Quand Dieu boxait en amateur. Guy Boley

Dans son nouveau roman Guy Boley évoque son père forgeron et boxeur, artiste et comédien amateur. « Quand Dieu boxait en amateur », le roman d’amour d’un fils pour son père.

Domi_C_Lire_guy_boley_quand_dieu_boxait_en_amateur_grassetJ’avais découvert Guy Boley avec son premier roman Fils du feu, et particulièrement apprécié le style de cet auteur, unique et singulier, pour évoquer un homme, son père. J’avais aimé la puissance évocatrice de son écriture.

Avec Quand Dieu boxait en amateur, Guy Boley part à nouveau à la rencontre de son père. Mais d’un père séducteur, un père qui s’est construit dans une misère relative. René est orphelin, élevé par une mère peu éduquée et qui a peur des livres, il devient forgeron puisqu’il faut bien vivre, et boxeur, car ça fait du bien de se sortir la tête des livres ! Devenu père de famille il sera également un temps comédien amateur.

La famille vit quelque part au bord du Doubs, du côté de Besançon. L’ami Pierrot, l’ami d’enfance, appelé par Dieu, est entré dans les ordres. Revenu au pays il devient l’Abbé de ce Dieu en qui ne croit pas René, mais dont il va lui parler toute sa vie. A tel point que pendant des années René va tenir le rôle de Jésus à la fête paroissiale … Jusqu’au drame, déjà évoqué dans le premier roman, dense et destructeur, la mort d’un enfant, d’un petit, repris par un Dieu inhumain…

On entre avec ce roman comme dans un autre temps, pourtant les années 50 ne sont pas si loin. Mais ici c’est le monde de la forge et de la cure, du théâtre amateur et de Luis Mariano, le monde des ouvriers et des Abbés, des femmes qui viennent voir ce bel athlète qui incarne Jésus, toutes sans doute secrètement amoureuses du beau René. C’est nostalgique à souhait d’une époque révolue, parfois triste et souvent belle, celle de l’enfance insouciante, celle plus difficile de la famille désunie à la suite de la perte d’un enfant, une fois de trop et de la famille anéantie par un Dieu qui n’est ni bonté ni amour.
Ce sont les souvenirs d’un fils pour cet homme taiseux qui n’avoue jamais son amour, puis d’un homme affaibli, alcoolique, solitaire et abandonné y compris par ce fils qui pourtant le glorifie aujourd’hui par ses mots et son amour révélé.

C’est assurément un beau roman, même si je n’ai pas retrouvé l’enthousiasme que j’avais ressenti à la lecture de Fils du feu. Lors des rencontres de Manosque, Guy Boley expliquait qu’il souhaite écrire une trilogie. Espérons qu’il saura innover, se renouveler, et nous intéresser, le pari est lancé…

C’est un artiste mon père, il est né comme ça et il n’y est pour rien :
sensible, créateur, naïf, orgueilleux, entêté, innocent, fragile et responsable.

💙💙💙💙

Quelques photos des rencontres avec l’auteur au Correspondances de Manosque

 

Catalogue éditeur : Grasset

Dans une France rurale aujourd’hui oubliée, deux gamins passionnés par les lettres nouent, dans le secret des livres, une amitié solide. Le premier, orphelin de père, travaille comme forgeron depuis ses quatorze ans et vit avec une mère que la littérature effraie et qui, pour cette raison, le met tôt à la boxe. Il sera champion. Le second se tourne vers des écritures plus saintes et devient abbé de la paroisse. Mais jamais les deux anciens gamins ne se quittent. Aussi, lorsque l’abbé propose à son ami d’enfance d’interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, celui-ci accepte pour sacrer, sur le ring du théâtre, leur fraternité.
Ce boxeur atypique et forgeron flamboyant était le père du narrateur. Après sa mort, ce dernier décide de prendre la plume pour lui rendre sa couronne de gloire, tressée de lettres et de phrases splendides, en lui écrivant le grand roman qu’il mérite. Un uppercut littéraire.

