Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard

Lire ce roman brillant et singulier, Ça raconte Sarah, la passion intense, destructrice, l’amour fou et la mort

Ça raconte Sarah, ça raconte la rencontre un soir de décembre entre la narratrice et Sarah. La narratrice est la maman divorcée d’une petite fille, professeur, rien ne vient perturber sa vie plutôt rangée et banale. Un soir de réveillon, elle rencontre Sarah.  Sarah la femme fantasque, trop maquillée, mal habillée, violoniste dans un quatuor, qui lui avoue être passionnément amoureuse. Puis se seront les premiers baisers, les premiers gestes, les premiers moments ensemble. Les mots fusent, s’ajoutent les uns aux autres pour dire Sarah, l’amour comme une étincelle de soufre, l’amour qui fait souffrir, les voyages qui éloignent et parfois rapprochent, les émotions exacerbées, la passion qui brule.

Ça raconte Sarah, ses gestes, son corps, sa fougue, ses élans et son désespoir, Sarah changeante, amoureuse, tendre ou violente, passionnée toujours.

Une première partie particulièrement réussie, un portrait détaillé de tout ce qui constitue Sarah, qui se lit sans reprendre son souffle, qui dit, explique, détaille, ajoute les faits, les sentiments, les révoltes, les élans, les gestes tendres, l’amour physique, au point d’en oublier les autres, la fille, le compagnon, et son autre vie, là, à l’extérieur de ce couple fusionnel et dévastateur, qui dit l’attente des retrouvailles et le désespoir de la séparation.

Une deuxième partie qui dit l’après, après la mort, après la violence de la passion, après le bonheur, après la fuite. Une déchéance incompréhensible, inexplicable, qui m’a bien moins séduite, trop délétère sans doute.

photo de Pauline Delabroy-Allard par Dominique Sudre blog Domi C Lire

Pauline Delabroy-Allard, un auteur à suivre, rencontrée aux Correspondances de Manosque lors de la présentation de son roman en septembre 2018.

Catalogue éditeur : Les éditions de Minuit

Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S.

2018 / 192 pages / ISBN : 9782707344755 / Prix : 15.00 €

Personne n’a peur des gens qui sourient, Véronique Ovaldé

Roman noir, roman d’amour d’une mère pour ses filles ? Avec « Personne n’a peur des gens qui sourient » Véronique Ovaldé nous entraine dans un road trip du sud jusqu’en Alsace.

Gloria est la jeune maman de Stella, une adolescente et de Loulou, une fillette de six ans. En ce matin de juin, tout semble prêt, au moins dans son esprit à elle, pour partir loin toutes les trois, fuyant on ne sait quoi. Depuis son sud-est ensoleillé, elle prend la route pour la maison de la grand-mère en Alsace, plus de téléphone, pas de message, l’affaire semble sérieuse, elle ne part pas, elle fuit.

Il faudra au lecteur quelques dizaines de pages pour comprendre qui est Gloria et d’où elle vient. De cette enfance entre deux parents qui ne s’aiment pas assez, avec une mère qui quitte le foyer en l’abandonnant avec un père inconsolable et son ami Giovanelli, qui est aussi son associé dans le bar La Trainée. A la mort du père, ce sera justement tonton Gio qui s’occupera d’elle, aidé par maitre Santini, l’avocat Corse, encore un ami du père, qui gère l’héritage de Gloria jusqu’à sa majorité.

Lorsqu’elle quitte l’école, Gloria travaille à La trainée. C’est dans ce bar qu’elle rencontre le beau et si séduisant Samuel, l’amour de sa vie, le père de ses enfants. Samuel l’absent, dont on comprend rapidement qu’il est décédé dans l’incendie de son atelier. Incendie criminel semble-t-il, mais cela nulle enquête ne l’a établi. Alors Gloria fuit, et le lecteur s’interroge, pourquoi part elle se terrer avec ses filles, que risque-t-elle ? …

Alors roman, ou roman noir ? En alternant le présent et le passé, Véronique Ovaldé fait monter le suspense et nous embarque dans les pas de Gloria. Tout en faisant quelques incursions dans le texte, comme si l’auteur s’adressait à nous ses lecteurs, pour nous impliquer dans son intrigue. Elle nous dévoile une jeune femme bien étrange, pas si faible que ça, pas si fragile, et capable d’aller jusqu’au bout pour protéger ses filles. Elle nous dit aussi l’amour, maternel, fraternel, celui d’un père, d’une mère absente, le recherche de soi, comment se construire sur l’abandon d’une mère. Elle nous dit l’amour d’une mère qui se bat pour ses filles, elle nous dit la folie…

C’est rythmé, surprenant, émouvant, révoltant parfois, et c’est en cela aussi que l’auteur nous dit la vie !

