Rassemblez-vous en mon nom, Maya Angelou

Le récit autobiographique puissant et sincère d’une icône de l’Amérique

Positif, humoristique, honnête, Maya Angelou se raconte sans fard, de ses dix-sept à ses vingt-et-un ans. Fille mère, elle élève seule son fils Guy, et jeune femme noire, ça fait beaucoup dans cette Amérique qui sort de la seconde guerre mondiale.

Si elle fuit d’une certaine façon le racisme du sud, ce dernier n’est pas absent pour autant dans les autres régions des États-Unis qu’elle parcourt de l’Arkansas à San Francisco. Serveuse, cuisinière, maquerelle, danseuse, elle a fait tous ces métiers avec autant de bonne volonté et de sincérité, la plupart du temps même par amour ou par recherche de cet amour, de cet homme qui pourrait la protéger et l’aimer.

Mais ces hommes justement abusent sans scrupule de cette jeune femme positive, intelligente, authentique qui ne demande qu’à être aimée. Elle donne son cœur et sa confiance à de nombreux hommes qui tour à tour jouent de cette naïveté qui la caractérise mais qui d’une certaine façon la protège sans doute.

Le racisme, la difficulté d’être femme, la solitude, sont aussi bien retranscrits ici. La famille, sa mère, son frère, mais aussi les oncles et tantes si froids et égoïstes, les nounous bienveillantes de son fils Guy, et ces femmes qu’elle rencontre vont également forger celle qu’elle deviendra.

Une magnifique traduction de Christiane Besse nous permet de profiter pleinement de ce formidable texte. L’écriture, le rythme, l’humour et la dérision, et je le redis sans doute, la sincérité, font de ce récit un moment inoubliable.

Je connaissais vaguement la vie de Maya Angelou, figure emblématique de la vie politique et artistique américaine, après avoir lu Rassemblez-vous en mon nom j’ai forcément envie d’en savoir d’avantage et de lire ses autres livres.

Maya Angelou, poétesse, écrivain, actrice, militante pour les droits civiques, réalisatrice et enseignante est décédée en 2014 à l’âge de 86 ans.

Catalogue éditeur : éditions Noir sur Blanc Notbilia

Traduit par Christiane Besse
Langue d’origine : Anglais (États-Unis)

Silhouette imposante, port de tête altier, elle fait résonner la voix d’une femme noire, fière et volontaire, qui va devoir survivre dans un monde d’une extrême dureté, dominé par les Blancs. Une voix riche et drôle, passionnée et douce qui, malgré les discriminations, porte l’espoir et la joie, l’accomplissement et la reconnaissance, et défend farouchement son droit à la liberté.

Après l’inoubliablement beau Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, Maya Angelou poursuit ici son cycle autobiographique. Maya Angelou fut poétesse, écrivaine, actrice, militante, enseignante et réalisatrice. Elle a mené de nombreux combats avant de devenir une icône contemporaine qui a inspiré la vie de millions de personnes. Elle a côtoyé Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcolm X et James Baldwin. À sa mort, Michelle Obama, Rihanna, Oprah Winfrey, Emma Watson, J. K. Rowling et beaucoup d’autres encore lui ont rendu hommage.

Date de parution : 20/08/2020 / Format : 12,8 x 20 cm, 272 p., 18,00€ / ISBN 978-2-88250-644-3

La belle lumière, Angélique Villeneuve

Le magnifique parcours d’une mère pour sauver sa fille, un roman inoubliable

L’auteur porte un regard émouvant et réaliste sur la vie de Kate Keller, la mère passionnée et attentive d’Helen, cette enfant sauvage et folle, sourde muette et aveugle que tous lui conseillent de placer à l’asile.

Cette enfant c’est Helen Keller, devenue la première femme handicapée à réussir un diplôme universitaire, auteure prolifique, elle crée une fondation pour personnes handicapées et milite au sein de mouvements socialistes, féministes et pacifistes, elle voyage dans le monde entier pour défendre les personnes handicapées.

