Les promises, Jean-Christophe Grangé

Un roman historique sombre et glaçant sur fond de seconde guerre mondiale

Les belles dames du Reich aiment se réunir dans le confort ouaté de l’hôtel Adlon à Berlin, loin des tensions qui agitent l’Europe à l’aube de la seconde guerre mondiale. Pourtant, lorsque certaines d’entre elles disparaissent il s’avère nécessaire de mener l’enquête. Celle-ci est confiée en toute discrétion à Franz Beewen, gestapiste convaincu, qui rapidement ressent le besoin d’agir avec l’aide de Simon Kraus, psychanalyste, et de Minna von Hassel, psychiatre. Tous trois forment le trio d’enquêteurs le plus insolite de l’Allemagne nazi.

Grangé nous embarque dans un roman historique qui fait revivre le Berlin du début de la seconde guerre mondiale. L’intrigue m’a semblé n’être qu’un prétexte à nous rappeler l’horreur du nazisme. Elle passe d’ailleurs parfois d’un réalisme descriptif dense et pointu au surréalisme le plus déconcertant.

L’ambiance lourde, angoissante, nous plonge dans un décor particulièrement bien rendu. Elle est l’objet de descriptions et d’explications historiques souvent utiles mais également parfois longues et redondantes, au risque de ne pas rendre ce roman assez nerveux, rythmé ou même attachant, si tant est que la période s’y prête. Bon c’est un gros pavé mais je ne pense pas que le lecteur ait déjà tout oublié au fil de sa lecture.
L’excellent travail de documentation fait par Jean-Christophe Grangé se ressent à chaque chapitre tant il décrit et détaille à l’excès la période qu’il a choisie. Les personnages ne semblent être là que pour étayer le besoin qu’il a eu de balayer tous les crimes et les horreurs perpétrés par les nazis. Comme à son habitude, Grangé y décrit l’horreur avec une délectation poussée à l’extrême, jusqu’à vous donner la nausée.

Le point le plus positif de cette lecture est très certainement la qualité du lecteur. J’ai apprécié les intonations, le rythme, le souffle, les voix qu’il donne aux personnages, et la façon dont il maintient le mystère et l’horreur, qui se ressentent bien tout au long de l’écoute de ce roman.

Catalogue éditeur : Albin-Michel, Audiolib

Lu par François-Éric Gendron

Les promises, ce sont ces grandes dames du Reich, belles et insouciantes, qui se retrouvent chaque après-midi à l’hôtel Adlon de Berlin, pour bavarder et boire du champagne, alors que l’Europe, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, est au bord d’imploser.
Ce sont aussi les victimes d’un tueur mystérieux, qui les surprend sur les rives de la Spree ou près des lacs, les soumettant à d’horribles mutilations…
Dans un Berlin incandescent, frémissant comme le cratère d’un volcan, trois êtres singuliers vont s’atteler à l’enquête. Simon Kraus, psychanalyste surdoué, gigolo sur les bords, toujours prêt à faire chanter ses patientes. Franz Beewen, colosse de la Gestapo, brutal et sans pitié, parti en guerre contre le monde. Minna von Hassel, riche héritière et psychiatre dévouée, s’efforçant de sauver les oubliés du Reich.
Ces enquêteurs que tout oppose vont suivre les traces du Monstre et découvrir une vérité stupéfiante. Le Mal n’est pas toujours là où on l’attend.

Depuis plus de vingt-cinq ans, l’auteur du Vol des cigognes et des Rivières pourpres règne en maître sur le thriller français. Traduits dans une trentaine de langues, vendus à des millions d’exemplaires dans le monde, tous les romans de Jean-Christophe Grangé ont été adaptés au cinéma ou à la télévision. Les promises est son premier roman historique.

EAN 9791035406509 / Prix du format physique 25,90  € / EAN numérique 9791035406714 / Prix du format numérique 23,45  € / Date de parution 20/10/2021 / durée : 20h48

Attends-moi le monde, Gaëlle Pingault

Un billet gagnant pour une année sans mois de novembre, ça vous tente ?

Camille est venue se terrer dans un village où il ne se passe jamais rien. Graphiste célibataire en télétravail, elle aime sa solitude. Sa seule activité sociale semble être de prendre de temps en temps un verre au café du village, lieu où se rejoignent tous ceux qui ont envie de parler sous les yeux du barman, le beau Maxime. Un jour, elle s’intéresse pourtant à une bien étrange tombola. Un homme très attirant lui propose un billet dont le premier prix serait une année sans mois de novembre.

