Le Greco, Grand Palais

Rétrospective chronologique d’un artiste singulier «  dernier grand maître de la Renaissance, premier grand peintre du Siècle d’Or »

Mystique ? Fou ? Tout a été dit sur son œuvre et sur cet artiste atypique. Né en 1541 en Crète, Domenico Theotokopoulos, dit Le Greco, fait son premier apprentissage dans la tradition byzantine.  Inspiré depuis toujours par l’Italie de la renaissance, il va parfaire sa formation à Venise en 1567.

Lorsqu’il s’installe à Rome en 1570, il découvre les grands artistes de l’époque. Il rencontre Le Titien, et les œuvres Michel-Ange mort depuis quelques années. Il emprunte les compostions du Tintoret, le clair-obscur de Bassano, ou les couleurs du Titien, et à son tour passe maitre dans l’art du portrait.

N’arrivant pas à trouver sa place, il quitte l’Italie en 1577 pour Madrid puis Tolède. Là, il reçoit de nombreuses commandes, y compris pour l’Escorial du roi Philippe II. Cherchant à se singulariser, il va proposer d’autres modèles, couleurs, formes, et ainsi créer puis imposer son propre style.

Certains personnages semblent avoir sa faveur, les Saints, la Pietà, Marie-Madeleine ou encore Jésus chassant les marchands du temple. Il les représente souvent méditatifs, visages penchés, comme repentants, aux yeux larmoyants, aux mains fuselées, aux doigts infiniment longs, ou au contraire auréolés de gloire. Il pose sur ses toiles des détails anachroniques, mais aussi parfois les portraits de ses maitres.

Compositions aux personnages rassemblés, ou au contraire démesurément allongées, bras levés vers le ciel, personnages étirés nimbés de couleurs vives sur fond sombres… Tout au long de sa carrière, il aura également peint à de multiples reprises la même toile à laquelle il apporte quelques modifications mineures. Idée reprise dans les séries par Monet ou Warhol ?… Le Greco meurt en 1614 à Tolède, à l’âge de soixante-treize ans.

L’exposition du Grand Palais propose 75 œuvres de divers formats, très peu de dessins, mais il faut dire que très peu sont parvenus jusqu’à nous.

Quand : jusqu’au 10 février
Où : Grand Palais 3 Avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris

Degas à l’Opéra, musée d’Orsay

Degas était-il hanté par l’Opéra ? Une belle exposition toute en grâce et mouvement à voir au musée d’Orsay

Edgar de Gas (1834/1917) peintre et sculpteur, est un homme qui sort beaucoup et observe, même si ensuite il réalise la plus grande partie de ses œuvres dans son atelier. Pendant quasiment toute sa carrière d’artiste, il a peint les danseuses et le mouvement, avec leurs gestes répétés à l’envi, les répétitions ou les ballets, les leçons de danse et les arrières salles où se donnent ces leçons, souvent aussi l’orchestre, les musiciens et leurs instruments.

Degas est d’abord un habitué de la salle Le Pelletier, puis à la suite de l’incendie de celle-ci en 1873 et la construction du nouvel opéra par Garnier, de celle que l’on connait aujourd’hui, le Palais Garnier inauguré en 1875.

Il y a ses entrées dès les années 1870 grâce à son ami Ludovic Halèvy. Il assiste à des centaines de représentations, passe régulièrement en coulisse ou dans le foyer de la danse. Et pourtant, il peint rarement les véritables salles de l’opéra.
Ses toiles sont essentiellement des compositions de personnages et de mouvements réalisées le plus souvent dans son atelier.
Il a parfois un cadrage décalé que je trouve résolument moderne comme pour ses musiciens placés sur le devant du tableau, les ballerines apparaissant au second plan, seulement reconnaissables à l’alignement de leurs jambes et tutus. Ou encore pour Le rideau.Mais aussi dans le mouvement, la ligne de fuite des séries de danseuses dans des tableaux en long.

Il répète indéfiniment les mêmes sujets, danseuses, expression du corps, équilibre, mouvement, comme pour les chevaux qu’il peint aussi beaucoup.

