Une histoire des abeilles, Maja Lunde

Dans le roman de Maja Lunde « Une histoire des abeilles » il y a trois époques, et surtout la survie d’une planète aux mains des hommes et … des abeilles.

Du passé, avec  William, en Angleterre en 1851, au présent, avec George dans l’Ohio en 2007, puis dans un futur pas si proche avec Tao, en Chine, en 2098, nous suivons trois familles dans leur rapport quotidien aux abeilles.

William va d’échec en échec, à la tête d’une famille de sept filles, père malgré lui par lâcheté ou par ennui, cet ancien étudiant brillant et prometteur s’est laissé submerger par le quotidien, abandonnant trop vite ses rêves d’idéal. Jusqu’au jour où, après une longue dépression, il s’éveille à la vie lorsqu’il s’intéresse au sort des abeilles. Soucieux de comprendre la façon dont elles pourraient être domestiquées, ou du moins utilisées de façon optimale pour elles comme pour l’homme, il invente un modèle de ruche quasi parfait, mais il n’est pas le seul à y avoir pensé….

George est un apiculteur heureux. S’il ne s’est jamais décidé à exploiter les abeilles de façon quasi industrielle, il a pourtant bien réussi à faire croitre et multiplier les ruches. Et compte sur son fils, encore étudiant, pour reprendre la ferme, même si tout chez ce dernier démontre qu’il n’en a pas vraiment envie. Mais c’est sans compter sur le Colony Collapse Disorder – Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, le CCD –  qui vient décimer ses ruches et anéantir des années de travail.

Enfin, Tao, son mari et leur fils unique vivent en Chine. Là, comme c’est déjà le cas aujourd’hui dans le Sichuan, des « Hommes-abeilles » pollinisent les vergers à la main. Car les abeilles ont déserté la planète depuis longtemps et sans cette pollinisation manuelle méticuleuse et fastidieuse réalisée par des hommes et des femmes quasiment maintenus en esclavage, la planète est vouée à l’extinction. Pas d’abeille pas de fleurs, pas de pollen pas de fruits, etc…  Jusqu’au jour où leur fils a un accident incompréhensible. Tao veut alors comprendre…

Voilà un étonnant roman écologiste qui interroge brillamment sur ce que l’homme fait, détruit, ou au contraire protège, sauvegarde. Avec des passages très didactiques qui nous enseignement en quelques mots les principes de l’apiculture, les spécificités des colonies d’abeilles… Qui nous apprend aussi qu’une abeille sauvage ne pourra jamais être domestiquée et qu’il est temps d’arrêter de polluer la planète avec toutes sortes de pesticides violents et dévastateurs. Il est temps de sauver ce qui peut l’être.

Une histoire des abeilles est un roman très agréable à lire. Et même si parfois j’aurais aimé suivre un peu plus l’une ou l’autre des époques, le passage de l’une à l’autre se fait aisément. L’auteur nous permet de mieux appréhender les catastrophes annoncées si l’on n’y prend pas garde. A la fois instructif et émouvant, en fil rouge une intrigue maintient en éveil l’intérêt du lecteur avec l’enquête menée par Tao dans un monde où la population se meurt sans les abeilles.

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Catalogue éditeur : Pocket et Presses de la Cité

Loup-Maëlle BESANÇON (Traducteur)

Un triptyque écologiste qui raconte l’amour filial à travers le destin des abeilles. 

Unes, et pourtant plusieurs. Dangereuses, mais sources de vie, les abeilles garantissent l’espoir du monde.
William, George, Tao… Chacun, à sa manière, nourrit avec ces incroyables insectes une relation privilégiée. Chacun, à son époque, rêve de changer l’avenir, d’offrir à ses enfants des lendemains meilleurs. D’inventer, de transmettre ce qu’il sait… ou croit savoir. Car les abeilles disparaissent, inéluctablement, et dans l’indifférence.
Victimes de notre espèce, elles en seront, peut-être, le salut…

Née en 1975 à Oslo, Maja Lunde a écrit des scénarios et des livres pour la jeunesse avant de se lancer dans la rédaction d’Une histoire des abeilles, son premier roman pour adultes, best-seller en Norvège et en Allemagne, et en cours de traduction dans une trentaine d’autres pays.

