Je peux me passer de l’aube. Isabelle Alonso

Avec « Je peux me passer de l’aube » Isabelle Alonso nous entraine dans l’Espagne de la fin des années 30. Années difficiles où le pays devra réapprendre à vivre autrement, en silence et en religions, celle de Dieu et celle du tout puissant Caudillo Franco.

Domi_C_Lire_isabelle_alonso_je_peux_me_passer_de_l_aube.jpgComme beaucoup de lecteurs, j’avais apprécié  Je mourrai une autre fois, le précédent roman d’Isabelle Alonso sur cette période de l’histoire d’Espagne (les deux romans peuvent tout à fait se lire séparément). Dans ce premier opus, Angel et sa famille croient en la Seconde République, votée le 14 avril 1931 dans le calme et de façon pacifique, mais c’est compter sans  le soulèvement militaire de juillet 1936 et ses conséquences sur la population, en particulier la Retirada, ou l’exil en masse vers la France. En révolte, ne comprenant pas la passivité de son père, Angel s’engage dans l’armée alors qu’il n’a que 15 ans. Dans Je peux me passer de l’aube nous le retrouvons à la fin de la guerre civile espagnole, il est encore interné au camp de Saint Cyprien, côté français.

Dans les camps de ce côté des Pyrénées, à partir de juin 39, les espagnols ont le choix entre rester ou repartir au pays. Angel choisi de revenir en Espagne pour retrouver sa famille, mais le voyage ne sera ni paisible, ni rapide.  A son arrivée en Espagne, il va être trimbalé en prison ouverte, condamné à faire des travaux, en particulier reconstruire ces ponts qu’il avait aidé à détruire alors que s’organisait la résistance. Après plus d’une année, il apprend que son père est mort. Il est anéanti car il ne pourra plus jamais s’expliquer avec lui, mais il peut enfin rejoindre sa famille. Il découvre alors la vie dans l’Espagne franquiste. La peur de la délation, la misère, le manque de travail, la crainte d’être pris pour ces Rojos qui ont tout à craindre du pouvoir en place, font de la vie au quotidien un véritable enfer.

Malgré cette situation, Gélin espère des jours meilleurs, découvre une fraternité au quotidien, faite de petits moments de résistance, pour prouver qu’une  vie dans un pays où la démocratie existe est encore possible. Ces rêves de démocratie, de liberté, de fraternité lui font rejoindre un groupe de clandestins, pour la plupart communistes, car eux seuls semblent un tant soit peu organisés, de ces jeunes hommes qui par des activités souvent minuscules prouvent que la guerre contre Franco n’est pas terminée.

Bel espoir porté par ces jeunes hommes qui espèrent la fin de la seconde guerre mondiale pour voir tomber tous les dictateurs, de Hitler à Mussolini, en passant par Franco. Quand on sait combien de temps ce dernier sera resté au pouvoir…

Alors si vous aimez l’histoire, l’Espagne et le contexte de la seconde guerre mondiale sans pour autant souhaiter lire un roman trop dur ou trop noir, écrit avec autant d’humour que de dérision, celui-ci est pour vous. Car Isabelle Alonso a choisi d’évoquer le quotidien des espagnols, la montagne de difficultés pour trouver à manger, s’habiller, travailler et avoir un salaire, laissant de côté la partie la plus sombre, celle des arrestations, tortures, exécutions (même si ces thèmes sont également abordés). Mais le sentiment qui persiste à la fin de la lecture est bien celui d’un immense espoir et d’une grande foi en l’homme, en d’avantage de légèreté, en une forme de fraternité dans la lutte indispensable pour se préparer un avenir meilleur.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Juillet 1939, la guerre d’Espagne est finie. Angel Alcalá Llach, 16 ans, rentre enfin chez lui, après un an au front et quatre mois au camp de Saint-Cyprien. Mais sous Franco, le pays asphyxié n’est plus qu’une prison à ciel ouvert. Angel parviendra-t-il à survivre dans ce monde sans droits, où toute résistance est passible de mort ? C’est pourtant dans les temps les plus sombres que l’on fait les rencontres les plus surprenantes et que, contre toute attente, la vie peut revêtir les couleurs de l’espoir.

