Un soir à Sanary. Michèle Kahn

Dans « Un soir à Sanary », de Montparnasse à Sanary-sur-Mer, des années 30 aux années de guerre, l’exode des artistes et un pan de l’histoire dévoilés par Michèle Kahn.

https://i0.wp.com/www.lepassage-editions.fr/Nouveaux_fichiers/9782847423303.jpgPendant les années 30, les peintres et différents artistes sont venus de tous les pays confronter leur talent et exercer leur passion à Montparnasse. Ce que l’on connait moins, c’est lorsque ces peintres, ces auteurs, ces artistes, se sont retrouvés à Sanary-sur-Mer, et surtout pourquoi. Sous la forme d’un roman épistolaire, Michèle Kahn nous fait découvrir un pan de leur Histoire. Nous faisant comprendre la difficulté de ceux qui ont fui pour se retrouver un jour traqués, chassés, à leur tour, du fait de leur nationalité, simplement parce qu’ils n’ont pas vécu à la bonne époque…

Nous sommes en 1945 à Breuil près de Sanary-sur-Mer, le critique d’art Max Hoka répond aux courriers de son Gryllon, cette jeune artiste peintre qu’il a connue enfant, et de lettre en lettre il dévoile des pans de sa vie. Au début des années 30, les artistes vivent en Belgique, en Allemagne ou en Autriche, la plupart d’entre eux sont juifs. Hitler sévi déjà en Allemagne, sa politique inquiète à raison ceux qui anticipent déjà sa dramatique et funeste ascension. Alors Paris devient lieu de refuge, puis le sud de la France, avant de pouvoir s’installer ailleurs.

Tout au long de ses lettres, Max dévoile ce moment important de l’histoire de ceux qui, répertoriés comme « ressortissants d’une puissance ennemie » sont traités comme tels alors que le retour vers leurs pays d’origine signerait leur mort. Le lecteur découvre l’accueil des locaux, l’entraide et la solidarité, le soutien des populations locales, malgré les risques encourus. Puis l’internement des hommes dans les camp de concentration des Milles à Aix-en-Provence, ou celui des femmes dans le camp de Gurs dans les Pyrénées, et ce voyage totalement surréaliste des hommes dans ce train qui pendant des dizaines d’heures iront de Marseille à Bayonne et retour.

L’écriture de Michèle Kahn est intéressante car elle nous permet de suivre les parcours de ces artistes, leurs pérégrinations, leurs difficultés, et la solidarité des habitants, avec une profusion de détails qui démontre une réelle connaissance de cet épisode sans pour autant noyer le lecteur. Le roman épistolaire, les courriers de Max en réponse aux questions que l’on devine (puisqu’à aucun moment nous ne lirons les lettres de son Gryllon) donne un rythme à la densité des informations, décrites sous forme de souvenirs, et les rendent crédibles.


Catalogue éditeur : éditions Le passage

À Cologne, scène mondiale de l’art moderne, dans les années 30, le jeune critique d’art Max Hoka épouse Rosa, une femme rayonnante, et croit trouver le bonheur… lorsque les nazis s’emparent de l’Allemagne. Opposants, Max et Rosa doivent s’enfuir. Après une halte à Paris, ils s’établissent à Sanary-sur-Mer, petit port de pêche varois surnommé « Montparnasse-sur-Mer » ou « capitale de la littérature allemande » depuis que tant d’artistes allemands et autrichiens y ont déjà trouvé refuge, appréciant le charme et la sérénité d’un lieu où Thomas Mann, Bertolt Brecht et même le britannique Aldous Huxley ont imprimé leur marque

Collection : Littérature / Pages : 288 / Format : 14 x 20,5 cm / ISBN: 978-2-84742-330-3

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Je mourrai une autre fois. Isabelle Alonso

Un conte, un roman ? « Je mourrai une autre fois » d’Isabelle Alonso est une jolie surprise, un roman qui se dévore, qui parle de la grande Histoire et d’histoires, et qui se lit avec plaisir.

