêves, s’est dégagé le portrait d’une  génération. Celle de Marcel Proust.

Parution : 20/09/2017 / 304 pages / Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234075696 /  Prix : 19.50 €

 

Douces déroutes. Yanick Lahens

« Douces déroutes », le nouveau roman de Yanick Lahens nous entraine à Port-au-Prince, là où beauté et misère se côtoient, là où violence et pauvreté évoluent dans un ballet sans cesse renouvelé.

Domi_C_Lire_douces_deroutes_yanick_lhens.jpgFrancis, un jeune journaliste français, vient d’arriver en Haïti lorsqu’il entend le soir de son arrivée, dans le resto-bar le Korosol, la voix intense de Brune, la chanteuse au charme magnétique. Il tombe sous le charme.
Le juge Berthier, qui n’est autre que le père de Brune, peut-être un des rares de son métier à être resté totalement intègre malgré les risques, vient d’être assassiné. Brune tente de continuer sa route malgré la douleur, le choc, la soif de comprendre. Cependant elle ne se résigne pas, malgré les conseils que lui prodigue son petit ami Cyprien, par ailleurs ancien élève de son père. Elle reprend pied peu à peu, mais tente de comprendre, de savoir pourquoi cet homme qui lui a tout appris – la musique, l’amour, l’exigence – est mort de façon aussi violente..

Elle est aidée en cela par Pierre, son oncle. Lui aussi vit en marge de la société haïtienne, il a d’ailleurs dû s’exiler pendant de nombreuses années, car son homosexualité présentait un risque autant pour lui autant que pour sa famille. Alors même si tout leur dit que cette enquête est vouée à l’échec, que la vérité ne pourra pas émerger des bas-fonds ou du mystère, de l’horreur ou de la misère, chacun tente de comprendre pour se reconstruire. Ils sont assistés et soutenus par un cercle d’amis, proches et fidèles.

Cette enquête, et ses personnages arrivant de milieux si différents aux caractères bien trempés, sont un alibi parfait pour l’auteur qui va nous faire découvrir la face cachée de cette ile qui n’est ni paradisiaque ni horrible, mais bien un mélange subtil de tout cela. Là où semblent régner corruption et misère, pauvreté et solitude, l’auteur distille peu à peu les raisons sordides qui ont mené au meurtre, dissèque les relations entre ceux qui, intègres ou voyous, côtoient pour le meilleur et pour le pire ceux qui ont réussi. Dans Port-au-Prince, le poumon de l’ile, chacun  cherche un nouveau souffle pour sortir de la pauvreté, dans ce paysage qui n’est ni idyllique, ni catastrophique, et dont le lecteur sent toute l’énergie et le souffle bouillonnants de vitalité.

J’ai découvert une écriture imagée, ciselée, vivante, et un auteur dont le succès n’est plus à démontrer. Entre roman noir et polar, ces « Douces déroutes » surprennent le lecteur par les émotions qu’elles suscitent, par l’ambiance qui s’en dégage, les sentiments qu’elles dissèquent subtilement. Ici Port-au-Prince devient l’un des personnages principaux de l’intrigue, dévoilant partiellement ses mystères et ses secrets les plus sombres, ville capitale dont le système politico-économique semble fortement gangrené par la corruption et la criminalité. Sous les mots de Yanick Lahens, la ville grouille, la ville vit, la ville meurt.

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Pour découvrir Haïti autrement, lire le roman de Louis-Philippe Dalembert Avant que les ombres s’effacent (chez Sabine Wespieser éditeur)


