Une famille normale. Garance Meillon

« Une famille normale », mais qu’est-ce exactement ? Quand émotions et sentiments se heurtent à la banalité du quotidien.

Une famille normaleDamien est tombé amoureux de Cassiopée dès qu’il l’a rencontrée, solitaire et perdue dans un bar. Pour lui ça a été un coup de foudre, c’est la femme de sa vie, et depuis il vit un amour fou.
Cassiopée vit avec Damien, presque par hasard, ou par habitude, comme celle qu’ils ont de faire l’amour le mardi, quand les enfants sont au sport.
Le mardi justement, Lucie, qui supporte de moins en moins cette vie rangée est à la danse, enfin, danse plutôt dans les bras de son petit copain Maxime, dans le plus grand secret, ce secret qui donne tant de piquant aux amours adolescentes.
Et dans cette famille normale, il y a Benjamin, qui, fondu d’astronomie, rêve de s’envoler pour Pluton, car le terre ferme n’est pas faite pour lui. Benjamin qui tombe amoureux, connaissant à treize ans ses premiers émois d’adolescent, ceux en qui on met tant de soi et qui vous laissent pantelant de solitude et d’abandon quand on s’aperçoit qu’ils ne sont pas réciproques.

Enfin il y a la mère de Cassiopée, qui vient juste de mourir. D’une certaine façon cette mort est le catalyseur qui va faire exploser cette famille normale, en apparence unie, ordinaire et heureuse… Mais le sont-ils vraiment normaux, ces parents qui s’enlisent dans leurs habitudes confortables, qui oublient de se regarder vivre et d’écouter leurs enfants qui crient au secours. Oui, sans doute, et c’est en cela que le roman est intéressant.

Mais l’était-elle vraiment heureuse, cette Cassiopée si rigide qui ne sait même pas pleurer à la mort de cette mère si fantasque qu’elle aurait bien reniée car elle s’y identifie si peu. Cassiopée qui cuisine sans sel, sans saveur et sans fantaisie, à l’image de la vie qu’elle veut se construire, sans doute en opposition à celle de cette mère si gaie et si différente, et certainement parce qu’à moment donné, elle n’a pas fait le pas de se comprendre, de s’accepter, avec ses failles, ses contradictions, ses véritables attentes.

Tout au long des chapitres, les visions alternent, roman choral où chacun des membres de la famille s’exprime tour à tour, présentant à sa façon les différents évènements qui émaillent le récit. En nous montrant surtout comment un même fait peu avoir des interprétations et des visions différentes selon qui le ressent. Car chacun à son tour, mais pourtant chacun dans son coin, s’interroge sur sa vie, ses envies, ses amours, ses bonheurs véritables ou rêvés. Jusqu’au moment où tout explose, puis jusqu’au moment où tout se ré-agrège. Famille je vous aime, puis famille je vous hais, il y un peu de chacun de nous dans ces pages, tant les relations humaines sont complexes, même dans cette cellule intime et privilégiée qui est cependant parfois si difficile à supporter. J’ai peut-être trouvé cette « famille normale » un peu un peu trop optimiste sur la fin, un peu trop cliché dans l’exagération des caractères trempés des personnages, celui des deux mères surtout, et du caractère somme toute banal pour le père, mais c’est certainement une lecture intéressante et une écriture prometteuse.

 les 68 premieres fois DomiClire


Catalogue éditeur : Fayard

Cassiopée et Damien ne font l’amour que le mardi, quand les enfants ont leurs activités parascolaires. Lucie aussi fait l’amour le mardi, pendant que ses parents la croient à son cours de danse. Et Benjamin dessine le système solaire sur les murs de sa chambre.
Mais pourquoi Cassiopée se montre-t-elle irrémédiablement incapable de pleurer, même à la mort de sa propre mère ? Et quelle lubie prend soudain Damien de vider l’appartement de la moitié de ses meubles ?
On se parle peu, et sans doute se comprend-on encore moins. Mais on donne le change. Jusqu’à quand ?
Garance Meillon est scénariste et réalisatrice. Elle livre ici une plongée sensible, dure et drôle, dans la cellule pathogène qu’est la famille, qui pose avec humour et violence les questions de l’amour, de l’affranchissement et de la transmission.
Une famille normale est son premier roman.

EAN : 9782213687469 / EAN numérique : 9782213689265 / Littérature française / Parution : 13/01/2016 / 240pages / Format : 135 x 215 mm / Prix imprimé : 17.00 €

Appartenir. Séverine Werba

Le très beau premier roman de Séverine Werba, « Appartenir », publié chez Fayard, à  lire absolument

https://i2.wp.com/static1.lecteurs.com/files/books-covers/018/9782213687018_1_75.jpgParce que toute une génération qui a vécu l’indicible n’en a plus parlé quand elle est revenue de l’enfer,
Parce que lorsqu’on donne la vie, la notion de transmission devient essentielle,
Parce que savoir d’où on vient, quand on ressent un silence, des non-dits autour de soi, est forcément un besoin vital,
Pour tout cela et sans doute beaucoup plus, Severine Werba a écrit ce roman qui n’en est pas un, mais plus un retour sur ses origines, d’où je viens pour savoir qui je suis et à qui j’appartiens.
Pour tout cela sans doute aussi, nous avons une soif de comprendre, de savoir, de la suivre dans cette recherche de ses origines, savoir à qui Elle appartient, pour mieux nous connaître aussi un peu sans doute.