Diantre, qu’est-ce que ce prix aussi déraisonnable que surprenant ? Qui peut y croire ? Camille se prend au jeu et achète ce billet dont elle sait au fond d’elle qu’il sera gagnant. Car elle n’a aucun doute, un prix aussi loufoque ne peut que lui être destiné.

Face à l’incrédulité de Maxime, le séduisant et jeune barman aux yeux bleus, elle ne dit rien lorsqu’elle gagne ce lot. Elle l’emporte et refuse de découvrir ce qu’il y a dans la mystérieuse enveloppe remise à la gagnante. Le mois de novembre est bientôt là, il faudra bien se décider à l’ouvrir. C’est ce qu’elle fait, en espérant comprendre ce qui l’attend.

À partir de ce moment-là, le fantastique et l’irréel entrent dans la vie de Camille, pas toujours pour son plus grand bonheur, mais certainement pour l’accompagner vers le chemin d’une sérénité et d’une paix qui sont aujourd’hui loin d’être son quotidien. Le chemin n’est pas aussi doré et magique qu’il y paraît, l’effort que Camille doit faire pour se retrouver et verbaliser ce passé qu’elle a profondément enfoui en elle s’avère bien douloureux.

Les chapitres alternent entre le présent de Camille, qui lui même oscille entre réel et fantastique, ses lettres à une certaine Émilie, et des messages d’on ne sait qui vers Camille. Peu à peu se tisse une histoire, un passé que l’on démêle en même temps qu’elle pour mieux entendre sa douleur, ses doutes, ses hésitations, sa culpabilité. Le lot qu’elle a gagné lui permet chaque jour un peu plus de se libérer de ses traumatismes et de ses peurs, parfois dans la douleur, mais aussi dans la gaîté et la légèreté, à travers la rencontre avec les trois I, avec Maxime, avec elle-même enfin.

Un roman où la bienveillance et le travail sur soi ont toute leur place, une lecture agréable au sujet singulier qui permet de se dire que parfois cela fait un bien fou de lâcher prise et de se laisser porter.
Alors, ploum, ploum, léger ou profond ? Ce sera toi, lecteur, qui le dira !

Catalogue éditeur : Eyrolles

Premier prix : Vous détestez la grisaille et la nuit qui tombe à 16 h 30 ? Vivez une année sans mois de novembre !

Lorsqu’elle tombe sur un petit flyer vantant les mérites d’une tombola locale en ces termes, Camille comprend d’emblée qu’elle va jouer, et gagner. Durant ce mois de non-novembre, un étrange temps suspendu l’invite à emprunter quelques chemins inexplorés, tandis qu’alentour, le monde continue son petit manège habituel. En acceptant de perdre ses repères, d’abord un peu hésitante, puis entièrement chamboulée, Camille se laissera porter par l’étrangeté dont jaillira peu à peu la compréhension de sa propre histoire.

ISBN13 : 978-2-416-00132-1 / pages : 206 pages / 2 septembre 2021 / 16€

Tant que le café est encore chaud, Toshikazu Kawaguchi

Prendre une leçon de vie dans le café de tous les possibles

Quel est le lien entre les différentes personnes qui fréquentent un même lieu, en l’occurrence, le café Funiculi funicular à Tokyo ?

Dans ce café insolite on retrouve tour à tour Fumiko, cette jeune femme qui a rendez vous avec son petit ami au café ;
Mlle Hiraï, cette autre jeune femme toujours pressée, les bigoudis sur la tête, qui semble être une femme tellement libre, pourtant elle refuse de rencontrer sa sœur Kumi chaque fois que cette dernière vient la voir à Tokyo ;
Mr Fusagi et son éternelle revue de voyage qu’il annote depuis tant de mois, accoudé à l’entrée du café et son infirmière la très discrète Mme Kotâke ;
Kei, l’épouse de monsieur Nagare qui tient le café et attend leur premier enfant, malgré de réels soucis de santé ;
Et cette femme en blanc qui lit toujours le même livre, assise chaque heure de chaque jour à la même place, sur la même chaise, inlassablement.

Et si le lien était justement le secret de ce café hors du temps qui n’a jamais changé depuis sa création cent quarante ans plus tôt ? Car dans ce café aux trois pendules, le voyage que l’on vous propose est à faire dans le passé ou dans le futur. Mais rien, jamais ne peux changer après que vous ayez fait ce voyage, ni le futur, ni le passé, ni le présent.