En Alabama en 1880, Kate a quitté ses parents pour suivre Arthur, ce veuf de vingt ans son ainé. Mais la vie n’est pas facile pour cette jeune femme qui sait bien qu’elle ne prendra jamais la place de la première épouse trop tôt disparue. La naissance de son premier enfant est vécue comme une fête. Helen est un bébé comme les autres, aimée de ses parents, élevée dans cette grande maison au bord de la rivière. Jusqu’à ces journées de fièvre qui  laissent la mère et la fille exsangues et changent à jamais le cours de leurs vies. Helen a dix-neuf mois.

Vont suivre des années de recherche tous azimuts pour cette mère aussi obstinée que pugnace, médecins, oculistes, médecines alternative, eaux miraculeuses ou plantes qui guérissent, tout y passe, rien n’y fait. L’enfant grandit, sauvage, exigeante, indocile.

La relation quasi-charnelle et si forte qu’elle a avec sa fille lui dit qu’elle peut faire quelque chose pour elle. Alors Kate s’obstine, laisse Helen vivre, toucher, crier, mordre, blesser, fuir. Kate cherche et trouve enfin une école pour malentendants et aveugles, l’école Perkins à Boston et convainc son époux de faire venir Ann Sullivan, une jeune femme qui prend en charge l’éducation d’Helen. Plus qu’éduquer, il lui faudra dompter la jeune Helen, et soumettre à rude épreuve ces parents aimants qui ne comprennent pas forcément la difficulté et l’exigence de cette éducation.

Le difficile parcours de cette mère qui aime sa fille et se bat contre tous pour lui donner une vie « normale » est magnifiquement dépeint par les mots, la force et la douceur de l’écriture de l’auteur. Une écriture qui touche le lecteur au cœur et à l’âme. Bien sûr, comme elle le dit, peu de documents existent sur la réalité de la vie de Kate, mais Angélique Villeneuve la fait vivre sous nos yeux avec intelligence et sincérité, c’est particulièrement réussi et terriblement émouvant

La beauté, la complexité, la dualité des sentiments de cette mère, les difficultés qu’elle doit affronter, l’isolation face à une société qui n’est pas prête à accepter ces enfants si différents. Mais aussi la complexité de cette Amérique qui sort de la guerre de sécession, les conflits latents entre le nord et le sud, malgré la fin de l’esclavage une réalité qui veut que ces hommes et ces femmes qui ne sont plus esclaves n’ont pas pour autant leur place dans la société, sont également traduits avec finesse. Tout y est. C’est émouvant, beau, triste et magnifique à la fois.

Retrouvez aussi ma chronique de Maria paru en 2018

Catalogue éditeur : Le Passage

Alabama, 1880. Dans une plantation du sud des États-Unis, la naissance d’Helen console sa mère d’un mariage bancal. Un monde s’ouvre entre Kate et sa fille, et puis tout bascule : les fièvres féroces ravagent l’enfant adorée.
Cette fillette à la destinée extraordinaire, beaucoup la connaissent. La renommée d’Helen Keller, aveugle, sourde et muette, enfant farouche tenue pour folle et puis surdouée, a franchi frontières et années.
Kate Keller, que La Belle Lumière éclaire aujourd’hui, semblait en revanche repoussée dans l’ombre à jamais. Sans elle, pourtant, sa fille aurait-elle pu accéder au miracle de la connaissance ?
Comme glissée au cœur de son héroïne, tant vibre dans ces pages le corps déchiré de Kate, Angélique Villeneuve restitue, de son écriture sensuelle et précise, la complexité d’une femme blessée et dévorée par l’amour. Dans ce Sud encore marqué par la guerre de Sécession et les tensions raciales, le lecteur traverse avec elle une décennie de sauvagerie, de culpabilité et de nuit. Mais découvre aussi, et c’est là la force du livre, un temps de clarté et de grâce.

