Nu avec Picasso, Enki Bilal

Passer une nuit avec Picasso, chacun en rêve, Enki Bilal l’a fait

C’est Nu avec Picasso qu’il a parcouru les salles de ce musée parisien qui rend un bel hommage à l’un des peintres les plus prolixes et novateurs de son temps. Un étonnant voyage intérieur dans les œuvres, l’imaginaire et les pensées de deux artistes.

A peine est-il entré qu’une main invisible propulse Enki Bilal dans les murs du musée Picasso, le jette sur le lit de camp dressé à son attention pour qu’il puisse se reposer pendant cette longue nuit aussi unique qu’artistique. Entouré des œuvres, dessins, sculptures du maitre, il rencontre la femme (au vase) de bronze. Elle lui parle et le pousse à entendre ses propres pulsations, son moi intérieur, ses pensées, pour entrer en communion avec Picasso. D’autres avant lui sont passés ici, Kamel Daoud, Lydie Salvayre, Adel Abdessemed et Christophe Ono-Dit-Biot ou encore Santiago Amigorena. Mais aucun n’aura vécu la même histoire, aucun n’aura senti les mêmes forces créatrices, car l’esprit du maître présent dans ses œuvres parle différemment à chacun d’entre nous.

Guernica a quitté le Museum of Modern Art (Moma) de New York le 10 septembre 1981, pour le Musée du Prado à Madrid, conformément à la volonté du peintre qui était mort huit ans plus tôt. Picasso voulait que son chef-d’œuvre rejoigne son pays natal uniquement lorsque l’Espagne serait devenue une démocratie. L’œuvre emblématique de Picasso ne quittera plus jamais le musée Reina Sofia à Madrid où elle est exposée aujourd’hui. Pourtant, cette nuit se passe pendant l’exposition Guernica du musée parisien. Enki Bilal l’évoque longuement. Ses portraits esquissés des collègues d’Hitler comme il les nomme, sont un émouvant rappel de cette période bien sombre de notre Histoire. Même en étant loin de son pays, Picasso a tenté de s’opposer à la dictature et à la guerre par le symbole, le trait, la force de ses toiles.

Tout au long de cette nuit, de Dora Maar à Goya son idole, ceux que Picasso a aimés viennent à la rencontre d’Enki Bilal, ainsi que ses œuvres ou leur évocation avec Guernica, La femme qui pleure, la femme au vase de bronze et l’assassinat de Marat par Charlotte Corday.

J’aurai tant aimé faire cette même déambulation à travers les salles, explorer les œuvres et surtout assister à la rencontre de ces deux artistes. Un plus bien agréable, les nombreux dessins d’Enki Bilal qui ponctuent les étapes de sa nuit au musée Picasso.

J’aime beaucoup cette collection Une nuit au musée proposée par Alina Gurdiel et Stock. Si vous la découvrez et si vous cherchez à en lire d’autres, n’hésitez pas à prendre Une leçon de ténèbres avec Léonor de Recondo.

Catalogue éditeur : Stock

Quelle est cette main inconnue et surpuissante qui attrape Enki Bilal au beau milieu de la nuit et le projette sur un lit de camp ?
Quel est ce lieu mystérieux et hanté dans lequel il a atterri ?
Qui sont ces créatures, minotaure, cheval ou humains déformés, que l’artiste rencontre en essayant de trouver son chemin dans ce labyrinthe sombre et inquiétant ?
Que lui veulent-elles ? Et dans quel état sortira-t-il de cette incroyable nuit ?

Dans une déambulation hallucinée, Enki Bilal croise tant les personnages de Picasso, ses muses, ses modèles, que le grand maître lui-même et Goya, son idole. Son errance dans les couloirs du Musée Picasso prend la forme d’une rêverie éveillée qui nous fait toucher du doigt l’œuvre du peintre espagnol d’une façon sensorielle et envoûtante, pour aboutir en épiphanie à la présentation de Guernica, la grande toile du maître.

Né à Belgrade en ex-Yougoslavie, Enki Bilal est l’auteur de nombreux albums de bande dessinée et de livres mêlant l’écrit et l’illustration, traduits dans plusieurs pays. Parmi ses plus célèbres titres, on peut citer : Les Phalanges de l’Ordre Noir et Partie de chasse (avec Pierre Christin), Le Sommeil du Monstre, et tout récemment, la série Bug. Peintre très coté, il expose à Paris et à travers le monde. 
Enki Bilal est également auteur-réalisateur de trois films de cinéma, scénographe (le ballet Roméo et Juliette, Preljocaj-Prokofiev), et fait des incursions dans le théâtre et l’opéra.

Parution : 10/06/2020 / 104 pages / EAN : 9782234086258 / Prix : 16.00 €

Que faire à Jaca, Espagne? Visiter le Monastère de San Juan de la Peña

Le Vieux Monastère de San Juan de la Peña est situé à vingt-trois kilomètres au sud-ouest de la ville de Jaca, et à 7 Km de Santa Cruz de la Serós.

L’église Santa Maria, de la période romane, est située dans la localité de Santa Cruz de la Serós

La visite commence par le Nouveau Monastère de San Juan de la Peña du XVIIe siècle, construit à la suite du terrible incendie de l’année 1675 dans le monastère du bas. La façade de l’église est un des aspects les plus intéressants de ce monastère baroque

Il faut aller directement au premier étage. Là, une structure originale permet au visiteur de marcher sur un sol de verre et de contempler sous ses pieds les différentes pièces dont se composait le Monastère : les chambres de service, la cuisine, la pharmacie, le réfectoire, l’entrepôt et le garde-manger… présentées avec des figures de moines à taille réelle, des meubles, des ustensiles, etc., pour mieux en appréhender les impressionnantes dimensions.