Date de parution : 16/08/2018 / EAN : 9782266284356 / POCHE / Nombre de pages : 448 / Format : 108 x 177 mm

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Manuel à l’usage des femmes de ménage, Lucia Berlin

Une découverte littéraire rare. Un bonheur de lecture, tout simplement. Mais pourquoi avons-nous attendu aussi longtemps pour en entendre parler !

Couverture du roman "Manuel à l'usage des femmes de ménage" de Lucia Berlin édition Le Livre de poche

S’il est vrai que j’aime beaucoup lire des nouvelles, là, c’est tout simplement autre chose. Il y a tout dans cette écriture, le style, les mots, les émotions, la vie, les douleurs et les joies, la famille et la société, les villes parcourues, les évènements vécus. Lucia Berlin est née dans les années 30 et nous transporte tout au long de ces quelques dizaines d’années de sa vie en 600 pages.

Lucia Berlin est un auteur fabuleux, qui a su m’embarquer dans ses histoires, vraies, puisqu’elle les raconte et ne ment jamais, c’est elle qui le dit. J’ai eu l’impression de la suivre partout, et de la comprendre. Les personnages sont autres, les noms aussi, mais on la retrouve, ainsi que sa mère, sa sœur, ses maris, ses fils, ses amours, ses collègues et ses patrons, ses voisins et ses amis…

Elle parle de son enfance, abusée par un grand-père, aux côtés d’une grand-mère qui n’intervient pas, élevée par une mère alcoolique qui ne montre jamais le moindre signe de tendresse ou d’intérêt pour sa fille, et un père absent, il part à la guerre en 1941, de New York au Chili, du Texas à Oakland. Puis c’est la rencontre avec son premier mari, si jeune, rejeté par ses parents. Trois mariages et quatre fils plus tard, elle aura connu des métiers à la pelle, artiste bohème avec ses maris poète ou sculpteur, mais aussi enseignante, elle parle anglais et espagnol, standardiste, femme de ménage, elle connait des hauts et surtout des bas, alcoolique, seule, abandonnée, amoureuse, trahie, mais souvent entourée, accompagnée, elle aura tout vécu et tout surmonté.

Cette écriture est magique, en quarante-trois nouvelles, j’ai été plongée dans toute époque. Rien n’est lassant, on tourne les pages et on avance avec bonheur dans cette vie si singulière, si atypique. Il y a de l’émotion, de la tendresse, de l’espoir, c’est à la fois critique et violent, sensuel et poignant, et ce n’est jamais amer. Il  y a des descriptions, imagées, émouvantes, vibrantes. Les couleurs, les sons, les gestes, sont là pour dire la vie ou la mort. La maladie est présente mais magnifiée par l’amour des deux sœurs, leur complicité, leurs souvenirs, leurs arrangements aussi avec ces souvenirs, ceux de la mère en particulier, avec ses suicides à répétition et son désamour pour sa seconde fille. C’est aussi gai que mélancolique, c’est cruel et intime, incisif et tendre, bluffant de justesse et de vérité, le tout porté par un rythme, un souffle, une maitrise de l’écriture assez unique. Alors si vous hésitez encore, allez-y, vous ne serez pas déçus !

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Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury des lecteurs du livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Le livre de Poche & Grasset

Elle est une grande écrivaine injustement méconnue, une reine de la narration. Lucia Berlin (1936-2004), mariée trois fois, mère de quatre garçons, raconte ici ses multiples vies en quarante-trois épisodes. Élevée dans les camps miniers d’Alaska et du Midwest, elle a été successivement une enfant solitaire au Texas durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune fille riche et privilégiée à Santiago du Chili, une artiste bohème dans le New York des années 1950 et une infirmière aux urgences d’Oakland. Elle a su saisir les miracles du quotidien jusque dans les centres de désintoxication du sud-ouest des États-Unis, égrenant ses conseils avisés et loufoques tirés de ses propres expériences d’enseignante, standardiste, réceptionniste, ou encore femme de ménage. Un destin exceptionnel.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Valérie Malfoy

Éditeur d’origine : Grasset / Date de parution : 26/09/2018 / EAN : 9782253071402 / 600 pages / Prix : 8,70€

Crédit photo 1963 Buddy Berlin © 2015 – 2018, Literary Estate of Lucia Berlin LP

Le voyage du canapé-lit, Pierre Jourde

Odyssée burlesque ou exorcisme ? Est-ce pour éloigner la mort, le deuil et le chagrin, parce qu’on peut penser au passé et en rire que Pierre Jourde a écrit « Le voyage du canapé lit » ?

