Henri Loevenbruck, « Nos rêvions juste de liberté » Flammarion

Henri Loevenbruck a écrit 16 romans, dans un genre totalement différent de son dernier. Souvenir de la rencontre chez Flammarion pour la parution du roman Nous rêvions juste de liberté.

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© DCL-DS2015

Pour un auteur, c’est souvent une angoisse de changer de genre d’écriture, surtout en France, car pour les journalistes, mais également dans une bibliothèque ou une librairie, les livres sont classés par genre, sur certaines étagères et pas sur d’autres, aujourd’hui il faut placer le nouveau Loevenbruck ailleurs  que dans la catégorie thrillers polars.

Comme c’est un motard averti, on peut penser qu’il a mis un peu de lui dans ses personnages. Il lui aurait donc fallu 43 ans pour travailler son sujet (son âge !) et ce roman ne pouvait arriver ni trop vite, ni trop tôt dans sa vie. Il a souhaité écrire un roman qui ne soit pas nombriliste, dans lequel chacun peut se retrouver, un roman universel car quelque part, sa vie est aussi un peu la nôtre. C’est un roman qui a une trame très dure mais qui reste très optimiste, comme la vie en somme. Le lecteur compatit forcément un peu aux aventures de ces jeunes qui se construisent seuls. Comme le disait Simone de Beauvoir  « les gens heureux n’ont pas d’histoire », mais même les gens heureux ont parfois vécu des choses terribles dans leur vie. Et c’est en cela que chacun peut se retrouver.

Le roman parle des MC, nés aux USA dans les années 30/40 puis dans les années 60. Il y en a beaucoup en France, qu’ils soient importés des USA ou natifs. Cependant, il ne peut être situé ni dans le temps ni dans l’espace, car même si les noms des villes existent, leurs situations ne sont pas réalistes. Chacun l’imagine en Amérique, une Amérique rurale, sans relation à l’actualité ni à aucune temporalité. C’est aussi ce qui en fait un roman suffisamment universel pour ne pas être autobiographique.

Henri Loevenbruck a l’habitude de faire de nombreuses recherches et de se documenter sur des sujets très précis. Pour Gallica par exemple, sur le compagnonnage parfois inspiré des sociétés initiatiques, les grades, les valeurs, rouler et se former tout en voyageant, qui sont des valeurs présentes également dans son dernier roman. Dans L’apothicaire il aborde l’incommunicabilité de l’espèce, la nécessité de connaitre les autres. C’est un vrai bonheur pour l’auteur que ce roman ait été traduit en 15 langues, l’écriture devient alors un pont vers les autres, vers ceux qu’on ne rencontre jamais mais qu’on a touché.

A propos de liberté, certains ont pu dire « la liberté c’est la nécessité comprise », comme peut être pour Freddy ? Mais pour l’auteur c’est tout sauf ça. L’amitié a une saveur exceptionnelle, au-dessus du lot de valeurs humaines, il a foi en l’amitié. D’ailleurs, même si la trame du roman est dure, il ne véhicule pas quelque chose de triste. La quête d’un père, la quête de l’autre, sont également en filigrane de tous ses romans.  D’ailleurs, la quête de l’autre est peut-être simplement la quête de soi, une recherche d’altérité sans doute. Comme le dit Bohem, en parlant de Freddy, « c’est le seul type, quand je suis avec, j’ai l’impression d’être seul », il a trouvé en Freddy son parfait alter égo. De même pour ces motards, sauvages et impressionnants, qui roulent seuls, mais toujours en groupe, en clan, dont le besoin de liberté est compensé par ce besoin d’amitié solide.

Et quand le livre est terminé ? Pour l’auteur, avant l’écriture, le livre est en gestation, déjà là quelque part, imaginé, il faut alors restituer ce qui est dans l’inconscient. Parfois à ses yeux, le roman terminé est un peu en dessous de ce qu’il a rêvé. Il ne les relit jamais, mais en fait chaque chapitre est énormément lu et relu pendant la phase d’écriture. Le travail le plus fastidieux est presque celui de l’écriture, « avant c’est top, après c’est super, pendant c’est plus complexe ». Lorsqu’il écrit l’auteur a un moyen infaillible de se motiver, tel Shéhérazade, il ne termine jamais la dernière phrase, ainsi chaque matin l’envie de la terminer est présente et motivante.  « Nous rêvions juste de liberté » a nécessité huit mois d’écriture, c’est le plus court de tous ses romans, mais pas forcément le plus facile. Henri loevenbruck est un inconditionnel de Romain Gary (et d’Emile Ajar forcément) auteur épris de liberté mais jamais engagé, on retrouve un peu de Momo dans le personnage de Bohem, dans sa façon de parler. Peut-être également une influence d’œuvres américaines, de Salinger à Stephen King, dont il nous conseille de lire la nouvelle « le dernier barreau de l’échelle ».