S’il y a plusieurs conditions pour pouvoir effectuer ce voyage singulier, la plus impérative est qu’il faut revenir à l’instant présent tant que le café est encore chaud. Alors si c’est aussi compliqué, et si rien ne peut changer, pourquoi tentent-elles leur chance ces femmes qui embarquent pour un voyage dans le temps ? Et si la réponse était simplement dans le fait qu’il existe une autre façon d’accepter et de voir les autres, ne pas chercher à changer ce qui est, mais au contraire comprendre qu’il faut changer soi-même ?

Voilà un joli roman qui interroge sur notre volonté de modifier le cours des choses avant même notre façon d’être. Une leçon de vie et de philosophie à la fois simple et évidente. La sobriété et la délicatesse du Japon émaillent ces pages pour le plaisir du lecteur. Un roman très agréable à lire.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Traducteur : Miyako Slocombe

Chez Funiculi Funicula, le café change le cœur des hommes.
A Tokyo se trouve un petit établissement au sujet duquel circulent mille légendes. On raconte notamment qu’en y dégustant un délicieux café, on peut retourner dans le passé. Mais ce voyage comporte des règles : il ne changera pas le présent et dure tant que le café est encore chaud.
Quatre femmes vont vivre cette singulière expérience et comprendre que le présent importe davantage que le passé et ses regrets. Comme le café, il faut en savourer chaque gorgée.

01 octobre 2021 / 17,90 € / 240 pages / EAN : 9782226458506

Malamute, Jean-Paul Didierlaurent

Embarquer dans la blancheur glacée de l’hiver pour un voyage dans le temps

La neige est là, et avec la neige arrive Basile, qui passe les mois d’hivers à Valjoux sur une des dameuses de la station. Pour une fois, il n’a pas eu à chercher un logis, ni à se contenter du réduit qu’il occupait les années précédentes. Il va partager la maison d’un lointain parent, trop âgé pour rester seul. Sa fille a tout organisé pour que Germain puisse rester chez lui. Basile gardera un œil sur ce vieil homme acariâtre et revêche.

Dans l’équipe des dameurs Emmanuelle, une nouvelle venue, dame le pion à tous les anciens et s’approprie, grâce à son talent, l’engin le plus convoité ; c’est aussi la voisine de Germain.

Lorsque ce dernier la rencontre, il laisse affleurer à sa mémoire de bien beaux mais aussi de bien noirs souvenirs, réminiscences d’une époque révolue. Les voisins avaient été baptisés les Ruskoffs par tout le village, car on se méfie toujours de ceux que l’on ne connaît pas.

Paulina Radovic, si blonde, si timide, si belle. Celle dont on découvre le journal écrit en 1976, l’épouse de Dragan. Lui, fort, dur, ancien légionnaire, avait un rêve fou, obsessionnel, conduire les touristes à bord de son traîneau tracté par ses malamutes, de superbes chiens qui pourtant inquiètent les villageois. Mais rien ne s’est passé comme ils espéraient.

Ce que j’ai aimé ?

L’ambiance, à la fois oppressante et majestueuse dans cette blancheur qui envahit le paysage.
Les personnages, des hommes et des femmes qui pourraient être nos voisins, Germain, Basile ou Emmanuelle, mais aussi Françoise ou encore le curé et ses processions, un écheveau de relations humaines où le meilleur côtoie le pire sans que cela paraisse incongru.
Des situations en apparence simples et banales où parfois se cachent de noirs secrets comme sait si bien les décrire Jean-Paul Didierlaurent, à hauteur d’homme, au plus près de la réalité du quotidien.

L’auteur nous entraîne par son écriture à la fois humaine et irréelle, surtout lorsqu’un brin de magie vient bousculer ses personnages, entre les bêtes malfaisantes et les souvenirs du passé, entre le sortilège de l’amour et le triomphe de hommes sur la nature parfois étouffante et dévastatrice, tout y est et on se régale.

Catalogue éditeur : Au Diable Vauvert

Jean-Paul Didierlaurent vit dans les Vosges. Nouvelliste lauréat de nombreux concours de nouvelles, deux fois lauréat du Prix Hemingway, son premier roman, Le Liseur du 6h27, connaît un immenses succès au Diable vauvert puis chez Folio (370.000 ex vendus), reçoit les prix du Roman d’Entreprise et du Travail, Michel Tournier, du Festival du Premier Roman de Chambéry, du CEZAM Inter CE, du Livre Pourpre, Complètement livres et de nombreux prix de lecteurs en médiathèques, et est traduit dans 31 pays. Il est en cours d’adaptation au cinéma. Jean-Paul Didierlaurent a depuis publié au Diable vauvert un premier recueil de ses nouvelles, Macadam, Le Reste de leur vie, roman réédité chez Folio, et La Fissure.

