Comment les grands de ce monde se promènent en bateau, Mélanie Sadler

Envie d’un moment de légèreté, on embarque avec Mélanie Sadler !

Quand Javier Leonardo Borges,  un vieux professeur d’histoire précolombienne de Buenos Aires fait une découverte inattendue dans les documents que vient de lui envoyer Hasan, son acolyte Turc, le voilà prêt, lui le sédentaire blasé, à retourner la terre pour comprendre,  trouver des preuves et enfin connaître la gloire qu’il mérite.

Ce qu’il vient de découvrir bouleverse la totalité des recherches et des parutions qu’il a produit depuis le début de sa carrière. Quelle histoire cette rencontre improbable d’une déesse aztèque et du palais de Topkapi,  quel bouleversement de l’Histoire peut être ? Une présence précolombienne dans l’univers du sultan Suleyman le magnifique ? Le dernier des empereurs aztèques serait parvenu à échapper à Cortés, aurait traversé l’océan et réussi à rejoindre le palais du sultan à Constantinople ?

Mêlant habilement de chapitre en chapitre les aventures des deux chercheurs et le récit passionné de Roxelane, la belle prisonnière du Harem qui a su conquérir le cœur du sultan, Mélanie Sadler nous emporte dans un récit rocambolesque et plein d’humour que l’on pourrait aisément imaginer en BD.

Comment les grands de ce monde se promènent en bateau est certainement de la fantaisie littéraire écrite avec beaucoup d’humour et d’érudition, un clin d’œil à l’Histoire, de France, de Turquie et précolombienne, mais pas seulement. Car en fermant ces pages, j’avoue je me pose quelques questions sur la crédibilité de certaines recherches, la possibilité de supercheries, la possibilité de détecter de faux ou au contraire de véritables documents. Sans parler de la possibilité pour d’adroits faussaires de mener en bateau quelques vieux chercheurs insatisfaits de leurs carrières d’universitaires, à l’image de ce J.L Borges, qui n’a rien d’un auteur de fiction (allusion bien sûr à Jorge-Luis Borges, auteur que j’affectionne particulièrement pour entre autre son roman  Fictions)

Catalogue éditeur : Flammarion

Un vieux prof d’Histoire précolombienne, Javier Leonardo Borges, rendu soudain fringant par une mystérieuse découverte ; son collègue stambouliote qui fouine dans les mosquées à la tombée de la nuit ; un manuscrit turc du XVIe siècle dans lequel, anachronisme insensé, une déesse aztèque se pavane ; et un sultan, Suleyman le Magnifique, qui confie pour la première fois son terrible secret. Leur point commun ? Être au cœur d’une incroyable supercherie dont la révélation pourrait bien changer notre regard sur l’Histoire officielle. Des couloirs de l’université de Buenos Aires au palais de Topkapi, entre parchemin codé et crypte secrète, Mélanie Sadler mêle avec beaucoup de virtuosité fantaisie littéraire et roman d’aventure. Ce livre emprunte aussi bien à Borges qu’à Hergé dans le seul dessein de nous mener tous sacrément en bateau.

152 pages – 134 x 209 mm / EAN : 9782081336506 / ISBN : 9782081336506 / Paru le 07/01/2015

Au revoir là-haut Pierre Lemaitre

Parce qu’il est aussi en poche, vous parler du fabuleux roman de Pierre Lemaitre « Au revoir là-haut », Prix Goncourt 2013

C’est la fin de la guerre de 14/18, dans quelques jours l’armistice va être enfin signé. Pourtant, quelques officiers rêvent encore de galons. Terrain propice aux coups d’éclats, pour la gloire, et au prix de la mort des soldats, si communs et de peu de valeur.
C’est un début prometteur, c’est avant tout la rencontre improbable d’Édouard et Albert sur ce terrain miné d’obus et la source d’une amitié sans faille, mais fort bancale. Édouard ne peut plus s’en sortir sans Albert, Albert est éternellement redevable envers Édouard.
La démobilisation est difficile, entre un jeune naïf et craintif et une gueule cassée qui fuit le monde, difficile de s’en sortir. Pourtant Édouard, malin, brillant, habile, va monter une arnaque magistrale avec l’aide indéfectible et sans faille du gentil Albert.
La situation est dramatique, la période aussi. Et pourtant, quel cynisme, quel humour, quel génie dans cette écriture qui nous prend et ne nous lâche plus.

