Article 353 du code pénal. Tanguy Viel

Tout le monde parle de ce roman « Article 353 du code pénal » de Tanguy Viel, alors forcément, ça donne envie de le découvrir ! Mais il est tellement bien que, hélas, on ne peut pas le lâcher… Et après on regrette, mais si ! On regrette tellement de l’avoir lu aussi vite !

domiclire_article_353_du_code_penalLe premier chapitre expose clairement la situation de base du roman, un homme, tout habillé, tombe à l’eau… enfin, tombe, là il faudrait voir quand même. Cet homme c’est Antoine Lazenec, et celui qui parle c’est Kermeur, Mathias Kermeur. Ensuite, eh bien, nous voilà dans le bureau du juge pour un huis-clos édifiant. Et Kermeur va parler, raconter, expliquer dans une logorrhée sans fin l’histoire d’un arnaqueur immoral et flambeur qui a placé sous sa coupe et ruiné un village entier du fin fond du Finistère.

Car on le comprend vite, dans ce village, il y a Kermeur, mais également les nombreux autres ouvriers qui ont été remerciés par l’arsenal de Brest, le seul employeur du coin qui leur a versé quelques milliers d’euros ont en échange du chômage garanti. Et ces économies ils les ont si mal investies, si injustement et si honteusement perdues qu’il est impossible de l’avouer à qui que ce soit, pas même à un fils, pas même à son seul ami. Chacun de s’enfermer dans l’isolement que procure la honte, l’injustice, le malheur. Et dans ce village il y a aussi le maire, Le Goff, qui a englouti ses économies…  et bien plus encore. Et il y a Erwan, le fils de Mathias, qui ne supporte pas de voir son père s’enfoncer, s’étioler, avoir peur, alors pour le protéger il décide d’agir. Et tous les autres, qui n’apparaissent pas mais dont les vies apparaissent en filigrane de cette histoire sur fond de crise économique et sociale, de licenciement dans ce village perdu du Finistère.

Mais tout de même, avouons-le, Mathias les a quand même cumulées les malchances dans sa vie, le billet du loto, sa femme, son emploi, ses économies mal placées,  alors maintenant il parle, il explique, au juge, mais à lui-même aussi sans doute, comment un destin, un enchaînement de faits, d’erreurs, d’abus de confiance, peuvent vous emmener là où vous êtes en cet instant, dans le bureau d’un juge, à sa place, à sa vraie place peut-être.

Et le lecteur d’écouter, d’essayer de comprendre, de se révolter aussi face à la bêtise, la manipulation, ah mais moi j’aurais été bien plus malin que ça non ? Enfin, n’en soyons pas si sûr. Quand la misère, le manque d’emploi, l’humiliation font le quotidien, sans espoir de voir venir des jours meilleurs, qui sait si nous non plus on ne se serait pas laissé convaincre par le flambant monsieur Lazenec. Et si la victime était plutôt le coupable, et si le coupable était le seul courageux de l’affaire ? Magnifique roman qui ne laisse pas indifférent, où l’on trouve à la fois une évocation de la bêtise humaine, de la limite de la justice, et de l’injustice aussi sans doute, de la profondeur et la complexité des sentiments, porté par une écriture, un rythme, un style, et du fond, tout y est.

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Les éditions de Minuit

Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec.
Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu’il soit construit.

2017 / 176 pages / ISBN : 9782707343079 / 14.50 €

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Il était une ville. Thomas B. Reverdy

Que le dernier à quitter Détroit éteigne la lumière…

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© DCL DS2015

On aime "Il était une ville" de Thomas B. Reverdy

Frappée de plein fouet par la crise, Détroit, berceau de l’automobile et partie prenante du rêve américain est aujourd’hui une ville fantôme. Longtemps fleuron de l’industrie automobile mondiale, la ville s’est transformée, la vie économique a déserté le centre-ville, les habitants sont partis et la nature reprend peu à peu ses droits.
Thomas B. Reverdy en a fait le décor de son dernier roman : « Il était une ville », publié chez Flammarion.