Avec une écriture lumineuse et passionnée, Isabelle Alonso dépeint la tragédie sans jamais se départir de son humour. Je peux me passer de l’aube donne la parole aux vaincus qui croient malgré tout en l’avenir.

Roman / 304 pages | 20€ / Paru le 7 septembre 2017 / ISBN : 78-2-35087-423-4

Photo de couverture © Stephen Mulcahey/Arcangel

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Gabriële. Claire et Anne Berest

Deux sœurs, Claire et Anne Berest, pour une arrière-grand-mère, Gabriële, personnalité au foisonnement inventif et artistique unique, féministe avant l’heure, muse iconoclaste et dépendante de celui à qui elle voue un amour par-delà le temps, Francis Picabia.

Domi_C_Lire_gabriele.jpgCette histoire débute donc avec deux sœurs, une grand-mère côté maternel rescapée des camps de la mort où ont péri tous les autres membres de sa famille, et peut-être en contrepoint de l’horreur un grand-père et une famille dont on ne parle pas, une arrière-grand-mère, Gabriële Buffet, née en 1881,  morte à 104 ans en 1985 et un nom, Picabia, qui est celui d’un artiste au talent certainement méconnu, voilà qui promet une aventure littéraire particulièrement intéressante.

Comme beaucoup d’amateurs d’art, j’ai entendu parler de Francis Picabia, mais j’ignore presque tout de sa vie, en dehors des origines espagnoles et de la concurrence acharnée avec Picasso, son compatriote. Avec le roman à quatre mains des sœurs Berest, je découvre un homme étonnant. Né en France mais issu d’une famille aisée arrivant d’Espagne via Cuba, Picabia s’est révélé à travers l’impressionnisme et les toiles qu’il vendait, cher et bien, lui permettaient de vivre fort à son aise pour un artiste de la première moitié du XXe. Peintre et poète, artiste fantasque, amoureux et mari volage, ami festif, Picabia est aussi un malade totalement maniaco-dépressif. Sa rencontre avec Gabriële va sonner le glas de la facilité, et l’entrainer vers de nouvelles formes picturales, à la recherche d’une symphonie de couleurs et de formes encore jamais expérimentées.

Le crédo de Gabriële, c’est la composition musicale. Et à force de volonté et de persévérance, cette femme réussi à se faire accepter dans des écoles jusqu’alors réservées aux hommes. Puis elle part  à Berlin pour y perfectionner cet art qu’elle souhaite mettre en pratique. Si Gabriële n’avait pas rencontré Picabia, aurions-nous eu d’autres formes de musique avant-gardiste avant l’heure ?

Si cette rencontre a lieu, c’est grâce à son propre frère jean, artiste peintre lui aussi. Elle va bouleverser sa vie. Une nuit de folie, non pas amoureuse, mais créatrice, montre à Gabriële que Francis est sur la même longueur d’ondes qu’elle, et démontre à Francis Picabia que sans Gabriële, cette femme moderne et à l’esprit brillant,  point de salut, car sa muse, son inspiratrice, sa fée, c’est elle. Il doit l’épouser, la garder, la faire sienne pour trouver son chemin, pour exalter sa créativité, son art, pour qu’enfin ses pensées et ses recherches aboutissent. De leur union vont naitre quatre enfants, mais ils seront souvent déposés comme des fardeaux chez la mère de Gabriële ou dans des pensions en Suisse, car aucun des deux parents n’a la fibre parentale, leurs vies, leurs passions, s’exercent ailleurs et leur amour réciproque et exclusif n’englobe pas leurs enfants.