ISBN: 978-2-84742-447-8 / Date de publication: Août 2020 / pages: 240 / Prix : 18 €

Une femme en contre-jour, Gaëlle Josse

Une femme, Vivian Maier, une passion, la photographie, et le talent de Gaëlle Josse pour les rassembler ici

Quel mystère s’abrite derrière ces montagnes de rouleaux de pellicules et de photos découverts dans un garde meuble de la banlieue de Chicago  et qui sont vendus aux enchères en 2007 ? C’est ce que cherche à savoir John Maloof, ce jeune agent immobilier qui vient d’acquérir l’un des lots pour quatre cent dollars. Il y a là des milliers de photos, de pellicules, de films, des milliers de planche- contact.

A force de recherche, de temps passé à présenter quelques photos sur les sites de collectionneurs, et grâce à un nom tout juste esquissé sur une enveloppe, il remonte jusqu’à Vivian Maier.

Elle était nurse, vient de décéder à quatre-vingt-trois ans, dans l’anonymat le plus complet et dans la misère. Trois des enfants dont elle s’est occupée dans sa carrière se sont chargé de ses funérailles. Un début de piste pour Maloof dans cette chasse au trésor qui va lui permettre de faire naitre aux yeux du monde cette grande photographe au talent indiscutable. Pourtant de son vivant elle a vu très peu de ses propres photos, car développer de l’argentique coûtait particulièrement cher, elle ne pouvait se le permettre.

Originaire d’une vallée des Hautes-Alpes, Eugénie, sa  grand-mère, est fille mère. En 1901, elle abandonne sa fille Maria et part pour l’Amérique. Maria va la rejoindre des années plus tard, puis épouser Charles Von Mayer, ou Meyer, ou Maier, qu’importent le nom et la particule pourvu qu’on soit accepté en Amérique. Un mariage et un couple bancal, la petite Vivian et son frère Carl vont pousser auprès de leur mère. Alcool, violences, rupture, rien ne sera épargné à Maria qui tente dans le mensonge et les affabulations de se créer un passé plus glorieux. Les enfants suivent tant bien que mal, Carl va mal tourner, Vivian va s’en sortir et quitter le foyer familial rapidement. Toute sa vie elle sera accompagnée par ses grands-mères qui tentent de suppléer  aux manques de Maria.

Vivian a une enfance bien peu sereine, entre France et États-Unis, puis retour vers le nouveau monde où elle passera une vie bien solitaire et exercera  le métier de nurse pour enfants. Une activité qui lui laissera toute latitude et opportunité de photographier à satiété tout ce qui l’entoure, hommes, femmes, enfants, rues, paysages, le quotidien d’une Amérique ordinaire mais qui devient passionnante sous son regard affuté.

Le roman-biographie de Gaëlle Josse est une belle réussite. S’il est parfois un peu froid car factuel, il est  toujours empathique, émouvant et sincère. On y sent toute l’ambiguïté et la tristesse d’une vie que l’on imagine en partie manquée, malgré cette passion pour la photographie assouvie pour ce qui est de se promener en permanence l’œil aux aguets et l’appareil en bandoulière. Et on est désolé de savoir qu’elle n’aura pas pu voir son fabuleux travail pendant ses dernières  années.

J’avais pu voir l’exposition des photos de Vivian Maier à la Tabakalera à San Sebastien, en Espagne, juste après l’exposition du Jeu de Paume à Paris ; j’avais été séduite par ces regards, ces visages, ces scènes de vie si intimes, parfois froides, prises sur le vif. Elle savait photographier la vie, la vraie. On est loin des studios et des poses.  Et ces autoportraits si décalés, cette façon de cadrer en dehors du cadre.

Finding Vivian Maier  John Maloof y Charlie Siskel, EUA, 2013

Site Vivian Maier

De Gaëlle Josse, on ne manquera pas de lire également Une longue impatience et L’ombre de nos nuits dont je vous avais déjà parlé ici.