L’auteur nous donne une vision du monde et de la guerre, du courage et de la loyauté, du patriotisme, des hommes et de la vie, bien froide, impressionnante de réalisme et pourtant impossible. Alors que leur destin les entraine vers le néant de l’après-guerre, merci aux nations reconnaissantes envers ceux qui lui ont tout donné, débrouillez-vous messieurs, l’administration et le pays vous ont un peu oubliés. On se surprend à suivre nos compères dans leur délire et à souhaiter les voir réussir. C’est magistral, j’ai adoré, impossible de lâcher ce livre !

Catalogue éditeur : Albin-Michel

« Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Livre de Poche Date de parution: 22/04/2015 / EAN : 9782253194613 / 624 pages / Prix : 8,70€

Albin-Michel Paru le 21 Août 2013 / 576 pages / EAN13 : 9782226249678 / Prix : 22.50€

Constellation. Adrien Bosc.

Découvrir sous la plume d’Adrien Bosc les dernières heures des passagers du Constellation

Domi_C_Lire_constellation_adrien_bosc_stock.jpgConstellation, le super avion d’Air France décolle d’Orly le 27 octobre 1949 avec trente-sept passagers et onze membres d’équipage, il s’écrase au large des Açores la même nuit. En cette année du centenaire de Piaf, chacun se souviendra qu’à son bord il y avait celui qui devait la rejoindre à New York pendant sa tournée américaine, son grand amour de l’époque, le boxeur Marcel Cerdan.

Cet oiseau chromé est aussi appelé l’avion des stars et ce voyage ne fait pas exception puisqu’à son bord on trouve essentiellement des passagers très connus comme Marcel Cerdan ou la violoniste Ginette Neveu et d’autres beaucoup moins célèbres mais qui appartiennent à cette élite de nantis qui peut se permettre financièrement ce voyage. Il y a aussi quelques passagers d’opportunité tels ces bergers Basques ou cette ouvrière bobineuse de Mulhouse, ces anonymes qui sont du voyage car la traversée leur a été offerte, à eux qui s’envolent pour démarrer une nouvelle vie sur le nouveau continent.

Tout au long de ce roman qui tient d’avantage du récit et de l’enquête journalistique, nous allons découvrir les trajectoires des différents passagers, comment ils se retrouvent sur ce vol, mais aussi découvrir les autres, ceux qui gravitent autour d’eux, ou même ceux qui auraient dû y être et que le hasard a empêché de s’embarquer. Les chapitres alternent rapidement entre la vie de chacun des passagers, donnant ainsi une réalité et une seconde existence à ces hommes et ces femmes oubliés de l’histoire, et la réalité du vol, puis de la catastrophe, de l’enquête qui s’est déroulée à l’époque, des réactions de par le monde, donnant du rythme au roman. J’ai été un peu déstabilisée par la fin, les lignes sur Blaise Cendras me semblent tombées de je ne sais où.

HUDSON
Sur les bords de l’Hudson, dans le comté de Westchester © DCL-DS2015

Ah oui, j’avoue aussi un élan d’affection particulier pour la famille Hennessy qui vivait dans le comté de Westchester dans l’état de New York, puisque je viens d’y passer quelques jours, j’imagine parfaitement Simone Hennessy à Dobbs ferry et les bords de l’Hudson River.

WESTCHESTER

J’avais lu beaucoup de commentaires sur ce livre présent en 2014 dans de nombreuses sélections de prix littéraires et au final j’ai bien aimé, même si je l’imaginais et l’aurais souhaité un peu plus romancé. Pourtant il me semble que sous sa plume implacable et fluide, Adrien Bosc a trouvé un juste équilibre entre ce qui peut être imaginé, le résultat de ses enquêtes, de son travail de recherche, et les hasards, les rencontres, les dates qui se retrouvent et se rejoignent, coïncidences certainement dues à la volonté de l’observateur qui analyse le passé, mais qu’il est toujours intéressant de rapprocher. Et l’auteur pose quelques questions au passage : le destin, le hasard, les circonstances qui font que vous  êtes là où vous devriez être, pour le meilleur ou pour le pire parfois, comme si dans les constellations était écrit une part de notre destin, de notre histoire.