Leurs vies sont faites de rencontres, de créativité, d’insouciance, de voyages, impromptus, Martigues ou Saint Tropez, car Francis collectionne les voitures comme les maitresses et adore partir à l’improviste (enfin, autant que cela se peut à cette époque !), étonnants parfois, Séville ou New York pour l’exposition monumentale consacrée aux peintres contemporains, la plus grande exposition d’art moderne du monde, en 1912. Ce sont aussi des amitiés à trois, avec Marcel Duchamp, créatif, foisonnant d’inventivité mais timide, amoureux autant qu’ami, ou encore Guillaume Apollinaire, l’ami de toujours, relations à trois avec les maitresses de Francis, Germaine en particulier, acceptées et aidées par Gabriële… Folle époque créatrice, où l’on aime sentir vivre ces artistes, de Debussy à Stravinski, d’Isadora Duncan à Elsa Schiaparelli, sans parler de Picasso, Man Ray, André Breton et tous les autres rencontrés au fil de ce roman.

On peut aussi se poser des questions sur la vie de cette femme que l’on dit féministe avant l’heure. Car alors comment comprendre son incroyable acceptation de tout ce que cet homme fantasque, égoïste, très égocentrique lui aura fait subir ? Et qu’elle aura accepté et voulu avec autant de détermination qu’elle en avait mis jeune fille à essayer de devenir musicienne. Qu’est-ce qui fait qu’on accepte cet oubli de soi pour devenir et rester la muse indispensable d’un artiste mal dans sa peau,  mais au talent indiscutable. Éblouissant certainement ! … pour qu’elle s’y perde à ce point.

Enfin, belle écriture à quatre mains, une seule plume pour des mots qui touchent et qui vous emportent, que l’on soit séduit ou énervé par Gabriële ou Francis, qu’importe, l’histoire est étonnante, le talent des écrivains certain, merci pour cette lecture et cette découverte. J’ai bien aimé les digressions au temps présent, échange de paroles entre deux sœurs qui écrivent et s’interrogent, avancent ensemble pour dérouler à l’envers le fil de leur histoire commune.

Un grand merci également aux #MRL2017 sans qui je n’aurais pas eu le plaisir de découvrir ce roman. A conseiller à tous les amateurs d’art, mais aussi de biographies romancées et de personnages, de femmes en particulier, hors du commun.

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Catalogue éditeur : Stock

Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient «  la femme au cerveau érotique  » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un XXe  siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société.
Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia.

Collection : La Bleue / Parution : 23/08/2017 / 450 pages / Format : 140 x 215 mm / EAN : 9782234080324 / Prix : 21.50 €

Un dimanche de révolution. Wendy Guerra

Dans son roman « Un dimanche de révolution » Wendy Guerra nous décrit Cuba autrement, vu de l’intérieur par les mots de Cleo, écrivain interdit de publication dans son pays.

DomiCLire_un_dimanche_de_revolution.jpgCleo est une poétesse et écrivain connue, dont les œuvres sont éditées dans de nombreux pays, Espagne, Etats-Unis, mais pas à Cuba. Cette étrange situation la met en porte à faux car elle n’est à sa place ni à l’étranger ni dans son ile, passant tantôt pour une espionne tantôt pour une infiltrée. A la mort accidentelle de ses parents deux ans plus tôt, Cleo a été soutenue par quelques rares amis, mais reste de longues heures chez elle, à écrire, à rêver d’ailleurs.
A Cuba, Cleo a seulement le droit de se taire et d’être surveillée à longueur de temps, y compris dans son propre appartement. Un de ses fidèles amis est d’ailleurs un de ces segurosos, ces agents de sécurité de l’État qui se mêlent à votre vie pour en rapporter tous les détails. Ses faits et gestes, ses relations, ses écrits, et jusqu’à ses amours, tout est contrôlé par un gouvernement omniprésent, omnipotent.
Un jour, Gerónimo, un bel étranger, acteur célèbre, entre dans sa vie. Il veut réaliser un film sur son père… Cleo l’accueille, va vivre une relation amoureuse intense avec lui, et découvrir des vérités sur sa famille qu’elle n’avait jamais imaginées. De révélations en surprises, elle consigne chaque jour dans son journal les péripéties d’une cubaine qui rêve de liberté, mais qui est en permanence suivie, épiée, analysée…