Parution : 29/08/2018 / Pages : 180 / Format : 135 x 207 mm / Prix : 17.00 € / EAN : 9782246818168

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Fils du feu. Guy Boley

Avec « Fils du feu », ce premier roman magnifique et poétique, Guy Boley fait une entrée remarquée dans le monde de l’écriture.

DomiCLire_fils_du_feu.jpgLes fils du feu, ce sont les fils des forgerons, ces homme qui travaillent l’acier dans des conditions difficiles, fiers de ce travail rude, laissant parfois place à la solidarité et à la créativité. Le narrateur est fils de forgeron, mais n’en deviendra pas un à son tour. Il est né dans une ville de province dans les années 50, ces années qui connaissent l’avènement d’un monde nouveau, fait de frigidaires et de machines, de clés métalliques et de portail en fer livré par le grossiste, où il faut s’adapter au nouvel âge, devenir commerçant plutôt qu’artisan.
Dans cette famille il y a le père, forgeron, aidé par Jacky, cet homme splendide sous l’effort, taiseux et mystérieux, la sœur, qui claque très tôt la porte de la maison familiale pour s’envoler vers d’autres cieux, il y a Norbert, le petit frère, mort si jeune. Il y a la mère, doucement évaporée et sombrant peu à peu dans une forme de folie douce. Car elle ne se remettra jamais de la mort du tout petit, elle qui place chaque jour son couvert sur la table et le berce chaque soir.
Alors pour pouvoir vivre à son tour, ce fils du feu devient homme, accepte la folie de la mère, découvre ses préférences, ses différences, tâtonne dans des études pour enfin trouver sa voie, laissant éclore son talent de peintre, tourmenté au plus profond de lui par une famille qui le marque à vie.

Il y a une mélancolie douce dans ses souvenirs d’enfance, devant la puissance du feu dans la forge du père, vulcain invincible et majestueux, ou de ce feu que l’on trouve sous les bassines de fer des lavandières, femmes bavardes, courageuses et fortes, qui peuplent son enfance. Mais il y a également la tendresse et l’acceptation d’un fils pour sa mère et pour sa douleur, celle immense et impossible à combler que provoque la perte d’un enfant. Enfin, l’acceptation de soi, de son anormalité, ou au contraire de sa normalité, « Comme Cocteau et Jean Marais ? » «  Mais alors, je n’aurais pas de petits-enfants ? »  dira la mère, qui accepte la différence, bercée par ses deux fils, celui avec qui elle partage la vie rêvée, là-haut dans le grenier, et celui qui poursuit sa route d’homme.

Par moment, le lecteur est immergé dans un poème tant les phrases semblent des rimes, portées par des alexandrins qui n’en sont pas, tant par le rythme que par le sujet. C’est un roman qui n’est aucunement triste ni mélancolique, et ce malgré le deuil et la douleur évoqués dans ces lignes, mais aussi la période pendant laquelle il se situe et qui connait une véritable remise en cause de la société et un bouleversement des habitudes de chacun. On ressort de cette lecture avec l’impression d’avoir partagé de belles choses, à un rythme à la fois doux et puissant, porté par la force du feu, par la puissance des escarbilles, celles de la forge et celles de la vie, par l’amour, mais aussi par l’absence et le chagrin, même si les situations sont parfois décrites avec un brin d’ironie et de cocasserie, par un monde qui s’achève et le commencement d’un autre, porté par la vie avant tout. Guy Boley signe là un premier roman d’une rare poésie.


Catalogue éditeur : éditions Grasset

Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.
Dans une langue splendide, Guy Boley signe ainsi un premier roman stupéfiant de talent et de justesse.

Parution : 24/08/2016 / Pages : 160 / Format : 130 x 205 mm / Prix : 16.50 € / EAN : 9782246862116