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : Flammarion

Gloria a choisi ce jour de juin pour partir. Elle file récupérer ses filles à l’école et les embarque sans préavis pour un long voyage. Toutes trois quittent les rives de la Méditerranée en direction du Nord, la maison alsacienne dans la forêt de Kayserheim où Gloria, enfant, passait ses vacances… Lire la suite

Paru le 06/02/2019 / 270 pages – 138 x 210 mm / EAN : 9782081445925 / Prix : 19€

Le Nord du monde, Nathalie Yot

La fuite vers le Nord du monde d’une femme amoureuse qui sombre peu à peu dans la folie

Elle fuit, elle fuit l’homme chien, sans doute l’homme qu’elle aime trop car dans son amour il n’y a pas de demi-mesure, c’est du tout ou rien. Et cet amour l’étouffe, elle a besoin de respirer et part, à pied, en train, en stop, en ce qu’on veut, jusqu’au grand nord, au pays des jours sans nuit, à la limite du cercle polaire…

Sur cette route qui va de Paris à la Norvège, en passant par la Belgique et l’Allemagne, elle rencontre des femmes, puis des hommes, Pierre d’abord, avec qui l’amour n’a de nom que le sexe, avec les polonais ensuite, avec qui l’amour n’a de nom que l’abri qu’ils lui procurent, avec Isaac enfin, l’enfant qu’elle aime à la folie, et qu’elle entraine avec elle…

Dans cette fuite, il y a aussi le silence de ceux qui savent, mais savent-ils ou veulent-ils croire qu’ils se sont trompés ? Et puis il y a cette femme qui va au-delà de ses limites, au-delà des conventions, au-delà de la raison. Il y a cette femme qui a besoin d’aimer, qui fuit l’amour aussi comme une faute, comme une brûlure… et cette relation que tout repousse, la raison, la morale, la société – pourquoi avoir besoin d’écrire cela ? Quelle femme peut imaginer ces gestes, ces mots – un premier roman profondément dérangeant… même s’il explore les limites de la folie, la puissance des sentiments, la recherche de soi jusqu’à l’extrême, au risque de briser tous les tabous.

Alors pourquoi dérangeant me direz-vous, parce que l’amour pour les hommes, l’amour pour l’enfant, semblent toujours pour elle passer par la peau, les gestes, les caresses, jusqu’à l’indicible, jusqu’à la déraison, jusqu’à …  la folie d’aimer ?

Comment dire, en général, j’aime plus ou moins les titres proposés par les 68 premières fois, mais je suis surprise par la tournure de cette aventure vers Le nord du monde. Car si l’écriture m’a tout d’abord séduite, comme les thèmes abordés avec la fuite en avant et la folie de cette femme interpellée dans la relation fusionnelle à l’autre, pourtant au fil des pages les idées sous-jacentes sont devenues prépondérantes et terriblement dérangeantes.

💙💙

Catalogue éditeur : La Contre Allée

« Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumière, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaître. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a Andrée, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piort, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites. » Nathalie Yot, à propos de Le Nord du Monde

Nathalie Yot est née à Strasbourg et vit à Montpellier. Artiste pluridisciplinaire, passionnée des mots, de musique et d’art, architecte et chanteuse, performeuse et auteure, elle a un parcours hétéroclite à l’image de son écriture. Elle est diplômée de l’école d’architecture mais préfère se consacrer à la musique (auteure, compositeur, interprète signée chez Barclay) puis à l’écriture poétique. Ses collaborations avec des musiciens, danseurs ou encore plasticiens sont légions.

ISBN 9782376650010 / Format 13,5 x 19 cm / Nombre de pages 152 pages / Date de parution 20/08/2018 / Prix 16, 00€