J’ai trouvé intéressant de comprendre et même ressentir l’oppression permanente, le doute, les interrogatoires, les fouilles, d’une police à qui tout est permis, d’amis qui ne sont que des indics du gouvernement. De ces vies si éloignées des nôtres qu’on a du mal à les imaginer. J’ai aimé l’écriture et les descriptions de l’ile, l’ambiance, la vie, et surtout l’analyse de la situation et l’impression malsaine qui s’en dégage.  Mais j’ai eu pourtant un peu de mal à accrocher jusqu’au bout. Car au final on a tendance à se demander ce qui retient Cleo sur son ile, elle qui n’y est jamais sereine ni libre, pourquoi ne pas faire comme tant d’autres cubains, partir vivre ailleurs en attendant des lendemains plus rieurs pour y retourner. Même s’il est certainement très difficile de partir, de quitter son pays quel qu’il soit pour devenir un émigré quand on a un pays à soi !

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Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Traduit par Marianne Million Langue d’origine : Espagnol (Cuba)

« Sur cette île, la vie privée est comme l’hiver ou la neige, juste une illusion. »

Cleo est une poétesse et écrivaine reconnue partout dans le monde sauf sur son île, à Cuba. Là, on la soupçonne de pactiser avec l’ennemi. Ailleurs – à New York, à Mexico – les Cubains en exil se méfient aussi : elle pourrait bien être une infiltrée. Partout où elle cherche refuge, refusant de renier qui elle est – une femme cubaine, une artiste –, on la traque.

Plongée dans cette immense solitude, Cleo tente de travailler à son nouveau livre : la mort de ses parents l’a laissée exsangue, ses amours battent de l’aile. Alors quand apparaît à sa porte Gerónimo, un acteur hollywoodien qui prépare un film sur Cuba et détient des informations bouleversantes sur sa famille, sa vie bascule.

Tour à tour enquête – puis véritable quête –, vertigineuse histoire d’amour mais aussi chronique d’une vie dans une Cuba où le régime à bout de souffle s’immisce dans le quotidien jusqu’à l’absurde, Dimanche de révolution dresse un portrait sensuel, aimant et corrosif d’une génération toujours écrasée par les soubresauts de cette révolution qui n’en finit pas d’agoniser.

Littérature étrangère    / Date de parution : 24/08/2017 / Format : 14 x 20,5 cm, 216 p., 19,00 EUR € / ISBN 978-2-283-03066-0

Galeux. Bruno Jacquin

Découvrir l’Histoire en lisant « Galeux ». Bruno Jacquin nous emporte dans une plongée intelligente et sombre au cœur de la guerre sale qui endeuilla le pays basque dans les années 80.  

DomiCLire_galeux_bruno_jacquin.jpgJ’avais beaucoup aimé le premier roman de Bruno Jacquin Le jardin des puissants. Avec Galeux, je retrouve la plume affutée de ce journaliste qui va au fond de son enquête pour nous entrainer dans un thriller politico-historique et nous replonger dans les années sombres du terrorisme, celles de la sale guerre qui voit s’affronter le GAL, Groupe Anti-terroriste de Libération et l’ETA, l’organisation indépendantiste basque (Euskadi ta Askatasuna / Pays Basque et Liberté).

Dans la famille d’Inès, les années de la lutte de l’ETA ont laissé des traces, son père a été abattu, peu de temps après la mort de sa mère. Elle a donc été élevée par ses grand parents, une grand-mère mutique et insensible, car Jocelyne ne laisse rien voir de ses sentiments et se réfugie dans le silence, et un grand-père présent et attentionné.

En 2005, Casimiro, son grand-père, paisible retraité espagnol qui vit depuis des années côté français, est victime d’un attentat. Par miracle, il a la vie sauve mais reste très affaibli. Sa petite fille Inès va alors chercher à comprendre ce qu’il a bien pu se passer pour qu’un homme aussi tranquille soit la cible forcément innocente des terroristes. D’autant que l’attentat est signé, et que l’on comprend vite qu’il s’agit de vengeance, des années après, et que le sujet principal est l’ETA, ainsi que son organisation adverse, le GAL.