Après une mission ratée en Chine, Eugène, un  J3C,  jeune cadre à carrière courte, débarque à Détroit pour mettre en place le nouveau projet automobile de son Entreprise. Dans cette ville que John Ford rêvait éternellement prospère et qui fut l’un des joyaux de l’industrie automobile mondiale,  Eugène va devoir se réinventer et créer le cadre qui permettra de faire émerger son projet. Le centre-ville et les zones industrielles de Détroit sont désertés, en friches. C’est pourtant là qu’il va s’installer, avec son équipe, dans un immeuble abandonné par la majorité de ses occupants.
Dans ce décor de fin du monde, le seul point de lumière pour Eugène, c’est le beau sourire rouge de Candice, la serveuse du Drive-in. Eugène va y prendre ses quartiers, y passer ses soirées. Puis il y a Charlie, abandonné par sa mère, élevé par sa grand-mère, dans ce quartier pillé par les voleurs, déserté par ses habitants. Et Bill, le copain de Charlie, pour qui Charlie ferait toutes les bêtises, qu’il suivrait au bout du monde.  Et il va le suivre, ensemble ils vont dans « la Zone », là où se réfugient ces enfants que la croissance a laissés au bord du chemin, dans la « prairie des indiens », frères d’armes imaginaires dans cette Amérique des laissés pour compte. Enfin il y a l’inspecteur Brown, qui enquête sur les affaires non résolues. Car les vastes surfaces abandonnées de la ville en ruines sont propices aux mauvais coups et des enfants disparaissent mystérieusement.

L’habileté de Thomas B. Reverdy, c’est de nous emmener avec beaucoup de poésie dans le décor surréaliste d’une ville en perdition, fait de neige et d’hiver, de maisons en ruines et d’incendies dans la nuit, de gravats et de rouille, là où se délite le rêve de prospérité américain. Il nous montre la ville par le prisme de ses désespérés, des plus faibles, sans pour autant être misérabiliste et en restant porteur d’espoir. C’est un roman superbe, ponctué de phrases inoubliables et tellement réelles.
Ses personnages savent bien qu’ils survivent à la Catastrophe, parce que oui, « c’est Détroit, mon pote, Un putain de terrain de jeu ! » mais ils ont également compris que « l’avenir, même quand il n’y en a plus, il faut bien qu’il arrive ».
Alors j’ai envie de vous dire : courrez, avant que Detroit ne renaisse, découvrez sa solitude et son abandon, à travers les mots et les maux des personnages si réalistes et attachants de Thomas B. Reverdy.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Flammarion

Ici, les maisons ne valent plus rien et les gens s’en vont, en les abandonnant purement et simplement ; la ville est en lambeaux. Nous sommes à Détroit en 2008 et une blague circule : que le dernier qui parte éteigne la lumière. On dirait que c’est arrivé. C’est dans cette ville menacée de faillite qu’Eugène, un jeune ingénieur français, débarque pour superviser un projet automobile. C’est dans un de ces quartiers désertés que grandit Charlie, Charlie qui vient, à l’instar de centaines d’enfants, de disparaître. Mais pour aller où, bon Dieu, se demande l’inspecteur Brown chargé de l’enquête. C’est là, aussi, qu’Eugène rencontrera Candice, la serveuse au sourire brillant et rouge. Et que Gloria, la grand-mère de Charlie, déploiera tout ce qui lui reste d’amour pour le retrouver. Thomas B. Reverdy nous emmène dans une ville mythique des États-Unis devenue fantôme et met en scène des vies d’aujourd’hui, dans un monde que la crise a voué à l’abandon. Avec une poésie et une sensibilité rares, il nous raconte ce qu’est l’amour au temps des catastrophes.

Flammarion Parution: 19/08/2015  / Format: 13.5×20.9×1.7 cm / Prix: 19,00 € / EAN: 9782081348219