Quand on est jeune, 17, 20 ans, les vieux livres, les souvenirs de nos anciens, même s’ils ne sont pas trop envahissants, sont synonymes de passé, et ne sont pas ceux avec lesquels on a le plus envie de vivre. Séverine Werba l’a vécu, elle qui s’installe dans l’appartement parisien de Boris, son grand père originaire d’Ukraine. Devenue mère, elle se pose les questions essentielles, entre le pourquoi du silence de celui qui ne dit pas, et le silence de tous ceux qui ne demandent pas. Car des deux côtés rien n’est dit, aucun souvenir n’est évoqué, une chape de plomb est posée sur un passé dérangeant ou trop douloureux à porter.
Ses pas vont l’entrainer à la recherche de son grand père Boris jusqu’à Torczyn, le village d’Ukraine dont il est originaire. Evocation terrible des grandes Aktions Nazies, de ces charniers, de ses tombes gigantesques creusées par ceux-là même qui allaient être exécutés en masse, d’une balle dans la tête, femmes, enfants, hommes, vieillards, avant que les nazis ne trouvent la solution finale, plus rapide, plus économique, moins stressante pour leurs soldats, l’horreur avant l’horreur absolue, mais tellement réelle.
Des rues et des jardins de Paris à la rafle du Vel d’Hiv à Paris, des villages d’Ukraine aux ghettos juifs, des camps d’extermination au retour des survivants, l’indicible est à portée de mémoire, vécu par ceux qui bientôt ne seront plus là pour en témoigner. Même si tout ou presque a été dit, chaque histoire est unique et tellement forte.

Alors on pourrait se dire, un livre de plus sur cette période si terrible que parfois on voudrait juste fermer les yeux pour oublier que l’homme peut être aussi mauvais, que tout ça a juste pu exister. Mais non, pas un livre de plus, un très beau livre, qui montre que savoir d’où l’on vient, qui on est, ce n’est pas juste une question de date de naissance, il y a avant nous tous ceux qui nous ont précédé et qui font de nous ce que nous sommes.

Un très beau roman, une écriture qui coule, qui donne envie de savoir, qui touche le lecteur, qui vibre au rythme des recherches de Séverine Werba, que l’on accompagne au fil des pages. Enfin, je ne l’aurai peut-être pas qualifié de roman, même si on le lit presque aussi facilement qu’un roman justement. En tout cas de très belles pages, dures parfois, mais essentielles. Je vous le recommande vivement.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Fayard

De la guerre, de la déportation et de la mort de ses proches, Boris, le grand-père de la narratrice, n’a jamais parlé. Autour de lui chacun savait, mais, dans l’appartement du 30, rue de Leningrad, que tout le monde appelait « le 30 », le sujet n’était jamais évoqué.
Et puis Boris est mort. La jeune femme a vécu un moment au 30, en attendant que l’appartement soit vendu, elle avait vingt ans, et elle a cédé à une bibliothèque les livres en russe et en yiddish de son grand-père. Plus personne ne parlait ces langues dans la famille.
Ce n’est que dix ans plus tard, au moment de devenir mère, que s’est imposé à elle le besoin de combler ce vide et de reprendre le récit familial là où il avait été interrompu. Moins pour reconstituer le drame que pour réinventer des vies. Retrouver les rues de Paris autrefois populaires où vivaient Rosa, la sœur de Boris, avec sa fille Lena, déportées en 1942 ; voir ce village lointain d’où son grand-père était parti pour se créer un avenir qu’il espérait meilleur ; entendre couler cette rivière d’Ukraine sur laquelle, enfant, il patinait l’hiver. Comprendre où ils vécurent et furent assassinés.
Alors elle cherche, fouille, interroge, voyage, croisant la mort à chaque pas dans son étrange entreprise de rendre la vie à ces spectres. C’est une quête insensée, perdue d’avance, mais fondamentale : celle d’une identité paradoxale qu’il lui faut affirmer.

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Avec Séverine Werba

Séverine Werba nous livre une enquête profane, intense, et part à la recherche de l’histoire dont elle procède comme d’elle-même. Elle montre qu’écrire est sans doute la façon la plus poignante de rompre et d’appartenir.
Après avoir été journaliste et productrice de documentaires, Séverine Werba travaille aujourd’hui pour la série policière Engrenages, diffusée sur Canal+. Appartenir est son premier roman.

EAN : 9782213687018 / EAN numérique : 9782213688749
Parution : 19/08/2015 / 264 pages / Format : 135 x 215 mm
Prix imprimé : 18.00 € / Prix numérique : 12.99 €