Branques. Alexandra Fritz

« Je ne crains personne, je ne crains qu’une chose, c’est que la vie reparte sans que je trouve la force de me tuer à nouveau. »

Domi_C_Lire_branques_alexandra_fritz_grasset_68premiersromans.jpegChez les « Branques » d’Alexandra Fritz, il y a Jeanne, il y a So-Called-Isis, Tête d’ail et Frisco. Adolescente qui se rêve future écrivaine, mère de famille obèse et disjonctée, beau gosse un peu dealer sur les bords, ou obsédé sexuel, ils ont tous des profils qui, s’ils étaient « raisonnables », ne les auraient pas empêchés de rester dans la société. C’est l’exagération des comportements qui entraine une mise à l’écart, à l’abri, pour de courts ou long séjours, le temps de se reconstruire, ou éternellement.

Tous se retrouvent, au hasard de leurs dérives psychiatriques, dans le même hôpital, dans les mêmes couloirs, les mêmes salles communes, mais chacun est perdu dans sa propre histoire, dans ses seuls délires, dans son univers parallèle au monde dit normal.

Quelques questions émergent de ces pages. Comment bascule-t-on dans cet univers-là, celui des «  fous », des malades ? Qu’ils soient solitaires ou amoureux, dérangés, plus ou moins jeunes ou plus ou moins perdus, certains vont réussir à sortir de cet enfermement. Même si justement cet enfermement supposé protecteur doit permettre aux « Branques » de se reconstruire dans une certaine normalité acceptable. Enfin, pas tous peut-être… Sont-ils réellement aidés, compris, par le milieu médical, par les familles quand elles ne les ont pas abandonnés, par les autres, par tous ceux qui sont dehors et dont le comportement est conforme aux normes admises par la société dans laquelle ils évoluent.

Le sujet me paraissait intéressant, mais pourtant j’ai eu énormément de mal à rentrer dans ce livre et j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour le terminer ! Peut-être est-il trop décousu, à l’image de ces esprits déséquilibrés qui sont au fond avant tout différents ? C’est un roman perturbant  malgré tout, car quelle est la règle la plus adaptée aux soins indispensables à ce type de maladies ? Quelle est la formule, médicaments, psychotropes, enfermement, solitude forcée, discussions, échange, écriture, difficile à dire.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Grasset

Voici la chronique de deux filles et deux garçons internés dans un hôpital psychiatrique. Jeanne, qui y tient son journal, tente de comprendre son basculement dans « l’anormal » et de disséquer à vif les raisons de son amputation de liberté. Rageuse, pugnace, elle a pour compagnons de « branquerie », comme elle dit, Tête d’Ail, Isis et Frisco. L’un obsédé sexuel, l’autre pédante philosophe, tous transpercés par le désir amoureux autant que par la solitude, par des idéaux de justice comme par  des pulsions suicidaires. Lire la suite

Parution : 09/03/2016 / Pages : 160 / Format : 141 x 205 mm / Prix : 17.00 € / EAN : 9782246861652

Le Destin de Laura U. Susana Fortes

La passion plus forte que la raison ? « Le destin de laura U. » de Susana Fortes est une saga familiale qui nous transporte de chaque coté de l’Atlantique

Jeho_fortes3cuana se souvient, car Juana a passé sa vie au service de la famille Ulloa, dans la région de Galice empreinte de cette magie que procurent des paysages austères et rudes, dans ces familles où la passion est dévastatrice, lorsque les convenances et les obligations imposent une vie que l’on n’a pas choisie, où les apparences sont parfois trompeuses, même si elles règlent la vie de tous, chaque jour.

Dans la famille Ulloa, il y a d’abord le comte de Gondomar, le père de Rafael et Jacobo, patriarche tout puissant, homme autoritaire et volontaire, à qui nul ne résiste, ni sa belle-sœur, ni même Rebeca, sa belle-fille. Lorsque le comte meurt, l’héritage sépare inexorablement les deux frères : Rafael reste au domaine, Jacobo part gérer les terres de la famille à Cuba, dans cette ile où l’exotisme cède le pas aux croyances d’un autre temps, celles des indiens de caraïbes. Mais Jacobo vient de mourir, Rafael part à Cuba aider sa belle-sœur, régler la succession et organiser la vie du domaine, puis les deux femmes, Rebeca et sa fille Laura, retournent en Espagne. A partir de ce moment-là, les secrets inavouables, les amours clandestines et coupables, sont se révéler peu à peu, au coin du feu, dans le silence feutré des aveux et de la parole qui enfin se libère.