Format : 130 X 198 / Parution : 2021-03-11 / pages : 368 / EAN-ISBN : 979-10-307-0419-8

Les lamentations du Coyote, Gabino Iglesias

La frontière, ce chemin infranchissable avant le paradis rêvé

Gabino Iglesias m’avait embarquée avec son précédent roman Santa Muerte. Il récidive et nous entraîne dans les profondeurs glauques et sanglantes de La Frontera, une zone de non-droit entre Mexique et USA. Cette frontière sur laquelle l’homme orange rêvait de bâtir un mur infranchissable.

Le coyote est investi d’une mission divine, sauver les enfants d’une mort certaine ou de la misère absolue en les faisant passer de l’autre côté. Dure mission quand on sait le travail des gardes frontière et les suspicions qui les poussent en renvoyer chez eux ceux qu’ils auront pris sur le fait.

Les lamentations du Coyote est un roman choral, dans lequel parlent tout à tour Le Coyote, mais aussi Pedrito qui voit son père mourir sous ses yeux, la Mère qui ne sait plus si elle enfante diable ou démon, Jaime qui sort de prison pour découvrir son délateur chez sa mère, Alma qui rêve d’offrir le spectacle qui deviendra viral et la rendra mondialement célèbre, la Bruja ce spectre revenu d’entre les morts pour protéger son mari et son fils. Et avec chacun d’eux, le lecteur s’enfonce dans des territoire où le chaos, la violence, les fantômes et le diable occupent toute la place, où l’enfer n’est jamais loin.

Parce que de leur côté de la frontière il n’y a que chagrins, misère, douleurs, désespoir, et crimes, alors chacun d’eux emprunte à sa façon le difficile chemin des migrants pour fuir le cycle de la violence et de la pauvreté pour enfin atteindre le mythe américain. Mais ceux qui tentent de traverser sont le plus souvent victimes des passeurs, de la fatalité, de la Santa Muerte ou des trafiquant qui vendent les enfants au plus offrant. Le texte est totalement onirique, mystique même parfois, à la frontière entre réalité et spiritualité, noirceur et violence surgissant à chaque page pour dire la difficulté d’être, de vivre, de traverser cette Frontera pour fuir ce Barrio Noir dans lequel la vie a perdu toute valeur.

L’auteur à l’art de tisser entre chacun d’eux des fils invisibles, solides et mystérieux dont il ne nous dévoile la clé qu’à la toute fin. Avec une façon bien à lui de poser les mots pour faire jouer notre imagination, nos peurs, nos angoisses, nous emmenant dans cette zone inconfortable où chacun doit se poser des questions sans trouver de réponse. Aucun évangélisme dans ces mots, dans ce texte à la violence qui vous laisse parfois pantois, mais qui ose dire sans l’enrober de bons sentiments la complexité du mythe américain tant convoité et l’inhumanité que l’on y trouve. En bref, un livre qui va vous remuer, vous couper le souffle et dont vous ne sortirez pas indemne.

Merci au Picabo River Book Club pour cette lecture !

Catalogue éditeur : Sonatine

Traducteur : Pierre SZCZECINER

La Frontera, une zone de non-droit séparant le Mexique des États-Unis. C’est là que sévit le Coyote. Personne ne connaît son nom, mais à quoi bon ? Il est le Coyote, tout simplement. Celui dont la mission divine est de sauver des enfants mexicains en leur faisant passer clandestinement la frontière vers la terre promise. La Virgencita veille sur eux – et sur lui, son guerrier sacré, son exécuteur des basses œuvres. Autour de lui, d’autres habitants de la zone, confrontés eux aussi à la violence, au deuil, au désespoir. Tous résolus à se soulever contre un monde qui fait d’eux des indésirables. Cavales, fusillades, cartels, sacrifices sanglants, fantômes et divinités vengeresses… L’heure de la revanche latina a sonné.

Parution : 04/02/2021 / EAN : 9782355847776 / Pages : 224 Format : 140 x 220 mm / 20.00 €

Hannibal Meriadec et les larmes d’Odin

Envie d’une histoire de pirates matinée de fantastique ?

