Gabrielle ou le jardin retrouvé. Stéphane Jougla

Avec « Gabrielle ou le jardin retrouvé » Stéphane Jougla nous dépeint l’étrange relation d’un homme qui a perdu celle qu’il aime et d’un homme qui aime passionnément un jardin, sur un  fond de folie douce et de dépression, d’amitié et de fidélité.

DomiCLire_gabriele_ou_le_jardin_retrouve.jpgGabrielle est prof de français. Elle vit avec Martin dans son coquet logement et profite avec lui de son magnifique jardin, de dimensions modestes mais au charme incroyable. Gabrielle a tous les talents, elle exerce un métier qui lui plait, elle adore lire et sème des livres dans tout l’appartement, elle connait les plantes comme personne et fait prospérer le plus beau des jardins en toutes saisons. La vie s’écoule sereine  et riche de beaux moments.  Jusqu’au jour où Gabrielle meurt, renversée par un chauffard.
Martin est prévenu, mais Martin va faire un déni de réalité, refusant au plus profond de lui de voir disparaitre définitivement celle qu’il a tant aimé. Il reste dans l’appartement … gardien de ses livres, de son jardin…

Martin va s’enfoncer inexorablement dans une dépression, une réclusion voulue entre les quatre murs de l’appartement, puis sur un fauteuil dans ce jardin qu’il voit évoluer comme par magie. Un jour apparait Charlie, celui qu’il n’attendait pas, dont Gabrielle n’a jamais parlé, semant le doute dans son esprit. Qu’elle confiance peut-il avoir encore envers elle ? Lui a-t-elle caché autre chose ?

Étrange roman, sur le doute et le mensonge, sur la vie que l’on s’invente et celle dont on rêve, mais aussi sur la confiance que l’on peut avoir dans l’autre, celui avec qui on partage tout, jusqu’au moment où la réalité n’est plus ce qu’elle semblait être. Cette difficile remise en question de ses certitudes et de sa vie s’avère impossible pour Martin sans sombrer dans la folie…

Voilà un roman agréable et facile à lire, qui n’est pas forcément un coup de cœur, mais qui est pourtant  une rencontre intéressante avec quatre personnages très différents. Quatre ? Mais oui, bien sûr, puisqu’il y a Gabrielle et Martin, mais il y a aussi Charlie et … le jardin, non ?


Catalogue éditeur : Denoël

Gabrielle a deux passions : la lecture et son jardin. Lorsqu’elle meurt accidentellement, le monde de Martin, son compagnon, s’effondre. Inconsolable, il s’efforce de maintenir vivant le souvenir de la femme qu’il aimait. Lui qui n’ouvrait jamais un livre et pour qui le jardin était le domaine réservé de Gabrielle, se met à lire ses romans et à entretenir ses fleurs. C’est ainsi qu’il découvre un secret que, par amour, Gabrielle lui avait caché. Ce secret bouleversera sa vie, mais lui permettra de surmonter son deuil d’une manière inattendue.

224 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782207136775 / Parution : 24-08-2017

 

 

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Fils du feu. Guy Boley

Avec « Fils du feu », ce premier roman magnifique et poétique, Guy Boley fait une entrée remarquée dans le monde de l’écriture.

DomiCLire_fils_du_feu.jpgLes fils du feu, ce sont les fils des forgerons, ces homme qui travaillent l’acier dans des conditions difficiles, fiers de ce travail rude, laissant parfois place à la solidarité et à la créativité. Le narrateur est fils de forgeron, mais n’en deviendra pas un à son tour. Il est né dans une ville de province dans les années 50, ces années qui connaissent l’avènement d’un monde nouveau, fait de frigidaires et de machines, de clés métalliques et de portail en fer livré par le grossiste, où il faut s’adapter au nouvel âge, devenir commerçant plutôt qu’artisan.
Dans cette famille il y a le père, forgeron, aidé par Jacky, cet homme splendide sous l’effort, taiseux et mystérieux, la sœur, qui claque très tôt la porte de la maison familiale pour s’envoler vers d’autres cieux, il y a Norbert, le petit frère, mort si jeune. Il y a la mère, doucement évaporée et sombrant peu à peu dans une forme de folie douce. Car elle ne se remettra jamais de la mort du tout petit, elle qui place chaque jour son couvert sur la table et le berce chaque soir.
Alors pour pouvoir vivre à son tour, ce fils du feu devient homme, accepte la folie de la mère, découvre ses préférences, ses différences, tâtonne dans des études pour enfin trouver sa voie, laissant éclore son talent de peintre, tourmenté au plus profond de lui par une famille qui le marque à vie.