Catalogue éditeur : Sabine Wespieser

À Port-au-Prince, la violence n’est jamais totale. Elle trouve son pendant dans une « douceur suraiguë », douceur qui submerge Francis, un journaliste français, un soir au Korosòl Resto-Bar, quand s’élève la voix cassée et profonde de la chanteuse, Brune.
Le père de Brune, le juge Berthier, a été assassiné, coupable d’être resté intègre dans la ville où tout s’achète. À l’annonce de la mort de ce père qui lui a appris à « ne jamais souiller son regard », la raison de sa fille a manqué basculer. Six mois après cette disparition, tout son être refuse encore de consentir à la résignation.
Son oncle Pierre n’a pas non plus renoncé à élucider ce crime toujours impuni. Après de longues années passées à l’étranger, où ses parents l’avaient envoyé très jeune – l’homosexualité n’était pas bien vue dans la petite bourgeoisie –, il vit reclus dans sa maison, heureux de rassembler ses amis autour de sa table les samedis.
Aux côtés de Brune et de Pierre ; d’Ézéchiel, le poète déterminé à échapper à son quartier misérable ; de Nerline, militante des droits des femmes ; de Waner, non-violent convaincu ; de Ronny l’Américain, chez lui en Haïti comme dans une seconde patrie, et de Francis, Yanick Lahens nous entraîne dans une intrigue haletante. Au rythme d’une écriture rapide, électrique, syncopée, comme nourrissant sa puissance des entrailles de la ville, elle dévoile peu à peu, avec une bouleversante tendresse, l’intimité de chacun. Tout en douceur, elle les accompagne vers l’inévitable déroute de leur condition d’êtres humains. Russell Banks l’affirme dans sa préface à l’édition américaine de Bain de lune : « Ce qui est indéniablement vrai des personnages de Lahens l’est indéniablement pour chacun d’entre nous. »

Disponible en librairie au prix de 19 €, 232 p / ISBN : 978-2-84805-280-9 / Date de parution : Janvier 2018

La serpe. Philippe Jaenada

Vous aimez les enquêtes ? Vous aimez être surpris, amusé, emporté, bousculé dans vos certitudes, alors ce roman est pour vous. Lisez « La serpe » de Philippe Jeanada.

DomiCLire_la_serpe_philippe_jaenadaLa Serpe, j’ai envie d’y mettre une majuscule alors qu’en général je suis plutôt fâchée avec, tant ce roman m’a impressionnée, fait rire aux éclats, bouleversée, amusée. Merci monsieur Jaenada, Philippe (ou Phlipppe  on ne sait plus) oui, parce qu’il nous fait aussi flipper parfois, le Phlipppe, c’est sûr.

Alors bien sûr il y a l’intrigue, la base, le sujet proprement dit. Ou du moins la révélation par un copain de maternelle – enfin oui, vous savez bien, quand on va chercher nos loulous devant l’école et qu’on bavarde avec les papas de leurs copains qui deviennent des amis et tout et tout- donc le sujet c’est Henri Girard, le grand père, et c’est Emmanuel qui le confie à l’auteur, en lui disant qu’il devrait se pencher sur le cas de ce grand-père totalement atypique, qui a connu l’occupation, puis bourlingué en Amérique du sud, en est revenu avec un roman « Le salaire de la peur » écrit sous le nom de George Arnaud – dont nous avons tous vu au moins une fois le film avec un inoubliable Montant secondé par Lino Ventura. Enfin, moi c’est du camion dont je me souviens, et de la pétoche de le voir exploser tout au long du film – a eu de nombreux mariages et vécu des vies multiples et trépidantes, au service des autres en particulier.

Donc George Arnaud est un bourlingueur, aventurier, homme au grand cœur pourfendeur des causes impossibles, mais était dans sa jeunesse un homme pas facile, capricieux, violent, méprisant. Il a fait les 400 coups, dépensé sans compter l’argent de papa, soutiré tout ce qu’il pouvait à sa tante, abusé sans vergogne de la bonté de toute la famille, marié par erreur, juste pour prouver à papa qu’il pouvait s’opposer à ses volontés ou ses conseils. Bref, un petit morveux impossible et très peu recommandable. Et cerise sur le gâteau, ce jeune homme est accusé en 1941 d’avoir sauvagement assassiné à coups de serpe son père, sa tante, la bonne, de façon violente, un véritable massacre, dont il est bien étrangement le seul rescapé, dans ce château du Périgord fermé de l’intérieur. Enquête, bâclée sans doute, puisque le coupable est tellement évident… Procès, et coup de Trafalgar, acquittement, changement complet de vie pour Henri Girard, celui qui aura donc vécu des vies multiples sans que jamais la lumière ne soit faite sur l’affaire qui a changé sa vie.