Quand nous quittons les éditions Flammarion après cette belle rencontre, l’auteur, motard depuis longtemps, enfourche sa Harley-Davidson, synonyme de liberté, en particulier pour la part de rêve que ce nom véhicule. En mai Henri Loevenbruck sillonnera les routes de France à moto à la rencontre de ses lecteurs.

Nous rêvions juste de liberté. Henri Loevenbruck

Nous rêvions  juste de liberté d’Henri Loevenbruck, un roman inoubliable qui nous emporte dans un souffle

Book

Tout au long de ces pages, j’ai senti le souffle du vent sur mon visage, j’ai entendu le bruit pétaradant des moteurs, j’ai senti sur ma nuque le regard inquiet ou admiratif des passants. J’ai surtout ressenti la force de l’amitié indéfectible et le chagrin de la trahison ou de la perte. J’ai traversé les États Unis avec Hugo et ses amis, tant certaines scènes sont fortes, les descriptions réalistes, celle d’un auteur qui sait de quoi il parle.

Hugo, Freddy, Oscar et Alex vivent dans la petite ville de Providence. Le hasard des rencontres, des parents pas vraiment à la hauteur, une école sévère pour forger l’âme de ces gamins que l’enfance n’a pas vraiment aidé, les épreuves à traverser, en ont fait une bande de copains inséparables.  Hugo vit dans une roulotte à côté de la maison de ses parents, d’où son surnom de Bohem. Après avoir travaillé tout un été dans le garage du père de Freddy, Hugo et Freddy se fabriquent les motos de leurs rêves. Après quelques galères qui les éloignent de la ville, ils rentrent chez eux. Mais si les parents de Freddy lui ont gardé leur confiance, ce n’est pas le cas pour Bohem. Sa roulotte, et tous ses souvenirs, tout ce qui le relie à l’enfance, est en cendres. Ils décident alors de quitter Providence pour rouler vers Vernon, à la recherche du frère d’Alex.  Nous suivons leur folle équipée à travers le pays, à une époque où l’on pouvait rouler sans casque, toujours plus loin, toujours plus libre.

Les petits boulots, les petits vols surtout, vont leur permettre de vivre au jour le jour. Ils vont découvrir le monde des MC, ces motards qui règnent en maitre sur une ville, leur code d’honneur, leurs règles, leurs contraintes. De menus larcins en trafics plus sévères, ils vont se faire accepter comme leurs pairs. Bohem devient le président du MC des Spitfires de Providence. J’ai découvert tout un monde, celui des MC et de leurs couleurs, de leurs blousons que l’on ne porte pas au hasard, du 1% qui se mérite et s’affiche avec fierté. Le goût très particulier de se rassembler en roulant tous ensemble, là où chacun est seul sur sa moto, mais unis à cette troupe qui vit ce plaisir commun.

J’ai lu ce roman avec avidité, ayant hâte de lire la suite, de tourner les pages, l’écriture est intéressante. J’ai eu beaucoup de plaisir à suivre le récit d’Hugo, dont on aurait tant voulu que l’enfance soit plus heureuse, auquel on s’attache forcement, lui qui malgré les épreuves garde jusqu’au bout un sens de l’honneur et un sens inouï de l’amitié. Bohem à un style particulier de gamin instruit mais pas trop, qui veut bien faire, qui malgré ses pas de côté garde un certain sens de l’honneur et de ce qui est juste. Il reste fidèle et honnête envers ses amis et son désir de vivre jusqu’au bout cette Liberté à laquelle il aspire depuis toujours. J’ai senti son bonheur de tracer la route, son esprit rebelle, tout au long de ces pages, un grand plaisir de lecture.

Un roman lu aussi dans le cadre de ma participation au jury du Prix J’ai Lu Page des libraires 2017

Catalogue éditeur : Flammarion et J’ai Lu

Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté. » Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le… Lire la suite

Flammarion : Paru le 01/04/2015 / 432 pages – 154 x 242 mm / EAN : 9782081307285 / ISBN : 9782081307285 / Prix : 21,00€