1 L’ordre des cendres

C’est l’heure d’embarquer sur un bateau pirate avec Hannibal Meriadec, capitaine du Mac Lir. Ce dernier convoite les pierres précieuses que l’on nomme aussi les larmes d’Odin. Ce sont des diamants d’une pureté exceptionnelle, mais surtout ce sont des pierres qui selon la légende apportent l’immortalité à celui qui les possède.

Il doit sauver Kyle Macstone, que l’on conduit à la mort et au bourreau… Le peuple aime ce genre de spectacle, alors pourquoi l’en priver.
Sur le marché aux esclaves, Mériadec est tombé sous le charme de Sélina, il l’a âprement disputée à Miguel de la Cuervas, un homme aussi rancunier que sanguinaire, mais ce dernier lui a aussitôt dérobé la belle esclave.
Enfin, la course aux larmes d’Odin s’annonce périlleuse et l’île infestée de dragons n’est pas seulement une légende…

Le chemin d’Hannibal est semé d’embûches. Seul réconfort, cette ombre masquée qui hante le bateau à ses côtés, comme un rappel que l’amour peut tout sauver.

Le trait, les couleurs, les mises en pages des personnages et des différentes scènes donnent un rythme à l’ensemble. Violent, sanguinaire, habité par des forces obscures et magiques, cette série mêle combats oniriques et récit fantastique. A se demander où nous allons partir lors des prochains épisodes.

2 Le manuscrit de Karlsen

En se basant sur les souvenirs d’une jeune femme, qui n’était qu’une enfant terrorisée à l’époque où son père les a cachés sur l’île des Dragons, Hannibal Meriadec compte bien retrouver la cachette des larmes d’Odin. Mais la route, ou plutôt les flots, sont semés d’embûches et de dangers surtout lorsque l’on décide d’affronter l’Ordre des Cendres. Les combats seront une fois de plus violents et sans pitié. Traîtrise, embuscade, piège et sorcellerie, rien ne sera épargné à Hannibal et à ses hommes.

Là aussi, le graphisme, les couleurs, rendent particuliérement bien l’impression de violence, les combats, mais aussi le côté fantastique de la série.

Catalogue éditeur : Delcourt, Collection Soleil Celtic

scénariste Jean-Luc Istin
Illustrateur Stéphane Créty
coloriste Sandrine Cordurié

Hannibal Meriadec et les larmes d’Odin T01 L’Ordre des cendres
Paru le  23.06.2010 / EAN 9782302012233 / Dimensions 23.4 x  32.3 cm / Pages 48 / Prix : 14,50€

Hannibal Meriadec et les larmes d’Odin T02 Le Manuscrit de Karlsen
Paru le  23.06.2010 / EAN 9782302011175 Dimensions 23.3 x  32.3 cm / Pages 48 / Prix : 14,50€

Requiem pour une apache, Gilles Marchand

Quand le désir de reconnaissance déclenche la révolution des invisibles

L’écriture poétique et le sujet universel font du dernier roman de Gilles Marchand un petit bijou d’humanité.

Jolene n’est ni trop ni pas assez. C’est juste le genre de fille dont on a envie de se moquer dans la cour de récré. Elle a pourtant un remède infaillible pour faire taire tous les méchants gamins qui la poursuive de leurs invectives, car son père à elle « il peint la tour Eiffel, alors ta gueule ». Son père est peintre, chaque jour il part avec son pot de peinture couleur brun tour Eiffel et monte tout là-haut redonner vie à la grande dame. Jusqu’au jour où, trop d’alcool ça ne permet forcément plus à un homme de monter aussi haut. Plus de boulot et un goût prononcé pour le goulot, ça ne fait pas de vieux os. Jolene et sa mère se retrouvent seules… à force d’écouter Nino Ferrer et de pleurer chaque jour, on aurait pu penser que la veuve resterai veuve, mais elle trouve un nouveau mari et rapidement sa fille doit partir. L’échec scolaire, ça n’aide pas beaucoup quand on cherche du travail. Pourtant Jolene trouve un emploi de caissière qu’elle occupe sans jamais rechigner. Mais ce badge qu’elle doit porter chaque jour, ce tutoiement, ces clients souvent irrespectueux, un jour trop c’est trop, ras le bol, elle envoie tout valser.