Lors du décès de sa propre mère, la mère de Pierre Jourde, qui a eu toute sa vie une relation exécrable avec cette femme égoïste, décide de ne conserver de cet héritage encombrant qu’un antique et inconfortable canapé-lit. Elle demande à ses deux fils de le transporter dans la maison de famille en auvergne. Ce souvenir d’une relation conflictuelle trouvera sa place dans cette maison où s’entassent déjà aux yeux de ses fils maints objets inutiles.

C’est donc le prétexte pour les deux frères et la belle-sœur à se retrouver coincés pendant un long trajet dans une camionnette de location, et surtout le prétexte à égrener des souvenirs. Souvenirs en particulier de la relation apparemment assez compliquée entre les deux frères. Et l’auteur de les égrener page après page ces souvenirs, de voyages – l’Inde, un coiffeur grec rencontré dans les rues de Londres – de chutes, de maladies, d’ennuis gastriques, de conflits familiaux ou professionnels, avec entre autre une scène où apparait Christine Angot perdue dans quelques salon littéraire de province.

Est-ce là une thérapie familiale sur fond de canapé ? Il semble qu’avec Pierre Jourde, le décès d’un proche soit un excellent déclencheur pour une introspection intime à partager avec le lecteur. Ce roman est me semble-t-il écrit au décès de sa mère. Son roman précédent était empreint de tristesse, celui-ci se veut franchement désopilant. Winter is Coming était un roman difficile, tellement intime, tellement tragique en un sens. J’imagine qu’il n’est pas aisé de se remettre à l’écriture à la suite de ce deuil, alors pourquoi cet autre livre sur la famille ?

On aime ou pas. Pour ma part, je me suis profondément ennuyée posée sur ce canapé à regarder défiler les villages de La Charité-sur-Loire à Clermont-Ferrand, à dérouler le fil des souvenirs, banals, ordinaires. Pourtant, une fois de plus, j’avoue que j’ai apprécié l’écriture de cet auteur qui, s’il ne réussit vraiment pas à me séduire par son histoire, l’aurait presque fait par la qualité de sa prose.

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Catalogue éditeur : Gallimard

Mal aimée par une mère avare et dure, sa fille unique, à la mort de celle-ci, hérite d’un canapé-lit remarquablement laid. Elle charge ses deux fils et sa belle-fille de transporter la relique depuis la banlieue parisienne jusque dans la maison familiale d’Auvergne. Durant cette traversée de la France en camionnette, les trois convoyeurs échangent des souvenirs où d’autres objets, tout aussi dérisoires et encombrants que le canapé, occupent une place déterminante. À travers l’histoire du canapé et de ces objets, c’est toute l’histoire de la famille qui est racontée, mais aussi celle de la relation forte et conflictuelle entre les deux frères.

Un récit hilarant, parfois féroce dans la description des névroses familiales, plein de tendresse bourrue, de hargne réjouissante, d’érudition goguenarde.

272 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072776250 / Parution : 10-01-2019 / Prix : 20€

Première dame, Caroline Lunoir

Et si la réalité dépassait la fiction ? Comme le dit Caroline Lunoir, quand un candidat part en campagne, sa « Première dame »  l’accompagne, pour le pire et pour le meilleur…

Lorsque Marc annonce à Marie qu’il se présente aux prochaines présidentielles, toute la famille décide de faire corps pour lui apporter un soutien sans faille. Pendant sept cent vingt-six jours, la présence de chacun sera indispensable et cette campagne s’annonce féroce. Il faudra affronter les primaires du parti, les candidats adverses, la mise en coupe réglée par journalistes et médias, le chemin est long, il faut se tenir prêt.