C’est une mise en scène étonnante et magnifique qui permet de profiter des ruines. Marcher sur ces plaques de verres est un peu impressionnant au début. On est en surplomb et il y a une jolie hauteur tout de même !

Le Vieux Monastère de San Juan de la Peña, époque médiévale

Pour continuer la visite, il faut prendre un bus qui nous conduit quelques kilomètres plus bas sous une grande voûte rocheuse. Là on admire cette merveille de l’art roman et cet impressionnant cloître dont on note immédiatement la beauté et l’originalité, avec ses nombreux chapiteaux particulièrement bien conservés (ou restaurés ? mais sur chaque partie restaurée, un R est gravé, je n’en ai pas vu sur les chapiteaux). En plus du cloître, on visite le Panthéon Royal, les églises préromane et haute, la salle de conciles, la porte d’arc de fer à cheval, etc.

On passe ensuite dans la cour du panthéon des nobles aragonais (11e-14e s.) Sur le mur, de nombreuses inscriptions pour se souvenir des moines décédés avec leurs noms, leurs fonctions, pour les nobles enterrés là, une belle plaque sculptée avec les armoiries. Enfin, le Panthéon Real (ou Royal) de style néoclassique, érigé dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, dans lequel gisent les premiers Rois d’Aragón.

L’église préromane a été consacrée en 1094,  dans la chapelle du XIIe siècle des traces des fresques de Saint Cosme et de Saint Damian. L’église est l’une des rares constructions mozarabes (8e s.) subsistant dans la région. 

En sortant vers le cloître, on trouve la chapelle gothique de San Victorián, encore visible une partie d’une fresque et les armoiries d’Aragon avec tout en haut le dragon

Le cloître du Vieux Monastère de San Juan de la Peña et un véritable trésor de l’époque médiévale. Le site est magnifique. La vue et les couleurs des murs et des sculptures en fin de journée sont un régal pour les yeux.

Quoi : Monastères de San Juan de la Peña
Informations pratiques : http://www.monasteriosanjuan.com
Où : Espagne, Aragon, près de Jaca
Comment y aller : Du col du Somport à Jaca, il faut environ 30 minutes, puis environ autant à travers un paysage somptueux pour arriver aux Monastères.

Le nouveau Western, Marc Fernandez

Embarquer dans les pas du Cid avec Marc Fernandez

L’an dernier j’avais suivi sur les réseaux le récit des 900 kilomètres à vélo à travers l’Espagne médiévale, « désertiquement » vide et cependant magnifique de Marc Fernández. J’avais hâte de savoir ce qu’il pourrait ressortir de ces paysages que je connaissais pour partie et de cette aventure cycliste. Et surtout de savoir comment l’auteur allait mêler cette aventure et l’histoire mythique et cependant véridique de Rodrigue. 

Car il a existé  l’homme du « Cantar de mio Cid », du Camino del Cid, cet Ego Roderico que j’ai croisé lors de mes nombreux périples dans cette Espagne que je parcours dans tous les sens depuis si longtemps…

Alors je ne sais pas vous, mais personnellement à force de savoir, comme nous l’avait répété Corneille, que Rodrigue avait du cœur, mais aussi des sentiments pour Chimène, j’avais oublié que la légende avait été un homme, un vrai. Rodrigo, ou Rodrigue, est né dans le village de Vivar del Cid aux alentour de 1048, ou 49. Un enfant au cœur noble et valeureux qui apprend tout des règles de chevalerie. Sa légende se forge au grès de ses victoires et de ses multiples combats à la tête de son armée.

Mais en 1081, à la suite d’un différent, le roi de Castille Alphonse VI va le bannir de son royaume. Rodrigue met à l’abri sa femme et ses filles et part sur les routes, combattant tantôt les musulmans tantôt les chrétiens, tantôt aux côtés des uns ou des autres, tantôt contre. En plusieurs année et à la tête d’une armée de plusieurs centaines d’hommes il traverse l’Espagne jusqu’à la méditerrannée. Là il devient le prince de Valence. Rodrigue meurt en 1099, un 10 juillet.

Ce que j’ai aimé ? L’écriture, le rythme, l’alternance entre la partie historique de la vie de Rodrigue et le vécu de l’auteur sur son épopée cycliste. Un texte d’une grande sincérité. Marc Fernandez a su faire vivre le récit historique pour nous faire découvrir ce Lucky Luke trop méconnu qui est tout simplement passionnant. Récit très adroitement mêlé à ses propres aventures sur Tornado, le cheval de Zorro, ah, non le vélo sur lequel l’auteur a pédalé à travers les terres ocres et rouges d’Espagne. J’ai aimé le suivre et Rodrigue avec lui, de Burgos à Daroca, d’Albarracin jusqu’à Valence, et jusqu’au village où lui-même passait ses vacances en famille enfants puis adolescent. Car à travers cette géographie de l’Espagne se dessine aussi un passé et un vécu pas toujours faciles, la dictature de Franco, l’émigration pendant la guerre civile, tout au long du chemin les souvenirs heureux ou malheureux se mêlent à l’Histoire.

C’est à Valence que se termine ce trajet de 12 jours, 900 kilomètres, ces rencontres et ce texte passionnant. C’est aussi pour moi de nombreux sites encore à découvrir, en particulier le château de Gormaz. 

Ah, et puis comment dire, je me sens moins seule à avoir aussi mal aux mains lorsque je pars sur mon vélo dans mes villages de Pyrénées, moi qui n’en avait plus fait depuis si longtemps. Pardon Marc Fernandez car je crois avoir lu dans Le nouveau Western que le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un vélo électrique et ceux qui pédalent. Là, je crois que toi, tu pédales. 🚴😉

Merci pour ce formidable livre, courez en librairie, vous ne serez pas déçus.

