Le carré des Allemands. Journal d’un autre. Jacques Richard

Le carré des Allemands, de Jacques Richard est un premier roman étrange qui parle de la folie des hommes, de la guerre, des choix, et de la filiation.

Cinq carnets pour composer un journal, celui d’un autre, celui d’un fils qui parle de son père, qui s’interroge sur ses actes, ses pensées, et sur ce qu’il y a en lui de ce père-là.

La seconde guerre mondiale et la folie des hommes, subie ou assumée. Ici elle est en partie assumée, du moins c’est ce qu’on imagine à la lecture de ces lignes, de ces témoignages, par un père qui s’engage à 17 ans dans les Waffen SS. Tout au long du livre on se demande qui est le « Je » du narrateur, le père, le fils, les autres, mais tous s’interrogent sur la transmission, sur le pourquoi et comment peut-on s’engager pour tuer, des femmes, des enfants, des hommes. Jusqu’à quel point est-ce consenti, conscient et accepté, et surtout comment vit-on avec ça, après… ou plutôt pourquoi on fuit ce que l’on a fait après, quand le regard des proches est insupportable.

« Le crime était collectif, mais chacun l’a commis seul. Chacun s’est trouvé tout seul, avant, pendant, après. Tout seul avec ce qu’il s’est passé, tout seul devant l’horreur. »

Porté par une belle écriture, il laisse un goût étrange de douleur et d’incompréhension envers tous ceux qui ont agi et accepté. « Le carré des Allemands » démontre aussi combien le retour à une vie normale n’est plus possible ensuite. Recueil de témoignages et de questionnements du fils sur le père, voilà un livre assurément très dérangeant.

N’oubliez pas d’aller lire les avis de Joëlle du blog les livres de Joëlle, de Nathalie, du blog eirenamg, de Nicole du blog motspourmots.fr


Catalogue éditeur : éditions de la Différence

C’est un portrait double que dresse en cinq carnets brefs celui qui dit « je » dans cet étrange et envoûtant roman. Le fils parle de son père : « Qu’a-t-il fait à la guerre, Papa ? – Il s’est engagé à dix-sept ans. Il ne faut pas parler de ça. » Et à travers le père, le fils parle aussi de lui : « Tous les moi que je suis, enchâssés l’un dans l’autre depuis le tout premier. »
Au fil de phrases courtes saisies entre des silences, s’écrit l’histoire d’un homme, ni pire ni meilleur que tant d’autres, happé par l’Histoire, entraîné à tuer sans savoir s’il a vraiment choisi.
Ce « Journal d’un autre » pourrait bien être le « Journal de tous les autres » et ce n’est pas la moindre prouesse de ce livre dense et poignant.

Date de parution : 2016 / Date de mise en vente : 4 février 2016

 

Le quinconce, I l’héritage de John Huffam. Charles Palliser

C’est une découverte assez surprenante que celle de ce roman sans âge à l’écriture résolument victorienne, « Le quinconce » de Charles Palliser. Charles Dickens n’aurait sans doute pas renié ce confrère.

DomiCLire_le_quinconce.jpg

Alors que Charles Palliser est un auteur contemporain, il a écrit cette série à la structure singulière en 1989. C’est donc avec  étonnement que je suis entrée dans ce récit d’un autre temps, vérifiant par deux fois la biographie de son auteur, tant son écriture nous entraine dans un récit du XIXème. Quel  que soit le niveau de langage, châtié ou argot populaire, toutes les nuances sont présentes . Mais une fois le parti pris entendu, on plonge aisément dans l’aventure.

Dans ce premier tome, nous faisons la connaissance de John et de sa mère. Ils habitent un petit village perdu dans la campagne anglaise, loin de tous. John, élevé par sa mère, est entouré de femmes, servante, nourrice, cuisinière, et vit de façon plutôt humble, pas vraiment misérable. Dans un quasi isolement puisqu’il ne doit pas parler aux inconnus et n’a pas le droit de rencontrer les enfants de son âge. Il ne sait rien de ses origines, ni de son père ni de sa famille. Les circonstances et sa curiosité vont l’aider à dénouer les premiers fils d’une intrigue qui s’avère fort complexe au fil des pages.

Un codicille conservé avec moultes précautions  par sa mère semble prouver d’où il vient, et pouvoir lui apporter d’hypothétiques richesses. Mais il est également sujet de grandes convoitises par les divers personnages dont nous allons faire la connaissance tout au long du récit. La mère est un personnage attachant, mais faible, très inquiète, naïve, manipulable, elle semble à la merci de plus malin qu’elle. Peu encline à faire confiance à son jeune fils, bavard et facilement influençable, elle fera quelques erreurs de jugement qui seront la cause de bien des malheurs à venir.

John quant à lui nous apparait comme un jeune garçon charmant et curieux, même si son langage et ses façons sont souvent celles d’un jeune homme plus adulte que son âge. Pourtant il lui est difficile d’aller contre la volonté de sa mère, lui qui ne sait rien mais comprend vite qu’elle lui cache beaucoup de choses sur ses origines.

Nous allons découvrir peu à peu les différentes familles qui gravitent autour de lui, les liens qui les unissent, les imbrications avec sa propre histoire. Des plus misérables aux aristocrates parfois sans cœur, les différentes strates de la société sont présentes avec leurs défauts et leurs qualités, leurs relations parfois ambiguës, leurs mystères et leurs secrets. Cinq tomes, cinq chapitres, cinq familles, étroitement liées sans doute, mais que le lecteur devra découvrir au fils des différents tomes. C’est un peu frustrant car j’aurai souhaité en savoir déjà un peu plus. C’est un récit attachant, embrouillé parfois, mais qui se laisse lire avec plaisir si l’on dépasse la surprise de cette écriture victorienne à la Dickens.

Catalogue éditeur : Éditions Libretto

Dans l’Angleterre du début du XIXe siècle, le petit John Huffam, élevé dans un village perdu, comprend que sa mère, pauvre parmi les pauvres, est mystérieusement apparentée aux châtelains du lieu. Dès lors, il va consacrer sa vie à percer le secret de ses véritables origines et ne tarde pas à découvrir la cruauté qui fonde les castes sociales et qui déchire les êtres.
À la fois roman picaresque et fable initiatique convoquant les talents de Dickens et de Shakespeare, Le Quinconce a été salué comme un chef-d’œuvre.