Dans cette famille catholique bienpensante, l’éducation est primordiale, Marie et Marc ont élevé leurs enfants dans le respect de chaque individu, mais aussi de la vérité et de la justice. C’est en tout cas ce que croyait Marie. Car les révélations vont s’accumuler et faire s’effondrer ses illusions d’une famille idéale telle qu’elle pensait l’avoir construite avec Marc. Rapidement, elle ressent le besoin de verbaliser ses interrogations et ses sentiments les plus intimes. Elle décide de tenir un journal à rebours, soit J – 726 jusqu’aux élections, pour y retrouver plus tard cette femme qui aura traversé cette période difficile.

Mais la campagne se révèle cruelle pour tous, y compris pour l’épouse qui n’avait rien demandé et qui découvre les incartades, les trahisons, les mensonges de Marc. Et les enfants, malgré l’amour qu’ils vouent à leur père, se sentent floués, trahis, perdus. Alors Marie, femme trompée et déçue va coucher sur le papier toutes ses émotions, ses blessures et ses craintes les plus intimes, ses attentes et ses espoirs. Et le lecteur peut aisément imaginer qu’elle incarne tout ce que d’autres premières dames ont vécu cela avant elle, leurs déchirures, leurs blessures, leurs humiliations, leurs déroutes.

Si de prime abord le thème semble léger, et même parfois dérange lorsque l’on réalise que l’auteur reprend des faits vus ou lus dans les journaux… Il interpelle vraiment car il fédère adroitement toutes ces premières dames passées ou à venir. Caroline Lunoir nous décrit de l’intérieur et avec un certain réalisme les jalousies, les trahisons, les noirceurs que ces « femmes de » doivent endurer. Et tout ça pour le bonheur de qui ? De quoi ? D’une nation qui ne leur en sera jamais reconnaissante, et qui de plus en plus les observe et les critique par le tout petit bout de la lorgnette.

Il est féroce et brillant ce roman. Caroline Lunoir, avocate pénaliste, auteur de deux autres romans parus également chez Actes Sud, s’inspire ici de la réalité pour créer une fiction politique plus vraie que vraie en ancrant ses personnages dans cette réalité tangible. Réalité dont chaque lecteur a entendu parler lors de campagnes présidentielles ou d’actualités souvent bien sordides, oubliant le bien commun au profit de quelques gros titres racoleurs. Si de prime abord tout cela peut sembler déroutant, rapidement le lecteur s’y laisse prendre. Alors on tourne les pages de ce journal intime bien écrit, vivant, rythmé, émouvant parfois, et en comprenant et décortiquant les arcanes du pouvoir, on ressent même de l’empathie envers ces femmes de

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On pourra lire également les chroniques de Virginie du blog Les chroniques littéraire de Virginie, le blog Quatre sans Quatre, ou l’avis de Nicole du blog Mots pour mots.

Catalogue éditeur : Actes Sud

Un beau dimanche d’avril, c’est dans l’euphorie et la fierté qu’est accueillie l’annonce de Paul : il sera candidat aux primaires de son parti en vue de l’élection présidentielle. Épouse dévouée, mère exemplaire, Marie inaugure pour l’occasion un journal, avide de tenir la chronique des deux  années à venir qui s’annoncent pleines de suspense, de promesses et d’accomplissements. Leurs quatre enfants, jeunes adultes, se réjouissent du sens que ce projet paternel donne à une vie d’engagement et le soutiennent avec chaleur. Personne ne semble mesurer les conséquences d’une telle mise en lumière, ni ne pressent le souffle des scandales qui s’apprêtent à ébranler la cellule conjugale et le cocon familial… lire la suite…

Janvier, 2019 / 11,5 x 21,7 / 192 pages / ISBN 978-2-330-11783-2 / prix indicatif : 18, 00€

Magic Bab el-Oued. Sabrina Kassa

Dans Magic Bab el-Oued, l’héroïne de Sabrina Kassa s’interroge sur ses origines et évoque avec justesse des sujets de société qui touchent tout un pays, et courent sur plusieurs générations.

Anissa vit à Paris. Elle est étudiante et prépare un mémoire sur les chibani, son travail est assez froidement accueilli par son maitre de thèse qui veut l’orienter différemment et vraisemblablement l’utiliser pour cannibaliser cette étude à son profit.

