L’invitation. Elizabeth Day

Deux mondes, deux univers, une amitié indéfectible… Découvrir « L’invitation » d’Elizabeth Day, un roman tout en tension et faux-semblants, où jeux de pouvoir et classes sociales se côtoient et s’affrontent.

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Avec des accents typiquement britanniques de différence de classes sociales et de bienséance, Elisabeth Day nous offre un roman qui nous tient en haleine. Sous couvert de bonne société, elle explore la face cachée des amitiés entre deux hommes que leurs classes devraient justement tenir éloignés, que tout oppose et qui pourtant s’enorgueillissent d’une longue et fidèle amitié.

Martin Gilmour est un critique d’art reconnu, mais un écrivain plutôt raté, un homme fade et sans attrait. Avec son  épouse la douce et très effacée Lucy ils sont invités à l’anniversaire de l’ami de toujours, l’élégant et talentueux Ben Fitzmaurice. Les deux hommes se connaissent depuis l’adolescence, lorsque Martin, ébloui par Ben, avait décidé de conquérir son amour… ou son amitié ?

Dans la somptueuse maison que le couple vient d’acquérir et de rénover à grands frais, Ben les accueille avec sa superbe épouse Serena. Ce soir-là, anniversaire et crémaillère viennent valider la réussite de Ben, mais les deux couples doivent d’abord se parler…

Quand le roman débute, Martin est au commissariat. Peu à peu, le drame qui a conclu cette soirée transparait par le récit de Martin, le narrateur ou dans les écrits de Lucy, dont on nous dévoile quelques pages. Alternant les épisodes qui retracent les liens d’amitié, ceux qui font émerger les tensions, puis les séances de psy de Lucy ou les flash-back vers l’enfance, le lecteur voit se dessiner peu à peu une intrigue pleine de rebondissements et de ressentiment, de faux-semblants et de vaines espérances, de secrets enfouis et inavouables, creusant des tranchées profondes entre rêve et réalité, envies et contraintes, espoirs et déceptions.

L’auteur nous entraine par ses mots, ses descriptions de l’âme humaine, de la société dans laquelle évoluent ses personnages, interrogeant la part de réel ou d’imaginaire qu’il faut décrypter entre les deux hommes, entre ces deux mondes, ces deux classes sociales qui finalement ne se rejoignent peut-être pas aussi sincèrement que ça. C’est finement observé, judicieusement décrit, savoureusement mené, une intrigue qui a tout du roman noir, qui vous embarque avec mordant et lucidité, et parfois un brin d’humour british pour faire passer la tension.

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Catalogue éditeur : Belfond
Lutte des classes, ambition politique, désirs refoulés et violence sourde… Une œuvre originale et parfaitement construite qui allie roman noir à la tension implacable et comédie sociale mordante, quelque part entre le Monsieur Ripley de Patricia Highsmith et Le Dîner de Herman Koch, le tout porté par un humour grinçant tout britannique.

Ben Fitzmaurice est devenu le meilleur ami de Martin Gilmour le jour où, dans la cour de leur très chic école, Ben, héritier d’une prestigieuse dynastie, a pris la défense de Martin, petit boursier, fils unique d’une mère célibataire sans le sou. Depuis, Ben s’est fait un nom en politique, Martin est devenu critique d’art ; Ben a épousé la très parfaite Serena, Martin vit avec la très discrète Lucy. Et Ben est toujours le meilleur ami de Martin.
Ce soir, Ben fête ses quarante ans. Tout le gratin est présent. Martin aussi. Naturellement…

Traduction : Maxime Berrée / Date de parution : 03/05/2018 / EAN : 9782714476135 / Nombre de pages : 352 / Format : 140 x 225 / Prix : 21€

La belle de Casa. In koli Jean Bofane

La belle de Casa, de In Koli Jean Bofane, c’est une histoire de vie et de mort, un conte moderne dans les rues de Casa la belle.

Domi_C_Lire_la_belle_de_casa_actes_sudDans Casa la belle, migrants et voyous se rencontrent dans les quartiers populaires. Sese est un jeune clandestin arrivé de Kinshasa. Il a atterri là alors qu’il pensait arriver en Normandie. Depuis il vivote  en faisant casquer sur internet quelques européennes en mal d’amour, en les amadouant et en leur promettant la lune. Il était associé dans son petit business avec Ichrak.

Un matin, dans une ruelle peu fréquentée, il découvre la belle Ichrak morte, ensanglantée. Ichrak n’a pas de père et sa mère, la farouche Zahira, est folle depuis longtemps. Alors qui pouvait bien lui en vouloir ? Tous ! Car Ichrak la sublime avait la langue bien pendue et ne s’en laissait pas conter.

Et certainement pas par tous ces hommes concupiscents qui la guettaient et rêvaient de la soumettre à leur volonté. Ces nombreux hommes qui évoluent autour d’Ichrak, à commencer par le commissaire Daoudi, qui mène l’enquête. Lui-même est tombé sous le charme de la belle, mais n’a jamais réussi à la faire plier. Il y a bien sûr Sese le migrant, mais aussi Nordine le voyou, Farida la femme d’affaires avertie et son mari le très ambigu Cherkaoui, qui entretient une bien étrange relation avec Ichrak.

Dans ce quartier misérable, les migrants arrivent du Congo, du Cameroun, du Sénégal. Ils n’ont pas trouvé d’issue à leur course vers l’Europe et ont posé ici leurs maigres bagages. Ils squattent des immeubles miteux lorgnés par les promoteurs. Ces derniers rêvent de transformer les quartiers pauvres de Casablanca  pour les proposer aux plus riches, centres commerciaux, palaces, immeubles de luxe remplaceraient opportunément ces ruines, pourvu que l’on puisse en chasser les habitants. Et l’auteur nous décrit, avec une gouaille et un sens du dialogue qui nous embarquent dans une sordide réalité, les malversations, magouilles et affaires qui se trament ici sous le manteau.

En parallèle, on découvre le sort de ces migrants qui ont quitté l’Afrique noire et se retrouvent prisonniers en Lybie dans des conditions sordides, tant qu’ils n’ont pas payé un lourd écot aux passeurs, risquant leur vie pour un espoir d’avenir meilleur en Europe ou en Afrique du Nord.