Il y a une mélancolie douce dans ses souvenirs d’enfance, devant la puissance du feu dans la forge du père, vulcain invincible et majestueux, ou de ce feu que l’on trouve sous les bassines de fer des lavandières, femmes bavardes, courageuses et fortes, qui peuplent son enfance. Mais il y a également la tendresse et l’acceptation d’un fils pour sa mère et pour sa douleur, celle immense et impossible à combler que provoque la perte d’un enfant. Enfin, l’acceptation de soi, de son anormalité, ou au contraire de sa normalité, « Comme Cocteau et Jean Marais ? » «  Mais alors, je n’aurais pas de petits-enfants ? »  dira la mère, qui accepte la différence, bercée par ses deux fils, celui avec qui elle partage la vie rêvée, là-haut dans le grenier, et celui qui poursuit sa route d’homme.

Par moment, le lecteur est immergé dans un poème tant les phrases semblent des rimes, portées par des alexandrins qui n’en sont pas, tant par le rythme que par le sujet. C’est un roman qui n’est aucunement triste ni mélancolique, et ce malgré le deuil et la douleur évoqués dans ces lignes, mais aussi la période pendant laquelle il se situe et qui connait une véritable remise en cause de la société et un bouleversement des habitudes de chacun. On ressort de cette lecture avec l’impression d’avoir partagé de belles choses, à un rythme à la fois doux et puissant, porté par la force du feu, par la puissance des escarbilles, celles de la forge et celles de la vie, par l’amour, mais aussi par l’absence et le chagrin, même si les situations sont parfois décrites avec un brin d’ironie et de cocasserie, par un monde qui s’achève et le commencement d’un autre, porté par la vie avant tout. Guy Boley signe là un premier roman d’une rare poésie.


Catalogue éditeur : éditions Grasset

Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.
Dans une langue splendide, Guy Boley signe ainsi un premier roman stupéfiant de talent et de justesse.

Parution : 24/08/2016 / Pages : 160 / Format : 130 x 205 mm / Prix : 16.50 € / EAN : 9782246862116

Des nœuds d’acier. Sandrine Collette

Des nœuds d’acier, ce sont des nœuds qui font mal, c’est sûr ! Sandrine Colette écrit sur le mal, le mal absolu, celui qui enlève toute humanité aux hommes, celui dont on doute qu’il existe tant il est inhumain.

domiclire_des_noeuds_dacierThéo, tout juste sorti de prison où il a purgé une peine pour avoir grièvement blessé son frère deux ans auparavant, va se voir impliqué dans une aventure inhumaine intolérable, aventure qui l’emmène à la limite de la folie et de la mort. Théo avait deux possibilités en sortant de prison, rendre visite à Lil, la femme qu’il aime toujours, ou à Max, le frère qu’il a rendu infirme à vie, celui qui lui a volé Lil et à qui il en veut toujours autant. C’est cette visite interdite qu’il choisit, elle se déroule mal, il fuit et se retrouve en montagne. Là, il se pose, passe quelques jours à découvrir la nature, se ressourcer, jusqu’au jour où l’hôtelière lui conseille une balade. Dans une zone majestueuse et particulièrement sauvage, il arrive chez deux vieux fous, Blaise et Joshua. A partir de ce moment-là, les choses tournent terriblement mal pour Théo….

Ici, l’auteur nous entraine dans une région isolée, à la montagne, loin du polar urbain des zones sensibles et déshumanisées, là où la nature parait si belle qu’elle ne peut engendrer que beauté et bonté ! Et pourtant, on a tous entendu parler de ces femmes séquestrées pendant des années, esclaves sexuelles d’hommes qui eux vivaient presque normalement dans la société. Alors, pourquoi ne pas imaginer l’inimaginable.  Dans Des nœuds d’acier, ce n’est pas une femme, mais un homme, qui sera victime de deux fous.

