Les Amazones, Jim Fergus

Avec Les Amazones, le dernier roman de Jim Fergus, faire une plongée hors du temps dans « Les journaux perdus de May Dodd et de Dolly McGill édités et annotés par Molly Standing Bear » au pays des indiens, de 1876 à aujourd’hui

D’abord il y a eu Mille femmes blanches ce roman que j’ai adoré dès sa parution en 2000. Souvenez-vous, en 1875, le chef cheyenne Little Wolf demande au président Grant de lui offrir mille femmes blanches en échange de mille chevaux ; Son idée, en épousant mille de ses guerriers, elles favoriseront l’intégration de son peuple. Si en réalité on ne sait rien de ce que les deux hommes se sont dit lors de cette rencontre, l’auteur prend malgré tout ce prétexte pour défendre la cause des natives américains, en particulier des indiens des grandes plaines. Sous la forme de carnets intimes, Jim Fergus retrace la vie de ces quelques femmes qui vont tenter de s’intégrer à ces tribus cheyennes, Arapahos ou Shoshones pour ne citer qu’elles. Puis viendra La vengeance des mères, deuxième opus de la série, et enfin Les Amazones, le troisième et dernier tome de la saga.

Non il ne s’agit pas là de ces guerrières que l’on retrouve dans la mythologie grecque, pourtant elles n’en sont pas si éloignées. Car Les Amazones sont ces femmes décrites dans les carnets retrouvés de May Dodd, que l’on va suivre tout au long du roman, en parallèle au récit de Mollie McGill, et leur histoire se prolonge pendant toute l’année 1876. Devenues guerrières à leur tour, elles vont créer une sorte de confrérie, celle des Cœurs Vaillants, et se battre aux côtés des indiens contre ce monde qu’elles ont quitté et dans lequel elles ont parfois dû abandonner leurs enfants. Leurs récits nous permettent de retrouver les batailles célèbres, celle de Little Big horn en particulier, mais aussi de faire vivre les récits chamaniques et les traditions spirituelles indiennes.

L’histoire de Mollie Standing Bear, native des réserves américaines contemporaines, apparait en fil rouge, comme une réminiscence de l’esprit des femmes du XIXe.

A la fois récit historique et évocation du surnaturel, l’auteur nous embarque une fois de plus dans une aventure que l’on a du mal à lâcher, et ce malgré quelques longueurs il me semble. L’alternance des récits, des personnages, du passé et du présent ancre totalement son roman dans la réalité quotidienne des indiens des réserves aux États-Unis aujourd’hui. La complexité de leur intégration, le plus souvent impossible, le poids de leurs traditions et de leurs croyances, sont toujours d’actualité. Sa présentation de la vie des tribus, le respect envers la nature et le gibier, leur organisation complexe au fil des saisons et des combats, les costumes et leurs significations, les danses et les rituels magiques, les rites religieux, l’extinction programmée des bisons, rien n’est négligé par l’auteur qui étoffe son récit grâce à ses connaissances impressionnantes du sujet.

J’ai aimé qu’en filigrane à ces récits d’aventure, l’auteur nous montre sans cesse la place des femmes dans la société. Pour celles qui intègrent les tribus, que ce soit la place qui leur était réservée dans la société puritaine des migrants des Amériques, ou celle qu’elles doivent se faire au sein des tribus, on se rend compte que le rôle des femmes, leur liberté, leur existence même ne sont jamais garantis.

Enfin, la déliquescence des tribus indiennes dans la société actuelle, la disparition de nombreuses femmes dans le pays sans que cela émeuvent le moins du monde les autorités, et la vie dans les réserves, nous sont également montrés avec toute la cruauté et tout ce que cela implique pour les amérindiens. J’ai le souvenir d’avoir traversé quelques réserves, lors de mes voyages aux États-Unis, et d’avoir vu certains de ces indiens perdus par l’alcool, la drogue et l’inactivité, au détriment de traditions qui se perdent.