Photos prises à Albarracin, une des étapes du Camino Del Cid

Vous ne connaissez pas encore les romans de Marc Fernandez ? Découvrez Mala Vida, Bandidos et Guerilla Social Club

Catalogue éditeur : Éditions Paulsen

900 kilomètres à vélo dans un décor de western pour retracer la vie d’un chevalier mythique : le Cid, figure espagnole légendaire aux résonances actuelles et digne d’un personnage de polar.

Rodrigo Díaz de Vivar, plus connu sous le nom du Cid, n’est pas que le héros d’une pièce de théâtre. Ce fut un chevalier. Un vrai. Banni par le roi Alphonse VI, il a traversé l’Espagne au XIe siècle. Il a gagné des batailles. Contre les Musulmans, et avec eux. Un mercenaire avant l’heure. Un combattant légendaire.
Si le Cid voyageait à cheval, c’est sur son VTT – baptisé Tornado – que Marc Fernandez suit sa route de Burgos, ville natale du chevalier, jusqu’à Valence, où il mourut en 1099. Une épreuve et un défi pour l’auteur, à la découverte d’une partie méconnue de l’Espagne, médiévale, immensément vide. 900 kilomètres à vélo, 11 302 mètres de dénivelé positif dans un décor de western, pour retracer la vie extraordinaire d’une figure mythique digne d’un personnage de polar.

Parution : 19 mars 2020 / Format 13 x 21 cm / Nombre de pages : 192 / ISBN 978237502-0746  / Prix : 19,50 €

Une leçon de ténèbres, Léonor de Recondo

Dans  « Une leçon de ténèbres » Léonor de Recondo nous entraine pour une nuit magique dans le musée de Tolède consacré au peintre Domenikos Theotokopoulos, dit El Greco

Quel rapport  entre un peintre né en 1521 et Léonor de Recondo ?
Quel rapport entre Tolède et Paris ?
Entre la peinture et le violon ?

Tout simplement une rencontre magique…
Comme le dernier livre de Léonor de Recondo
Comme passer une nuit seule dans un musée
Comme le bonheur de découvrir  Tolède au mois de juin sous une chaleur caniculaire, entrer dans la maison musée du peintre El Greco, rencontrer puis oublier les gardiens du musée, le lit de camps sur lequel on va peut-être dormir, et aller à la rencontre du maitre et contempler ses œuvres seule, sans la foule des touristes, sans les amoureux du peintre et tous ceux qui viennent pour le découvrir sans le connaitre
Comme le bonheur d’avoir toute une nuit pour aller à sa rencontre.

Dans  Une leçon de ténèbres Léonor de Recondo nous fait passer une nuit magique dans le musée de Tolède où se trouvent les œuvres de Domenikos Theotokopoulos, dit El Greco.

Celle qui connait bien ses œuvres si singulières dans leurs formes, leurs thèmes, leurs couleurs, et cette façon qu’à l’artiste de restituer sur la toiles des personnages presque irréels mais qui procurent tant de bonheur à ceux qui les découvrent, part à la rencontre du maitre qu’elle admire. Des années après la visite faite avec ses parents, elle revient seule dans ce musée et son but est d’entrer en communion avec El Greco, que les deux artistes se retrouvent là, par-delà le temps, par-delà les siècles. Le peintre que les visiteurs ont pu admirer lors de l’exposition proposée cet hiver par Le Grand Palais devient le partenaire d’une nuit de passion amoureuse, la passion de l’art et de la beauté, de l’absolu vers lequel tendent tous les artistes à travers les âges.

Alternent tout au long du roman les souvenirs personnels de l’auteur et la vie du peintre, non pas comme une biographie, mais bien comme une rencontre. De ces rencontres que l’on fait à travers le  temps avec ceux que l’on aime, ceux à qui ont voue une admiration inconditionnelle.

Merci Léonor de Recondo de nous enchanter avec ces mots, ces images, cette poésie et cette si belle humanité que l’on ressent au fil de pages, de roman en roman.
Une belle idée cette collection « une nuit au musée » dirigée par Alina Gurdiel

Retrouvez également l’article sur l’exposition El Greco au Grand Palais

Du même auteur, lire également Manisfesto et Amours

Catalogue éditeur : Stock

Leçon de Ténèbres : « Genre musical français du XVIIe qui accompagne les offices des ténèbres pour voix et basse continue. Se jouait donc la nuit à l’Église, les jeudi, vendredi et samedi saints. »

Le Musée Greco à Tolède n’est certes pas une Église, et Léonor de Recondo, quoique violoniste, n’y va pas pour jouer, dans cette nuit affolante de chaleur, de désir rentré, de beauté fulgurante, mais pour rencontrer, enfin, le peintre qu’elle admire, Dominikos Theotokopoulos, dit le Greco, l’un des artistes les plus originaux du XVIe siècle, le fondateur de l’école Espagnole.
Oui, Léonor doit le rencontrer et passer une nuit entière avec lui, dans ce musée surchauffée et ombreux, qui fut sa maison. Le Greco doit quitter sa Candie, natale, en Crète et traverser Venise, Rome et Madrid, où il fut de ces peintres-errants, au service de l’Église et des puissants du temps. Mais Le Greco est mort en 1614 à Tolède. Viendra-t-il au rendez-vous ?