Même si le musée d’Orsay avait déjà exposé Degas et la danse il y a peu, là encore, de nombreuses toiles, pastels, dessins, et quelques sculptures attendent les visiteurs jusqu’au 19 janvier.

Et pour compléter la visite, pourquoi ne pas lire également le très beau roman La petite danseuse de quatorze ans de Camille Laurens.

Où : au musée d’Orsay 1 rue de la Légion d’Honneur 75007 Paris 7e

Quoi : Sur toute sa carrière, de ses débuts dans les années 1860 jusqu’à ses œuvres ultimes au-delà de 1900, Degas a fait de l’Opéra le point central de ses travaux, sa « chambre à lui ». Il en explore les divers espaces – salle et scène, loges, foyer, salle de danse -, s’attache à ceux qui les peuplent, danseuses, chanteurs, musiciens de l’orchestre, spectateurs, abonnés en habit noir hantant les coulisses. Cet univers clos est un microcosme aux infinies possibilités et permet toutes les expérimentations : multiplicité des points de vue, contraste des éclairages, étude du mouvement et de la vérité du geste.
Aucune exposition jusqu’ici n’a envisagé l’Opéra globalement, étudiant tout à la fois le lien passionné que Degas avait avec cette maison, ses goûts musicaux, mais aussi les infinies ressources de cette merveilleuse « boîte à outils ». A travers l’œuvre d’un immense artiste, le portrait de l’Opéra de Paris au XIXe siècle.

Quand : 24 septembre 2019 – 19 janvier 2020

Exposition organisée par les musées d’Orsay et de l’Orangerie, Paris et la National Gallery of Art, Washington où elle sera présentée du 1er mars au 5 juillet 2020, à l’occasion du trois cent cinquantième anniversaire de l’Opéra de Paris.

La collection Emil Bührle au musée Maillol

La Collection Emil Bührle, voir ou revoir Manet, Degas, Renoir, Monet, Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Modigliani, Picasso.

Une exposition de toiles incontournables à travers l’une des collections les plus importantes au monde.

Le musée Maillol présente pour la première fois en France les chefs-d’œuvre de la Collection Emil Bührle. Emil Georg Bührle (1890-1956) né en Allemagne, s’installe en Suisse en 1924. Personnage pour le moins ambigu puisqu’une grande partie de sa fortune provient de la vente d’armes pendant la Seconde Guerre Mondiale, il était aussi un amateur d’art passionné – apparemment pas toujours éclairé – mais nous ne verrons ici que des œuvres majeures. Entre 1936 et 1956 il rassemble plus de 600 œuvres d’art représentant un panorama très complet de l’art français du XIXe et du début du XXe siècle.

Le musée présente une soixantaine de pièces de cette collection qui englobe différents courants de l’art moderne : l’impressionnisme avec Manet, Monet, Pissarro, Degas, Renoir, Sisley, le postimpressionnisme avec Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, les Nabis du début du XXe siècle avec Bonnard, Vuillard, les Fauves et les Cubistes de Braque, Derain ou Vlaminck, l’École de Paris avec Modigliani, enfin, Picasso qu’il apprécie sur le tard.

A noter, dans une salle consacrée plus particulièrement aux archives, les lettres et le parcours de certains œuvres spoliées pendant la guerre, achetées, rendues pour certaines à leurs propriétaires, puis rachetées légalement par Bührle et léguées par la suite à une fondation

Blog Domi C Lire photo du tableau de Modigliani, nu couché

Cette exposition est un témoignage historique majeur. C’est beau, trop court à mon goût, même si j’aime vraiment beaucoup ce musée. C’est un beau voyage, ne boudez pas votre plaisir.

C’est au 61 rue de Grenelle 75007 Paris, jusqu’au 21 juillet 2019.

Hammershøi, le maître de la peinture danoise, musée Jacquemart André

Visiter l’Expo « Hammershøi, le maître de la peinture danoise » et ressentir un moment de sérénité pure à contempler ces toiles en impressions de gris et blancs.

Un artiste éternellement contemporain, superbement étonnant, une jolie découverte. Apparemment tombé dans l’oubli pendant de nombreuses années, Wilhem Hammershøi (1864-1916) est parfois considéré comme le Vermeer du XX° siècle.