Et comme un bouleversement majeur qui agirait en continu tout au long du roman, il y a le vent Chergui, ce vent du désert qui assèche, qui chamboule les hommes par sa chaleur, sa force, qui les contraint à trouver une issue à leurs souffrances. Symbole de ce changement climatique qui pousse hommes et femmes à chercher vers le nord un territoire où se poser ?

Ce que j’ai aimé ?  Le style, l’écriture, les vies et les portraits de ces personnages, réalistes, tragiques, vivants, décrivant une réalité douce-amère avec beaucoup d’humanité et de véracité. On s’y croit.. on y croit, et c’est bouleversant.

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Quelques photos de l »auteur aux Correspondances de Manosque, en cette belle fin de mois de septembre.

 


Catalogue éditeur : Actes Sud

Qui a bien pu tuer Ichrak la belle, dans cette ruelle d’un quartier populaire de Casablanca ? Elle en aga­çait plus d’un, cette effrontée aux courbes sublimes, fille sans père née d’une folle un peu sorcière, qui ne se laissait ni séduire ni importuner. Tous la convoi­taient autant qu’ils la craignaient, sauf peut-être Sese, clandestin arrivé de Kinshasa depuis peu, devenu son ami et associé dans un business douteux. Escrocs de haut vol, brutes épaisses ou modestes roublards, les suspects ne manquent pas dans cette métropole du xxie siècle gouvernée comme les autres par l’argent, le sexe et le pouvoir. Et ce n’est pas l’infatigable Chergui, vent violent venu du désert pour secouer les palmiers, abraser les murs et assécher les larmes, qui va apaiser les esprits… Lire la suite

Août, 2018 / 11,5 x 21,7 / 208 pages / ISBN 978-2-330-10935-6 / prix indicatif : 19, 00€

Ceux qui restent, Busquet & Xoul

Tout en respectant les codes de l’intrigue policière, Ceux qui restent de Busquet & Xoul, reprend les thèmes du récit fantastique et ravira les amateurs du genre.

Domi_C_Lire_ceux_qui_restent_delcourt_bd.jpgAlors qu’il dort paisiblement dans son lit, Ben est réveillé par une étrange créature qui vient lui demander on aide. Car Ben, comme tous les enfants, à des capacités que n’ont pas, ou plus, les adultes, comme de voir d’étranges créatures peut-être ? Alors Ben embarque avec un Wumple pour le royaume d’Auxfanthas. Est-ce un rêve ? Est-ce une réalité ? Il doit bien y avoir une certaine réalité dans ce rêve, puisque au petit matin, Ben n’est plus dans son lit. Les parents, inquiets, avertissent la police. Les recherches commencent, nombreuses, longues, mais aucune trace de Ben, volatilisé dans une maison fermée, sans effraction ni violence apparente.

Quel mystère ! Bien sûr, les soupçons pèsent sur les parents, mais leur chagrin est si réel, leur désespoir si palpable, qu’il est impossible de les mettre en cause. Pendant l’absence de Ben, d’étranges individus viennent toquer à la porte de sa famille, car eux aussi ont connu ce phénomène… mais quel phénomène ? Les parents les rejettent.

Un jour, longtemps après, Ben réapparait. Si ses parents ont trouvé le temps long, pour lui il s’est passé à peine quelques heures. Ses explications semblent tout à fait loufoques, aider à combattre le mal dans un autre monde ? Parents et médecins estiment qu’il s’agit d’un problème psychologique, des inventions  d’enfant…

J’ai aimé le point de vue porté par les auteurs sur Ceux qui restent. Quand il y a une disparition, un rapt dans une famille, tant pour l’entourage familial que pour la société, cela ne correspond pas aux normes et entraine obligatoirement de la suspicion, du chagrin, une forme d’incompréhension et de doute.

Avec ses codes de thriller ou d’intrigue policière très lookée années 40, voilà une BD du scénariste Josep Busquet aidé par les couleurs, les traits et les ombres du dessin de Xöul, qui nous transporte dans un monde magique tout en nous laissant ancrés dans le quotidien. On découvre des parents anxieux, suspectés, malheureux, témoins de deux mondes, celui qui part, et ceux qui restent. Et pour une fois, le lecteur n’embarque pas dans le monde fantastique mais reste bien dans celui des parents, nous vivons cette étrange aventure avec eux, et nous devenons les témoins attentifs de leur traumatisme, de la douleur de ceux qui ont perdu un être cher, qui doivent vivre un deuil quel qu’il soit.

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Catalogue éditeur : Delcourt

Un soir, le jeune Ben part sauver un royaume magique d’un terrible danger, de la même manière que Wendy et ses frères suivirent Peter Pan. Mais ce qui ressemble à un rêve d’enfant se transforme en cauchemar pour ses parents.

Ben a disparu. Ses parents préviennent la police mais personne ne peut imaginer la réalité : leur enfant affronte mille dangers dans son royaume imaginaire. Mais un jour, il revient. Parents, police et psys pensent que Ben nie la réalité de ce qu’il a vécu. Avant de disparaître à nouveau. Seule une association regroupant des parents qui vivent les mêmes turpitudes pourra sans doute leur venir en aide…

Scénariste : BUSQUET Josep / Coloriste : XÖUL Alex / Illustrateur : XÖUL Alex

Série : DES GENS ORDINAIRES / Collection : HORS COLLECTION / Date de parution : 21/03/2018 / ISBN : 978-2-7560-5262-5 /

Une jeunesse de Marcel Proust. Evelyne Bloch-Dano

Dans « Une jeunesse de Marcel Proust » Evelyne Bloch-Dano nous invite à revisiter la vie et l’entourage de Marcel Proust, pour comprendre ce qui a fait de cet auteur un écrivain aussi singulier.

Domi_C_Lire_une_jeunese_de_marcel_proust_blochdano.jpgTout un chacun, ou presque, connait ou a entendu parler du questionnaire de Proust, rendu célèbre dans les années 90 par Bernard Pivot qui terminait ses émissions Bouillon de culture en posant à ses invités quelques questions légèrement remaniées. C’est André Maurois qui évoque le premier ce document et qui suggère à l’éditeur Léonce Peillard de le soumettre à quelques auteurs. Fort de ce nouveau succès, l’éditeur publie « Cent écrivains répondent au questionnaire de Marcel Proust » à la fin des années 60.