Prix : 18 € / 200 pages ; 18,5 x 12,2 cm / ISBN 978-2-234-08883-2 / Parution 08/01/2020

Suiza, Bénédicte Belpois

Dans un petit village de Galice, la rencontre de deux êtres cabossés par la vie, révélés par l’amour. Un roman puissant, humain, violent, aux accents de vérité qui bouleverse ses lecteurs.

Parce que les gens vont dire n’importe quoi, Tomas décide de parler. Il raconte sa maladie, sa rencontre, son histoire, sa Suiza.

D’abord, il y a la maladie, sournoise, qui frappe fort et dont bien trop souvent hélas on ne revient pas. Alors il faut la combattre, la refuser, puis l’accepter, la dompter, et se laisser submerger.

Puis il y a la vie, qui se présente sous la forme d’une belle jeune femme en apparence un peu stupide, mais si rousse, si pale… Tomas en tombe instantanément amoureux, instantanément fou devrais-je dire, fou au point de vouloir la prendre, sauvage, brutal, comme un viol. Mais elle l’accepte, elle le veut, elle se soumet et se révèle à son contact.

Enfin, il y a Suiza, magnifique jeune fille rejetée et brutalisée par son père, soumise et abusée par les hommes qui croisent sa route, et qui a décidé un beau matin de quitter sa Suisse natale pour voir la mer, sans carte routière, sans argent, sans raison.

La rencontre de ces deux paumés meurtris par la vie est une déflagration de bonheur, d’amour, de sentiments et de violence, de passion et de silences. Car ils s’aiment, c’est évident, elle vit et apprend à son contact les mots, les gestes, le bonheur, la liberté. Il en oublierait presque la maladie sournoise, insidieuse, qui le détruit à petit feu, tant l’amour de Suiza l’illumine et le rassure.

Voilà un premier roman absolument réussi. Tellement émouvant, aux sentiments forts et criants de vérité malgré leur étrangeté. L’auteur parle de maladie grave sans pathos, de personnes fracassées par la vie en les rendant proches, montre l’amour dans ce qu’il a de plus beau, et emporte ses lecteurs jusqu’à la dernière page. Et l’on referme ce livre avec le sentiment d’avoir lu et découvert un auteur superbe qui sait nous tenir par ses mots, sa langue, son amour.

Catalogue éditeur : Gallimard

«Elle avait de grands yeux vides de chien un peu con, mais ce qui les sauvait c’est qu’ils étaient bleu azur, les jours d’été. Des lèvres légèrement entrouvertes sous l’effort, humides et d’un rose délicat, comme une nacre. À cause de sa petite taille ou de son excessive blancheur, elle avait l’air fragile. Il y avait en elle quelque chose d’exagérément féminin, de trop doux, de trop pâle, qui me donnait une furieuse envie de l’empoigner, de la secouer, de lui coller des baffes, et finalement, de la posséder. La posséder. De la baiser, quoi. Mais de taper dessus avant.»
La tranquillité d’un village de Galice est perturbée par l’arrivée d’une jeune femme à la sensualité renversante, d’autant plus attirante qu’elle est l’innocence même. Comme tous les hommes qui la croisent, Tomás est immédiatement fou d’elle. Ce qui n’est au départ qu’un simple désir charnel va se transformer peu à peu en véritable amour.

Parution : 07-02-2019 / 256 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072825729

Bandidos, Marc Fernandez

Nous l’avions découvert en Espagne dans Mala Vida, puis suivi en Amérique du Sud dans Guerilla Social Club, Diego Martin, journaliste d’investigation est de retour à Buenos Aires cette fois avec Bandidos, cet opus qui vient clore la trilogie hispanisante de Marc Fernandez.

Alors qu’à Paris le corps d’une femme est retrouvé calciné et exécuté d’étrange façon, un rapprochement est fait entre la victime et l’assassinat en Amérique du sud 20 ans auparavant d’Alex Rodrigo, son frère. Alex, exécuté pour avoir pris la photo de trop, celle qu’il ne fallait pas montrer, ce qui prouve une fois de plus si c’était nécessaire que la vie d’un journaliste d’investigation ne vaut parfois pas bien cher sous certaines latitudes, tant hier qu’aujourd’hui d’ailleurs ! Rapidement il est évident qu’aucun hasard ni coup du sort n’est à chercher du côté de ces deux meurtres, mais bien au contraire il faut en étudier les similarités, les rapprocher, pour tenter de comprendre.

C’est ce que va s’empresser de faire notre journaliste animateur d’émission radiophonique, en allant sur place, même en sachant qu’il va y retrouver Isabel, celle qu’il évite depuis l’épilogue de Mala Vida. Alors que Diego vient d’arriver en Argentine, Rafael Roca, un de ses contacts qui connaissait également le frère assassiné, va être lui aussi violemment attaqué devant chez lui, puis disparaitre à son tour. C’était un ami de longue date d’Alex, avec cette disparition, le mystère s’épaissit et les ombres nauséabondes s’approchent, il se pourrait bien que la police en place, les autorités, et sans doute la mafia aient elles aussi des manières aux relents de dictature.

