Les parapluies d’Erick Satie. Stéphanie Kalfon

Erick Satie, précurseur au génie incompris, rejeté par les musiciens de son temps, revit sous la plume vive et envolée de Stéphanie Kalfon.

DomiCLire_les_parapluies_d_erik_satie.jpgDécidément on parle beaucoup d’Erik Satie depuis quelques mois, d’abord dans le superbe roman de Jean-Paul Delfino Les pêcheurs d’étoiles (éditions le Passage) ou évoqué plus brièvement dans la BD  Jacques Prévert n’est pas un poète.

Si l’on connait le nom d’Erik Satie, on connait souvent beaucoup moins bien la vie de ce musicien avant-gardiste, « égaré » dans son siècle, largement méprisé et incompris de son époque, le malheur souvent de tous ceux qui sont en avance sur leur temps, qui ont une forme de génie qui ne peut être comprise par leurs pairs, qui sont trop différents, trop novateurs.

Et le lecteur de découvrir un homme génial, qui rejette la musique et la création de son époque, cherchant à inventer un autre rythme, une autre musicalité, d’autre normes que celles imposées par les messieurs rigides du conservatoire. Incompris, il ira même jusqu’à reprendre des études pour montrer qu’il peut entrer dans le moule, pour être enfin reconnu par les « sachants ». Mais aussi un homme qui fort de ses idées, de ses aspirations, ira jusqu’au bout de sa création.

Erick Satie, excentrique et sensible, à la créativité débordante mais incapable de se fondre dans le moule,  va vivre dans la misère, sans même avoir de quoi s’offrir à manger. Et lui à qui tous savaient offrir un verre mais jamais un sandwich mourra bien trop jeune d’une cirrhose, dans la solitude d’une chambre misérable. Il vivait dans une banlieue à l’époque bien éloignée de paris pour le marcheur à pied qu’il était. Ce qui l’obligeait à passer les nuits dehors, dans les cafés, les cabarets, rentrant au petit matin dans son minuscule logis, peuplé de parapluies, de pianos cassés, et de souvenirs d’une vie qui aurait dû être magnifique.

Voilà donc un roman intéressant et instructif, qui nous parle à la fois d’un homme, d’un inventeur d’une musique originale, mais aussi d’incompréhension, de règles et d’habitudes, de tout ce qui fait que la nouveauté et le génie sont parfois difficiles à accepter. Un roman au rythme aussi décalé et chantant que des notes d‘Erik Satie, aussi envolé que son génie. Malgré quelques longueurs vers la fin, il nous emporte avec cette écriture quasiment musicale. Merci aux « 68 » sans qui je n’aurai certainement pas découvert ce premier roman de Stéphanie Kalfon.

Retrouvez les chroniques de Charlotte et de Henri-Charles


Catalogue éditeur : Littérature française/Joëlle Losfeld, Gallimard  

En 1901, Erik Satie a trente-quatre ans. Sans ressources et sans avenir professionnel, il délaisse Montmartre et l’auberge du Chat Noir pour une chambre de banlieue sordide où, coincé entre deux pianos désaccordés et quatorze parapluies identiques, il boit autant, ou plus, qu’il compose. Observateur critique de ses contemporains, l’homme dépeint par Stéphanie Kalfon est aussi un créateur brillant et fantaisiste : il condamne l’absence d’originalité de la société musicale de l’époque, et son refus des règles lui vaut l’incompréhension et le rejet de ses professeurs au Conservatoire.

Parution : 02-02-2017 / 216 pages / 125 x 185 mm / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782072706349

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Les pécheurs d’étoiles. Jean-Paul Delfino

Vous venez, Jean-Paul Delfino nous entraine ! Nous sommes en 1925, vous y êtes ? Allez, on traverse Paris dans les pas d’Erik Satie et de Blaise Cendras, pour vivre avec «  Les pécheurs d’étoiles » une singulière nuit d’aventure et de découverte.

DomiCLire_les_pecheurs_detoiles_jean_paul_delfino.jpgCe sont les années folles, celles qui permettent toutes les extravagances, celles de la gaité et de l’insouciance de l’après-guerre, du foisonnement de la vie artistique, mais où parfois l’on tire le diable par la queue, pour ces artistes qui bien souvent se cherchent et dont le talent n’est pas encore reconnu par leurs pairs.