Alors direz-vous, pourquoi Proust a-t-il inventé ce questionnaire et dans quel but ? Eh bien tout simplement il ne l’a jamais inventé ! Il est avant tout l’un des multiples répondants au questionnaire qui arrive de Grande Bretagne et qui sert à dévoiler sa personnalité et ses aspirations, questionnaire que posait Antoinette Faure, la dernière des filles du président Félix Faure à son entourage. Cette dernière compile dans son cahier les réponses de ses divers amis et relations.

La première fois qu’il y répond, le jeune Marcel est âgé de 16 ans environ, il se pliera à l’exercice une nouvelle fois quelques années plus tard, sans doute âgé alors de 23 ans. Point de départ pour Evelyne Bloch-Dano à l’écriture de ce livre – car il ne s’agit pas ici un roman, mais bien une étude – autour de la personnalité et étude sociologique de l’époque, de l’entourage, de l’auteur d’à la recherche du temps perdu.
A partir des réponses et des personnalités diverses des répondants, Évelyne Bloch-Dano va faire une étude sociologique de la société de l’époque. La famille Faure, ses relations avec les parents et le jeune Marcel. Partagée entre Paris et le Havre, ces jeunes gens vont connaitre les enfances heureuses de nantis, dans cette bourgeoisie élitiste de la société française de la fin des années 1880.

L’auteur analyse les différentes réponses, prétexte à mieux comprendre cette éducation, si différente selon qu’elle s’adresse aux filles ou aux garçons. L’éducation des filles n’a qu’un but, les préparer au mariage, celle des garçons d’en faire des hommes soutien de famille. Tout cela transparait dans les réponses. Mais émergent également les éléments de la mémoire d’un pays, car la guerre de 70 n’est pas loin. Image d’une société, d’habitudes, de culture entre autre, par les noms cités, artistes, écrivains, personnages mythiques ou réels auxquels on souhaite s’identifier, envie forte pour les filles de devenir des hommes, démontrent ces différences et ces attentes.
Mais également, et peut-être un peu tard, ou du moins par rapport au titre du livre qui m’a fait attendre plus d’informations de ce côté-là, l’auteur étudie la personnalité de Marcel Proust, sa relation à sa mère, à l’école, à l’écriture, aux jeunes garçons qui l’entourent et dont il se sent proche.

S’il est un peu trop long et parfois dense à mon goût, ce livre a cependant l’immense avantage de décortiquer la société française de la fin des années1880. Dense, documenté, éclectique l’auteur nous présente un instantané qui dépeint la société avec une vision large, enfants ou parents, bourgeois ou politiques, parisiens ou provinciaux, dans les écoles ou pendant les loisirs, tout est analysé et détaillé avec une érudition qui comblera les plus exigeants.

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Catalogue éditeur : Stock

Qui n’a jamais entendu parler du questionnaire de Proust ?
Les réponses de l’écrivain ont traversé le temps et fait le tour  du monde. On a oublié qu’elles provenaient d’un album  intitulé Confessions, appartenant à Antoinette Faure, la fille  du futur président de la République.
En participant à ce jeu de société à la mode, Marcel Proust  ne se doutait pas qu’il livrerait des indices sur l’adolescent  qu’il était. Ses réponses ont été commentées. Mais jamais  contextualisées ou comparées. Jamais datées avec exactitude.
De Gilberte aux Champs-Élysées à la petite bande d’Albertine  et des jeunes filles en fleurs, quelles traces ont-elles laissées  dans son œuvre ?
Évelyne Bloch-Dano a mené l’enquête. Elle est parvenue  à identifier les autres amis de l’album d’Antoinette. C’est  alors tout un monde qui a surgi, celui des jeunes filles de la  bourgeoisie de la Belle Époque. Quelques garçons aussi. À travers leurs goûts, leurs rêves, s’est dégagé le portrait d’une  génération. Celle de Marcel Proust.

Parution : 20/09/2017 / 304 pages / Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234075696 /  Prix : 19.50 €

 

Douces déroutes. Yanick Lahens

« Douces déroutes », le nouveau roman de Yanick Lahens nous entraine à Port-au-Prince, là où beauté et misère se côtoient, là où violence et pauvreté évoluent dans un ballet sans cesse renouvelé.

Domi_C_Lire_douces_deroutes_yanick_lhens.jpgFrancis, un jeune journaliste français, vient d’arriver en Haïti lorsqu’il entend le soir de son arrivée, dans le resto-bar le Korosol, la voix intense de Brune, la chanteuse au charme magnétique. Il tombe sous le charme.
Le juge Berthier, qui n’est autre que le père de Brune, peut-être un des rares de son métier à être resté totalement intègre malgré les risques, vient d’être assassiné. Brune tente de continuer sa route malgré la douleur, le choc, la soif de comprendre. Cependant elle ne se résigne pas, malgré les conseils que lui prodigue son petit ami Cyprien, par ailleurs ancien élève de son père. Elle reprend pied peu à peu, mais tente de comprendre, de savoir pourquoi cet homme qui lui a tout appris – la musique, l’amour, l’exigence – est mort de façon aussi violente..

Elle est aidée en cela par Pierre, son oncle. Lui aussi vit en marge de la société haïtienne, il a d’ailleurs dû s’exiler pendant de nombreuses années, car son homosexualité présentait un risque autant pour lui autant que pour sa famille. Alors même si tout leur dit que cette enquête est vouée à l’échec, que la vérité ne pourra pas émerger des bas-fonds ou du mystère, de l’horreur ou de la misère, chacun tente de comprendre pour se reconstruire. Ils sont assistés et soutenus par un cercle d’amis, proches et fidèles.

Cette enquête, et ses personnages arrivant de milieux si différents aux caractères bien trempés, sont un alibi parfait pour l’auteur qui va nous faire découvrir la face cachée de cette ile qui n’est ni paradisiaque ni horrible, mais bien un mélange subtil de tout cela. Là où semblent régner corruption et misère, pauvreté et solitude, l’auteur distille peu à peu les raisons sordides qui ont mené au meurtre, dissèque les relations entre ceux qui, intègres ou voyous, côtoient pour le meilleur et pour le pire ceux qui ont réussi. Dans Port-au-Prince, le poumon de l’ile, chacun  cherche un nouveau souffle pour sortir de la pauvreté, dans ce paysage qui n’est ni idyllique, ni catastrophique, et dont le lecteur sent toute l’énergie et le souffle bouillonnants de vitalité.