Inès est amoureuse de Mikel, un jeune basque qui doit pourtant la quitter quelque temps et partir en Argentine. Sa meilleure amie est issue d’une famille d’anciens etaras, elle a toutes les cartes en mains pour trouver des contacts et essayer de comprendre. Son enquête, difficile, l’emmènera du pays basque à l’Amérique du Sud, puis vers les quartiers de son enfance, dans les pas de ses parents et grands-parents. Elle sera surtout prétexte pour Bruno Jacquin à nous présenter cette situation ambiguë, difficile, de la lutte sans merci contre un terrorisme aujourd’hui éradiqué.

Pour mieux comprendre, il faut savoir que dans les années 80 au pays basque, la lutte pour l’indépendance ne connaissait pas de répit, et malgré la mort de Franco en 1975, on vivait toujours dans un climat de terreur. Comme les provinces basque françaises sont des terres d’accueil pour les terroristes de l’ETA, mais qu’il est difficile de pénétrer en France pour les chasser, on ne trouve rien de mieux que d’embaucher des français pour faire ce travail dans la plus grande clandestinité. Le pouvoir en place a donc mis au point un contrepouvoir occulte à cette forme de terrorisme, le GAL, embarquant dans ses rangs français ou espagnols, civil ou militaire, trouvant même des complicités auprès de policiers français, pour arrêter les etaras et les ramener sur le sol espagnol ou (plus simple !) les exécuter directement sur le sol français, plus d’une trentaine d’assassinats ont ainsi été perpétrés entre 1983 et 1987. La lutte contre l’ETA est un lutte sans merci qui doit se faire à n’importe quel prix, quoi qu’il en coûte en vies humaines, le mot d’ordre étant de « terroriser le terrorisme », selon les mots célèbres d’un ancien ministre de l’intérieur français.

On se souvient enfin qu’on a très récemment assisté à  l’agonie du mouvement indépendantiste et terroriste qui, après avoir d‘abord proclamé en octobre 2011 un «cessez-le-feu définitif et unilatéral» et face à l’attitude ferme et au refus de négocier de Madrid, a annoncé son «désarmement total et unilatéral» pour le 8 avril 2017.

Un tout petit bémol peut-être, le sujet du GAL était sans doute un sujet épineux et délicat, bien souvent méconnu. Y compris lorsqu’on en a entendu parler et qu’on connait le pays basque, l’ETA et les années de terrorisme qui ont secoué les 7 provinces et l’Espagne en particulier. Du coup, et certainement par soucis de justesse et d’exactitude, les informations sont denses, complexes, alternant l’intrigue et la vie des personnages avec des chapitres plus techniques qui nous présentent la réalité historique, ce qui fait que par moment on s’y perd un peu. Mais c’est un défaut qui passe vite lorsque l’on accepte de lire Galeux d’abord comme un roman, et dans un deuxième temps seulement de se poser la question de la part du réel ou de celle de la fiction.

Alors vous qui aimez en savoir plus sur l’histoire (tout en vous divertissant parce que les polars c’est quand même un grand plaisir de lecture ! ) je ne peux que vous conseiller de lire Galeux, en plus il est édité par cette maison d’éditions que j’aime beaucoup, Cairn, du Noir au Sud.

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Catalogue éditeur : Cairn, Du Noir au Sud

En 2017, 30 ans que les GAL ont officiellement disparu, les tristement célèbres « groupes antiterroristes de libération ». Inspiré de faits réels, Bruno Jacquin signe avec Galeux un nouveau polar politique fort sur le Pays Basque.
Site officiel du livre : https://brunojacquin.wixsite.com/galeux

ISBN :   9782350682426

Guérilla Social Club. Marc Fernandez

Vous avez aimé « Mala Vida » ? Alors vous aimerez aussi « Guérilla Social club », le dernier roman de Marc Fernandez qui vous embarque de Madrid à Buenos-Aire au rythme de l’Histoire.