Il y a longtemps qu’Anissa ne vit plus chez sa mère, dans le quartier l’Aligre. Mais pendant l’absence de celle-ci, elle doit retourner dans l’appartement de son enfance pour attendre le plombier. Là, elle découvre un secret, son père était harki, voilà sans doute pourquoi il n’est jamais revenu au pays… Elle décide de partir en Algérie pour aller rencontrer la famille et tenter de comprendre.

A son arrivée à Alger, elle se rend vite compte que personne ne lui parle vraiment, l’ambiance est plutôt froide, la sincérité absente, les doutes et les questions l’assaillent chaque jour, pourquoi une telle attitude à son égard de la part des différents membres  de la famille ?

Chaque jour est propice à de nouvelles découvertes, un cousin noir (issu d’un viol entre la tante et un tirailleur sénégalais) pour le moins gentil, mais rêveur et qui est tout le portrait de Barack Obama mais ne le sait pas, il est la proie facile de margoulins américains qui tentent de l’utiliser. Une cousine qui ne rêve que de quitter le pays, mais pour cela il faut un passeport, un visa, et surtout de l’argent.. et des oncles et tantes si taiseux que les secrets ne sont pas prêts d’êtres percés à jour.

Au fil des jours, les vérités se dévoilent, les caractères se font jour, les amitiés se créent.  Anissa n’aura certainement pas toutes les réponses, mais pourra au moins savoir d’où elle vient, pourquoi les silences, et se construire sur de belles bases. Un premier roman attachant, une écriture fluide et chaleureuse, sous le soleil d’Alger, une histoire qui a la saveur des soirées au village, quand les cousins se parlent enfin, et se ressourcent en montagne sous les feuillages odorants et la nuit étoilée…Un roman qui dit aussi le temps qui passe, le poids des silences, le chagrin et le manque de confiance que cela engendre. Savoir pour se construire, comprendre pour évoluer et mieux s’armer pour l’avenir, tout cela est évoqué avec sérieux mais dit avec une légèreté et une fantaisie apparentes.

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Catalogue éditeur : Emmanuelle Collas

Anissa vient de découvrir un secret de famille : son père était harki. Elle décide d’aller rendre visite à son oncle à Bab el-Oued pour comprendre ce qui, dans le passé, a fait exploser sa famille. Mais, en Algérie, tout la monde la fuit. Elle ne tarde pas à comprendre qu’un autre drame se joue là-bas. Son cousin, tout aussi égaré qu’elle, est embarqué dans une magouille internationale depuis qu’il est devenu le sosie de Barack Obama. C’est en essayant de lui prêter main forte que les histoires des uns et des autres vont se dévoiler et se libérer de l’emprise du passé.

Sabrina Kassa est française. Journaliste, elle vit à Paris. Magic Bab el-Oued est son premier roman. Retrouvez son blog ici : Sabrina Kassa

Parution : janvier 2019 / Dimensions : 18,8 x 12,5 x 1,8 cm / Pages :193 pages / EAN13:9782490155095 / Prix 15€

Oublier mon père. Manu Causse

Oublier mon père, de Manu Causse est un texte bouleversant sur la recherche d’identité, et plus  particulièrement sur comment se construire lorsque l’on évolue en milieu hostile, comment aimer sans être aimé.

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Le roman de Manu Causse s’ouvre sur une première scène qui présente une relation idyllique entre un père et son fils, au moment où le père prépare assidûment la prochaine course de ski de fonds qu’il compte aller disputer en Suède. Par crainte de briser l’instant magique, malgré le froid et sa maladresse, le petit Alexandre va accepter les chutes, les habits mouillés et le froid cuisant pour cet instant de communion avec son père. Il ne résiste cependant pas l’envie trop forte de prendre une photo de son père avec l’appareil qu’il convoite depuis si longtemps.

En toile de fond de cette histoire, il y a la mère, omniprésente, qui râle, dispute, rouspète, gronde après ce mari qu’elle honni, après ce fils qui ne comprend rien et ne fait surtout rien correctement, qui lui fait honte, qu’elle gifle à l’envie, pour qu’il apprenne. Alex, l’enfant qui se révèle rapidement être coupable de vivre, de tomber, de pleurer, d’exister.