J’ai découvert une écriture imagée, ciselée, vivante, et un auteur dont le succès n’est plus à démontrer. Entre roman noir et polar, ces « Douces déroutes » surprennent le lecteur par les émotions qu’elles suscitent, par l’ambiance qui s’en dégage, les sentiments qu’elles dissèquent subtilement. Ici Port-au-Prince devient l’un des personnages principaux de l’intrigue, dévoilant partiellement ses mystères et ses secrets les plus sombres, ville capitale dont le système politico-économique semble fortement gangrené par la corruption et la criminalité. Sous les mots de Yanick Lahens, la ville grouille, la ville vit, la ville meurt.

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Pour découvrir Haïti autrement, lire le roman de Louis-Philippe Dalembert Avant que les ombres s’effacent (chez Sabine Wespieser éditeur)


Catalogue éditeur : Sabine Wespieser

À Port-au-Prince, la violence n’est jamais totale. Elle trouve son pendant dans une « douceur suraiguë », douceur qui submerge Francis, un journaliste français, un soir au Korosòl Resto-Bar, quand s’élève la voix cassée et profonde de la chanteuse, Brune.
Le père de Brune, le juge Berthier, a été assassiné, coupable d’être resté intègre dans la ville où tout s’achète. À l’annonce de la mort de ce père qui lui a appris à « ne jamais souiller son regard », la raison de sa fille a manqué basculer. Six mois après cette disparition, tout son être refuse encore de consentir à la résignation.
Son oncle Pierre n’a pas non plus renoncé à élucider ce crime toujours impuni. Après de longues années passées à l’étranger, où ses parents l’avaient envoyé très jeune – l’homosexualité n’était pas bien vue dans la petite bourgeoisie –, il vit reclus dans sa maison, heureux de rassembler ses amis autour de sa table les samedis.
Aux côtés de Brune et de Pierre ; d’Ézéchiel, le poète déterminé à échapper à son quartier misérable ; de Nerline, militante des droits des femmes ; de Waner, non-violent convaincu ; de Ronny l’Américain, chez lui en Haïti comme dans une seconde patrie, et de Francis, Yanick Lahens nous entraîne dans une intrigue haletante. Au rythme d’une écriture rapide, électrique, syncopée, comme nourrissant sa puissance des entrailles de la ville, elle dévoile peu à peu, avec une bouleversante tendresse, l’intimité de chacun. Tout en douceur, elle les accompagne vers l’inévitable déroute de leur condition d’êtres humains. Russell Banks l’affirme dans sa préface à l’édition américaine de Bain de lune : « Ce qui est indéniablement vrai des personnages de Lahens l’est indéniablement pour chacun d’entre nous. »

Disponible en librairie au prix de 19 €, 232 p / ISBN : 978-2-84805-280-9 / Date de parution : Janvier 2018

La serpe. Philippe Jaenada

Vous aimez les enquêtes ? Vous aimez être surpris, amusé, emporté, bousculé dans vos certitudes, alors ce roman est pour vous. Lisez « La serpe » de Philippe Jeanada.

DomiCLire_la_serpe_philippe_jaenadaLa Serpe, j’ai envie d’y mettre une majuscule alors qu’en général je suis plutôt fâchée avec, tant ce roman m’a impressionnée, fait rire aux éclats, bouleversée, amusée. Merci monsieur Jaenada, Philippe (ou Phlipppe  on ne sait plus) oui, parce qu’il nous fait aussi flipper parfois, le Phlipppe, c’est sûr.

Alors bien sûr il y a l’intrigue, la base, le sujet proprement dit. Ou du moins la révélation par un copain de maternelle – enfin oui, vous savez bien, quand on va chercher nos loulous devant l’école et qu’on bavarde avec les papas de leurs copains qui deviennent des amis et tout et tout- donc le sujet c’est Henri Girard, le grand père, et c’est Emmanuel qui le confie à l’auteur, en lui disant qu’il devrait se pencher sur le cas de ce grand-père totalement atypique, qui a connu l’occupation, puis bourlingué en Amérique du sud, en est revenu avec un roman « Le salaire de la peur » écrit sous le nom de George Arnaud – dont nous avons tous vu au moins une fois le film avec un inoubliable Montant secondé par Lino Ventura. Enfin, moi c’est du camion dont je me souviens, et de la pétoche de le voir exploser tout au long du film – a eu de nombreux mariages et vécu des vies multiples et trépidantes, au service des autres en particulier.

Donc George Arnaud est un bourlingueur, aventurier, homme au grand cœur pourfendeur des causes impossibles, mais était dans sa jeunesse un homme pas facile, capricieux, violent, méprisant. Il a fait les 400 coups, dépensé sans compter l’argent de papa, soutiré tout ce qu’il pouvait à sa tante, abusé sans vergogne de la bonté de toute la famille, marié par erreur, juste pour prouver à papa qu’il pouvait s’opposer à ses volontés ou ses conseils. Bref, un petit morveux impossible et très peu recommandable. Et cerise sur le gâteau, ce jeune homme est accusé en 1941 d’avoir sauvagement assassiné à coups de serpe son père, sa tante, la bonne, de façon violente, un véritable massacre, dont il est bien étrangement le seul rescapé, dans ce château du Périgord fermé de l’intérieur. Enquête, bâclée sans doute, puisque le coupable est tellement évident… Procès, et coup de Trafalgar, acquittement, changement complet de vie pour Henri Girard, celui qui aura donc vécu des vies multiples sans que jamais la lumière ne soit faite sur l’affaire qui a changé sa vie.

Pas la peine d’en dire plus, à vous de lire, parce qu’il n’y a qu’en le lisant que vous saurez vous aussi. Car Philippe Jeanada est bel et bien parti enquêter sur Henri Girard, ce grand père intriguant. On l’imagine tout à fait avec ses accessoires à la Sherlock Holmes, un peu plus moderne sans doute (quoi que, la Mériva, elle a un voyant qui passe au rouge quand même ! ). Pendant de longs jours, des mois sans doute, il mène une enquête minutieuse, remonte les pistes, explore les méandres de plusieurs vies et les archives de la France sous l’occupation, s’embarque dans les sentiers comme dans les impasses, ne laisse aucun indice de côté, aucun interrogatoire, chaque mot est pesé, analysé, comparé. Du coup on souhaiterait presque que l’auteur reprenne le service des cold case de notre police tant son enquête est dense et exhaustive. Analyse précise qui explore la vie, les sentiments de ce jeune homme mal dans son époque, certainement incompris, et que l’auteur nous montre sous toutes ses facettes, celles qu’on lui a prêté, et ce qu’il était sans doute au plus profond. C’est presque à je t’aime moi non plus qu’il nous fait jouer avec son personnage tant il est complexe.