Catalogue éditeur : Le Cherche Midi

Mille femmes blanches : L’héritage

1875. Un chef cheyenne propose au président Grant d’échanger mille chevaux contre mille femmes blanches, afin de les marier à ses guerriers. Celles-ci, « recrutées » de force dans les pénitenciers et les asiles du pays, intègrent peu à peu le mode de vie des Indiens, au moment où commencent les grands massacres des tribus.
1876. Après la bataille de Little Big Horn, quelques survivantes décident de prendre les armes contre cette prétendue « civilisation » qui vole aux Indiens leurs terres, leur mode de vie, leur culture et leur histoire. Cette tribu fantôme de femmes rebelles va bientôt passer dans la clandestinité pour livrer une bataille implacable, qui se poursuivra de génération en génération.
Dans cet ultime volume de la trilogie Mille femmes blanches, Jim Fergus mêle avec une rare maestria la lutte des femmes et des Indiens face à l’oppression, depuis la fin du xixe siècle jusqu’à aujourd’hui. Avec un sens toujours aussi fabuleux de l’épopée romanesque, il dresse des portraits de femmes aussi fortes qu’inoubliables.

Jim Fergus est né à Chicago en 1950 d’une mère française et d’un père américain. Il vit dans le Colorado.

EAN : 9782749155586 / Nombre de pages : 374 / Format : 154 x 240 mm / Prix : 23.00 €

Toute la vérité, Karen Cleveland

Quand la vie d’une famille américaine ordinaire se transforme en cauchemar. On adore plonger dans ce premier thriller de Karen Cleveland qui nous dit « toute la vérité »… ou presque

Vivian a un mari aimant, quatre beaux enfants et un super métier, que rêver de plus ? Bien sûr, les salaires ne sont pas à la hauteur. Mais son mari Matt est toujours présent pour l’épauler, en particulier lors des soins importants qu’il faut apporter à l’un des jumeaux. Et si son métier la passionne toujours autant, il est aussi une source de revenus et une garantie d’assurance santé non négligeable.

Vivian est analyste à la CIA, spécialisée sur la Russie. Son projet phare va bientôt aboutir et lui permettre de percer à jour l’ordinateur d’un espion russe. Mais elle découvre sur l’ordinateur en question une photo de son mari, certainement l’un des agents étrangers dormants. A partir de là, plus rien n’est sûr dans la vie de Vivian. Le doute s’installe, qui alterne avec l’assurance de connaître parfaitement cet homme qui partage sa vie depuis plus de dix ans. Mais que valent les certitudes face à une telle découverte ? Que faire, et comment réagir à une telle révélation ? Penser d’abord à son pays ou à sa famille ?

Tout l’art de Karen Cleveland est de distiller le doute, les certitudes, les interrogations, avec une apparente véracité qui fait frissonner. De flashback en souvenirs, de certitudes en moments de doute, la tension monte et le lecteur est pris au piège. Car Karen Cleveland est du sérail, huit années comme analyste à la CIA, forcément ça aide à planter un décor juste et réaliste. Alors bien sûr les russes sont un peu trop caricaturaux, ou est-ce tout simplement l’image donnée aux espions, mais qu’importe. Le suspense est garanti pour ce page turner parfaitement maitrisé que l’on dévore avec l’envie de connaitre Toute la vérité et de se laisser balader par l’auteur jusqu’à la fin.

Roman lu dans la cadre de ma participation au Prix des nouvelles voix du polar Pocket

Catalogue éditeur : Pocket et Robert Laffont

Malgré un travail passionnant qui l’empêche de passer du temps avec ses enfants et un prêt immobilier exorbitant, Vivian Miller est comblée par sa vie de famille : quelles que soient les difficultés, elle sait qu’elle peut toujours compter sur Matt, son mari, pour l’épauler.
En tant qu’analyste du contre-renseignement à la CIA, division Russie, Vivian a la lourde tâche de débusquer des agents dormants infiltrés sur le territoire américain. Un jour, elle tombe sur un dossier compromettant son époux. Toutes ses certitudes sont ébranlées, sa vie devient mensonge. Elle devra faire un choix impossible : défendre son pays… ou sa famille.

Diplômée du Trinity College de Dublin et de Harvard, Karen Cleveland a passé huit ans à la CIA en tant qu’analyste. Elle vit dans le nord de la Virginie avec son mari et ses deux enfants.