Puis c’est le départ du père pour la course tant espérée, l’accident de voiture, et ce père qui ne reviendra plus. Pourtant, il faut qu’Alex vive avec ce manque, si bien matérialisé par cette photo prise ce jour-là, celle d’un père dans la neige, hors-cadre, à qui il manque la tête.

De ce jour, Alex va vivre une relation étroite et ambiguë avec cette mère étrangement peu aimante et surtout rancunière envers son époux mort au loin. Le fils devra se construire avec ce vide affectif, sans modèle paternel, et même contre ce modèle tant décrié par sa mère. Maladif, chétif, il sera incapable de s’épanouir dans sa vie d’adolescent, d’aimer, de vivre, dans sa vie d’homme, malgré ses rêves et son métier de photographe en souvenir de son père.

Jusqu’à ce jour où…

L’auteur a su nous embarquer dans le malaise de cet enfant, dans cette relation malsaine omniprésente entre la mère et son fils, cette relation entre époux ou plutôt avec le souvenir d’un époux mal-aimé, cette relation inexistante mais pourtant indispensable à l’équilibre du petit Alex devenu homme d’un père et son fils. Se sentant coupable de vivre quand son père n’est plus, le petit Alex accepte les mots qui blessent, les gifles assénées par la mère, la souffrance au quotidien, comme une évidence, une normalité acceptable. Cette mère toxique et malade que pourtant le jeune Alexandre accepte telle qu’elle est, reportant la faute sur son propre caractère, sur sa faiblesse, sa maladresse.

Je l’énerve et elle me frappe, c’est ma faute.

Construit en alternance entre le présent et l’enfance, avec des mots simples et des images saisissantes de réalisme, ce roman est tout simplement bouleversant. Il émane de ces mots une forme d’inhumanité au quotidien dont on imagine la véracité. On y décèle une souffrance profonde de l’enfance, causée par le mensonge, la solitude, la culpabilité, l’incompréhension. Il aborde de nombreux thèmes très actuels, d’une part le thème de l’homosexualité, et d’autre part, omniprésent, celui de l’enfance maltraitée, de la construction si malaisée des enfants qui grandissent auprès de parents toxiques et mal aimants.

j’ai retrouvé parfois au fil des pages des ambiances à la Jean-Paul Dubois, en particulier avec son roman Hommes entre eux lorsqu’il évoque ces rencontres entre hommes, dans les étendues glacées du grand nord…

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Catalogue éditeur : Éditions Denoël

– Pas la peine de chialotter, je ne t’ai pas fait mal, m’assure ma mère chaque fois qu’elle me gifle.
Sud de la France, années 90. Alexandre grandit auprès d’une mère autoritaire et irascible. Elle veut à tout prix qu’il oublie l’image de son père disparu prématurément. Bon garçon, il s’exécute.
Devenu photographe, Alexandre se révèle un adulte maladroit, séducteur malgré lui, secoué par des crises de migraine et la révolution numérique. À quarante ans, il échoue dans un petit village de Suède pour y classer des images d’archives. Il lui faudra un séjour en chambre noire et une voix bienveillante pour se révéler à lui-même et commencer enfin à vivre.

Oublier mon père parle de la construction de l’identité masculine, des mensonges qui nous hantent et de la nécessité de s’affranchir du passé.

304 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782207141311 / Parution : 23-08-2018

La fin de la solitude, Benedict Wells

Lire « La fin de la solitude » de Benedict Wells, c’est aller à la rencontre d’un auteur de talent qui donne immédiatement envie de découvrir tous ses romans !

benedict_wells_rencontre_3Découvrir ce jeune auteur trentenaire et réaliser qu’il a déjà publié cinq romans ! Être bluffée par la qualité et l’intelligence de l’écriture (merci au traducteur bien sûr !) et par la maturité des sentiments, des personnalités de ses personnages, par la finesse et la justesse de sa fiction qui n’a rien mais absolument rien de l’auto fiction pour une fois !