Catalogue éditeur : Les éditions Noir sur blanc Notabilia

Dix ans après la mort de Vivian Maier, Gaëlle Josse nous livre le roman d’une vie, un portrait d’une rare empathie, d’une rare acuité sur ce destin troublant, hors norme, dont la gloire est désormais aussi éclatante que sa vie fut obscure.

Date de parution : 07/03/2019 / Format : 12,8 x 20 cm, 160 p., 14,00€ / ISBN 978-2-88250-568-2

Un petit carnet rouge, Sofia Lundberg

Un petit carnet rouge, un roman émouvant et tendre pour dire une vie et traverser le siècle

Doris a quatre-vingt-seize ans, son corps est usé, elle a besoin d’aide pour vivre seule dans son appartement, jusqu’au jour où elle fait une mauvaise chute et doit être hospitalisée. Et l’on découvre la façon dont sont parfois traitées les personnes âgées, oubliées, infantilisées, maltraitées.

Doris a eu une vie bien remplie mais elle sait que la fin approche. Elle a décidé de coucher sur le papier ses souvenirs pour les laisser à Jenny, sa petite nièce adorée qui vit en Californie et avec qui elle correspond régulièrement via internet.

De Stockholm à Paris, du Royaume Uni aux États-Unis, les chapitres alternent entre les souvenirs de Doris et sa vie aujourd’hui avec son lien avec Jenny. Les souvenirs sont inscrits dans son petit carnet rouge, offert par son père pour ses dix ans et qu’elle a rempli tout au long de sa vie. A chaque nom correspond un instant ou des années de vie, les personnes qui ont compté en bien ou en mal. Ces noms qu’elle raye au fil des ans en y ajoutant la mention décédé.

Doris a eu une enfance difficile après la mort de son père. Obligée de travailler, placée par sa mère, elle s’éloigne définitivement de sa famille. A Paris, elle devient mannequin haute couture pour les plus grands noms de son époque. Puis viennent les années de guerre, la rencontre avec Allan, architecte franco-américain, l’amour de sa vie.

Un petit carnet rouge est un roman qui traverse le siècle. De très courts chapitres alternent entre le présent et le passé,  les malheurs et les épreuves, les rencontres, le bonheur, la tendresse parfois. L’auteur a su rendre cela très sensible tout au long des pages. Le lecteur se prend d’affection pour Doris et ses rendez-vous manqués avec l’amour et sa néanmoins belle vie de femme.

Vous aimez les beaux romans d’amour qui parlent vrai ? Lisez Un petit carnet rouge !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Calmann-Lévy et Le Livre de Poche

À quatre-vingt-seize ans, Doris vit seule à Stockholm. Elle n’a plus aucune famille si ce n’est une petite-nièce aux États-Unis. Son bien le plus précieux est un carnet qu’elle possède depuis 1928, qui contient le souvenir des gens qu’elle a rencontrés au fil de son existence et dont elle a rayé les noms à mesure qu’ils ont quitté ce monde. De l’excentrique bourgeoise pour qui elle a travaillé enfant à l’amour de sa vie rencontré à Paris, de la veuve qui lui a appris l’anglais sur le bateau l’emmenant à New York aux plus grands couturiers français qui l’ont vue défiler, de l’artiste suédois devenu son confident à sa propre sœur, au destin douloureux, l’existence de Doris est une épopée romantique, tragique et émouvante.

Sofia Lundberg a eu l’idée d’écrire Un petit carnet rouge après avoir retrouvé dans les affaires de sa grand-tante Doris un carnet d’adresses rempli de noms inconnus et pour la plupart rayés. Le roman, d’abord auto-édité, a connu un succès exceptionnel sur Internet avant d’être repéré par un éditeur suédois puis vendu dans plus de trente pays. L’auteure est journaliste et vit à Stockholm.

Traduit du suédois par Caroline Berg.

EAN : 9782253074403 / Prix : 8,20€ / Pages : 408 / Parution: 30/10/2019

Calmann-Lévy  EAN : 9782702163511 / Prix : 19.90 € / Pages : 360 / Parution : 30/05/2018

Cet instant-là. Douglas Kennedy.