Robert Laffont : Date de parution : 25/01/2018 / EAN : 9782221214947 / Nombre de pages : 384 / prix : 21€
Pocket : Date de parution : 10/01/2019 / EAN : 9782266287869 / Nombre de pages : 408 / prix : 7.90€

La collection Alana, Chefs-d’œuvre de la peinture italienne

La collection Alana, Chefs-d’œuvre de la peinture italienne est à découvrir au Musée Jacquemart-André

La Collection Alana, l’une des plus précieuses et secrètes collections privées d’art de la Renaissance italienne au monde, est actuellement conservée aux États-Unis.

Pour lever tout de suite le mystère du nom de la collection, malgré ses sonorités italiennes il associe tout simplement le début du prénom de son propriétaire, le milliardaire chilien Álvaro Saieh, à celui de son épouse, Ana Guzmán.

Le Musée Jacquemart André expose ici plus de 75 chefs-d’œuvre des plus grands maitres italiens qui n’avaient jusque-là jamais été présentés au public : il s’agit entre autre des chefs-d’œuvre de Fra Angelico, Lorenzo Monaco, Vittore Carpaccio, Filippo Lippi, Tintoret, Véronèse, Bartolomeo Manfredi ou Orazio Gentileschi.

Les œuvres présentées démontrent une véritable fascination du couple pour l’art gothique et la Renaissance italienne, mais aussi plus récemment pour la peinture des XVIe et XVIIe siècles.

Ne boudez pas votre plaisir, c’est tout simplement somptueux !

A voir jusqu’au 20 janvier 2020 infos ici
Le Musée Jacquemart-André est ouvert tous les jours y compris les jours fériés de 10h à 18h, au 158 boulevard Haussmann 75008 Paris

L’appel, Fanny Wallendrof

Passionnant, émouvant, singulier, instructif , L’appel de Fanny Wallendrof, un superbe premier roman à découvrir !

Dans les années 70, lors de compétitions d’athlétisme régionales, j’aimais regarder mon frère pratiquer le Fosbury flop. Je trouvais ce saut magique et particulièrement élégant. Quelle heureuse surprise d’ouvrir ce roman de Fanny Wallendorf qui évoque sans le citer la carrière de Dick Fosbury, ce jeune américain de Portland qui a révolutionné la technique du saut en hauteur et envoyé aux oubliettes le rouleau ventral et le ciseau. Mais comme pour toute innovation, cela n’a pas été sans mal.

« Le sauteur en hauteur le plus fainéant du monde. »

Richard est un gamin de 16 ans qui vit à Portland. Déjà dans les années 60, la pratique d’un sport est indispensable pour lycéens et étudiants. Comme Richard est de grande taille, le saut en hauteur est tout indiqué. Pourtant, malgré tous ses efforts, il ne dépasse jamais les 1,62 m. Ses entraineurs lui conseillent au fil des ans de pratiquer plusieurs techniques, ciseau, rouleau ventral. Rien n’y fait, malgré toute sa bonne volonté, il stagne. Jusqu’au jour où les efforts pour améliorer sa concentration portent leurs fruits. Il arrive à bien décortiquer chaque phase, la course, l’appel, le saut, et passe la barre sur le dos ! Aussi incroyable que cela puisse paraitre à l’époque, cette méthode iconoclaste lui permet d’effacer rapidement 1,82, puis d’approcher des sommets.

« Fais comme tu le sens et oublie tout le reste » Bernie Wagner.

Pourtant, si sa technique n’est ni homologuée, ni interdite, le chemin est long pour qu’elle soit acceptée. En fac, Richard peaufine son saut. Avec concentration et persévérance, il approfondit chaque phase pour les adapter à ses capacités. Il s’imprègne des signes envoyés par son corps et par l’ambiance du stade pour accomplir ses records. Sa persévérance le mène jusqu’aux jeux Olympiques de Mexico City, où il bat tous les records en 1968 avec son Fosbury flop.

« Toute cette histoire n’est qu’un accident. J’aimais sauter mais je ne parvenais pas à franchir des barres élevées autrement que sur le dos. » Dick Fosbury.

Voilà donc un roman étonnant, qui parle de sport, mais surtout d’accomplissement, de persévérance, de l’éveil de l’adolescence à l’amour, à l’amitié, aux autres, mais aussi de famille et de relation parents-enfants, d’écoute et de soutien. Qui interroge sur le dépassement de soi, la motivation, l’envie d’accomplir de belles choses pour soi d’abord, puis du bonheur de réussir ce vers quoi on tend depuis si longtemps.