Diego, Isabel, Ana, et la police française tentent alors, malgré quelques bâtons dans les roues,  de résoudre cette énigme… pour le plus grand bonheur du lecteur qui se laisse prendre au piège du récit. Toujours bien étayés, les intrigues et les romans de Marc Fernandez nous donnent l’impression d’en savoir plus – ici avec le thème abordé de la liberté d’expression par exemple – car il a les mots pour dire et sous couvert de romanesque, on sent la véracité, la connaissance, le travail derrière le roman et sa trompeuse légèreté. Il me semble que l’on souhaiterait même le voir approfondir un peu plus encore la réalité historique, tant ce qu’il évoque nous intéresse …

💙💙💙💙


A retrouver également, mes avis sur les précédents romans de Marc Fernandez  Mala Vida, Guerilla Social Club ainsi que la rencontre lors de la parution de Mala Vida.
Et parce que l’Amérique du Sud est un vrai sujet, et l’Argentine et la dictature, une mine inépuisable de sujets de romans, lire aussi mes avis sur Aucune pierre ne brise la nuit, de Frédéric Couderc, ou encore Silencios, de Claudio Fava

Catalogue éditeur : Préludes

Le corps calciné d’une femme menottée, une balle dans la nuque, est retrouvé dans un parc de Madrid. Diego Martin, journaliste radio d’investigation, connait la victime, rencontrée vingt ans auparavant… En Argentine. Jeune reporter à l’époque, il avait couvert l’assassinat du frère de la victime : Alex Rodrigo, photographe pour un grand hebdomadaire, tué selon le même mode opératoire.
Un meurtre identique à des milliers de kilomètres de distance, à deux décennies d’écart. Il n’en faut pas plus au présentateur d' »Ondes confidentielles » pour se lancer dans une enquête qui le mènera à Buenos Aires, où il retrouvera une femme qu’il n’a jamais pu oublier…
Entre corruption politique, flics ripoux et groupes mafieux, ce voyage va faire ressurgir les fantômes du passé. Car parfois, ceux qu’on croyait morts reviennent hanter ceux qui sont restés.

L’auteur de l’acclamé  Mala Vida, finaliste du Prix des lectrices de Elle, et de Guerilla Social Club, revient avec un nouveau polar aussi trépidan que furieusement engagé, à l’arrière-plan historique fascinant.

Prix : 15.90 € / Parution : 03/10/2018 / Format : 130 x 200 mm / Nombre de pages : 320 / EAN : 9782253107927

A la rencontre de Frédéric Couderc

Il est des rencontres, et des romans, qui vous marquent plus que d’autres, avec lesquels vous vous sentez une affinité immédiate… Frédéric Couderc est de ceux-là, ses romans aussi…

Domi_C_Lire_frederic_couderc_4

Il y a eu d’abord la découverte du roman Le jour se lève et ce n’est pas le tien, puis Aucune pierre ne brise la nuit dont je vous ai parlé sur le blog.
En juin dernier, je suis allée écouter l’auteur à la maison de l’Amérique Latine, lors d’une soirée organisée par Alicia, qui a fondé le Collectif argentin pour la mémoire *.
Depuis, Frédéric Couderc a accepté de répondre à quelques questions, réponses à découvrir ici.

– Comment est née l’idée de ce roman, car apparemment l’Amérique du Sud ou centrale (je pense à votre précédent roman Le jour se lève et ce n’est pas le tien ) vous inspire ?

Je porte ce roman finalement depuis mon adolescence, la coupe du monde de football 78, mais je n’imaginais pas un instant la part française dans cette dictature qui m’a fait me jeter à l’eau. L’horreur le dispute à l’idée de rentrer dans les contradictions des personnages,  j’espère ainsi que ce texte n’emprunte pas un chemin militant, qu’il est parfois enragé, mais que le travail littéraire, les métaphores, l’amour entre Ariane et Gabriel permettent clairement de se sentir dans un objet littéraire. Finalement nous sommes entre Buenos Aires et Paris, mais tout ça me semble bien universel, on voyage et en même temps on est au coin de sa rue.

Mais je sais que le lecteur ressent tout ça … devine mon enquête littéraire, mes rencontres (Alicia/Paula), et ma peine à chaque fois qu’une grand-mère disparaît, je me suis rendu chez elles exactement comme Ariane dans le roman….

– La tragédie de la dictature argentine, est-ce au départ une curiosité ou un travail de journaliste ?

Il est de coutume de dire que Buenos Aires est la femme, et Paris la maîtresse, tant les liens sont étroits entre les deux pays.

Comme évoqué précédemment, certains faits émergent au moment du mondial de 78, avec Rocheteau en particulier. Pendant cette coupe du monde, il y a eu un boycott par certains français. Surtout face à l’ambiguïté qu’il y avait entre le président Giscard d’Estaing qui recevait les réfugiés et la vente d’armes à la junte militaire qui continuait en parallèle.

– Vous parlez des vols de la mort, cette monstruosité qui veut que l’on fasse disparaitre non pas des corps, mais bien des humains encore vivants…voilà qui glace le sang juste d’y penser. Est-il aisé d’enquêter là-dessus  ou existe-t-il toujours une forme d’omerta sur le sujet ?

Les vols de la mort… Il est si difficile d’imaginer les arrestations et les disparitions, et pour les familles, de savoir que le deuil est impossible, difficile d’imaginer également la barbarie exercée à ce point et la cruauté incroyable de ces militaires argentins.
J’ai assisté en décembre dernier au procès d’un pilote de la mort qui s’était reconverti en Europe… et travaillait depuis pour Transavia !

De fait, il y a l’utilisation du présent pour parler de torture. Peut-être parce que c’est totalement hors du temps ?

– Les bébés volés, on en parle aussi pour l’Espagne, est-ce une sordide caractéristique des dictatures ?

30 000 disparus, 500 bébés disparus. Ce sont autant d’histoires différentes. Il est important alors d’interroger la question du pardon !

– Je découvre par « Aucune pierre ne brise la nuit » le rôle des anciens de l’OAS, comment et quand vous est venue l’envie d’en parler?