💙💙💙💙

Lire aussi mon avis sur le roman d’Adrien Bosc Capitaine


Catalogue éditeur : Stock

Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le Constellation, lancé par l’extravagant M. Howard Hughes, accueille trente-sept passagers. Le 28 octobre, l’avion ne répond plus à la tour de contrôle. Il a disparu en descendant sur l’île Santa Maria, dans l’archipel des Açores. Aucun survivant. La question que pose Adrien Bosc dans cet ambitieux premier roman n’est pas tant comment, mais pourquoi ? Quel est l’enchaînement d’infimes causalités qui, mises bout à bout, ont précipité l’avion vers le mont Redondo ? Quel est le hasard objectif, notion chère aux surréalistes, qui rend « nécessaire » ce tombeau d’acier ? Et qui sont les passagers ? Si l’on connaît Marcel Cerdan, l’amant boxeur d’Édith Piaf, si l’on se souvient de cette musicienne prodige que fut Ginette Neveu, dont une partie du violon sera retrouvée des années après, l’auteur lie les destins entre eux. « Entendre les morts, écrire leur légende minuscule et offrir à quarante-huit hommes et femmes, comme autant de constellations, vie et récit. »
Stock / Collection : 
La Bleue / Parution : 20/08/2014 / 198 pages /Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234077317 / Prix: 18.00 €

Royaume de vent et de colères, Jean-Laurent Del Socorro

Un roman qui combine fait historique, fantasy et aventure à l’époque du bon roi Henri IV

Puisque « Paris vaut bien une messe », Henri IV va se convertir au catholicisme en 1593 pour accéder au trône de France et de Navarre. En 1596, la France est enfin en paix, seule Marseille la catholique s’oppose encore au roi. Dans l’auberge de la Roue de la Fortune, le lecteur fait connaissance tour à tour avec les principaux protagonistes de l’intrigue. Si l’idée de départ est ancrée dans la réalité, la rébellion Marseillaise face au roi de France, la magie est également présente dans le roman, à la limite de la sorcellerie. L’Artbon, sorte de pierre philosophale émettant des ondes maléfiques pour le corps humain,  porte à la fois bien et mal son nom, puisqu’il est source de miracle dans les combats les plus intenses, mais également artisan de la mort de celui qui le maîtrise.

Dans ce roman choral, les différents personnages présentent leur histoire. Constitué de trois parties qui rythment bien l’intrigue, nous les découvrons d’abord un par un dans l’auberge  de la Roue de la Fortune, au moment où tout semble prêt à exploser dans la ville de Marseille, juste avant l’apogée de l’intrigue principale. Puis les flash-back de chacun, à des périodes différentes, nous font comprendre pourquoi et comment leurs chemins les ont fait converger vers cette auberge, enfin retour au présent, au moment de la bataille, de la confrontation et, qui sait, pour certains peut être, de la mort. Axelle, Victoire, Gabriel, Armand et Roland, Silas, ont tous un vécu et un passé important et différent, qui a fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui, prêts à combattre ou à vivre dans un affrontement final. Avec eux, nous partons en incursion dans le monde fermé des guildes, dans celui des bandits reconvertis,  dans le monde des religieux aux bien étranges pratiques qui préfèrent l’amour à la règle (et comme on les comprend), dans celui du chevalier converti qui n’a jamais oublié la fin tragique de sa famille la nuit de la saint Barthélémy. Tous ces univers très divers se rejoignent à Marseille.

Il faut se laisser porter par la magie et ne pas trop chercher une vérité historique (même si celle-ci existe bel et bien, mais là j’aurai souhaité un peu plus d’épaisseur et de densité au roman) puisque l’auteur  a voulu mêler adroitement histoire et magie, sentiments et tragédie, malgré quelques ficelles parfois trop évidentes, on s’y laisse prendre avec beaucoup de plaisir. L’intrigue historique est vite supplantée par les sentiments divers et parfois confus des différents personnages, pour le plaisir du lecteur qui passe un agréable moment de lecture.

Catalogue éditeur : Éditions Actusf

1596. Deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi.
À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme.
Les pions sont en place.
Le mistral se lève.
La pièce peut commencer.
Placé entre l’Histoire et la fantasy, ce premier roman de Jean-Laurent Del Socorro est époustouflant de maîtrise et d’érudition.
Jean-Laurent Del Socorro ferre son lecteur et lui murmure à l’oreille : “voici pile l’histoire qui te manquait pour retrouver le goût de la littérature”. Ugo Bellagamba

Couverture : Milek JAKUBIEC / Préface : Ugo BELLAGAMBA

Parution : 6 mars 2015 / Nombre de pages : 288 / 18 euros. / ISBN : 978-2-917689-83-7