Il se dégage de ces quelques 40 toiles, à mesure que l’on progresse dans les salles, une telle sérénité, un tel calme, que l’on a envie d’y revenir. Si le thème des intérieurs était en vogue à l’époque chez les peintres danois, il l’a en quelque sorte sublimé. Les couleurs sont quasi absentes, essentiellement des tonalités de gris, bruns, blancs, tonalités froides donnant une impression de mélancolie, voire d’austérité, peu de meubles ou d’objets, et des compositions de lignes horizontales et verticales pour arrêter le regard… Chaque pièce semble la même et pourtant l’artiste a voyagé et peint les différents intérieurs dans lesquels il a évolué avec sa femme Ida.

Si la fiancée est représentée de face, l’épouse quant à elle ne le sera que de dos ou visage penché. Un parti pris artistique, pour ne retenir du tableau que les formes, la lumière, la pièce dans laquelle elle se situe ?

Alors oui, avouons-le, ce rendu est superbe. On a l’impression de se trouver face à des partis-pris photographiques, cadrage resserré, ombre et lumière, contrejour, suite de pièces et de portes… L’artiste est mort jeune, 51 ans, on peut se demander jusqu’où serait allé son désir d’abstraction dans ses œuvres…

💙💙💙💙💙

Le musée Jacquemart André met l’artiste danois à l’honneur jusqu’au 22 juillet. Ouvert 7/7 de 10h à 18h, nocturnes les lundis jusqu’à 20h30.

Éblouissante Venise. Venise, les arts et l’Europe au XVIIIe siècle, au Grand Palais

Vous rêvez de partir en voyage pour fuir l’hiver, au Grand Palais embarquez pour Venise pour le prix d’un billet


Exposition scénographiée par Macha Makeïeff. Les robes en papier d’Isabelle de Borchgrave (2018)

Cette exposition est un hommage aux artistes de cette cité-état indépendante instituée en république depuis le Moyen Age. C’est aussi un voyage dans la vie de la Venise du XVIIIe siècle. Bien que sur le déclin, elle fascine néanmoins toujours l’Europe par sa création artistique foisonnante.

Peintres, sculpteurs, décorateurs, de Gian Antonio Canaletto à Francesco Guardi, et leurs suiveurs, tous produisent les riches œuvres présentées ici. Il s’en dégage une atmosphère manifestement festive et légère, il faut dire que le décor des canaux et des bâtiments qui s’y reflètent offre une magnifique scénographie sans cesse renouvelée.

Si le parcours parait parfois légèrement incohérent, ou tout au moins peut sembler hermétique pour les non-avertis que nous sommes souvent, les œuvres présentées donnent une image intéressante et multiforme de la production artistique de la Sérénissime. En particulier à l’heure où fêtes, opéra, théâtre, réceptions et divertissements ponctuent la vie de ses habitants et des voyageurs qui la découvrent. Elle fait également la part belle aux œuvres des artistes vénitiens qui ont parcouru l’Europe, en Angleterre, dans les pays germaniques ou à Paris, et porté haut les couleurs de la Sérénissime.

Et l’on découvre et savoure, au fil des différentes salles du Grand Palais, entre autre…

💙💙💙💙 Jusqu’au 21 janvier.

Maisons du voyage, photographies couleurs de Hidenobu Suzuki

Exposition de photographies couleurs de Hidenobu Suzuki

Domi_C_Lire_hidenobu_suzuki_1Les Maisons du Voyage, dans le bel espace de La Maison de thé de La Maison de la Chine, dans un lieu mythique, jadis cinéma de la place Saint-Sulpice au cœur de Saint-Germain des Prés. Là, chacun peut venir déguster à l’heure du déjeuner des dim sum aux saveurs exceptionnelles, ou des thés de leur sélection accompagnés de délicieuses pâtisseries Banh.

Sur les murs, l’exposition de photographies couleurs de Hidenobu Suzuki nous transporte dans un Japon à la fois éternel et moderne, mais tellement poétique, magique par certains côtés, tant les photos et les couleurs semblent irréels.