L’écriture est maitrisée, le suspense aussi, la crédibilité s’instille peu à peu, d’abord le refus d’y croire, puis les descriptions d’un quotidien, des jours, des semaines et des saisons qui mettent le lecteur dans la situation du voyeur incrédule… et si c’était vrai, et si c’était possible ? D’autant que l’auteur nous prévient dès les premières pages : « La France profonde. La misère sociale… Car ceci est une histoire vraie. » Étonnant roman noir qui pousse la violence dans ce qu’elle a de plus gratuit, de plus féroce, de plus inhumain. La perception des personnages, la violence physique ou psychologique, l’esclavage et la torture, mais aussi l’amour et la haine, la soumission et la révolte, l’entre-aide, la peur, tous ces sentiments divers sont décrits dans des situations à la limite du réalisme. Des nœuds d’acier était un premier roman, j’ai hâte de découvrir ce que Sandrine Collette a écrit depuis !


Catalogue éditeur : Le livre de poche

Avril 2001. Dans la cave d’une ferme miteuse, au creux d’une vallée isolée couverte d’une forêt dense, un homme est enchaîné. Théo, quarante ans, a été capturé par deux frères, deux vieillards qui ont fait de lui leur esclave. Comment a-t-il basculé dans cet univers au bord de la démence ? Il n’a pourtant rien d’une proie facile : athlétique et brutal, Théo sortait de prison quand ces vieux fous l’ont piégé au fond des bois. Les ennuis, il en a vu d’autres. Alors, allongé contre les pierres suintantes de la cave, battu, privé d’eau et de nourriture, il refuse de croire à ce cauchemar. Il a résisté à la prison, il se jure d’échapper à ses geôliers.

264 pages / Date de parution : 29/01/2014 / Editeur d’origine : Denöel / Langue : Français / EAN / ISBN : 9782253176015

Chanson douce. Leïla Slimani

Par cette « Chanson douce » au premier chapitre glaçant, Leïla Slimani signe un roman émouvant et bouleversant sur l’incommunicabilité et le silence.

Deux enfants, une nounou, des parents qui aiment leurs enfants et qui travaillent, voilà une scène somme toute assez classique. Si ce n’est que cette Chanson douce débute par une scène de crime. Et tout de suite le lecteur sait qu’il va se passer quelque chose de bien plus profond et fort que ne le laissent entrevoir les personnages et les situations.

Myriam et Paul ont deux enfants, Mila et Adam. Enceinte alors qu’elle venait à peine de terminer ses études, Myriam est devenue mère au foyer heureuse et comblée, au moins pendant les toutes premières années de ses enfants. Des velléités de reprendre le droit lui gâchent son plaisir d’être mère au quotidien. Le hasard d’une rencontre lui donne l’impulsion qui lui manquait pour débuter son métier d’avocate. Il faut alors trouver une nounou pour les enfants, et c’est Louise, une perle rare, qui entre dans leurs vies.

Louise est là chaque jour, très tôt le matin et parfois même très tard le soir, car Louise est entièrement dévouée aux enfants, totalement disponible, maniaque elle fait même le ménage et les repas pour la famille, transforme et embelli la vie du couple en lui rendant la vie plus simple, pas forcément plus heureuse. Et l’on comprend peu à peu que Louise est une femme blessée par la vie, une fille qui l’a abandonnée et dont elle n’a plus de nouvelles, un mari décédé couvert de dettes et une vie solitaire et triste. Elle ne semble s’épanouir qu’au contact des enfants. Elle empiète sur la vie des parents, prend possession de leurs vies, de leurs enfants, comme s’ils étaient sa seule raison de vivre, jusqu’au jour où…

Mais combien de signes avant-coureurs de la déraison, de la solitude, d’appels au secours que les parents ou les voisins n’ont pas voulu entendre, à l’abri dans leur confort au quotidien ? Si au tout début le personnage de Louise est tout à fait antipathique, on a presque envie de la comprendre, de l’aider, de les secouer tous avec leur indifférence face à sa personnalité, leurs moqueries sans doute involontaires, mais réelles, face à leur aveuglement devant la progression de la folie, le comportement avec les enfants qu’aucun des deux parents n’est prêt à voir ou entendre. Ils sont bercés dans ce confort quotidien crée par cette femme devenue indispensable mais qu’ils regardent à peine, qui n’existe que lorsqu’elle est nounou et dont ils ne veulent rien savoir de la vie en dehors de chez eux.