Sur fond de romance et d’espionnage, il faut savoir saisir la chance de sa vie et ne pas laisser passer « Cet instant-là »

J’ai lu déjà pas mal de romans de Douglas Kennedy, et j’avais arrêté après « la femme de Ve », sans doute parce qu’à moment donné j’avais l’impression de connaître déjà ? Il n’empêche, c’est un auteur dont j’aime l’écriture et la vision anglo-saxonne de l’Europe, même si c’est également un auteur que l’on imagine presque français.

Ici, le narrateur Thomas Nesbitt, la cinquantaine, est écrivain. Après quelques années d’une vie de couple banale et sans passion, il décide de divorcer. Au même moment, il reçoit un paquet et un courrier venus d’Allemagne. Les souvenirs remontent, ceux d’une période de sa vie passée à Berlin au temps de la RDA et du mur.

Nous découvrons vingt-cinq ans plus tôt, Thomas, jeune auteur, parti à Berlin pour écrire un livre sur la vie de l’autre côté du mur. Il rencontre Alistair, peintre anglais homosexuel, drogué et particulièrement talentueux chez qui il va sous louer une chambre, et trouve un emploi dans une chaine de radio locale. Son ambition est d’écrire ses impressions de voyage sur Berlin Est. Là, il croise Petra, transfuge de la RDA, qui travaille comme traductrice. C’est le coup de foudre, la rencontre de sa vie. Mais dans l’Allemagne du mur, la cohabitation entre une allemande réfugiée de l’Est et un jeune américain est quasi impossible, même si l’amour fou est bien réel.

Sur fond de romance et d’espionnage, Douglas Kennedy aborde le dilemme de l’amour et de la confiance, de la capacité de chacun à savoir saisir sa chance et à ne pas laisser passer « Cet instant-là ». Le bonheur est parfois éphémère et savoir l’accepter quand il se présente n’est pas forcément donné à tout le monde. Le poids des regrets peut parfois compliquer toute une existence. Ah, savoir comprendre et choisir ce qui sera le mieux pour soi, est-ce vraiment si simple ? Ce n’est pas forcément mon roman préféré de cet auteur, mais cette plongée et ce regard vers une époque pas si lointaine mais déjà en partie oubliée est très intéressante. Et les descriptions de Berlin, replacée dans un contexte historique et géopolitique passionnant et bien décrit sont un des intérêts de ce roman.

Catalogue éditeur : Belfond

À la fois drame psychologique, roman d’idées, roman d’espionnage mais surtout histoire d’amour aussi tragique que passionnée, une oeuvre ambitieuse portée par le talent exceptionnel de Douglas Kennedy.
Écrivain new-yorkais, la cinquantaine, Thomas Nesbitt reçoit à quelques jours d’intervalle deux missives qui vont ébranler sa vie : les papiers de son divorce et un paquet posté d’Allemagne par un certain Johannes Dussmann. Les souvenirs remontent…
Parti à Berlin en pleine guerre froide afin d’écrire un récit de voyage, Thomas arrondit ses fins de mois en travaillant pour une radio de propagande américaine. C’est là qu’il rencontre Petra. Entre l’Américain sans attaches et l’Allemande réfugiée à l’Ouest, c’est le coup de foudre.
Et Petra raconte son histoire, une histoire douloureuse et ordinaire dans une ville soumise à l’horreur totalitaire. Thomas est bouleversé. Pour la première fois, il envisage la possibilité d’un amour vrai, absolu.
Mais bientôt se produit l’impensable et Thomas va devoir choisir. Un choix impossible qui fera basculer à jamais le destin des amants.
Aujourd’hui, vingt-cinq ans plus tard, Thomas est-il prêt à affronter toute la vérité ?

Traduit par Bernard COHEN / Octobre 2011 / 23,50 € – 506 p.