Domi_C_Lire_hidenobu_suzuki_7Hidenobu Suzuki habite à Toyohashi. Spirituel dans l’âme, il nous propose un voyage au fil des saisons dans l’archipel nippon.

Sa façon d’assimiler la photographie à l’Art millénaire de la peinture japonaise donne un résultat absolument prodigieux. Couleurs éclatantes des carpes Koï dans un bassin à la Claude Monet – là on est bluffé par la technique ! – champs démesurés de floraisons printanières chatoyantes et vives, les couleurs éclatent sur des fonds plus sombres, contraste étonnant qui nous ravit et nous transporte dans le Japon éternel, rêvé pour ma part, mais dans lequel on a tant envie de s’immerger tant c’est féérique… Des photos comme autant de fenêtres ouvertes sur un ailleurs magique !

Retrouver les photos d’Hidenobu Suzuki sur son site. 

Exposition présentée dans le cadre de japonismes 2018 : Japonismes 2018 : les âmes en résonance.

Domi_C_Lire_hidenobu_suzuki_2L’année 2018 marquera le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France, ainsi que le 150e anniversaire du début de l’ère Meiji lorsque le pays s’ouvrit à l’Occident.

Portée par les gouvernements français et japonais, Japonismes 2018, une riche saison culturelle nippone, est un petit bout de Japon qui prend ses quartiers à Paris, en Île-de-France et dans toute la France de juillet 2018 à février 2019.

Tout comme les Pixcell-Deer de Kohei Nawa, au Musée de la Chasse et de la Nature dont je vous ai parlé ici.

A découvrir du 8 octobre 2018 au 19 janvier 2019. Au 76 rue Bonaparte 75006 Paris. Entrée libre.

Que faire à New York ?

Visiter l’exposition Georgia O’keeffe, au New York Botanical Garden…

Domi_C_Lire_NYBG_Georgia_Okeeffe…et admirer les tableaux peints par l’artiste lors de son séjour à Hawaï, les plantes, les paysages qui l’ont inspirée, puis les retrouver tout au long du parcours au NYBG.
J’avais découvert quelques oeuvres de Georgia O’Keeffe lors de l’exposition The age of Anxiety, qui présentait des peintres américains au musée de l’Orangerie à Paris, et j’avais apprécié ses représentations de fleurs. Je l’ai donc retrouvée avec plaisir lors de cette visite.

Artiste peintre pionnière du modernisme américain, Georgia O’Keeffe (1887–1986) a été fortement inspirée par les paysages qui l’entouraient, des paysages du nouveau Mexique aux gratte-ciel de New York. Les fleurs, la nature, sont des thèmes qu’elle a également abordé et aimé tout au long de sa carrière d’artiste.

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L’exposition dans la galerie d’Art du NYBG offre une rétrospective (un peu trop courte à mon goût !) des œuvres peintes lors de son séjour de neuf semaines en 1939. Elle était missionnée par la Hawaiian Pineapple Company et devait en rapporter des œuvres pour une de leur campagne de promotion. on retrouve d’ailleurs le tableau Ananas dans leurs publicités de l’époque.

Elle y a peint des toiles représentant les fleurs, les paysages, et même les hameçons des pécheurs, une nature inspirante ! Et pourtant, là-bas aussi, ces œuvres font énormément penser à la photographie, aux prises en gros plan, cadrages décalés, modernes, qui sortent des poncifs habituels, et toujours, sous-jacente, une connotation sexuelle dans la représentation de certaines fleurs, certains plans, comme une image de marque de l’artiste.

 

Si les toiles de Georgia O’Keeffe  sont peu nombreuses, seulement 17 peintures qui par ailleurs n’avaient jamais été exposées ensemble depuis 1940, l’intérêt de la visite tient aussi au fait que le jardin botanique adapte l’ensemble de son espace et propose dans ses serres une documentation fournie ainsi qu’une partie de la flore et des fruits des iles Hawaï.

 

Retrouvez ici le site du New York Botanical Garden, l’exposition se tient jusqu’au 28 octobre.