DomiCLire_guerilla_social_clubCe que j’aime chez Marc Fernandez, c’est l’âme hispanique qui se dégage de ses romans. On sent l’amour et la connaissance de pays qu’il n’habite pas et cependant qu’il distille par touches subtiles, qu’il n’impose pas à son lecteur, mais qui donnent une envergure à ses romans.

Dans Guérilla Social Club, nous retrouvons avec plaisir – même si finalement il s’est passé un peu de temps depuis le premier opus – les personnages principaux de Mala vida. Isabel s’est installée en Argentine, Diego est journaliste à Madrid, la relation qui aurait dû évoluer entre eux est au point mort… (pour comprendre pourquoi il convient de se replonger dans Mala Vida, je n’en dirais donc rien). Il anime une émission de radio où il aime évoquer des enquêtes récentes. Son ami Carlos, le patron du Casa  Pépé est enlevé. Des disparitions inquiétantes ont lieu simultanément  dans plusieurs pays d’Amérique latine, puis ces individus, tous apparemment d’anciens guérilleros,  sont retrouvés morts, torturés. Les faits s’accumulent mais l’enquête piétine, toute l’équipe se met en action pour tenter d’élucider ces événements. Isabel et Léa en Argentine, Diégo et ses indics à Madrid, Ana va même repartir dans ce pays qu’elle a fui pendant la dictature…. Les jours sombres menacent de recommencer, des enlèvements, des attentats, vont se multiplier, rendant la résolution de l’enquête difficile tant elle parait invraisemblable.

Après un premier roman (Mala vida) qui dévoilait le scandale des bébés volés pendant le franquisme, Marc Fernandez évoque ici les dictatures d’Amérique latine, du Chili à l’Argentine des années 70/80 et de l’opération Condor. Caryl Férey nous avait éveillé à l’opération Condor, avec son roman éponyme paru en 2016. Marc Fernandez y revient lui aussi, quarante ans après. Il nous entraine, et même si nous avions largement oublié cette époque, malgré par exemple les revendications toujours actuelles des Mères de la place de Mai – des années après elles cherchent toujours les fils ou les maris disparus – les références nous replongent dans le passé sans nous donner l’impression d’être un peu ignorants.

C’est habilement mené, porté par une intrigue puissante, complexe, qui mêle le présent au passé et à l’Histoire, celle avec un grand H. L’écriture est directe, rythmée, efficace, au style journalistique évident, qui emporte et tient le lecteur en haleine, et il s’interroge, il s’émeut. Et de se dire, une fois encore, que peut-être tout n’est pas terminé, que le mal peut ressurgir, que les dictatures abolies ne sont pas forcément anéanties et que la soif de puissance peut éveiller les sentiments et les désirs des plus nocifs. Alors je ne sais pas vous, mais moi, j’attends déjà le prochain roman !


Catalogue éditeur : Préludes éditions

Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980.
Parmi ces disparus figure l’un des amis du journaliste madrilène Diego Martín. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l’avocate Isabel Ferrer.
Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l’Espagne à l’Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l’Histoire. Lire la suite…

Parution : 08/03/2017 / Format : 130 x 200 mm / Nombre de pages : 288 / EAN : 9782253107859

Les indésirables. Diane Ducret

 « Les indésirables » de Diane Ducret, un roman qui nous plonge dans notre histoire récente et nous émeut profondément.

DomiCLire-les-indésirablesUn camp de détention à Gurs dans les Pyrénées, des femmes à Paris mais aussi partout en France, et des années terribles retenues prisonnières pour le simple fait d’être une femme émigrée ayant fui un pays en guerre et surtout n’ayant pas encore eu d’enfants. Vous y croyez ? Non bien sûr ! Et pourtant, si les espagnols qui fuyaient l’Espagne de Franco étaient détenus dans de sordides conditions au camp de Gurs dans ces Pyrénées qui n’étaient encore que des Basses-Pyrénées, les femmes qui y sont arrivées ont eu elles aussi des conditions de vies quasi inhumaines.