On est loin du thriller classique, et ce roman est un véritable régal. j’avoue, je n’ai pas encore osé lire La petite femelle, impressionnée par la taille de ce pavé qui est toujours sur ma PAL, mais ne devrait plus y rester trop longtemps. Du coup, je découvre avec La serpe le style et l’écriture de l’auteur, et j’adore tout simplement. La narration, l’enquête, l’humour détonnant et décapant, le côté je me prend pas au sérieux, et pourtant vous voyez bien, forcément, à quel point je le suis. Car l’auteur vous embarque dans sa vie (ou dans sa représentation romanesque, mais là qu’importe si c’est véridique ou pas) et pas seulement dans son roman, dans son vécu, chaque jour, on part avec lui au restau, dans la voiture, en famille, on voit le foulard de soie d’Anne-Catherine, la tendresse d’un père pour son fils Ernest, un couple au restaurant, l’hôtesse de l’hôtel, tout y est, c’est dense, précis, et en même temps, on rigole, non, on éclate de rire parfois (si, vous verrez, quand le copain pupuce se réveille, la nuit ! extraordinaire, non  ?), puis on attend, on craint aussi, on espère, on cherche à comprendre, mais où va-t-il, enfin, voyons, il va nous perdre dans son tunnel ! Et il y arrive, il nous trouble, on se laisse emporter par sa faconde, son style, son enquête, ses mots, un régal que je ne peux que vous conseiller. Et surtout ne faites pas comme moi, même si parfois on voudrait qu’il y ait un peu moins de pages, ne vous laissez pas impressionner par sa taille, allez-y, foncez, car le plaisir de le lire est totalement proportionnel au nombre de pages !

Et si ce roman ne reçoit aucun prix littéraire, alors là je n’y comprends rien, mais je suis certaine qu’il emportera la faveur de ses lecteurs. Et moi en fermant la dernière page, j’avoue, je n’étais pas loin d’aller me verser un petit whisky en allant relire tout le club des cinq.

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Catalogue éditeur : Julliard

Un matin d’octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n’est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l’unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l’arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d’un procès retentissant (et trouble par certains aspects), il est acquitté et l’enquête abandonnée. Alors que l’opinion publique reste convaincue de sa culpabilité, Henri s’exile au Venezuela. Il rentre en France en 1950 avec le manuscrit du Salaire de la peur, écrit sous le pseudonyme de Georges Arnaud.

Jamais le mystère du triple assassinat du château d’Escoire ne sera élucidé, laissant planer autour d’Henri Girard, jusqu’à la fin de sa vie (qui fut complexe, bouillonnante, exemplaire à bien des égards), un halo noir et sulfureux. Jamais, jusqu’à ce qu’un écrivain têtu et minutieux s’en mêle…

Un fait divers aussi diabolique, un personnage aussi ambigu qu’Henri Girard ne pouvaient laisser Philippe Jaenada indifférent. Enfilant le costume de l’inspecteur amateur (complètement loufoque, mais plus sagace qu’il n’y paraît), il s’est plongé dans les archives, a reconstitué l’enquête et déniché les indices les plus ténus pour nous livrer ce récit haletant dont l’issue pourrait bien résoudre une énigme vieille de soixante-quinze ans.

Parution : 17 Août 2017 / Format : 140 x 225 mm / Nombre de pages : 648 / Prix : 23,00 € / ISBN : 2-260-02939-6

Ressentiments distingués. Christophe Carlier

Si l’on reçoit généralement l’assurance de quelques sentiments distingués, ici tout le sens de ces « Ressentiments distingués » apparait au fil des pages du court roman de Christophe Carlier.

DomiCLire_ressentiments_distinguesSur une ile isolée de Bretagne, quelques habitants vivent depuis longtemps en bonne intelligence. Le facteur est le fil qui les relient entre eux et qui apporte les nouvelles du continent. Sans relâche, quel que soit le temps qu’il fait, il apporte à chacun son courrier. Jusqu’au jour où, oiseau de mauvais augure, il s’avère qu’il apporte dans sa besace de facteur innocent une lettre du corbeau.

Mais oui, du corbeau ! Oh, un corbeau pas trop méchant, qui fait juste émerger quelques défauts, rancœurs, jalousies, travers, dans les quelques lignes qu’il adresse à chacun. Car tous ou presque finissent par recevoir un courrier. Mais de qui, et surtout pourquoi ? Qui peut en vouloir aux bonnes âmes du village, de l’ile, à ces plus ou moins jeunes qui vivent là depuis si longtemps et qui n’ont jamais créé de vague ou de conflit.

Mais qui ? Oui, qui peut bien être ce corbeau ? Chacun s’interroge, parle, commente. Les boites aux lettres se transforment en objet menaçant et vengeur, les sentiments s’exacerbent, les tensions se réveillent, les apprentis enquêteurs tentent de comprendre, de trouver qui est le coupable de ces perturbations qui transforment cette petite ile en enfer. Mais jusqu’où ira-t-il, que cherche-t-il, et surtout pourquoi ?

Christophe Carlier décrit la vie sur ce microcosme qu’est une ile avec beaucoup de subtilité et de finesse, analysant les comportements, les silences, les rancœurs, pour le plus grand plaisir du lecteur. Le roman est composé de courts chapitres, de nombreux paragraphes qui permettent de bien situer les personnages, de savoir qui parle ou de qui on parle, de suivre et de comprendre, sans toutefois en dévoiler trop, pour mener le lecteur stupéfait jusqu’à la dernière page.