Solitude, désespoir, égoïsme, incompréhension, et surtout folie… tout se ligue pour créer cette situation extraordinaire qui détruit leur vie. Et qui nous interroge sur la perception de l’autre, l’empathie, l’envie de comprendre et d’aider… l’égoïsme au quotidien, le manque de recul et d’écoute. C’est un roman au final très perturbant !


Catalogue éditeur : Gallimard

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Genre : Romans et récits Catégories > Sous-catégories : Littérature française > Romans et récits / Littérature étrangère > Francophones

Collection Blanche, Gallimard / Parution : 18-08-2016 / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782070196678 / 240 pages, 140 x 205 mm

A la place de l’autre. Guy Rechenmann

Dans « A la place de l’autre » Guy Rechenmann nous entraine dans les méandres de la pensée de son flic fétiche Anselme Viloc, le dénicheur de grain de sable.

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Autant le dire, un petit moment d’adaptation m’a été nécessaire pour comprendre pourquoi ce « flic de papier » travaille à l’instinct et à l’ancienne sur des affaires que personne à part lui n’a flairé comme étant potentiellement à creuser. C’est tout simple : Anselme Viloc est inspecteur dans la région du bassin d’Arcachon, mais dans les années 90 !
Alors qu’il fait son jogging sur la pointe du Cap Ferret, Anselme Viloc croise une femme assise devant un blockhaus. Elle est prostrée, en catatonie depuis des heures apparemment. Et comme Viloc marche à l’instinct, il s’en inquiète. A juste titre d’ailleurs, puisqu’il est impossible de savoir qui elle est, de la faire parler, d’échanger quoi que ce soit de « raisonnable » avec elle. Photos dans les journaux, enquête, investigation classique, rien n’y fait et sans l’obstination de Viloc, l’affaire aurait sans doute été classée ou confiée à un autre service.

Nous voilà emportés dans un polar assez déroutant au départ, car il se passe 30 ans en arrière. Là, point de téléphone portable, d’ordinateur ou de geek pour trouver en quelques clics des solutions improbables. Nous sommes face à un bon vieux flic, enfin, vieux pas tant que ça quand même, qui travaille avec une équipe finalement peu visible, accompagné dans ses réflexions par Lily, une gamine affutée et très sensée, et aidé par Léonard un dessinateur singulier et terriblement intéressant. Mais surtout Anselme se guide à l’instinct, il a du caractère et sait être peu respectueux de la hiérarchie quand il sent qu’il est sur la bonne voie. Le commissaire n’apprécie pas trop ce type d’enquête, sans mort, ni cadavre et lui laisse peu de temps pour la résoudre. Finalement, de péripétie en péripétie, puis de cadavre en incendie, Viloc soulève un lièvre bien plus gros que ce qu’il n’y parait au départ. Il creuse dans le passé des protagonistes et fait émerger quelques relents nauséabonds de la grande Histoire. J’aurai d’ailleurs aimé un peu plus de lignes sur cet épisode et sur la résolution de cette énigme particulièrement bien fouillée. Viloc nous entraine dans la réalité et les à côté de la seconde guerre mondiale, plonge dans la vengeance, la manipulation, et va bien plus loin dans la psychologie humaine que ce qu’on y voit de prime abord.
Dans ce roman, il n’y a pas profusion de sang ou de violence, ce qui prouve que pour tenir son lecteur ce n’est pas forcément indispensable. De longues digressions nous entrainent dans les pensées et les souvenirs d’Anselme, dans sa région, ses enquêtes précédentes (opus néanmoins compréhensible sans avoir lu les précédents) avant de dévoiler le mystère qui fera comprendre au lecteur toute la puissance de son titre « A la place de l’autre ». Atypique, un peu flâneur, poète et en apparence rêveur, Viloc est certainement un flic à connaitre et à suivre !