Paris, 12 mai 1940, les femmes célibataires ou mariées, mais sans enfants, allemandes ou d’origine allemande sont convoquées sans appel au Vel’D’hiv pour le 15 mai. Là, munies d’un simple petit bagage, elles vont attendre plusieurs jours dans ce vélodrome devenu un cloaque insalubre. Enfin, des camions, puis des trains les emmènent vers un voyage quasi sans retour aux confins de ce pays qu’elle ont rejoint pour y trouver la liberté, loin de l’Allemagne qu’elle ont fui car elles s’opposent au fascisme ou parce qu’elles sont juives.

Pendant ces jours d’attente, deux femmes vont se lier d’amitié. Eva l’aryenne, pianiste ayant fui Berlin et rejeté l’engagement de sa famille envers Hitler et Lise la juive qui a fui avec sa mère pour éviter le pire. Elles sont devenues les indésirables, celles dont le pays ne veut plus et qu’il parque au loin, à l’abri des regards, surtout au moment peu glorieux de l’armistice avec Hitler.

A leur arrivée au camp, elles sont une source d’étonnement et de ravissement pour les espagnols retenus là depuis longtemps déjà. Et même si hommes et femmes ne peuvent pas se rejoindre, les possibilités existent et l’amour, l’amitié, la solidarité, sont les éléments indispensables pour résister aux souffrances, au froid, aux maladies qui guettent ces femmes affaiblies.

L’auteur nous raconte la vie de ces hommes et ces femmes, leur courage, leurs espoirs, leur volonté face à cette adversité contre laquelle si peu semble réalisable. Et à Gurs, les indésirables ont réussi l’impossible, faire de l’art un rayon de soleil, un espoir supplémentaire. Elles vont demander et obtenir un piano et donner des spectacles dans un cabaret improvisé. Tout cela avec l’aide du commandant Davergne et de l’infirmière Elsbeth Kasser (tous deux ayant réellement existé) car dans chaque homme ou femme il faut continuer à avoir espoir. C’est un roman magnifique et émouvant. Diane Ducret mêle adroitement la petite histoire, celle de la vie de ces hommes et de ces femmes, pour faire revivre un pan méconnu et sombre de notre Histoire.

Il y a une grand humanité en même temps qu’une certaine tristesse à voir comment les événements pourraient si facilement se renouveler. Histoire, quand tu nous heurte, quand tu te répètes, quand même savoir ne permet pas toujours d’éviter de recommencer….

Je connais ce camp de Gurs pour de multiples raisons, la première étant que je viens de Pyrénées-Atlantiques et que certains de mes amis espagnols ont eu leurs parents et grands-parents retenus là pendant des années lorsqu’ils ont fui l’Espagne de Franco, ils m’en ont souvent parlé. Il y a tout juste six ans je souhaitais aller le visiter, puisqu’il existe encore. Une vilaine grippe m’ayant clouée au lit, mes proches m’en ont parlé à leur retour, très émus de ce qu’ils avaient vu.

On se souviendra aussi qu’il existe le même type de camp du côté de Perpignan, Isabelle Alonzo en a parlé dans ce roman qui parle si bien de son père Je mourrai une autre fois. Enfin, les artistes allemands réfugiés également sur la côte d’Azur ont connu le même voyage, de la côté au camp des Milles à Aix-en-Provence, puis à Gurs, Michèle Kahn en parle dans son roman  Un soir à Sanary .


Catalogue éditeur : Flammarion

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Eva et Lisa, deux amies jugées indésirables, sont internées par l’état français dans un camp au beau milieu des Pyrénées. Recréant un cabaret, elles chantent et dansent l’amour et la liberté en allemand, en yiddish et en français

Parution : 01/03/2017 / Format : 14.6x22x2.1 cm / Nb pages : 320 / Prix : 19,90 € / EAN :  9782081407343

Pereira Prétend. Pierre-Henri Gomont

Pereira Prétend est adapté du roman d’Antonio Tabucchi. Lors du festival d’Angoulême, j’ai eu le plaisir de discuter avec l’auteur Pierre-Henri Gomont qui a su me donner envie de lire cette BD.