Je mourrai une autre foisEspagne, 1931. Après des années passées sous un gouvernement de dictature mussolinienne porté par le général Primo de Rivera, puis le général Berenger, le roi Alphonse XII quitte le pouvoir. La seconde république est proclamée par la gauche dans la liesse et sans faire usage des armes. La joie éclate, tant à Madrid que dans tout le pays. Les attentes du peuple sont immenses et les premières réalisations seront nombreuses, liberté d’expression, laïcité, construction d’écoles, tout est à réaliser. Mais c’est sans compter sur l’avènement de Franco, la montée du franquisme et la répression des républicains. Si l’espoir est permis, il sera de courte durée.

Angel Alcalá Llach, ou plutôt Gelín, comme on le nomme affectueusement, est bercé par les idéaux de ses parents. Très tôt, dans cette famille un peu fantasque il s’instruit seul, dévorant à tour de bras les journaux et nombreux livres de la bibliothèque familiale sans contrainte ni interdit. Comme ses parents, et malgré son très jeune âge, il rêve à un monde meilleur. Il a à peine quinze ans lorsqu’ il s’engage dans cette bataille perdue d’avance, au moment où les pays voisins se laissent endormir par la montée du nazisme, tournant le dos à cette guerre civile qu’ils ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre, abandonnant ce peuple trahi par les siens et par l’Europe.

J’avoue, j’ai aimé me retrouver dans les rues de Madrid ou de Catalogne avec Gelín. Rencontrer Nena, sa jeune mère fantasque qui ne veut pas qu’on la nomme autrement que par ce prénom, ses frères et Sol, sa petite sœur, son père, personnage important de sa vie, et tu tío, cet oncle qui l’accompagne dans les joies et dans les galères. On se laisse porter par la vie de cette famille qui, comme tant d’autres, a cru à cette liberté gagnée sans les armes. On les suit dans leurs déménagements successifs. Avec Gelín enfant, j’ai contemplé la vie depuis les balcons, observé son monde, jusqu’à ce qu’il s’écroule et que les années de guerre deviennent son quotidien. Puis viendra le temps des champs de batailles, des heures sombres et sanglantes, où l’amitié, les liens qui relient ces compagnons de misère sont forts malgré tout. Même si parfois la différence de milieu et donc d’éducation montrent qu’il y a un monde entre ces jeunes hommes engagés au front. Puis viennent les camps de concentration en France, sur les bords de cette méditerranée que l’on partage avec nos voisins espagnols, toute une époque souvent oubliée.

C’est un livre très agréable, à la belle écriture, descriptive, humoristique, dans laquelle on ressent beaucoup d’affection pour les personnages. Mais il évoque aussi et surtout les souvenirs de ceux qui ne sont plus là pour dire, ou si peu, et qu’il est important d’écouter pour comprendre. Et puis il y a l’amour d’un pays, de son pays et de la liberté ! Tellement forts et tellement importants. Une belle surprise de cette rentrée, et pour un amoureuse de l’Espagne comme moi, cette évocation d’une période méconnue de l’histoire est passionnante. Car dans le sud de la France, il existe encore quelques-uns de ces camps de concentration, où étaient retenus les parents de nos amis, alors bien sûr, il est nécessaire de voir et de dire, pour ne pas oublier.


Catalogue éditeur

C’est l’avant-guerre. Le truc avec l’avant-guerre, c’est qu’on ne le sait qu’après. Sur le moment, on ignore qu’on est en train de se gaver de pain blanc. On ne sait même pas que ça existe, un pain pas blanc. On croit que la douceur de vivre est la seule forme d’existence. – Isabelle Alonso

Date de parution : 04/02/2016 / Editeur : Héloïse d’Ormesson / EAN : 9782350873428

La bibliothèque idéale d’Isabelle Alonso à découvrir sur le site lecteurs.com :
http://www.lecteurs.com/article/la-bibliotheque-ideale-disabelle-alonso/2442589

Mala Vida. Marc Fernandez

Dans l’Espagne actuelle, « Mala Vida » le roman de Marc Fernandez, journaliste, spécialiste de l’Espagne évoque les pires moments de l’époque de Franco.