Un roman qui évoque avec justesse l’Amérique des années 60, le sport, la difficulté à faire des études sans bourse si l’on ne pratique pas un sport et que l’on vient d’une famille de la classe moyenne (c’est toujours d’actualité d’ailleurs), puis la guerre du Vietnam et la révolte des jeunes qui refusent de partir mourir à l’autre bout du monde.

Un roman que je vous conseille assurément !

On ne manquera pas de lire à ce sujet l’excellent article de Patricia Jolly publié dans le Monde du 13 août 2007 dont sont tirées les citations de ce billet : Dick Fosbury : un « flop » gagnant.

Dick Fosbury n’est pas le seul à le pratiquer à la fin des années 1960. Déjà Bruce Quande, Montana, y a recours dès 1963 dans une compétition scolaire. En 1965, lors d’une réunion d’athlétisme à Vancouver, une Canadienne de 14 ans, Deborah Brill (5e des JO de Los Angeles en 1984) saute spontanément sur le dos.

« En faisant découvrir ce style au monde à Mexico, j’ai simplement eu le privilège de lui donner mon nom » Dick Fosbury.

Catalogue éditeur : Finitude

Richard est un gamin de Portland, maladroit et un peu fantasque. Comme tous les adolescents de l’Amérique triomphante du début des années 60, il se doit de pratiquer un sport. Richard est grand, très grand même pour son âge, alors pourquoi pas le saut en hauteur ?
Face au sautoir, il s’élance. Au lieu de passer la barre en ciseaux, comme tout le monde, il la passe sur le dos. Stupéfaction générale.
Cette singularité lui vaut le surnom d’Hurluberlu. Il s’en fiche, tout ce qu’il demande, c’est qu’on le laisse suivre sa voie. Sans le vouloir, n’obéissant qu’à son instinct, il vient d’inventer un saut qui va révolutionner sa discipline.
Les entraîneurs timorés, les amitiés et les filles, la menace de la guerre du Vietnam, rien ne détournera Richard de cette certitude absolue : il fera de son saut un mouvement parfait, et l’accomplissement de sa vie.

« Il n’a rien prémédité, il a laissé faire, c’est comme si son mouvement avait pensé pour lui. »

Fanny Wallendorf est romancière et traductrice. On lui doit la traduction de textes de Raymond Carver, des lettres de Neal Cassady (2 volumes, Finitude, 2014-2015) et de Mister Alabama de Phillip Quinn Morris (Finitude, 2016). L’appel est son premier roman.

Avec toute ma colère, Alexandra Lapierre

Le roman d’un duel mère fille, « Avec toute ma colère » est né de la rencontre d’Alexandra Lapierre avec Maud et Nancy Cunard.

blog Domi CLire photo de la couverture du roman "avec toute ma colère"d'Alexandra Lapierre éditions Pocket

Il faut avouer que les héritières de la flotte de paquebots The Cunard Line ont de quoi retenir l’attention et forcer l’intérêt pour qui se penche sur leur histoire. Une relation mère-fille absolument pas banale puisqu’au cœur des années folles, ces héritières de fortunes colossales se sont détestées, ferraillant dans un duel à mort sur fond d’égalité, de liberté, d’insoumission.

D’abord, la mère Maud… Richissime  héritière américaine, amateur éclairée, femme cultivée et collectionneuse d’art tenant salon, véritable mécène dans l’Angleterre du XXe. Cette séductrice est aussi une femme terriblement conformiste qui se fond dans le rang pour garder la place qu’elle a obtenu de haute lutte dans la société, et qu’elle ne veut perdre sous aucun prétexte.