Petite promenade du côté du Cap Ferret …


Catalogue éditeur : Vents Salés

Il s’agit de la troisième enquête d’Anselme Viloc, un flic atypique et obstiné. Après Flic de Papier et Fausse Note, il revisite le genre policier d’une façon nouvelle et inattendue grâce au même personnage.
Guy Rechenmann écrit ses romans au Cap-Ferret.

Un jour de septembre, 6 h 45. La pointe du Cap-Ferret est déserte. Les touristes ont décampé et les rares sédentaires ne se risquent pas si tôt face à un océan d’humeur changeante. Alors que fait là cette silhouette immobile perdue au milieu des blockhaus ? Qu’attend-elle, cette jeune femme ?
Cela m’interpelle, moi, Anselme Viloc, le « flic de papier ». En règle générale je fuis les enquêtes ordinaires, j’ai le don de dénicher le grain de sable qui grippe les belles mécaniques assassines. Je ne lâche aucune affaire !
La guerre et les bâtisseurs du mur de l’Atlantique, un enfant et un chat, autant d’indices à prendre en compte.
De Bouliac à la Chalosse, d’Arcachon àAndernos, Marie, Clémence, Marina… trois générations d’une même famille. Noyées dans la folie…

Collection Noire  Couverture souple – 288 pages – Format : 21×15 cm

 

Branques. Alexandra Fritz

« Je ne crains personne, je ne crains qu’une chose, c’est que la vie reparte sans que je trouve la force de me tuer à nouveau. »

BranquesChez les « Branques » d’Alexandra Fritz, il y a Jeanne, il y a So-Called-Isis, Tête d’ail et Frisco. Adolescente qui se rêve future écrivaine, mère de famille obèse et disjonctée, beau gosse un peu dealer sur les bords, ou obsédé sexuel, ils ont tous des profils qui, s’ils étaient « raisonnables », ne les auraient pas empêchés de rester dans la société. C’est l’exagération des comportements qui entraine une mise à l’écart, à l’abri, pour de courts ou long séjours, le temps de se reconstruire, ou éternellement.

Tous se retrouvent, au hasard de leurs dérives psychiatriques, dans le même hôpital, dans les mêmes couloirs, les mêmes salles communes, mais chacun est perdu dans sa propre histoire, dans ses seuls délires, dans son univers parallèle au monde dit normal.

Quelques questions émergent de ces pages. Comment bascule-t-on dans cet univers-là, celui des «  fous », des malades ? Qu’ils soient solitaires ou amoureux, dérangés, plus ou moins jeunes ou plus ou moins perdus, certains vont réussir à sortir de cet enfermement. Même si justement cet enfermement supposé protecteur doit permettre aux « Branques » de se reconstruire dans une certaine normalité acceptable. Enfin, pas tous peut-être… Sont-ils réellement aidés, compris, par le milieu médical, par les familles quand elles ne les ont pas abandonnés, par les autres, par tous ceux qui sont dehors et dont le comportement est conforme aux normes admises par la société dans laquelle ils évoluent.

Le sujet me paraissait intéressant, mais pourtant j’ai eu énormément de mal à rentrer dans ce livre et j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour le terminer ! Peut-être est-il trop décousu, à l’image de ces esprits déséquilibrés qui sont au fond avant tout différents ? C’est un roman perturbant  malgré tout, car quelle est la règle la plus adaptée aux soins indispensables à ce type de maladies ? Quelle est la formule, médicaments, psychotropes, enfermement, solitude forcée, discussions, échange, écriture, difficile à dire.

les 68 premieres fois DomiClire


Catalogue éditeur : Grasset

Voici la chronique de deux filles et deux garçons internés dans un hôpital psychiatrique. Jeanne, qui y tient son journal, tente de comprendre son basculement dans « l’anormal » et de disséquer à vif les raisons de son amputation de liberté. Rageuse, pugnace, elle a pour compagnons de « branquerie », comme elle dit, Tête d’Ail, Isis et Frisco. L’un obsédé sexuel, l’autre pédante philosophe, tous transpercés par le désir amoureux autant que par la solitude, par des idéaux de justice comme par  des pulsions suicidaires. Lire la suite