Pas la peine d’en dire plus, à vous de lire, parce qu’il n’y a qu’en le lisant que vous saurez vous aussi. Car Philippe Jeanada est bel et bien parti enquêter sur Henri Girard, ce grand père intriguant. On l’imagine tout à fait avec ses accessoires à la Sherlock Holmes, un peu plus moderne sans doute (quoi que, la Mériva, elle a un voyant qui passe au rouge quand même ! ). Pendant de longs jours, des mois sans doute, il mène une enquête minutieuse, remonte les pistes, explore les méandres de plusieurs vies et les archives de la France sous l’occupation, s’embarque dans les sentiers comme dans les impasses, ne laisse aucun indice de côté, aucun interrogatoire, chaque mot est pesé, analysé, comparé. Du coup on souhaiterait presque que l’auteur reprenne le service des cold case de notre police tant son enquête est dense et exhaustive. Analyse précise qui explore la vie, les sentiments de ce jeune homme mal dans son époque, certainement incompris, et que l’auteur nous montre sous toutes ses facettes, celles qu’on lui a prêté, et ce qu’il était sans doute au plus profond. C’est presque à je t’aime moi non plus qu’il nous fait jouer avec son personnage tant il est complexe.

On est loin du thriller classique, et ce roman est un véritable régal. j’avoue, je n’ai pas encore osé lire La petite femelle, impressionnée par la taille de ce pavé qui est toujours sur ma PAL, mais ne devrait plus y rester trop longtemps. Du coup, je découvre avec La serpe le style et l’écriture de l’auteur, et j’adore tout simplement. La narration, l’enquête, l’humour détonnant et décapant, le côté je me prend pas au sérieux, et pourtant vous voyez bien, forcément, à quel point je le suis. Car l’auteur vous embarque dans sa vie (ou dans sa représentation romanesque, mais là qu’importe si c’est véridique ou pas) et pas seulement dans son roman, dans son vécu, chaque jour, on part avec lui au restau, dans la voiture, en famille, on voit le foulard de soie d’Anne-Catherine, la tendresse d’un père pour son fils Ernest, un couple au restaurant, l’hôtesse de l’hôtel, tout y est, c’est dense, précis, et en même temps, on rigole, non, on éclate de rire parfois (si, vous verrez, quand le copain pupuce se réveille, la nuit ! extraordinaire, non  ?), puis on attend, on craint aussi, on espère, on cherche à comprendre, mais où va-t-il, enfin, voyons, il va nous perdre dans son tunnel ! Et il y arrive, il nous trouble, on se laisse emporter par sa faconde, son style, son enquête, ses mots, un régal que je ne peux que vous conseiller. Et surtout ne faites pas comme moi, même si parfois on voudrait qu’il y ait un peu moins de pages, ne vous laissez pas impressionner par sa taille, allez-y, foncez, car le plaisir de le lire est totalement proportionnel au nombre de pages !

Et si ce roman ne reçoit aucun prix littéraire, alors là je n’y comprends rien, mais je suis certaine qu’il emportera la faveur de ses lecteurs. Et moi en fermant la dernière page, j’avoue, je n’étais pas loin d’aller me verser un petit whisky en allant relire tout le club des cinq.

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Catalogue éditeur : Julliard

Un matin d’octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n’est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l’unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l’arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d’un procès retentissant (et trouble par certains aspects), il est acquitté et l’enquête abandonnée. Alors que l’opinion publique reste convaincue de sa culpabilité, Henri s’exile au Venezuela. Il rentre en France en 1950 avec le manuscrit du Salaire de la peur, écrit sous le pseudonyme de Georges Arnaud.

Jamais le mystère du triple assassinat du château d’Escoire ne sera élucidé, laissant planer autour d’Henri Girard, jusqu’à la fin de sa vie (qui fut complexe, bouillonnante, exemplaire à bien des égards), un halo noir et sulfureux. Jamais, jusqu’à ce qu’un écrivain têtu et minutieux s’en mêle…

Un fait divers aussi diabolique, un personnage aussi ambigu qu’Henri Girard ne pouvaient laisser Philippe Jaenada indifférent. Enfilant le costume de l’inspecteur amateur (complètement loufoque, mais plus sagace qu’il n’y paraît), il s’est plongé dans les archives, a reconstitué l’enquête et déniché les indices les plus ténus pour nous livrer ce récit haletant dont l’issue pourrait bien résoudre une énigme vieille de soixante-quinze ans.

Parution : 17 Août 2017 / Format : 140 x 225 mm / Nombre de pages : 648 / Prix : 23,00 € / ISBN : 2-260-02939-6