Dans Paris, en cette nuit de 1925, deux hommes passablement imbibés d’alcool vont vivre une nuit insolite. Recherchant l’aimée, l’absente, Biqui, Suzanne Valadon, pour l’un, cherchant à l’aider pour l’autre, il vont à l’aventure, puis à la rencontre d’un allumeur de réverbère, mais pas seulement. Ils partent surtout à la rencontre de ceux qui ont fait ce siècle, que ce soit Jean Cocteau, l’enfant terrible aux mœurs dissolues, Modigliani le peintre maudit, les époux Sonia et Robert Delaunay, coloristes magiciens, mais aussi Toulouse-Lautrec artiste de génie à la courte vie de débauché, ou même évoquant le souvenir de Chaplin, rencontré ou pas dans une autre vie, mais aussi sur la tombe de Guillaume de Kostrowitzky, plus connu sous le nom de Guillaume Apollinaire. Au cours de cette folle nuit d’aventure et de poursuite on ne rencontre pas seulement des hommes, on découvre aussi quelques lieux mythiques, Le Père Lachaise et quelques-unes de ses plus célèbres tombes, l’opéra Garnier et son lac souterrain ou ses greniers peuplés de petits rats surréalistes, les cabarets où boivent jusqu’à plus soif quelques Russes blancs bagarreurs, la Closerie des Lilas qui n’abrite pas encore de chanteur ou de prix littéraire, des banlieues peuplées de gitans pourvoyeurs d’animaux fantastiques ou d’armes hétéroclites.

Ça foisonne, ça fourmille, ça éclate, d’amitié, d’alcool triste et fauché, de soutien dans le désespoir et la détresse, de talent, de complicité, de créativité. Dans cette folle traversée, les rêves et les souvenirs se confrontent, les désirs et les regrets s’exacerbent, l’amitié et l’amour se révèlent.
Où l’on découvre un Erik Satie rêveur immobile, qui a pourtant parcouru à pieds en vingt-sept ans le trajet de la terre à la lune, et un Blaise Cendras qui l’accompagne en pensées lors de son tout dernier voyage. Voilà assurément un beau roman à lire, et sans doute même plusieurs fois tant il est riche et fourmille d’anecdotes et de connaissance, pour mieux en extraire toute la richesse et en ressentir toute la poésie. Et nous voilà au plus près, au plus intime de ces deux hommes dont le talent sera largement reconnu un siècle plus tard, deux légendes chacun dans sa spécialité. Quel bonheur de passer une nuit auprès d’eux, merci à Jean-Paul Delfino pour ce beau voyage dans le temps.

Pour le plaisir, quelques belles phrases :

Qu’est-ce qu’il y a ? t’as les pétoches ? Laisse-moi te dire que ça tombe mal, parce qu’on va se le faire, lui ! lui et tous ceux de sa race ! Ce soir, ça va être la saint Barthélémy des zouaves et des peignes-culs de salons ! Les dadaïstes ! Les cubistes ! Les surréalistes ! Les symbolistes ! Les modernistes ! Les futuristes ! Il va y a avoir de la viande froide d’intellos sur le pavé de Paname, crois-moi ! l’artiste va se ramasser à la petite cuillère, nom de Dieu !

– L’essentiel dans un voyage est le voyage lui-même. Jamais le but.

Je me demandais juste pourquoi elle ? Pourquoi cette Biqui-là ?
Avec la candeur d’un enfant, Erik Satie arrêta de faire tourner son parapluie pour observer son compagnon. Puis il lui répondit :
– « Mais parce que elle, précisément… »
Après un instant d’hésitation, Cendras fini par s’exclamer : « Nom de Dieu ! Je crois que tu viens de me donner la meilleure définition de l’amour que j’ai entendue de toute ma chienne de vie ! Parce que elle… »


Catalogue éditeur : Le passage

Paris, 1925. Dans le bouillonnement des années folles, deux hommes vont vivre une nuit d’exception.
À la poursuite d’une femme fantomatique et aimée, sur les traces de Jean Cocteau qui leur a volé l’argument d’un opéra, ils sillonnent la nuit parisienne, …
Ces deux hommes, dont le génie n’est pas encore reconnu, se nomment Blaise Cendrars et Erik Satie. Ensemble, ils vont se trouver et se perdre, tenter de réenchanter le monde, jusqu’au bout de la nuit.

ISBN : 978-2-84742-337-2 / Date de publication : septembre 2016 / Dimensions du livre : 14 x 20,5 cm / Prix public : 18 €