Jules est le plus jeune d’une fratrie de trois enfants, Marty est l’ainé, Liz leur sœur. Ils évoluent dans une famille heureuse et relativement aisée, père français, mère allemande, ils vivent à Berlin. Ce sont des parents droits, optimistes, bon parents qui donnent une belle éducation à leurs enfants… l’avenir des enfants est donc presque tracé, ils ont tout pour être heureux comme on dit.
Mais survient un terrible accident de voiture et la mort brutale des parents. C’est la vente de la maison, les années d’internat et la séparation de la fratrie dans cette école qui n’a rien à voir avec ce qu’avaient espéré les enfants quand la famille heureuse était réunie et imaginait l’avenir.

Jules était un enfant plutôt avenant, intelligent, prometteur. Il va devenir un enfant solitaire et méfiant. Par peur d’affronter cet univers austère et inhospitalier, il va se renfermer, se replier sur lui-même.

Liz, jeune fille encore enfant, proche de sa mère et de ses poupées, est perdue quand elle est lâchée seule dans ce monde austère et dur des adultes. Les garçons, les fêtes, la drogue, elle tentera tout, jusqu’à la fuite…

Marty quant à lui, avec son imperméable et ses cheveux.. au look grunge prendra également un tout autre chemin que celui dont il avait rêvé.

Nous les suivons tous les trois au fil des ans, séparations, études, travail, échecs, succès, fiançailles ou mariages, relation heureuses, retrouvailles, décès, une vie, des vies…

Le roman est porté par une structure intelligente et fine, car de cinq ans en cinq ans, nous allons suivre les protagonistes de cette histoire racontée par Jules. Cet espace-temps va permettre à l’auteur de planter des pistes qui donnent au lecteur les clés pour comprendre les différents  personnages, mais aussi pour combler les vides en fonction de son propre vécu !

Ce que j’ai aimé ?

La question posée implicitement sur que fait-on de sa vie, et que serait-elle si un des points de départ avait été différent. La mort des parents, que l’on soit jeune ou moins jeune, qu’est-ce que ça change, qu’est-ce que ça implique dans nos caractères, culpabilité, remords, absence, chagrin ?
Et pourquoi la solitude et le silence des frères et sœur, le manque de communication, leur façon personnelle d’affronter le deuil n’est pas toujours compris par les autres membres de la fratrie.
Amours et amitiés de l’enfance, jusqu’où nous mènent-elles, est-ce important ou pas dans une vie…
Enfin, comprendre l’importance des clés, des bases données dans la vie par une éducation qui permet à chacun de comprendre, d’affronter son avenir et d’enjamber les obstacles de sa vie avec les armes plantées dès le plus jeune âge en chacun de nous.

La question est : qu’est-ce que ne serait pas différent ? Qu’est-ce qui serait invariable chez toi ? Qu’est-ce qui resterait identique dans n’importe quelle vie, quel que soit son déroulement ? Est-ce qu’il y a des choses en nous qui résistent à tout ?

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Photos de la rencontre avec l’auteur à Paris en septembre.

 

 


Catalogue éditeur : Le livre de Poche, Slatkine et Cie

Traduit de l’allemand par Juliette Aubert.

« Je suis entré dans le jardin et j’ai fait un signe de tête à mon frère. J’ai pensé : une enfance difficile est comme un ennemi invisible. On ne sait jamais quand il se retournera contre vous. »
Liz, Marty et Jules sont inséparables. Jusqu’au jour où ils perdent leurs parents dans un tragique accident de voiture dans le sud de la France. Placés dans le même pensionnat, ils deviennent vite des étrangers les uns pour les autres, s’enfermant chacun dans une forme de solitude. Jules est le plus solitaire des trois lorsqu’il rencontre Alva, qui devient sa seule amie. Son obsession. Vingt ans plus tard, Jules se réveille d’un coma de quelques jours. À la lisière de l’inconscient, il se souvient.

Benedict Wells a su, sans cruauté ni sensiblerie, décrire la faiblesse humaine, l’échec ou le vieillissement. Nicolas Weill, Le Monde.
Ce roman n’a qu’une ambition : raconter des destins tourmentés par le deuil et l’espérance de la communion amoureuse. Gilles Heuré, Télérama.

Prix de littérature de l’Union européenne. Prix littéraire des lycéens de l’Euregio.
352 pages / Date de parution : 22/08/2018 / EAN : 9782253074243