Retrouvez aussi la chronique de Nicole du blog MotspourMots ici


Catalogue éditeur : éditions Phébus

Sur l’île, le facteur ne distribue plus de lettres d’amour. Mais des missives anonymes et malveillantes qui salissent les boîtes aux lettres.
Un corbeau avive les susceptibilités, fait grincer les armoires où l’on cache les secrets. Serait-ce Tommy, le benêt ? Irène, la solitaire ? Ou bien Adèle qui goûte tant les querelles ? Ou encore Émilie, Marie-Lucie ou Félicien ? Bien vite, les soupçons alimentent toutes les conversations. Et l’inquiétude s’accroît. Jusqu’où ira cet oiseau maléfique ?

Avec L’assassin à la pomme verte, Christophe Carlier avait séduit les amateurs de polars sophistiqués. Il nous offre ici une réjouissante histoire de rancœurs, pleine de sel et vent.

ISBN 978-2-7529-1083-7 / Date de parution : 12/01/2017 / Format : 14 x 20,5 cm, 176 p., 16,00 EUR €

Rencontre avec Olivier Norek

Retour sur une superbe rencontre avec Olivier Norek, le 13 mai, avec Lecteurs.com autour de son roman Surtensions

Olivier Norek et Emmanuel Grand sont venus parler polar avec lecteurs.com. j’ai pris un grand plaisir à cette rencontre absolument passionnante. Avec quelques notes,  j’essaie de restituer l’atmosphère des échanges, qui permet de mieux comprendre toute la complexité du travail d’un écrivain.
Olivier Norek a travaillé sur Engrenage pour Canal+. Bientôt sur une série à la télé pour adapter Victor Coste, avec Yves Régnier. Il a également travaillé au scénario de « Flic tout simplement » adapté du livre de Martine Monteil, et réalisé avec Régnier, qui est aussi le commissaire Moulin (et donc quelque part flic depuis plus longtemps qu’Olivier !) Et je dois avouer que cette adaptation est juste géniale, avec un superbe jeu d’actrice de Mathilde Ségnier qui se révèle plus vraie que la vraie Martine Monteil dans ce téléfilm, réaliste et criant de vérité alors que le livre est à mon avis plutôt décevant dans son écriture.

Olivier, quand vous écrivez des romans policiers, est-ce basé sur des histoires vécues ? Il y a un peu de mon quotidien de flic dans le 93. En fait les enquêtes les plus folles, les plus sordides les plus cocasses, je les ai mixées dans mes trois romans. Les enquêtes n’existent pas mais les faits sont réels. J’écris avec 95% de réalité, 5% d’histoire d’amour !

Comment travaillez-vous pour écrire un roman ?
Comme j’enquête. Entouré d’experts, de professionnels, en fonction du sujet à traiter je vais voir, je dois connaître. Territoires : collusions entre mairies et délinquants, certains maire, travaillent avec = achat de la paix sociale. Adjoints au maire, maires, devenus les indics du roman.
Dans Surtension, il y a une évasion, donc besoin de l’aide de surveillants, de directeurs de prisons, qui expliquent comment ça se passe dans la vraie vie. Car envie de monter la pauvreté de la justice, du TGI de Bobigny en tout cas. Dans le roman il va y avoir un braquage de la salle de scellés du tribunal de Bobigny, l’auteur avait donc besoin « d’indic » à l’intérieur du TGI pour monter un braquage plausible.
Il y a tout d’abord une grosse période de prise d’information, puis un mur à la maison, d’enquêteur ? De serial killeur ? Avec des fils, des points d’interrogation, des photos, j’explose mon cerveau contre mon mur : il y a tout ce que je veux dans mon livre, à moi de faire les liens, d’en faire ce que je veux pour que tout se passe comme je veux. j’écris sans arrêt des idées, des scènes, dans des calepins.
Un livre est construit comme Colombo, le lecteur a beaucoup d’infos au début. L’important est de savoir comment le flic va y arriver. Dans Surtension, 5 enquêtes se percutent. Sans dévoiler le spoiler, c’est des personnages qui vont être amenés à leur point de surtension et donc à leur point de rupture.

Si vous êtes en danger de mort, ou si vos proches sont en danger de mort, une sorte de voile blanc va apparaitre. Quelle est votre personnalité, comment allez-vous réagir ? Une partie de cette personnalité est cachée en nous. Javais envie de voir comment le personnage va réagir s’il est porté à son point de rupture. Quelle est cette animalité qui sort de vous ?

Pas besoin de meurtre dans un polar : dans Territoire l’auteur évoque le « braquage de l’état », dans Surtension, une évasion de prison. C’est d’abord l’histoire d’une jeune femme, alexandra, à la tête d’une équipe de braqueur de bijouteries. Elle a accepté que son petit frère Nano participe à un braquage, mais il se fait arrêter. Il est incarcéré à Marveil, la prison la plus dangereuse de France (entièrement sortie de l’imagination de l’auteur). C’est un jeune homme tout fin et fragile comme une bulle de savon, il devient fou, il est en danger de mort. Alex veut mettre en place son évasion. Pour ça elle devra également faire en sorte que quatre autres criminels soient libérés. Le flic va devoir enquêter sur ces cinq enquêtes, en pensant qu’elles sont séparées mais elles vont se rejoindre à la fin !

Violence du monde pénitentiaire. La violence rappelle les films d’Audiard. Dans Surtensions, Il va falloir qu’Alexandra fasse libérer son frère, elle y est obligée, et en plus c’est un avocat qui lui demande de le faire. Olivier Norek, vous n‘êtes pas en amour avec les avocats ??
Pas toujours ! Je m’explique, avec certains, c’est facile bien sûr. Mais quand on est flic, on est une équipe qui essaie de se rapprocher le plus possible de la vérité pour qu’un jury puisse prendre sa décision. Le flic va trouver les preuves pour amener le mis en cause devant la justice, ensuite les jurés et les juges vont devoir s’approcher le plus possible de la vérité pour prendre la bonne décision, et à côté, dans la même salle de tribunal, il y a l’avocat, et s’il a une information qui mettrait en cause son client, qui prouverait qu’il est coupable, il n’est pas obligé de la donner à la justice ! Tout le monde doit le faire, sauf l’avocat. Alors on peut se demander pourquoi c’est le seul de l’équipe qui peut ne pas dire la vérité !