Il était important de nommer ici tous les faits qui se sont passés dans cette période.
La fuite des nazis en Argentine à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais aussi l’existence de négociations entre les nazis et l’Amérique du Nord et l’Argentine, qui ont permis leur fuite en très grand nombre. Puis, quelques années après les années 60, la présence des anciens de l’OAS.
Également la mise en place du « Plan Cóndor » destiné à anéantir l’opposition dans plusieurs pays d’Amérique Latine qui se met en marche en Uruguay, Brésil, Chili, Paraguay.

– Aborder les horreurs et la tragédie par le biais d’un roman d’amour, cela permet de captiver le lecteur, est-ce un moyen de montrer que la vie continue ? Comment les avez-vous imaginés ? Avez-vous rencontré les survivants, les mères, les perdants de ces desaparecidos avant d’écrire, pendant ou après vos recherches ?

Il y a un désir d’écrire comme j’aime lire. D’aller dans la zone grise de l’histoire et des personnages.
L’idée est de surprendre, de se laisser surprendre, sans obéir à un plan. D’être un écrivain jardinier qui regarde pousser sa plante. En particulier avec le personnage de Constant. C’est important de montrer que toutes les lumières ne sont pas éteintes. Et dans ce cas, la psychologie du personnage est importante.
Un fait très étonnant, ce sont les liens qui se sont tissés, y compris des liens invisibles, avec Alicia. Et de fait être capable de parler d’événements qui ont réellement existé sans qu’on les ait évoqués ! Comme s’il y avait eu une transmission de pensée, de mémoire, de savoir.

L’auteur doit définir une réalité augmentée où la grande histoire va grandir, et entrer en empathie avec les personnages. Pourtant, c’est pesant une écriture de militant. Il faut être sur le fil et rester à la fois documenté et réussir à brouiller les pistes pour que le lecteur se fasse son avis.

En même temps il y a une temporalité indispensable du roman, comme une course contre la montre car les grands mère et les témoins sont en train de disparaître ! il y a urgence pour que la justice passe mais il fait se dire aussi que tant qu’on n’a pas retrouvé les bébés cela ne passera pas.

– Et si j’ose, un nouveau roman est-il en préparation ? Un roman qui va nous emporter loin de nouveau ?

Alors l’avenir… je termine mon premier roman jeunesse qui paraîtra en mai chez PKJ. Une histoire qui se déroule en Corse, hier et aujourd’hui autour de la protection des juifs par l’ensemble de la population…Et bien sûr je prépare mon prochain roman chez Héloïse. Pour le moment je cherche l’inspiration, mais disons que Tel Aviv m’attire beaucoup, un livre me donne toujours le la pour une nouveauté, cette fois-ci c’est Le poète de Gaza

Quel lecteur êtes-vous Frédéric Couderc ?

– Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu récemment, ce serait lequel et pourquoi ?

Je recommande avec ardeur Chien-loup, de Serge Joncour, non parce que le maître d’école s’appelle Couderc, mais parce que tout y est : une langue riche, subtile, et variée, des personnages profonds et attachants, une vrai intrigue, et un rapport à la nature que je partage totalement, entre contentement et malaise face au monde sauvage.

– Existe-t-il un livre que vous relisez ou qui est un peu le fil rouge de votre vie ?

Les Chutes de Joyce Carol Oates, pour la passion de Dirk et la « veuve des Chutes », la lutte contre le pognon roi, leur façon de se relever et rester vivant.

Merci cher Frédéric pour votre disponibilité et pour vos réponses.

Bien sûr, j’ai envie de vous parler à nouveau de ce superbe roman paru en début d’année… Vous ne l’avez pas encore lu ? Alors, courrez vite chez votre libraire, à la bibliothèque, où vous voulez, lisez-le… et dites-moi ce que vous en avez pensé !


* Le « Collectif Argentin pour la Mémoire » rassemble des argentins et des français qui vivent en France et assument la Mémoire en tant que responsabilité historique et morale, se ralliant à la lutte permanente pour la Vérité, la Justice, l’information et la transmission aux nouvelles générations des crimes de « lèse-humanité » commis sans relâche par l’État Argentin entre 1972 et 1983.

Dernier train pour Canfranc. Rosario Raro

Parce que les Justes ne sont pas toujours des hommes Extraordinaires mais sont des héros capables de risquer leur vie sans limite pour sauver leur prochain, « Dernier train pour Canfranc »  de Rosario Raro rend un bel hommage à Albert Le Lay, chef de gare à Canfranc pendant les années sombres de la seconde guerre mondiale.

Domi_C_Lire_dernier_train_pour_canfrancEspagne, en Aragon, dans la province de Huesca, la gare internationale de Canfranc est perchée dans les Pyrénées, à la frontière avec la France. L’armée allemande est installée là depuis l’hiver 42, comme dans toute la France occupée, militaires et agents de la Gestapo  surveillent cette frontière, porte ouverte vers l’Amérique du Sud via l’Espagne et le Portugal. Car il ne faut pas oublier que par là vont transiter bien des denrées destinées à l’Europe en guerre, mais aussi l’or des nazis et les vivres fournies par l’Espagne de franco.

Laurent Juste, le chef de gare, ayant pourtant femme et enfants, participe activement au sauvetage des juifs qui arrivent dans sa gare. C’est l’un des membres d’une équipe de résistants peu ordinaire. Composée de Jana, femme de chambre à l’hôtel International, de Valentina, une jeune fille du village, apprentie de Jana, d’un musicien boulanger, et d’Estève, le beau vagabond qui court la montagne, ils œuvrent ensemble sans pour autant en savoir trop les uns sur les autres.