DomiCLire_pereira-pretend.jpgSi au premier abord j’étais un peu déroutée par le graphisme, le personnage et son univers, en fait, très vite je me suis laissée absorber par cet univers étrange où un journaliste veuf et particulièrement solitaire, Pereira Prétend, prétend qu’il lui arrive ci ou ça, rentre chez lui et parle à sa femme, morte depuis longtemps, mais qui lui manque tant. Puis petit à petit, il se pose enfin des questions sur son existence et se demande s’il n’a pas gâché sa vie à force de vouloir fermer les yeux au monde qui l’entoure.

Car nous sommes au Portugal, à Lisbonne dans les années 38. Au moment où l’air qu’on y respire est de plus en plus malsain, c’est celui des troupes de Salazar, et de l’ordre sécuritaire de l’époque. L’Espagne voisine est désormais aux mains de Franco, l’ombre nazie plane sur l’Europe qu’elle va couvrir bientôt.

Dans les villes, les jeunes tentent de se révolter, les hommes sont arrêtés sans raison dans les rues, tabassés, enlevés, mais Pereira ne voit rien. Lui, il fait juste son métier, directeur de la page culture du journal  Le Lisboa. Chaque jour, il suit le même rituel, bonjour du matin à la concierge du journal, à la botte de la police et qui divulgue tout ce qu’elle voit, chaque soir il rentre chez lui et parle à sa femme (enfin, à son portrait !)  ou à ses autres « moi » bonne ou mauvaise conscience peut-être, chaque jour enfin, il se goinfre d’omelette ou de citronnade fortement sucrée, à tel point que sa santé est en péril.

Un jour il décide, sans trop savoir ce qui l’y pousse, d’embaucher un stagiaire qu’il a repéré suite à un texte publié dans un journal. Et cette rencontre avec la jeunesse de cette époque à laquelle il s’est soustrait va enfin lui ouvrir les yeux, car dans ce monde feutré où la censure met sous le boisseau tout ce qu’elle veut taire, où chacun espionne l’autre, où il est bon de penser comme le gouvernement, Pereira se pose enfin les bonnes questions. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est justement cet éveil à la conscience d’un homme ordinaire à qui sa vie banale convenait jusque-là. Ici pas de héros, pas d’acte particulièrement dramatique ou éclatant au sens classique, mais malgré tout cette prise de conscience qui peut subvenir en chaque homme.

Il y a assez peu de personnages au final, mais des couleurs étonnantes qui reflètent bien les différentes situations. Des fonds bleu ou vert pour les moments heureux et plus sereins, des tonalités de rouges et de noirs pour l’incertitude, la colère ou la révolte, mais aussi des ciels bleus limpides en opposition au climat ambiant du Portugal de ces années-là. Le graphisme particulièrement travaillé nous emporte vraiment dans les rues de Lisbonne, devant ses bâtisses, il est au contraire plus ébauché pour les personnages, par exemple pour ces petits lutins rouges « consciences » de Pereira, ou ces lâches aux tronches de bandits, etc. C’est assurément un exercice réussi pour au final un roman graphique qui se lit d’une traite et se termine un peu trop vite à mon goût !


Catalogue éditeur : Sarbacane

Pierre-Henry Gomont nous emmène dans le Portugal de Salazar.

Lisbonne, Portugal, en pleine dictature salazariste, fin juillet 1938. Dans une ville enveloppée d’un « suaire de chaleur », un journaliste vieillissant, le doutor Pereira, veuf, obèse, cardiaque et tourmenté, rédige chaque jour depuis plus de trente ans la page culturelle du quotidien très conservateur, le Lisboa. Dans cette vie endormie, déboule un certain Francesco Monteiro Rossi… et, de façon tout à fait inattendue, Pereira l’engage. Mais le jeune pigiste, au lieu d’écrire les sages nécrologies que Pereira lui a commandées, lui remet des éloges aussi sulfureux qu’impubliables de Lorca et autres Maïakovski, ennemis avérés du régime fasciste.  Lire la suite…

Format: 21,5 x 29 cm / Nombre de pages: 160 / Parution: 7 septembre 2016 / ISBN: 9782848659145 / Prix: 24,00 €