Les personnages : ils sont récurrents pour pouvoir les suivre enquête après enquête et les voir évoluer. Pour leur donner une épaisseur, Olivier Norek écrit des nouvelles sur les personnages (qui ne font pas partie du livre et destinées à lui seul) :
Avant même de commencer le livre je sais comment ils évoluent, parlent, sont habillés, ils ont déjà une énorme personnalité. Au bout de trois romans, je les ai suivis, je leur parle, d’ailleurs je dis tout haut leurs dialogues pour voir s’ils sont réalistes, s’ils prennent vie ! Je pousse même le truc encore plus loin, ils vont prendre vie avec des acteurs puisqu’ils vont être adaptés en série à la télé ! ».

Mon père m’a forcé à lire, je l’en remercie ! Moi j’étais plutôt attiré par les séries. Et d’ailleurs, dans les séries, j’aime bien le concept du héros récurrent qui revient et évolue au fil des saisons : première saison, pas la peine de faire tomber amoureux son héros, on n’a pas encore assez d’empathie pour lui ! Du coup il faut créer une enquête ultra forte. Elle peut être un peu moins forte dans le deuxième, et encore moins dans le troisième, parce que là on a juste envie de retrouver les personnages et même de les voir tomber amoureux, et ce même si l’enquête est un peu moins prégnante. Bon, elles ont toujours beaucoup d’importance dans les trois romans par contre. Dans toutes les séries, c’est comme ça. On aime retrouver ses personnages, bien les connaitre, pour pouvoir les égratigner aux saisons suivantes. Ici, dans Surtension, troisième opus de la trilogie, je peux égratigner mon héros, et d’ailleurs à la première page on sait qu’il va être malmené. On sait que quelqu’un va mourir. Coste est chez la psy police… « C’est un membre de mon équipe, j’en suis responsable, c’est comme si je l’avais fait ».

Il y a dont comme un besoin de castagner son personnage ! Victor est très vulnérable, dans Surtensions, il se pose beaucoup de questions. Est-ce ainsi dans la vraie vie, peut-on craindre une sorte de porosité qui fait que sa carapace de protection ne marche plus ? Dans la vraie vie, c’est comme je le fais dire à mes personnages, je le mets dans la bouche de mon flic : « c’est pas tes proches, c’est pas ta peine » ; Il ne faut pas être une éponge et ne pas ramener de fantôme à la maison, faire en sorte que ça ne nous touche pas. On peut toujours se dire « Je suis un cow-boy, je suis balaise », mais évidemment certaines fois des victimes vous font penser à quelqu’un…certaines enquêtes … comme cette fois, dans l’appartement d’une jeune fille victime, j’ai vu des livres dans sa bibliothèque, des livres que j’avais lus ! Et je me suis posé des questions, elle les a aimé ces livres ? C’était top pour moi : vite, faire trois pas en arrière ! Dès le départ, trop de contact, de rapprochement. Ce genre de chose arrive avec des victimes qui vous touchent, des enfants, des jeunes personnes… je me souviendrai toute ma vie de cette enfant morte, les parents disent elle est morte il y a deux heures, je dois les consoler, je me rapproche d’eux dans leur malheur et là le médecin dit, non, pas possible au moins dix heures ! Et je me rends compte que je réconforte des gens qui me mentent : les victimes peuvent avoir un brin d’auteur, les auteurs un brin de victime. S’impliquer le moins possible, un flic est un outil, il peut diriger les victimes vers l’appareil dédié qui peut leur répondre. Il ne fait pas interférer pour ne pas parasiter l’enquête. Heureusement, l’enquête de trop je ne l’ai pas eue ! J’ai eu et vu des choses terribles, mais après un parcours de missions humanitaires, pour trouver ma place. Je trouve ma place dans le regard des autres, après Guyane, Balkans, l’ex-Yougoslavie, et le 93 !

Une femme criminelle : la police sait-elle gérer, ou au contraire est-elle mal à l’aise ?
Étonnant, surprenant cette question ! Il me semble que c’est pareil que ce soit un homme ou une femme. Le plus compliqué c’est quand une femme est victime, car il n’est pas simple pour elle de raconter une agression à un homme, elle peut préférer s’adresser à des femmes et c’est normal. Un criminel homme ou femme, c’est égal. Dans le livre, c’est la femme qui est chef de bande. Dans Territoire, c’est aussi une femme, la mère, qui est responsable. J’avais envie d’enlever un peu de testostérone à mes personnages. Même si elle va passer à l’acte, il y a un peu plus de délicatesse. Et l’envie de surprendre le lecteur qui ne s’attend pas à la voir réagir comme un homme au moment d’aller au conflit. La criminelle femme m’intéressait car on la voit peu.

Transformer un roman en série : s’impliquer dans le scénario, faire partie du projet ! 1800 polars par an, il faut arriver à sortir du lot !
Pour ça, il faut aussi sortir du cliché du policier qui carbure au whisky, pourquoi pas à la cocaïne et une petit copine prostituée. Mon personnage c’est le 93, fournisseur officiel de clichés depuis près de 30 ans ! Les seules choses qu’on en sait : multiculturel, délinquance, criminalité, il ne faut pas y vivre ! Sauf que moi j’y vis, et j’ai découvert un département ultra jeune, avec un avenir certain avec le grand Paris, je suis amoureux de ce département laboratoire que je préfère à un département musée comme paris. C’est un département que je considère comme une enfant turbulent, sortir et les flics et le 93 de cette série de clichés, donc pas envie que les jeunes soient tous des jeunes à capuche et les flics aigris, vieillis, cabossés torturés. J’espère mener le combat du cliché et des années 80 !!

Il faut faire attention quand on écrit un scénario : par exemple si je prévois de faire une interpellation dans le Thalys gare du nord, ok, mais alors on a dépensé tout le budget de la saison ! On ne peut plus rien faire. Un auteur peut tout faire, faire exploser un hélicoptère, réquisitionner une gare, il a juste besoin d’un stylo. Et puis il y a les diffuseurs, et leurs filtres, maitres à bord et qui modifient certaines scènes. Par exemple, pour Code 93, il faut enlever des meurtres et orienter davantage vers la partie politique, c’est un autre projet, une autre histoire, des personnages s’en vont, d’autres arrivent, on coupe des scènes. Même si c’est votre préférée, il faut le faire. C’est une torture agréable mais ça n’est plus jamais le livre qu’on a écrit ! Et si vous dites « mais j’ai préféré le livre » : bien évidemment, ce n’est pas du tout la même chose !!