Chacun travaille et fait la part qui lui a été confiée, les ordres viennent de Pau ou d’ailleurs, mais chaque vie sauvée est un pas vers un monde meilleur. Là, ils doivent vivre, travailler, agir, sous les yeux des soldat allemands, de la Gestapo, et du gouverneur Casanorbe, cynique et ambivalent personnage. Jusqu’au jour où la jeune Valentina disparait…

Tout au long du roman, les relations entre les personnages vont se nouer, s’intensifier, mais sont surtout prétexte pour l’auteur à nous montrer tout ce que ce groupe a réalisé pour sauver les exilés, les juifs et tous ceux qui tentaient de passer par Canfranc pour fuir les camps et la mort.

Nous voyons passer des milliers de juifs et de migrants, anonymes ou célèbres. Joséphine Baker ou Marx Ernst, Marc Chagall et tant d’autres ont survécu à cette guerre grâce à l’action des hommes et des femmes de Canfranc.

Alors bien sûr, il y a cette intrigue romanesque entre les différents protagonistes, un peu fleur-bleue, parfois mièvre ou trop évidente, qui pourrait gâcher le plaisir de la lecture. Mais la narration historique est bien là. Et d‘ailleurs, je ne pouvais pas repartir de mes vacances pyrénéennes sans passer par le col du Somport et Canfranc, revoir cette zone de passage et de vie, pour ressentir au plus près cette émouvante vision de cette gare Internationale, ce terrain à la fois hostile et salvateur, qui a connu le pire comme le meilleur.

 

Sur la même période dans la même région, sur ce hommes qui sont capable de sauver leur prochain sans penser à leur propre vie, lire également le roman de Salim Bachi Le consul.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Kero

Traduit de l’espagnol par Carole Condesalazar

Mars 1943. Accroupis dans une pièce secrète de la gare, les clandestins retiennent leur souffle en attendant que le bruit des bottes des soldats allemands s’éloigne. Au-dessus d’eux flotte le drapeau orné de la croix gammée. Au plus profond de cette époque sombre, Laurent Juste, le chef de gare breton, son amie Jana et le contrebandier Esteve Durandarte risquent tous les jours leur vie pour sauver des innocents, en leur faisant franchir la frontière franco-espagnole sur laquelle se dresse la gare mythique de Canfranc…

Domi_C_Lire_gare_canfranc_4Basé sur l’histoire vraie d’Albert Le Lay qui, en véritable Oskar Schindler français, a permis à des centaines de réfugiés d’atteindre la liberté, le premier roman de Rosario Raro nous plonge au cœur de ces années noires où l’humanité et la compassion semblaient une denrée si rare.

Rosario Raro est docteur en philologie et dirige des cours d’écriture créative à l’Université Jaume I de Castellón. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages qui ont été récompensés par de nombreux prix littéraires nationaux et internationaux. Dernier Train pour Canfranc est son premier livre à paraître en France.

Parution : 27 septembre 2017 / 400 pages / Format : 140 x 225 / 20.90€ / ISBN : 9782366

La rose de Saragosse. Raphaël Jerulasmy

Roman historique, roman d’amour, roman initiatique, dans « La rose de Saragosse » Raphaël Jerusalmy utilise l’art pour ciseler et dévoiler les âmes. Un beau roman à découvrir.

Domi_C_Lire_la_rose_de_saragosse_raphael_jerusalmyAlors que l’inquisition a étendu ses pouvoirs sur toute l’Espagne, un de ses membres vient d’être assassiné à Saragosse. Torquemada est y alors mandé par le roi pour faire toute la lumière. Le Grand Inquisiteur de Castille et d’Aragon va devoir à la fois découvrir le coupable et juguler l’opposition pour faire rentrer dans les rangs ceux qui oseraient encore s’opposer à la religion d’état et à ses contraintes monstrueuses. Car il ne fait pas bon être juif en 1485, dans l’Espagne d’Isabelle la Catholique et de son mari Ferdinand.

Bien sûr, les marranes (juifs convertis) sont les premiers visés. La famille Menassa de Montesa est une des première à être suspectée. Le père est un homme particulièrement cultivé, collectionneur averti, amoureux des livres et des écrits, il possède dans sa bibliothèques des ouvrages interdits par l’inquisition et surtout de splendides gravures devant lesquelles il aime à méditer. Sa fille Léa le seconde parfois à l’atelier de gravure. Dans leur entourage évolue un homme étrange, Angel de la Cruz, qui dessine à la volée les suspects qu’il signale à l’inquisition dont il s’avère être l’un des familiers (une sorte d’indic, d’espion). Il va partout accompagné de son chien, un effrayant Cerbero qui porte bien son nom. Alors que tout devrait les séparer, Angel et Léa portent le même amour au dessin et à l’art et ce goût et ce talent conjugués, loin de les rapprocher, pourraient bien entrainer une forme de rivalité.

Au même moment, dans la ville, des gravures satiriques de Torquemada portant dans un angle le dessin d’une rose s’échangent en sous-main. Que signifie cette rose, est-ce le signe d’une rébellion et par est-elle fomentée ?