Rêves de garçons. Laura Kasischke

Dans l’Amérique des années 70, trois Cheerleaders s’ennuient dans leur camp d’été

Rêves de garçons

Elles rêvent de liberté. Le paysage est splendide, la vie idéale, mais l’été et sa chaleur intense, le bruit des cigales omniprésent de jour comme de nuit, donnent une épaisseur oppressante à leurs rêves de légèreté.

Elles sont trois amies belles à en mourir, comme le sont dans notre imaginaire toutes les pom-pom girls. Kristy possède une Mustang décapotable rouge propice à concrétiser tous leurs rêves d’évasion. Mais tout n’est pas aussi simple, il ne suffit pas d’être belle et blonde, rousse aux yeux verts, ou longiligne et avoir un succès fou avec tous les garçons du lycée pour être heureuse. Sur fond d’une journée d’été magique, en quelques flashbacks, les côtés plus obscurs de la vie de chacune sont distillés avec adresse, jusqu’à ce moment où tout bascule, et qui fait que l’avenir ne sera plus jamais innocent.

Laura Kasischke a l’art de restituer une ambiance. On se croirait dans ces films américains où tout commence comme dans un rêve, où les héros s’entre déchirent, où la violence sournoise de leur vie se fait jour peu à peu. Pourtant, malgré un talent d’écriture évident et un suspense qui fait pressentir un drame, l’histoire s’étire et le lecteur que je suis reste en apnée un peu trop longtemps, attendant le drame, nourri de flashbacks incessants, en attente d’un « scénario dramatique annoncé » au final pour le moins étonnant mais tellement tardif.

En fait tout l’art du roman repose sur l’attente et la montée du drame à venir, qui arrive comme une gifle et tellement fort dans l’horreur qu’on souhaiterait qu’il ne soit jamais arrivé. Ne vous précipitez surtout pas pour lire les dernières pages, vous gâcheriez le suspense.

J’ai donc un avis mitigé. C’est un roman bien écrit, un univers très bien restitué, des personnalités peu attachantes, ce qui est sans doute voulu par l’auteur, mais je n’ai pas eu de coup de foudre. Pourtant, je suis sure que je n’hésiterai pas à lire de nouveau un roman de Laura Kasischke.


Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

A la fin des années 1970, trois pom-pom girls quittent leur camp de vacances à bord d’une Mustang décapotable dans l’espoir de se baigner dans le mystérieux Lac des Amants.
Dans leur insouciance, elles sourient à deux garçons croisés en chemin. Mauvais choix au mauvais moment. Soudain, cette journée idyllique tourne au cauchemar.
Rêves de garçons est une plongée au cœur d’un univers adolescent dépeint avec une justesse sans égale. Une fois de plus, Laura Kasischke s’attache à détourner avec beaucoup de férocité certains clichés de l’Amérique contemporaine et nous laisse, jusqu’à la révélation finale, dans l’imminence de la catastrophe.

Laura Kasischke est née en 1961 dans l’État du Michigan. Elle est l’auteure d’une dizaine de romans, dont Rêves de garçons, La Couronne verte, À moi pour toujours, qui a reçu le prix Lucioles des lecteurs en 2008, A Suspicious River et La Vie devant ses yeux, tous deux adaptés au cinéma, ou encore Esprit d’hiver, finaliste des prix Femina et Médicis étrangers en 2013, et lauréat du Grand Prix des lectrices de Elle 2014. Elle est également l’auteure d’un recueil de nouvelles, Si un inconnu vous aborde, ainsi que de poèmes, publiés dans de nombreuses revues, pour lesquels elle a notamment remporté un Hopwood Award et la bourse MacDowell. Sa poésie est traduite en français sous le titre Mariées rebelles.  Laura Kasischke enseigne l’art du roman à Ann Arbor et vit toujours dans le Michigan. 

pages : 256/ Date de parution: 29/04/2009 : EAN : 9782253123644 : Éditeur d’origine: Christian Bourgois Éditeur

En ce lieu enchanté, René Denfeld

En ce lieu enchanté, le couloir de la mort d’une prison sordide au fin fond des États Unis…

EN CE LIEU ENCHANTÉ - Rene DENFELD

Le lieu importe peu, d’ailleurs il n’est pas précisé. Il a un côté irréel, tout comme l’impression générale qui se dégage de ce roman : on plonge dans la magie et le sordide en même temps, c’est terriblement étrange et par moment inconfortable.