Chaque jour dans le bar de l’hôtel-pension de Jésus, Jolene passe et met inlassablement le même disque de Dolly Parton sur le Juke-box. Peu à peu, la dizaine de paumés rassemblés là commence à l’adopter. Tous, même Wild Elo, cet ancien chanteur qui nous raconte leur quotidien et leur rencontre avec Jolene. Car les pensionnaires ont tous à leur façon souffert dans leur vie et ont trouvé refuge chez Jésus. Ils cohabitent en bonne intelligence, sans faire de vague.

Jusqu’au jour où passe un employé du gaz irrespectueux. Il n’a pas un bonjour, pas un mot envers le patron, et c’est la révolution qui commence. Celle des laissés pour compte, des différents, de ceux qui jusqu’à présent n’ont jamais osé se rebeller et ont accepté tête basse les mots, les gestes, les insultes sans jamais se redresser.

Grâce à Jolene ils osent enfin… Comme l’on dit parfois Il suffirait de presque rien. Alors elle ose tout Jolene, car elle n’a rien à perdre ni à gagner si ce n’est cette part d’humanité qu’on lui a toujours refusée. Dans cette solidarité et cette fraternité partagée, c’est tout un monde qui se soulève et qui existe enfin, faisant fi de cette résignation qui les rendait transparents pour le monde extérieur.

Merci Gilles Marchand pour ce beau roman qui fait sourire et réfléchir, qui fait sans doute regarder l’autre autrement, le petit, le grand, le roux, le bègue et tous les invisibles. Merci pour cette écriture à la fois loufoque et poétique, tendre et joyeuse, que l’on aime tant retrouver à chaque nouveau roman depuis l’inoubliable Une bouche sans personne (dont on ne manquera pas de reconnaître une allusion dans ce roman).

Il faut entrer dans les romans de Gilles Marchand sans a priori et se laisser porter pour partager une part de rêve, c’est une belle expérience que l’on a envie de renouveler à la première occasion.

Du même auteur on ne manquera pas de lire également le recueil de nouvelles Des mirages plein les poches.

Catalogue éditeur : Aux Forges de Vulcain

Jolene n’est pas la plus belle, ni forcément la plus commode. Mais lorsqu’elle arrive dans cet hôtel, elle est bien accueillie. Un hôtel ? Plutôt une pension qui aurait ouvert ses portes aux rebuts de la société : un couple d’anciens taulards qui n’a de cesse de ruminer ses exploits, un ancien catcheur qui n’a plus toute sa tête, un jeune homme simplet, une VRP qui pense que les encyclopédies sauveront le monde et un chanteur qui a glissé sur la voie savonneuse de la ringardisation.

414 pages / Format : 14 x 20,5 cm / ISBN : 9782373050905 / Date de parution : 21 Août 2020

Francis Rissin, Martin Mongin

C’est le roman le plus improbable et le plus ambitieux de cette rentrée littéraire. Si vous embarquez avec Francis Rissin, vous n’êtes pas sûr de comprendre où vous allez, mais vous ne pourrez plus le lâcher !

Dans ce roman, tout étonne, et d’abord sa structure. En onze parties construites de façon fort différentes, tantôt un cours magistral d’université, tantôt une enquête de police, un rapport administratif, les délires d’un fan absolu ou encore les écrits des apôtres, tout y passe dans cette dystopie totalement décalée. Y compris les mots et les délires du journal intime de Francis Rissin lui-même, excusez du peu. Mais en fait, qui est-il ? Qui le connait ? Qui a compris ses desseins ? C’est l’alerte générale dans tout le pays, qui est Francis Rissin ?

De son existence supposée à son existence avérée. Des affiches fleurissent sur tous les murs en France et le plus fin limier suit ses traces de village en village. Mais Francis Rissin sillonne le pays et nul ne peut le suivre, le devancer ou même l’arrêter. Capable de soulever les foules par son seul charisme, ce nouveau messie des temps modernes est aussi totalement incompris du pouvoir en place. Pourtant tous ceux qui l’ont connu l’apprécient, et tels des apôtres, ils écrivent les évangiles de Francis Rissin.

Car oui, en vérité, je vous le dis, dès sa jeunesse il savait qu’il lèverait une armée pour sauver la France… Tient, ça vous rappelle quelqu’un ?  

Stupeur, colère et inquiétude, voilà les sentiments qui dominent dans tout le pays… Comment peut-il être présent à différents endroits à la fois éloignés géographiquement et très proches dans le temps. Le mystère s’épaissit. Et si c’était Rissin versus Rissin ? Sont-ils nombreux ? Est-il un ? Est-il multiple ? En vérité, une fois encore, sachez-le, Francis est légion !

