Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable

Vous avez aimé « Évariste » et le talent singulier de François-Henri Désérable, découvrez « Un certain M. Piekielny »

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L’auteur est jeune, il a un style bien à lui qui nous entraine dans des biographies romancées à sa façon. Car sous des airs de romans, il s’agit bien d’une biographie de cet auteur au grand talent qu’était Romain Gary.

En mai 2014, l’auteur est bloqué en Lituanie, il  a quelques heures à tuer dans les rues de Vilnius. Il passe incidemment devant une maison dans laquelle a vécu Roman Kacew, de 1917 à 1923, bien avant qu’il ne devienne Roman Gary. Une plaque commémorative  lui rappelle cet épisode, il se remémore alors cette phrase gravée dans sa mémoire et titrée du chapitre VII de La Promesse de l’aube, le roman édité par Gallimard en 1960, phrase que Romain Gary attribue à son voisin, cette triste souris grise : Promets-moi de leur dire : au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny…

Mais nous passons tous, chaque jour, devant des maisons et surtout des plaques commémoratives, des informations qui nous traversent, nous intéressent, mais de là à en faire un roman ? François-Henri Désérable est un fan absolu de ce roman qu’il a lu et relu un grand nombre de fois, la promesse de l’aube, et de son auteur, et à partir de cet instant, il n’aura de cesse de retrouver des traces de cet homme, le voisin, la souris triste.

Prétexte donc à nous parler d’avantage du romancier que de M. Piekielny, l’auteur nous entraine à la suite de Romain Gary. Il va le suivre, le chercher, tenter de le découvrir, lui qui apparemment le connait si bien. Avec un style bien particulier, qui tient presque du dialogue avec le lecteur, et dans lequel l’auteur se met également en scène, il nous dévoile quelques parts d’ombre de celui qui a réussi ce que sa mère avait toujours rêvé pour lui, devenir un grand écrivain, diplomate, aviateur, auteur à succès qui par deux fois a reçu le prix Goncourt. Il va le suivre de Vilnius à Nice, pendant la guerre et lors de ses succès, vivre intensément  avec ses personnages, et regretter amèrement comme tant d’autres la mort de l’écrivain qui a préféré tirer sa révérence un jour de 1980.

Intéressante approche de l’auteur, qui évoque la possibilité pour Romain Gary d’avoir utilisé sa souris triste pour donner corps à tous ces juifs qui ont vécu la barbarie nazie au cœur du ghetto de Vilnius. M. Piekielny est alors un symbole de vie, immortel à sa façon, puisque Romain Gary en parle dans le monde entier, partout et à tous les grands qu’il va rencontrer en particulier lorsqu’il sera ambassadeur.

Bien que parfois elle me déroute, j’aime cette écriture étonnante, très singulière. L’auteur nous fait découvrir des biographies et des personnages historiques sous des airs de romans et d’échange, en y mettant beaucoup de son propre personnage, vécu ou romancé, et là, qu’importe !

Aux Correspondances de Manosque

A conseiller si vous n’êtes pas un fervent lecteur de biographie ou de roman historique, mais que vous avez envie d’apprendre et d’apprécier une écriture différente, pleine d’humour et malgré tout de sérieux.

Retrouvez également mon avis sur Evariste

Catalogue éditeur : Gallimard

« Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny… »

Quand il fit la promesse à ce M. Piekielny, son voisin, qui ressemblait à « une souris triste », Roman Kacew était enfant. Devenu adulte, résistant, diplomate, écrivain sous le nom de Romain Gary, il s’en est toujours acquitté : « Des estrades de l’ONU à l’Ambassade de Londres, du Palais Fédéral de Berne à l’Élysée, devant Charles de Gaulle et Vichinsky, devant les hauts dignitaires et les bâtisseurs pour mille ans, je n’ai jamais manqué de mentionner l’existence du petit homme », raconte-t-il dans La promesse de l’aube, son autobiographie romancée.

Un jour de mai, des hasards m’ont jeté devant le n° 16 de la rue Grande-Pohulanka. J’ai décidé, ce jour-là, de partir à la recherche d’un certain M. Piekielny.»

Parution : 17-08-2017 / 272 pages /140 x 205 mm / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782072741418

Évariste, François-Henri Désérable

Qui connait le Rimbaud des mathématiques, en dehors des spécialistes ? Découvrir la biographie romancée d’Évariste Gallois, ce génie des mathématiques trop en avance pour son temps

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Lecteur, toi qui crois lire la biographie d’Évariste Gallois  dans un registre relativement classique, passe ton chemin ! Ici, nous avons un auteur qui hésite, qui brode, qui imagine, qui renonce, qui s’adresse, à toi à moi, à elle surtout, mais à qui nous n’en savons rien en fait…

Et pourtant, voilà un auteur, François-Henri Désérable, qui retrace les grandes étapes de la vie d’Évariste, qui reconstitue des moments de vie, de tourment, de découverte, de déception, de fulgurance, pour tenter de faire revivre en quelques pages ce jeune génie qui de son temps était largement méconnu, rejeté et incompris.

Précurseur et découvreur dans un monde où l’on espérait simplement de dociles élèves à polytechnique, ou à Normale, et qui ayant très certainement un niveau au-dessus de celui à qui il s’adressait, ne pouvait qu’en être ignoré, car il faudra « bien des commentaires pour saisir le sens profond de sa pensée ».

L’auteur fait revivre Évariste, de sa jeunesse à Bourg-la-Reine à la longue nuit qui précède sa mort, celle où il couche ce qui sera son testament scientifique, cette nuit où il annote, ponctue de « on jugera », tant finalement son assurance et son aplomb étaient grands, lui qui interroge, interpelle, sur ces  sept feuilles ou en marge de son livre,  laissant aux autres le choix de « déchiffrer ce gâchis » « qu’il a en tête depuis bientôt un an » et qui se révélera comme étant une découverte majeure des mathématiques, lui qui meurt à vingt ans dans un stupide et bien étrange duel.

Si l’on est peut-être parfois légèrement rebuté par l’écriture au style alerte et familier, débordant de jeunesse et d’enthousiasme, on ne peut malgré tout qu’apprécier ce récit. Vingt ans pour vivre, révolutionner les mathématiques, mourir, c’est une courte vie pour un génie incompris. Merci à l’auteur de nous l’avoir fait redécouvrir.

Du même auteur, lire également mon avis sur Un certain monsieur Piekielny

Catalogue éditeur : Gallimard

À quinze ans, Évariste Galois découvre les mathématiques ; à dix-huit, il les révolutionne ; à vingt, il meurt en duel. Il a connu Raspail, Nerval, Dumas, Cauchy, les Trois Glorieuses et la prison, le miracle de la dernière nuit, l’amour et la mort à l’aube, sur le pré.
C’est cette vie fulgurante, cette vie qui fut un crescendo tourmenté, au rythme marqué par le tambour de passions frénétiques, qui nous est ici racontée.

Collection Blanche, Gallimard / Parution : 01-01-2015176 pages, 140 x 205 mm / Achevé d’imprimer : 11-12-2014