Parution : 09/03/2016 / Pages : 160 / Format : 141 x 205 mm / Prix : 17.00 € / EAN : 9782246861652

Le Destin de Laura U. Susana Fortes

La passion plus forte que la raison ? « Le destin de laura U. » de Susana Fortes est une saga familiale qui nous transporte de chaque coté de l’Atlantique

Jeho_fortes3cuana se souvient, car Juana a passé sa vie au service de la famille Ulloa, dans la région de Galice empreinte de cette magie que procurent des paysages austères et rudes, dans ces familles où la passion est dévastatrice, lorsque les convenances et les obligations imposent une vie que l’on n’a pas choisie, où les apparences sont parfois trompeuses, même si elles règlent la vie de tous, chaque jour.

Dans la famille Ulloa, il y a d’abord le comte de Gondomar, le père de Rafael et Jacobo, patriarche tout puissant, homme autoritaire et volontaire, à qui nul ne résiste, ni sa belle-sœur, ni même Rebeca, sa belle-fille. Lorsque le comte meurt, l’héritage sépare inexorablement les deux frères : Rafael reste au domaine, Jacobo part gérer les terres de la famille à Cuba, dans cette ile où l’exotisme cède le pas aux croyances d’un autre temps, celles des indiens de caraïbes. Mais Jacobo vient de mourir, Rafael part à Cuba aider sa belle-sœur, régler la succession et organiser la vie du domaine, puis les deux femmes, Rebeca et sa fille Laura, retournent en Espagne. A partir de ce moment-là, les secrets inavouables, les amours clandestines et coupables, sont se révéler peu à peu, au coin du feu, dans le silence feutré des aveux et de la parole qui enfin se libère.

Il y a une véritable atmosphère dans ce roman, on imagine des images de contrées luxuriantes mais déroutantes pour ces émigrés contraints au départ, Cuba fait rêver, mais Cuba fait peur, par ses mystères et ses croyances. On y voit également émerger les brumes du matin, surnaturelles et mystérieuses, dans cette région d’Espagne qui vit tournée vers l’autre côté de l’océan. Le cœur est en lutte avec la raison, emporté dans la tourmente d’un climat à l’unisson avec les esprits torturés des hommes.

Le rythme est très dense, de belles descriptions, peu de dialogues, et cependant une histoire racontée avec force détails qui ont tous leur importance. Rien d’inutile ou de verbeux, il y a à la fois profusion et économie de mots, c’est assez étrange d’ailleurs, et l’on souhaite ardemment se blottir au coin du feu pour terminer cette lecture à la fois prenante et perturbante. Voilà une saga familiale où les mystères ont des répercussions sur plusieurs générations. Laura U est une héroïne qui plonge ses racines de chaque côté de l’océan, des brumes sombres de Galice aux paysages éclatants de Cuba, dans les secrets de famille les plus inavouables et les mieux gardés, témoin d’une époque et d’un statut social auquel elle ne pourra pas échapper.


Catalogue éditeur : éditions Héloïse d’Ormesson

Traduit de l’espagnol par Nicolas Véron

Des murmures se font entendre dans les ruelles de Vilavedra, et le vent porte les peurs, les soupçons, les désirs inavouables.
Juana, au service de la famille Ulloa durant des décennies, se remémore les histoires de ses cœurs bâillonnés par les amours tragiques. Celles du vieux comte. De ses fils, Rafael et Jacobo, condamnés à vivre séparés par un océan. Et de la jeune Laura, héritière de cette lignée, qui découvrit trop tôt que la distance ne peut rien face à la providence.
Le Destin de Laura U. est un conte vibrant et sensuel empreint de l’exotisme d’une Galice austère et d’un Cuba extraverti où les secrets de famille finissent toujours par avoir raison de ceux qui les dissimulent.

160 pages | 20€ / Paru le 19 mai 2016 / ISBN : 978-2-35087-368-8