Je ne vous en dis pas plus, j’en ai d’ailleurs déjà trop dit, car parler de ce roman tellement différent de tout ce qu’on lit habituellement n’est pas aisé. Alors si vous aimez les paris impossibles, si quelques six cent pages ne vous rebutent pas pour tenter de percer à votre tour ce mystère, soyez curieux, immergez-vous, acceptez le challenge, et partez à la découverte de Francis Rissin. Puis venez me dire ce que vous en aurez pensé ! Attention, il me semble cependant que ce roman est avant tout à conseiller aux lecteurs passionnés, tant il est dense, déroutant et singulier.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue éditeur : Tusitala

De mystérieuses affiches bleues apparaissent dans les villes de France, seulement ornées d’un nom en capitales blanches : FRANCIS RISSIN. Qui est-il ? Comment ces affiches sont-elles arrivées là ? La presse s’interroge, la police enquête, la population s’emballe. Et si Francis Rissin s’apprêtait à prendre le pouvoir, et à devenir le Président qui sauvera la France ?

Pour son premier roman, Martin Mongin signe un livre vertigineux. Un roman composé de onze récits enlevés, onze voix qui lorgnent tour à tour vers le roman policier, le fantastique, le journal intime ou encore le thriller politique, au fil d’une enquête paranoïaque sur l’insaisissable Francis Rissin. Avec une maîtrise rare, Martin Mongin tisse sa toile comme un piège qui se referme sur le lecteur, au cœur de cette zone floue où réalité et fiction s’entremêlent.
Autant marqué par l’art de Lovecraft, de Borges ou de Bolaño que par la pensée de La Boétie ou d’Alain Badiou, Francis Rissin est un premier roman inventif et inattendu, au propos profondément politique.

Martin Mongin est né en 1979. Il est professeur de philosophie, et passionné de politique. Il a signé plusieurs articles et publié divers essais politiques sous des noms d’emprunt, notamment aux éditions Pontcerq.
En parallèle, il a toujours écrit de la fiction, imprimant ses ouvrages à quelques dizaines d’exemplaires pour ses proches. Francis Rissin est son premier roman, qu’il a envoyé par la poste à Tusitala à la fin de l’année 2018.

616 pages / 22 euros / ISBN : 979-10-92159-17-2 / Parution : 21 août 2019

Une sirène à Paris, Mathias Malzieu

Le plaisir de lire « Une sirène à Paris » de Mathias Malzieu, et de découvrir un conte poétique et singulier.

couv une sirène à Paris de Mathias Malzieu, éditions Albin-Michel, blog Domi C Lire

Depuis son grand chagrin d’amour, Gaspard n’est plus le même. Il se complaît dans le passé, dans ses souvenirs, et veut garder à flot le flowerburger, cette péniche que lui a léguée sa grand-mère récemment décédée. Mais même si les concerts secrets des Surprisiers continuent dans l’arrière salle pour quelques privilégiés avertis, les affaires ne sont plus vraiment florissantes et Camille, son père, lui conseille de vendre. Gaspard n’est absolument pas d’accord. L’entente est difficile entre le père et son fils.
Alors qu’il traîne sa mélancolie et son désespoir sur les bords de la Seine en crue, il découvre une jeune femme inanimée… Et décide de la ramener chez lui.
Gaspard ne le sait pas encore, mais celle qu’il veut sauver n’est rien de moins que la dernière sirène…
Mais comment peut-on sauver une sirène ? Et peut-on seulement sauver une sirène. Surtout lorsque celle-ci, par crainte de l’action des hommes à son encontre, leur chante sa mélodie envoutante et mortelle. Une véritable course contre la montre va alors s’engager, dans laquelle les protagonistes n’ont pas tous envie de la même issue.