Puis Nancy, la fille…Elle est élevée par des nurses et délaissée par sa mère, qui va certainement la jalouser pour sa beauté et le risque quelle lui fait courir avec ses amants. Elle est belle cette femme que l’on découvre en couverture du roman, dans cette inoubliable photo de Man Ray en 1926, les bras parés d’innombrables bracelets anciens en ivoire. La fortune ? Elle nait avec, il ne lui reste donc qu’à trouver comment la dilapider et s’en servir, pour son plaisir celui de la cour qui l’entoure, puis rapidement pour s’opposer à sa mère, lutter contre le racisme anti noirs et pour l’égalité de tous dans la société dans laquelle elle vit. Véritable muse adulée par les artistes et les intellectuels, femme libre et sans entrave, elle partage la vie d’Aragon, de Neruda puis d’Aldous Huxley. Courageuse et désintéressée (mais comment ne pas l’être quand la fortune est là quoi qu’elle fasse) elle s’engage auprès des républicains pendant la guerre d’Espagne. Elle vit ensuite avec Henry Crowder, son grand amour, un noir américain qui lui vaudra l’ire de sa mère. Touchée par les implications de la ségrégation, elle publie un livre sur l’histoire de la négritude aux Etats-Unis, Negro : An Anthology publié en 1934. Nancy Cunard décède dans la solitude en 1965.

Ces deux héroïnes, tout comme l’époque dans laquelle elles évoluent, ont tout pour faire une œuvre  romanesque et vibrante de liberté. Quelle violence cette lutte à mort entre ces femmes, sans aucun espoir de réconciliation quand elles auraient eu tout pour vivre en bonne intelligence. Mais sans doute fallait-il batailler pour affirmer une indépendance et une soif d’égalité qui n’entrait pas dans le moule des convenances.

Alexandra Lapierre est une passeuse d’histoire et de témoignage sur des personnages forts qui ont marqué l’Histoire à leur façon. En s’appuyant sur des faits avérés, elle nous enchante et nous embarque dans ce duel à mort sans espoir de rédemption entre deux femmes qui ont passé leur vie à se déchirer dans l’incompréhension mutuelle. En faisant parler l’une et l’autre, puis leurs amis intimes, elle donne corps et puissance à ce témoignage de vies singulières, flamboyantes et fantastiques. Même si le lecteur reste quelque peu abasourdi face à la violence de leur conflit.

Catalogue éditeur : Pocket, Flammarion

Toute leur vie, c’est deux-là se sont aimées à se haïr. Un duel à mort.
À ma droite : la mère, Maud Cunard, richissime héritière d’une célèbre ligne de paquebots, mécène internationale à la conversation exquise, grande dame pétrie de conformisme.
À ma gauche : sa fille, Nancy Cunard. Excessive, audacieuse, scandaleuse, muse et amante d’Aragon, de Neruda, d’Aldous Huxley. De tous les combats pour la liberté, pour l’égalité raciale, pour le progrès social…
D’accord sur rien. Semblables en tout.
De la guerre qui les oppose, aucune ne sortira victorieuse.

EAN : 9782266287456 / Nombre de pages : 336 / Format : 108 x 177 mm / Date de parution : 07/03/2019 / Pire : 7,50€

Le fleuve de la liberté, Martha Conway

Quand la rivière est synonyme de liberté. Dans l’Amérique des années post guerre de sécession une troupe de théâtre embarque du Nord au Sud sur Le fleuve de la liberté.

En 1838, l’Amérique est divisée entre le Nord qui ne pratique pas l’esclavage, et le Sud esclavagiste, mais cela se fait en relative bonne intelligence. Les déchirements de la guerre de sécession n’arriveront que vingt ans plus tard.

Après le naufrage du vapeur Moselle qui devait l’emmener avec sa cousine Constance jusqu’à Saint-Louis, la jeune May Beldoe se retrouve seule et sans emploi sur les berges de l’Ohio. Toutes deux ont réussi à se sauver du bateau en flammes, mais leurs maigres possessions sont au fond du fleuve. Constance est recueillie par une abolitionniste, Mrs Howard. Elle abandonne son métier d’actrice pour donner des conférences contre l’esclavage le long du fleuve Ohio. May était son accompagnatrice, sa couturière, sa dame de compagnie. Désormais seule, elle doit se ressaisir et trouve un emploi dans un théâtre flottant.