Et pourtant, il y a aussi une beauté dans ce texte. En ce lieu enchanté, Arden, le narrateur qui ne parle jamais est dans le couloir de la mort depuis quelques années. Il attend comme tant d’autres le jour de son exécution. Il est isolé dans sa cellule, et cependant il connait les moindres recoins de cette prison crasseuse, les mouvements anormaux, les règles implicites, les échanges, les coups, les trafics de drogue avec les matons, les viols des nouveaux arrivés, toute une vie glauque et inavouable, celle de gardiens corrompus, des détenus qui trafiquent jusque dans leur geôle, celle de la loi des plus forts contre les plus faibles.

« La dame » vient régulièrement rencontrer des condamnés. Le bureau d’avocats pour lequel  elle travaille décide parfois de sauver un de ces hommes. Pour cela elle devra enquêter, chercher ce qu’il y a de moins noir en eux, comprendre d’où ils viennent, pour tenter d’atténuer leur responsabilité dans les atrocités qu’ils ont commis, et commuer leur sanction en perpétuité. Oui, mais tous ne sont pas d’accord ; certains ne souhaitent qu’une chose, que leur tour arrive pour qu’ils puissent enfin quitter définitivement le couloir de la mort.

Le roman pose la question dérangeante de la peine de mort. Faut-il sauver ceux qui ne le souhaitent pas pour leur donner une peine sans doute aussi barbare, celle d’un enfermement définitif. Faut-il sauver ces hommes dont on comprend qu’ils ont commis le pire, l’impardonnable, et que la société a déjà jugés. Je découvre une profession qui interpelle. C’est apparemment celle de l’auteur, René Denfeld, qui alterne poésie et violence pour évoquer un univers qu’elle connait.  Un livre bien étrange, embarrassant, mais passionnant. Il m’a été impossible de le lâcher et ma nuit est passée à lire ce texte dans lequel les oiseaux et les chevaux d’or côtoient les détenus les plus noirs de la prison, avec tellement de poésie que c’en est magique.

Catalogue éditeur : Fleuve et 10/18

La dame n’a pas encore perdu le son de la liberté. Quand elle rit, on entend le vent dans les arbres et l’eau qui éclabousse le trottoir. On se souvient de la douce caresse de la pluie sur le visage et du rire qui éclate en plein air, de toutes ces choses que dans ce donjon, nous ne pouvons jamais ressentir.

Dans le couloir de la mort, enfoui dans les entrailles de la prison, le temps s’écoule lentement. Coupés du monde, privés de lumière, de chaleur, de contact humain, les condamnés attendent leur heure.
Le narrateur y croupit depuis longtemps. Il ne parle pas, n’a jamais parlé, mais il observe ce monde « enchanté » et toutes les âmes qui le peuplent : le prêtre déchu qui porte sa croix en s’occupant des prisonniers, le garçon aux cheveux blancs, seul, une proie facile. Et surtout la dame, qui arrive comme un rayon de soleil, investie d’une mission : sauver l’un d’entre eux. Fouiller les dossiers, retrouver un détail négligé, renverser un jugement. À travers elle naissent une bribe d’espoir, un souffle d’humanité. Mais celui à qui elle pourrait redonner la vie n’en veut pas. Il a choisi de mourir.
La rédemption peut-elle exister dans ce lieu ou règnent violence et haine ?
L’amour, la beauté éclore au milieu des débris ?

Rene Denfeld dépeint un monde d’une grande férocité avec une infinie poésie et une profonde humanité et nous offre un diamant brut d’émotions.

Traduit par Frédérique Daber Gabrielle Merchez

Parution : 21 Août 2014 / EAN : 9782265098008 / 18.50 € / Pages : 208