Mené comme une intrigue, l’auteur nous propose à la fois un roman historique érudit et un roman politico social, dans lequel les méchants ne sont pas forcément ce qu’il ont l’air d’être. Et surtout dans La rose de Saragosse, l’art et la beauté des œuvres restent les éléments prépondérants, malgré leur pérennité mise en danger par les autodafés de l’inquisition. Et l’on ne peut que penser à ces œuvres récemment détruites pour des questions de religion également. Léa est l’un des personnages les plus forts, démontrant s’il était besoin l’importance et le rôle des femmes. J’ai aimé ce roman court, où le mots sont à leur place, les descriptions courtes mais suffisantes, les protagonistes aux personnalités bien campées viennent vivre, mourir, aimer, rêver devant nous, en cette période difficile de l’histoire de l’Espagne où la liberté est un bien très chèrement acquis.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Actes Sud

Saragosse, 1485. Tandis que Torquemada tente d’asseoir sa terreur, un homme aux manières frustes pénètre le mi­lieu des conversos qui bruisse de l’urgence de fuir. Plus en­core que l’argent qui lui brûle les doigts, cette brute aux ongles sales et aux appétits de brigand aime les visages et les images.
Il s’appelle Angel de la Cruz, il marche vite et ses trajec­toires sont faites d’embardées brutales. Où qu’il aille, un effrayant chien errant le suit. Il est un familier : un indic à la solde du plus offrant. Mais un artiste, aussi.
La toute jeune Léa est la fille du noble Ménassé de Montesa. Orpheline de mère, élevée dans l’amour des livres et de l’art, elle est le raffinement et l’espièglerie. L’es­prit d’indépendance. Lire la suite

Janvier, 2018 / 10,0 x 19,0 / 192 pages / ISBN 978-2-330-09054-8 / prix indicatif : 16, 50€

Je peux me passer de l’aube. Isabelle Alonso

Avec « Je peux me passer de l’aube » Isabelle Alonso nous entraine dans l’Espagne de la fin des années 30. Années difficiles où le pays devra réapprendre à vivre autrement, en silence et en religions, celle de Dieu et celle du tout puissant Caudillo Franco.

Domi_C_Lire_isabelle_alonso_je_peux_me_passer_de_l_aube.jpg

Comme beaucoup de lecteurs, j’avais apprécié  Je mourrai une autre fois, le précédent roman d’Isabelle Alonso sur cette période de l’histoire d’Espagne (les deux romans peuvent tout à fait se lire séparément). Dans ce premier opus, Angel et sa famille croient en la Seconde République, votée le 14 avril 1931 dans le calme et de façon pacifique, mais c’est compter sans  le soulèvement militaire de juillet 1936 et ses conséquences sur la population, en particulier la Retirada, ou l’exil en masse vers la France. En révolte, ne comprenant pas la passivité de son père, Angel s’engage dans l’armée alors qu’il n’a que 15 ans. Dans Je peux me passer de l’aube nous le retrouvons à la fin de la guerre civile espagnole, il est encore interné au camp de Saint Cyprien, côté français.

Dans les camps de ce côté des Pyrénées, à partir de juin 39, les espagnols ont le choix entre rester ou repartir au pays. Angel choisi de revenir en Espagne pour retrouver sa famille, mais le voyage ne sera ni paisible, ni rapide.  A son arrivée en Espagne, il va être trimbalé en prison ouverte, condamné à faire des travaux, en particulier reconstruire ces ponts qu’il avait aidé à détruire alors que s’organisait la résistance. Après plus d’une année, il apprend que son père est mort. Il est anéanti car il ne pourra plus jamais s’expliquer avec lui, mais il peut enfin rejoindre sa famille. Il découvre alors la vie dans l’Espagne franquiste. La peur de la délation, la misère, le manque de travail, la crainte d’être pris pour ces Rojos qui ont tout à craindre du pouvoir en place, font de la vie au quotidien un véritable enfer.

Malgré cette situation, Gélin espère des jours meilleurs, découvre une fraternité au quotidien, faite de petits moments de résistance, pour prouver qu’une  vie dans un pays où la démocratie existe est encore possible. Ces rêves de démocratie, de liberté, de fraternité lui font rejoindre un groupe de clandestins, pour la plupart communistes, car eux seuls semblent un tant soit peu organisés, de ces jeunes hommes qui par des activités souvent minuscules prouvent que la guerre contre Franco n’est pas terminée.

Bel espoir porté par ces jeunes hommes qui espèrent la fin de la seconde guerre mondiale pour voir tomber tous les dictateurs, de Hitler à Mussolini, en passant par Franco. Quand on sait combien de temps ce dernier sera resté au pouvoir…

Alors si vous aimez l’histoire, l’Espagne et le contexte de la seconde guerre mondiale sans pour autant souhaiter lire un roman trop dur ou trop noir, écrit avec autant d’humour que de dérision, celui-ci est pour vous. Car Isabelle Alonso a choisi d’évoquer le quotidien des espagnols, la montagne de difficultés pour trouver à manger, s’habiller, travailler et avoir un salaire, laissant de côté la partie la plus sombre, celle des arrestations, tortures, exécutions (même si ces thèmes sont également abordés). Mais le sentiment qui persiste à la fin de la lecture est bien celui d’un immense espoir et d’une grande foi en l’homme, en d’avantage de légèreté, en une forme de fraternité dans la lutte indispensable pour se préparer un avenir meilleur.

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Juillet 1939, la guerre d’Espagne est finie. Angel Alcalá Llach, 16 ans, rentre enfin chez lui, après un an au front et quatre mois au camp de Saint-Cyprien. Mais sous Franco, le pays asphyxié n’est plus qu’une prison à ciel ouvert. Angel parviendra-t-il à survivre dans ce monde sans droits, où toute résistance est passible de mort ? C’est pourtant dans les temps les plus sombres que l’on fait les rencontres les plus surprenantes et que, contre toute attente, la vie peut revêtir les couleurs de l’espoir.

Avec une écriture lumineuse et passionnée, Isabelle Alonso dépeint la tragédie sans jamais se départir de son humour. Je peux me passer de l’aube donne la parole aux vaincus qui croient malgré tout en l’avenir.

Roman / 304 pages | 20€ / Paru le 7 septembre 2017 / ISBN : 78-2-35087-423-4

Photo de couverture © Stephen Mulcahey/Arcangel