Il y a une véritable atmosphère dans ce roman, on imagine des images de contrées luxuriantes mais déroutantes pour ces émigrés contraints au départ, Cuba fait rêver, mais Cuba fait peur, par ses mystères et ses croyances. On y voit également émerger les brumes du matin, surnaturelles et mystérieuses, dans cette région d’Espagne qui vit tournée vers l’autre côté de l’océan. Le cœur est en lutte avec la raison, emporté dans la tourmente d’un climat à l’unisson avec les esprits torturés des hommes.

Le rythme est très dense, de belles descriptions, peu de dialogues, et cependant une histoire racontée avec force détails qui ont tous leur importance. Rien d’inutile ou de verbeux, il y a à la fois profusion et économie de mots, c’est assez étrange d’ailleurs, et l’on souhaite ardemment se blottir au coin du feu pour terminer cette lecture à la fois prenante et perturbante. Voilà une saga familiale où les mystères ont des répercussions sur plusieurs générations. Laura U est une héroïne qui plonge ses racines de chaque côté de l’océan, des brumes sombres de Galice aux paysages éclatants de Cuba, dans les secrets de famille les plus inavouables et les mieux gardés, témoin d’une époque et d’un statut social auquel elle ne pourra pas échapper.


Catalogue éditeur : éditions Héloïse d’Ormesson

Traduit de l’espagnol par Nicolas Véron

Des murmures se font entendre dans les ruelles de Vilavedra, et le vent porte les peurs, les soupçons, les désirs inavouables.
Juana, au service de la famille Ulloa durant des décennies, se remémore les histoires de ses cœurs bâillonnés par les amours tragiques. Celles du vieux comte. De ses fils, Rafael et Jacobo, condamnés à vivre séparés par un océan. Et de la jeune Laura, héritière de cette lignée, qui découvrit trop tôt que la distance ne peut rien face à la providence.
Le Destin de Laura U. est un conte vibrant et sensuel empreint de l’exotisme d’une Galice austère et d’un Cuba extraverti où les secrets de famille finissent toujours par avoir raison de ceux qui les dissimulent.

160 pages | 20€ / Paru le 19 mai 2016 / ISBN : 978-2-35087-368-8

Le talisman, Mathieu Terence

« Farrah est morte brulée dans son appartement »

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Quelle phrase terrible pour commencer ce roman. Terrible et étrange, étrange comme l’est l’impression que j’ai à cette lecture. Au début, j’ai trouvé assez intéressant cette description de la vie à travers un narrateur que l’auteur qualifie à la deuxième personne. Ce « tu » qui m’avait tout autant dérangée lorsque j’avais lu « la condition pavillonnaire » de Sophie Divry, qui avait construit son roman exactement de la même façon. Mais c’est un roman qui m’avait paru beaucoup plus intéressant dans sa construction, le « tu » me semblait alors destiné, alors qu’avec « le talisman », il semble être le contre point de l’auteur, du narrateur, et au final tellement impersonnel.

« Tu » égrène donc les moments de sa vie, les personnes qu’il a croisées, avec qui il a vécu des moments heureux ou intenses, étranges ou terriblement communs, évoque des lieux, des rencontres, et les instants de sa vie avec Farrah.
Farrah est un personnage fantasque et sans doute attachant, mais je n’ai pas réussi à la trouver ni à la comprendre au fil de ces pages, et encore moins le narrateur, ce « tu » encombrant et épuisant. Tout comme je n’ai pas retrouvé ce pays Basque, décor du roman, ici fantasmé et rêvé tel que je ne le reconnais pas et qui m’a un peu perdue. Il y a cependant dans ces pages de belles phrases, quelques belles situations, des mots bien posés parfois, écriture ciselée avec soin et délicatesse, mais pas assez pour en faire un plaisir de lecture, enfin, pas pour moi. Je suis peut être passée à côté ?

Catalogue éditeur : Grasset

« Ce n’est pas seulement qu’elle mentait comme elle respirait, c’est qu’elle mentait pour respirer. Et cette manie n’a pas été pour rien dans l’attrait que tu lui as trouve . »
Comment inventer sa vie sans la perdre ?
Quels fils mystérieux relient les êtres que l’on a pu aimer ?
Peut-on sortir indemne de l’affolement général?
Qu’est-ce que le syndrome du saint-bernard ?
Mais surtout, qui était vraiment Farrah ?

