Taches rousses, Morgane Montoriol

Qui est la proie, qui est le prédateur dans ce premier roman aussi noir que violent

Beck a fuit sa ville natale pour réaliser son rêve et devenir comédienne en Californie. Aujourd’hui, elle vit sans passion mais par intérêt avec un homme bien plus âgé qui pourra lui ouvrir les portes des studios. Mais ce rêve n’était-il pas celui de sa grande sœur ? Car des années auparavant, dans la petite ville de Muskogee, Leah Westbrook, à peine quatorze ans et la vie devant elle, a disparu. Depuis, aucune enquête n’a jamais réussi à déterminer ce qu’il s’est passé, fugue, meurtre, disparition inquiétante, nul ne le sait, et la blessure reste profonde pour Beck et son père. Beck se souvient, son enfance, ses parents, sa sœur qui avait un teint si parfait, sans ces taches de rousseur qu’elle déteste et tente désespérément de cacher sous son maquillage.

Pendant ce temps là, la ville est frappée par de dramatiques meurtres de jeunes femmes. Abordée par Wes, un homme aussi étrange qu’envoûtant, elle découvre son talent morbide d’artiste peintre lors d’une exposition d’art. Fascinée autant qu’inquiète devant ses toiles, elle n’a qu’une crainte, que ce dernier soit le tueur en série qui fait trembler la ville.

Wes le prédateur, et Beck la proie, jouent alors un jeu du chat et de la souris terriblement noir et à la tension grandissante. Chacun est hanté par ses démons et fort étrangement, la disparition de Leah semble être leur point commun.

Qui est la proie, qui est le prédateur ? Le jeu sanglant et morbide qu’ils jouent chacun à leur tour entraîne le lecteur dans des profondeur d’incertitudes et de questionnements. Leur passé, leurs démons, leurs secrets seront peu à peu révélés. Et le lecteur de se demander au fil des pages qui est qui et qui veut quoi. Des personnages noirs et sombres à souhait que l’on tente de comprendre, dont on a beaucoup de mal à discerner le but, et que l’on sent hantés par un passé inavouable.

Un premier roman noir adroitement mené, même si c’est parfois avec un peu trop de détails ou certaines longueurs qui à mon avis cassent le rythme. De fait, il m’a manqué de tempo pour m’embarquer vraiment. Même si je reconnais la force d’une intrigue qui nous mène par le bout du nez quasiment jusqu’au dénouement.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Albin-Michel, Le Livre de Poche

Leah Westbrook a disparu un après-midi de septembre, à Muskogee, en Oklahoma. Elle avait quatorze ans. Son corps n’a jamais été retrouvé. Depuis, sa sœur, Beck, a quitté la ville pour s’installer à Los Angeles. Elle vit par procuration le rêve de Leah, en tentant une carrière de comédienne. Sans conviction. À la différence de Leah, dont la peau était parfaitement unie, Beck a le visage couvert de taches de rousseur. Des taches qu’elle abhorre et qu’elle camoufle sous des couches de fond de teint.
Bientôt, des corps atrocement mutilés sont retrouvés dans un quartier d’Hollywood où Beck a vécu. L’œuvre d’un tueur en série que la police peine à attraper. Peut-être cet homme aux yeux terribles, qui la suit partout…

Le Livre de Poche Prix : 8,20€ / Date de parution : 03/02/2021 / 408 pages / EAN : 9782253079286
Albin-Michel 21.90 € / 29 Janvier 2020 / 150mm x 220mm / 368 pages / EAN13 : 9782226446824

Pour que rien ne s’efface. Catherine Locandro

Qui se souvient de ce qui a été, de la gloire et de la légèreté, au moment de quitter la difficile scène de la vie. Dans son dernier roman « Pour que rien ne s’efface » Catherine Locandro évoque avec justesse le temps qui passe, la solitude et l’oubli.

DomiCLire_pour_que_rien_ne_sefface.jpgC’était une enfant magnifique, puis la plus belle des femme, aujourd’hui, oubliée de tous, c’est un cadavre qui se décompose, dans un appartement parisien. Comment peut-on en arriver là quand on s’appelle Lila Beaulieu, actrice ayant eu son heure de gloire et ayant descendu avec panache les marches de Cannes lors de la parution de son seul grand film, quelques trente ans plus tôt ? Comment peut-on en arriver là quand on a eu des maris, des enfants, des amants, des amis ?
Dans ce roman choral le lecteur tourne autour de Lila comme s’il était devant le film de sa vie. On imagine la  caméra qui tourne autour de Lila et nous montre à chaque fois un angle de vue différent. Divers témoins se succèdent, amis, amants, maris, sa fille, ses voisins, ils sont plus ou moins proches et ont eu  une relation plus ou moins intime avec Lila. Chacun vient apporter sa brique pour décrire celle qu’il a connue, dévoilant tour à tour des facettes de sa vie, de sa personnalité, de ce qu’elle a bien voulu leur montrer, ou tout simplement ce qu’ils ont bien voulu en connaître.

Chacun est là aussi pour dire la fin tragique annoncée. Car quelle que soit la relation qu’ils ont eue avec Lila, on découvre au grès des déclarations et des souvenirs le succès puis l’échec, le rêve brisé d’une carrière à Hollywood, la perte d’un enfant, l’oubli dans l’alcool, l’éloignement du couple et le rejet de ceux qui restent. Mais aussi et surtout l’incompréhension et la méconnaissance de la véritable personnalité de Lila, le poids de l’enfance, les hésitations, l’effondrement de ses rêves et les désillusions de sa vie de femme.

Comme cela avait été le cas en lisant « La maladroite », j’ai ressenti dans ces témoignages à la fois un lourd chagrin et un grand nombre de responsabilités, souvent sans faute, accumulées par tous ceux qui ont partagé ou traversé la vie de Lila. Tous ceux qui ont vu, qui ont compris la solitude et le chagrin mais qui n’ont jamais fait le nécessaire pour qu’elle s’en sorte. J’ai aimé la structure de ce roman, cette façon de tourner autour du personnage de Lila Beaulieu et de la découvrir peu à peu, sans juger, sans parti pris, juste en témoin d’une vie qui passe.

Citation :

Il faudrait tout dire à Lucie. Et avant tout, que la vie était courte, mais aussi terriblement longue. Elle vous donnait tout le loisir de multiplier les erreurs, et vous laissait si peu de temps pour les réparer.


Catalogue éditeur : Éditions Héloïse d’Ormesson

Cette histoire commence par la fin : une femme de soixante-cinq ans retrouvée morte dans un studio parisien. La défunte est pourtant loin d’être une inconnue. Mais qui se souvient d’elle ? lire la suite

208 pages | 18€ / Paru le 12 janvier 2017 / ISBN : 978-2-35087-389-3
Photo de couverture © Charlotte Jolly de Rosnay