D’abord jalousée, cette jeune femme douée, agile de ses mains et pleine de bonne volonté va rapidement s’intégrer à cette troupe composite aux personnalités les plus diverses. May est appréciée par tous, en particulier par Hugo, qui dirige à la fois la troupe et le bateau dans les eaux traitresses du fleuve. A cause d’une dette contractée auprès de Mrs Howard, May est obligée de s’intéresser de plus près au sort des esclaves, en particulier à ceux qui tentent de traverser Le fleuve de la liberté. Cet éveil de conscience tardif mais réel la pousse à braver les dangers et à prendre de sérieux risques.

J’ai aimé suivre cette troupe de théâtre aux caractères si divers, découvrir leurs échanges, leur façon de travailler sur le fleuve pendant toute une saison, en allant de ville en ville. Connaitre les petites mains qui les accompagnent et la façon dont ils sont perçus par la population. Ils doivent quasiment aller chercher leurs spectateurs. Dans ces villes en formation, épicier, shérif, juge, fermiers, chacun exerce une forme de pouvoir dont il faut comprendre les subtilités afin de flatter intelligemment celui qui saura faire venir sur le théâtre flottant le plus de spectateurs possible. Enfin j’ai aimé suivre l’éveil de conscience de May. D’abord fade et fragile, elle se transforme en une femme sûre au caractère bien trempé.

Les différents personnages permettent de comprendre les enjeux de l’esclavage, ceux qui ne le pratiquent pas mais ne le condamnent pas pour autant, ceux qui refusent d’intervenir, les chasseurs d’esclaves appâtés par le gain, et la complexité des réseaux qui tentent de leur faire passer la frontière entre le Sud et le Nord au péril de leur vie. Un roman qui se lit avec plaisir, même si le thème abordé est grave. Le lecteur s’attache à May et aux différents personnages, prêt à embarquer sur le fleuve de la liberté.

Lire également sur le sujet de l’esclavage aux États-Unis l’excellent roman de Colson Withehead, Underground Railroad.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et JC Lattès

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Manon Malais

Avril 1838. Après le naufrage du bateau qui devait l’emmener à Saint Louis, une jeune couturière, May Bedloe, échoue seule et sans le sou sur les berges de l’Ohio. Elle trouve un travail sur un bateau-théâtre qui descend la rivière pour donner des représentations. Par sa créativité et son talent, elle se rend rapidement indispensable et trouve sa place au milieu d’une troupe joviale d’acteurs hauts en couleur. Elle y découvre l’amitié et la promesse de quelque chose de plus…
Mais traverser quotidiennement la frontière entre le Sud confédéré et le Nord libre n’est pas sans danger. Pour honorer une dette, May se voit contrainte de transporter en cachette des passagers clandestins sur les flots du fleuve de la liberté. Ses secrets deviennent de plus en plus difficiles à garder. Et pour sauver la vie des autres, elle va devoir risquer la sienne…

Une formidable héroïne rend ce livre irrésistible. The Daily Mail.

Pages : 480 / Date de parution : 24/04/2019 / EAN : 9782253100751 / Prix : 8,40€

Underground Railroad, Colson Withehead

Avec énormément de talent Colson Withehead embarque ses lecteurs dans une fresque étourdissante et puissante au pays des esclavagistes et de la liberté, dans cette course éternelle pour la vie entre fugitif et chasseur.

photo illustration du roman de Coslon Whitehead "Underground raildoad" blog Domi C Lire

Au XIXe, dans le sud des États-Unis. Cora est une esclave parmi tant d’autres dans une plantation de coton du sud esclavagiste. Le jour où Caesar lui propose de s’évader de la plantation Randall avec lui, elle dont la mère a réussi à s’enfuir sans être capturée par les chasseurs de neg’marron, elle hésite, puis finira par dire oui. Cora et Caesar vont alors suivre le chemin des esclaves recherchés par les chasseurs d’esclaves sur tout le territoire des États-Unis.

Colson Withehead prend alors prétexte de cette fuite pour nous raconter l’histoire extraordinaire de Underground Railroad … Car ce réseau clandestin matérialisé ici par un chemin de fer souterrain a réellement existé. Il a permis à de nombreux esclaves de s’enfuir des territoires où ils étaient exploités, martyrisés, soumis à des maitres qui prenaient parfois plaisir à exprimer leur toute puissance envers ceux qui au même titre que leurs meubles ou leurs terres, leur appartenaient, et à se réfugier au-delà de la Mason-Dixon ligne (ligne de démarcation entre les États abolitionnistes du Nord et les États esclavagistes du Sud) et jusqu’au Canada.