Format : 130 x 206 mm/ Pages : 184 / EAN : 9782246804420 / EAN numérique: 9782246804635 / Prix : 17.00€ / Parution : 20 Janvier 2016

En ce lieu enchanté, René Denfeld

En ce lieu enchanté, le couloir de la mort d’une prison sordide au fin fond des États Unis…

EN CE LIEU ENCHANTÉ - Rene DENFELD

Le lieu importe peu, d’ailleurs il n’est pas précisé. Il a un côté irréel, tout comme l’impression générale qui se dégage de ce roman : on plonge dans la magie et le sordide en même temps, c’est terriblement étrange et par moment inconfortable.

Et pourtant, il y a aussi une beauté dans ce texte. En ce lieu enchanté, Arden, le narrateur qui ne parle jamais est dans le couloir de la mort depuis quelques années. Il attend comme tant d’autres le jour de son exécution. Il est isolé dans sa cellule, et cependant il connait les moindres recoins de cette prison crasseuse, les mouvements anormaux, les règles implicites, les échanges, les coups, les trafics de drogue avec les matons, les viols des nouveaux arrivés, toute une vie glauque et inavouable, celle de gardiens corrompus, des détenus qui trafiquent jusque dans leur geôle, celle de la loi des plus forts contre les plus faibles.

« La dame » vient régulièrement rencontrer des condamnés. Le bureau d’avocats pour lequel  elle travaille décide parfois de sauver un de ces hommes. Pour cela elle devra enquêter, chercher ce qu’il y a de moins noir en eux, comprendre d’où ils viennent, pour tenter d’atténuer leur responsabilité dans les atrocités qu’ils ont commis, et commuer leur sanction en perpétuité. Oui, mais tous ne sont pas d’accord ; certains ne souhaitent qu’une chose, que leur tour arrive pour qu’ils puissent enfin quitter définitivement le couloir de la mort.

Le roman pose la question dérangeante de la peine de mort. Faut-il sauver ceux qui ne le souhaitent pas pour leur donner une peine sans doute aussi barbare, celle d’un enfermement définitif. Faut-il sauver ces hommes dont on comprend qu’ils ont commis le pire, l’impardonnable, et que la société a déjà jugés. Je découvre une profession qui interpelle. C’est apparemment celle de l’auteur, René Denfeld, qui alterne poésie et violence pour évoquer un univers qu’elle connait.  Un livre bien étrange, embarrassant, mais passionnant. Il m’a été impossible de le lâcher et ma nuit est passée à lire ce texte dans lequel les oiseaux et les chevaux d’or côtoient les détenus les plus noirs de la prison, avec tellement de poésie que c’en est magique.

Catalogue éditeur : Fleuve et 10/18

La dame n’a pas encore perdu le son de la liberté. Quand elle rit, on entend le vent dans les arbres et l’eau qui éclabousse le trottoir. On se souvient de la douce caresse de la pluie sur le visage et du rire qui éclate en plein air, de toutes ces choses que dans ce donjon, nous ne pouvons jamais ressentir.

Dans le couloir de la mort, enfoui dans les entrailles de la prison, le temps s’écoule lentement. Coupés du monde, privés de lumière, de chaleur, de contact humain, les condamnés attendent leur heure.
Le narrateur y croupit depuis longtemps. Il ne parle pas, n’a jamais parlé, mais il observe ce monde « enchanté » et toutes les âmes qui le peuplent : le prêtre déchu qui porte sa croix en s’occupant des prisonniers, le garçon aux cheveux blancs, seul, une proie facile. Et surtout la dame, qui arrive comme un rayon de soleil, investie d’une mission : sauver l’un d’entre eux. Fouiller les dossiers, retrouver un détail négligé, renverser un jugement. À travers elle naissent une bribe d’espoir, un souffle d’humanité. Mais celui à qui elle pourrait redonner la vie n’en veut pas. Il a choisi de mourir.
La rédemption peut-elle exister dans ce lieu ou règnent violence et haine ?
L’amour, la beauté éclore au milieu des débris ?

Rene Denfeld dépeint un monde d’une grande férocité avec une infinie poésie et une profonde humanité et nous offre un diamant brut d’émotions.

Traduit par Frédérique Daber Gabrielle Merchez

Parution : 21 Août 2014 / EAN : 9782265098008 / 18.50 € / Pages : 208