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Graffitis, Espagne © DCL

L’intrigue se déroule aujourd’hui, de Madrid à Barcelone en passant par Paris et Buenos Aires. Une série de meurtres inexpliqués et sans liens entre eux, un journaliste qui n’a plus rien à perdre et sort des sentiers battus lors de ses émissions radiophoniques tardives, une enquêtrice transsexuelle et ex- prostituée, un juge honnête qui dit haut et fort ce qu’il faudrait peut-être taire et une avocate parisienne qui défend l’association des « bébés volés », le cadre est posé pour une plongée dans l’Espagne de Franco, et ces relents nauséabonds qui se sont prolongés quelques années après la fin du « règne » du Caudillo.
https://i0.wp.com/static1.lecteurs.com/files/books-covers/162/9782253191162_1_75.jpgLe scandale des bébés volés a réellement éclaté il y a quelques années, ces enfants que l’on enlevait aux mères en leur annonçant que leur bébé était mort-né, puis que l‘on faisait adopter par des familles bien « dans la ligne du parti » pour anéantir dans l’œuf ces lignées de révolutionnaires rouges et anti franquistes. C’est un sujet intéressant même si j’ai eu parfois l’impression qu’il est traité de façon presque légère, car peut-être pas assez fouillé. Tout se bouscule un peu dans ce roman. Diego, le journaliste, a un peu trop enquêté sur les cartels de la drogue en Amérique du sud, et l’a payé très cher. Le juge affirme, enquête, soulève de vrais problèmes, mais il va à l’encontre des directives gouvernementales, cela va lui coûter sa carrière.

C’est un roman très agréable à lire, qui balance entre thriller, roman noir, introspection et aventure. Dans lequel j’aurai aimé que certains sujets soient plus travaillés, les cartels de la drogue, le régime franquiste par exemple, avec un peu plus de profondeur historique et des personnages moins idéalisés peut être. Mais au final j’ai passé un très bon moment de lecture avec cette « Mala Vida » et l’écriture fluide et agréable de Marc Fernandez. La collection Préludes est vraiment plaisante, j’aime l’idée de proposer à la fin d’autres livres parus en poche et qui pourraient nous plaire.

Rentrée littéraire 2015


Catalogue éditeur

De nos jours en Espagne. La droite dure vient de remporter les élections après douze ans de pouvoir socialiste. Une majorité absolue pour les nostalgiques de Franco, dans un pays à la mémoire courte. Au milieu de ce renversement, une série de meurtre est perpétrée, de Madrid à Barcelone en passant par Valence. Les victimes : un homme politique, un notaire, un médecin, un banquier et une religieuse. Rien se semble apparemment relier ces crimes … Sur fond de crise économique, mais aussi de retour à un certain ordre moral, un journaliste radio spécialisé en affaires criminelles, Diego Martin, tente de garder la tête hors de l’eau malgré la purge médiatique. Lorsqu’il s’intéresse au premier meurtre, il ne se doute pas que son enquête va le mener bien plus loins qu’un simple fait divers, au plus près d’un scandale national qui perdure depuis des années, celui dit des « bébés volés » de la dictature franquiste.
Quand un spécialiste du polar mêle petite et grande histoire sur fond de vendetta, le résultat détonne et secoue. Marc Fernandez signe ici un récit sombre et haletant qui nous dévoile les secrets les plus honteux de l’ère Franco, dont les stigmates sont encore visibles aujourd’hui. Un premier roman noir qui se lit comme un règlement de comptes avec la côté le plus obscur de l’Espagne.

Éditions Préludes / Parution: 07/10/2015 /Format : /135 x 200 mm /Nombre de pages : 288

EAN : 9782253191162