Tout au long du roman on retrouve l’amour, la mort, la vie, mais aussi le don de soi, l’altruisme et l’empathie, et toute la poésie de Mathias Malzieu pour faire battre les cœurs de tous ses lecteurs et faire briller la lumière dans leurs yeux émerveillés. Ma première lecture de cet auteur dont j’avais souvent lu d’excellentes critiques, cela donne envie d’aller plus loin et d’en lire d’autres.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

« Surprisiers : ceux dont l’imagination est si puissante qu’elle peut changer le monde – du moins le leur, ce qui constitue un excellent début. »

Après le bouleversant Journal d’un vampire en pyjama, Mathias Malzieu retrouve la veine du merveilleux de La Mécanique du cœur avec cette Sirène à ParisLire la suite

18.00 € / 6 Février 2019 / 140mm x 205mm  / 240 pages / EAN13 : 9782226439772

Boréal, Sonja Delzongle

Au cœur de la nuit polaire, suspense et noirceur sont au rendez-vous de Boréal, le thriller écologique et fantastique de Sonja Delzongle.

couverture du roman Boréal de Sonja Delzongle chez Folio éditions

Janvier 2017, ils sont sept, hommes et femmes, sur le camp de la base Arctica près de Thulé au Groenland, ce sont les meilleurs spécialistes du monde entier. Ils viennent étudier les conséquences du réchauffement climatique et de la pollution sur l’inlandsis. Lorsqu’ils sortent faire leurs prélèvements et découvrent un étrange cimetière de glace dans lequel sont emprisonnés des dizaines de bœufs musqués, il s’avère indispensable d’appeler Luv Svenden à la rescousse. Cette biologiste spécialisée en disparitions inexpliquées d’animaux peut les aider à comprendre. Trop heureuse de fuir ses propres soucis, elle s’envole vers la base. Mais les recherches et les expériences ne se passent pas du tout comme prévu, les rencontres, puis les disparitions, vont faire exploser le groupe, les mener jusqu’au point de non-retour.

Sonja Delzongle prend le temps d’installer ses personnages, parcours, études, spécialités, vies de chacun. Il faut un bon tiers du roman avant qu’ils ne convergent sur cet îlot perdu dans la nuit polaire. Là, ils sont directement plongés dans un milieu extrême, avec cette nuit quasi permanente qui rend fou même les locaux et face à laquelle chacun va réagir en fonction de sa culture et de ses références. Et surtout de son parcours qui fait de chacun ce qu’il est.

Seront alors évoqués des thèmes tels que parents, famille, mais aussi instinct maternel et paternité, perte d’un enfant, maladie… Tout au long, l’auteur installe les situations, campe les choses, les met en attente et interroge ses lecteurs jusqu’au feu d’artifice final…Dans une atmosphère pesante et glacée et malgré ces grands espaces, l’intrigue pesante, noire, violente et terrifiante se déroule en huis-clos.

Enfin, après bien des évènements, se posera la question de savoir si l’on peut vivre en société après avoir vécu des expériences extraordinaires incompréhensibles par le commun des mortels, même en étant le seul à savoir ce que l’on a fait.

Un roman noir, très noir, enfin, blanc, très blanc perdu dans les étendues de glaces du Groenland. Il m’a manqué peut-être quelques pages supplémentaires pour étoffer le parcours de certains personnages et asseoir leur crédibilité… Si Sonja Delzongle avoue qu’elle n’est jamais allée au Groenland, les recherches, mais surtout le talent et l’imagination de l’auteur font le travail ! Le lecteur s’y croirait presque. On est ici à la limite de la science-fiction avec ce thriller à la fois écologique et scientifique. De grands sujets de protection et de sauvegarde de la planète sont évoqués, réalistes au moins par les questions qu’ils soulèvent.

Souvenir de la rencontre avec Sonja Delzongle à la librairie Le Divan

Catalogue éditeur : Folio, Denoël

Janvier 2017, au Groenland. Là, dans le sol gelé, un œil énorme, globuleux, fixe le ciel. On peut y lire une peur intense. C’est ainsi que huit scientifiques partis en mission de reconnaissance découvrent avec stupeur un bœuf musqué pris dans la glace. Puis un autre, et encore un autre. Autour d’eux, aussi loin que portent leurs lampes frontales, des centaines de cadavres sont prisonniers du permafrost devenu un immense cimetière.
Pour comprendre l’origine de cette hécatombe, le chef de la mission fait appel à Luv Svendsen, spécialiste de ces phénomènes. Empêtrée dans une vie privée compliquée, et assez soulagée de pouvoir s’immerger dans le travail, Luv s’envole vers le Groenland. Ils sont maintenant neuf hommes et femmes, isolés dans la nuit polaire.
Le lendemain a lieu la première disparition.

Denoël : 448 pages, 155 x 225 mm / ISBN : 9782207139141 / Parution : 08-03-2018 / Prix : 20,50 €
Folio : 512 pages, 108 x 178 mm / ISBN : 9782072840630 / Parution : 04-04-2019 / Prix : 8,40 €