États esclavagiste ou pas, la loi est la loi pour tous et sur tout le territoire des États-Unis, un esclave évadé n’est donc jamais réellement libre et les chasseurs d’esclaves se font fort de les retrouver, les rançons étant souvent généreuses voire exorbitantes, le maitre trahi offrait cher pour récupérer l’impudent, son châtiment cruel permettant de contrôler et de décourager ceux qui auraient eu à leur tour des velléités de fuite. Ce roman est alors prétexte pour évoquer à la fois ceux qui font le mal sans complexe ni retenue, exploitation des esclaves, viols, vente des enfants, séparation des familles, vente d’un esclave lorsqu’il n’est plus assez fort ou valide pour le travail qui lui a été assigné châtiments sordides et cruels. Cruauté gratuite et racisme s’appuyant sur une idéologie religieuse complaisante qui parle de race inférieure, mais aussi argument commercial, maintien ou amélioration des exploitations de coton ou d’indigo, tous les prétextes sont bons pour expliquer et accepter l’esclavagisme.

Mais aussi l’aide apportée dans l’ombre, au risque de la vie de familles entières, par des blancs conscients qui l’esclavagisme et la condition des noirs ne peut être ni acceptée ni acceptable, qu’il est important d’essayer de faire évoluer les consciences, mais qui en attendant font tout pour aider la fuite et la mise en sécurité de ceux qui ont osé franchir les limites de la plantation, de la propriété des maitres. Que ce soit par des noirs affranchis ou nés libres, par des blancs abolitionnistes ou à la conscience éveillée, l’aide si précieuse était souvent une prise de risque mortelle pour ceux qui s’impliquaient.

Pourquoi j’ai tant aimé ce roman ? Parce que sous couvert d’une superbe fresque historique et mélodramatique superbement écrite et rythmée – portrait d’un des personnages principaux, étape de la fuite de Cora, et sordides et véridiques petites annonces pour récupérer un esclave en fuite (bien utiles aux chasseurs d’esclaves)- Colson Withehead ose avec talent nous rappeler une fois encore que les races et les différences ne sont que des subtilités temporelles, que le regard que l’on porte sur les hommes est souvent dévoyé par l’époque dans laquelle il se place, et surtout que le combat pour l’égalité de tous est permanent et indispensable. Parce qu’il est bon de savoir ce qui a été fait. Mais aussi que ce combat est toujours d’actualité, qu’il est indispensable d’ouvrir les yeux sur le monde et ses inégalités.

Comment ne pas penser et avoir alors en tête la chanson de Mark Knopfler…You talk of liberty
How can America be free…
We are sailing to Philadelphia
To draw the line 
The Mason Dixon line

D’après Wikipédia : D’après James A. Banks au cours du XIXe siècle, environ 100 000 esclaves se seraient échappés grâce au « Railroad ». L’Amérique du Nord britannique, où l’esclavage est interdit, est une destination courante, puisque sa longue frontière offre de nombreux points d’accès. Plus de 30 000 personnes sont supposées s’y être échappées grâce au réseau pendant la période de pointe qui a duré 20 années, bien que les chiffres du recensement américain ne fassent état que de 6 000.

Harriet Tubman a œuvré avec les quakers pendant les années 1850 pour permettre au plus grand nombre d’esclaves de gagner la liberté. Les histoires sur les fugitifs du chemin de fer clandestin sont consignées dans une chronique intitulée The Underground Railroad Records.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Livre de Poche, Albin-Michel

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir pour gagner avec lui les États libres du Nord, elle accepte.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves, elle fera tout pour conquérir sa liberté.
Exploration des fondements et de la mécanique du racisme, récit saisissant d’un combat poignant, Underground Railroad est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

Né à New York en 1969, Colson Whitehead est reconnu comme l’un des écrivains américains les plus talentueux et originaux de sa génération. Undergound Railroad, son premier roman publié aux éditions Albin Michel, a été élu meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, récompensé par le National Book Award 2016 et récemment distingué par la Médaille Carnegie, dans la catégorie « Fiction ». 

416 pages / Date de parution : 27/03/2019 : EAN : 9782253100744