Un grand merci à Oliver Norek pour son dynamisme et sa disponibilité !

Retrouvez mes chroniques de :

 

 

Tuez qui vous voulez. Olivier Barde-Cabuçon

« Tuez qui vous voulez » cette nouvelle enquête du commissaire aux morts étrange d’Olivier Barde-Cabuçon nous entraine dans le Paris de Louis XV

Tuez qui vous voulez (Babel noir)Le chevalier de Volnay, commissaire aux morts étranges, sévit dans un Paris que nous ne rêverions vraiment pas de connaître, tant ses rues sont mal famées, peuplées de gredins détrousseurs de bonnes gens et beaux messieurs, de prostituées en mal de clients, ou de gamins mendiants pour subsister.
Dans ce nouvel épisode, le commissaire doit élucider trois meurtres mystérieux, le dernier survenu pendant la fête du grand feu d’artifice donné par le roi à son bon peuple. En quelques jours, trois hommes sont retrouvés morts, gorge tranchée, langue coupée. L’enquête mène Volnay sur de nombreuses pistes. De la fête des Fous interdite par le roi, aux appelants et convulsionnaires, influencés par les idées jansénistes et calvinistes, subissant de leur plein grès coups et crucifixions pour endurer les souffrances du christ qu’ils vénèrent à leur façon, et qui, bien que ce soit interdit, continuent leurs pratiques dans des endroits tenus secrets ; puis du chevalier d’Éon, secrétaire d’ambassade à la cour de Russie et de retour à Paris pour quelques jours, au « Secret du roi » ; enfin, des instructions de Sartine, à celles de Choiseul, les pistes et les directives sont peut-être un peu trop nombreuses et finissent par noyer quelque peu l’intérêt et l’intrigue policière. Même si on s’y laisse prendre malgré tout, surtout lorsqu’on aime découvrir cette période de l’histoire.

Et surtout c’est un régal de découvrir la ville, ses habitants, ses usages, sous la plume excellente et érudite de cet auteur, bourgeois, mendiants, cafés mal famés ou café Procope, rues désertes la nuit, mais peuplées de gredins qui veillent, « mouche » espions, tous prennent vie. Comme dans tous les romans d’olivier Barde-Cabuçon, chaque piste, chaque élément est prétexte à nous instiller, par la voix et les mots toujours très érudits du moine défroqué, père du commissaire aux morts étranges, un grand nombre d’éléments historiques toujours intéressants. Dans celui-ci, les personnages s’étoffent, prennent vie, le commissaire aurait-il enfin quelques sentiments, son moine de père est-il quelque peu mélancolique, lui si solide ? Des hommes à suivre, assurément, dans ce Paris de 1759 qui foisonne d’intrigue et de mystère.


Catalogue éditeur : Actes Sud Babel Noir

Trois hommes sont retrouvés égorgés et la langue arrachée avant la Noël à Paris. Au même moment, des inconnus veulent ressusciter la fête des Fous, des convulsionnaires se roulent sur le sol des églises et une jeune fille pousse des cris d’oiseau. Mais que vient faire là-dedans le mystérieux chevalier d’Éon, peut-être membre du Secret du roi ? En quelques jours, l’ordre social paraît s’inverser et même le moine semble gagné par la folie ambiante. Le commissaire aux morts étranges, lui, garde la tête froide et mène l’enquête.

Babel / Babel Noir / Janvier, 2016 / 11,0 x 17,6 / 400 pages
ISBN 978-2-330-05870-8 / prix indicatif : 8, 90€ / Babel noir n° 150

Les enquêtes d’Enola Holmes. Tome 1, la double disparition. Serena Blasco

Au salon du polar de Montigny-Lès-Cormeilles, j’ai eu le plaisir de rencontrer Serena Blasco qui présentait le premier tome en BD de l’adaptation des aventures d’Enola Holmes.

Domi_C_Lire_les_enquetes_d_enola_holmes_serena_blasco.jpgJ’ai trouvé ses dédicaces tellement jolies, et ses dessins d’Enola Holmes, que j’ai eu envie d’en offrir un, à lire à partir de 12 ans ! Bien m’en a pris, c’est joliment dessiné, avec un graphisme et des couleurs agréables, qui donnent un air suranné à la BD, tout en la laissant évoluer avec aisance. Nous voilà embarqués dans cette époque pas si lointaine où passé un certain âge les jeunes filles devaient porter une jupe longue et un corset, pour se conformer aux codes de la morale et pouvoir faire leur entrée dans le monde.

Pourtant, Enola n’a pas une enfance classique. Elle est élevée par sa mère dans un manoir à la campagne. Cette mère, artiste et veuve, disparait mystérieusement le jour des quatorze ans d’Enola. L’on découvre alors que ses frères ne sont pas moins que le célèbre Sherlock Holmes et Mycroft, frère plus âgé  faisant office de tuteur depuis la disparition de leur père. Appelant ses frères à l’aide pour qu’ils découvrent ce qu’elle est devenue, et devant leur incapacité à résoudre l’affaire de cette disparition, Enola va enquêter elle-même. De belles péripéties vont ponctuer ses recherches, ingénieuse, courageuse, déterminée, elle va tout tenter pour retrouver cette mère si peu commune. Imaginative et intrépide, son enquête va la mener vers de nouvelles aventures.

C’est joli, il y a un peu de mystère, un jeu de piste, un code à découvrir, le langage des fleurs à comprendre pour avancer, tout ce qui peut donner envie de continuer l’aventure avec Enola. Mais là il faudra attendre le prochain opus !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Jungle

Quand Enola Holmes, sœur cadette du célèbre détective Sherlock Holmes, découvre que sa mère a disparu le jour de son anniversaire, en ne lui laissant pour mot qu’un recueil sur les fleurs, et un carnet de messages codés, elle se met rapidement à sa recherche.
Elle va devoir recourir à son sens de la débrouille, ainsi qu’à d’ingénieuses techniques de déguisement afin de fuir le manoir familial …
Enola arrivera-t-elle à s’en sortir seule, et continuer de suivre la piste de sa mère tout en échappant à ses deux frères ??
 
L’adaptation des romans de Nancy Springer

23 Septembre 2015 / ISBN 9782822211284 / Format 230 x 310 mm / Pages 56 / Prix 12€