Fantaisies guérillères, Guillaume Lebrun

« Soyez donc heureuses de vous savoir inscrites dans le Jehanne project. And once again, welcome! »

Mais quel est donc ce Jehanne project porté par Yolande d’Aragon en ce début du XVe siècle au royaume de France ? Cent ans déjà que les Englishes se sont installés dans le pays, et pour ne rien arranger les Bourguignons et les Armagnac se disputent sans cesse.

Trop c’est trop, la prophétie tant attendue tarde tant à venir qu’il est impératif de l’aider à se réaliser. Une jeune bergère, guérillère, vierge, ça peut aussi se former dans une école secrète au service de Dieu et du Roi.

Après avoir envoyé ses chevaliers négocier quelques children auprès de parents prêts à les échanger pour quelques pièces d’or sonnantes et trébuchantes, il est temps de mettre en place l’élevage des Jehanne.

Un roman pour le moins singulier porté par une langue mélange de parlé populaire, vieux français et légèrement matinée d’Englishes, le tout avec ça et là de belles expressions empruntées à quelques vedettes, régions, pays.

C’est à la fois cocasse et humoristique, mais parfois difficilement compréhensible, surtout dans les premières pages. Il faut vraiment se laisser embarquer sinon ça ne passe pas facilement. J’ai peiné à m’accrocher mais la troisième tentative aura été la bonne. Pourtant j’ai trouvé la lecture plus fastidieuse que réjouissante.

Quelle drôle d’interprétation d’un épisode pour le moins connu de notre histoire de France. Totalement iconoclaste, pastiche burlesque qui réinvente notre patrimoine en mettant les femmes un peu plus en valeur, enfin, si on veut. Ce décalage teinté de féminisme ne les présente pas toujours à leur avantage. Même si Yo a vraiment un sacré caractère et ne se laisse pas embêter par quiconque, pas même par son loulou.

Enfin, les derniers chapitres et cette bataille totalement décalée m’ont laissée perplexe.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, donc je ne dirais pas que j’ai été déçue, mais pfeuu que c’était long à lire !

Un roman de la sélection 2023 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Christian Bougois

En ce début de xve siècle, tout est chaos au Royaume de France : les Englishes imposent leur présence depuis près de cent ans, Armagnacs et Bourguignons n’en  finissent pas de s’écharper. La guerre civile menace de ravager le pays. C’en est trop pour Yolande d’Aragon. Puisqu’une prophétesse est attendue pour couronner le dernier Dauphin vivant, il n’est plus temps de rester avachi dans les palais. La fulminante duchesse prend donc la décision de hâter le destin. Et la voilà reconvertie dans l’élevage de quinze petites Jehanne. En secret, elle crée une école dans le but de les former aux exigences militaires et intellectuelles de Guérillères accomplies. Mais la Douzième, de loin la plus forte et la plus féroce, n’a rien à voir avec celle que Yolande aurait voulu initier à la vraie nature de sa mission.

Porté par une langue inouïe d’inventivité, d’insolence et de drôlerie, ce roman iconoclaste en diable réinvente l’un des plus illustres épisodes de l’histoire de France avec panache.

ISBN : 9782267046649 / Date de parution : 18/08/2022 / 320 pages / Prix : 20,5 €

Ceux qui restent, Jean Michelin

Il y a la guerre, et les coulisses, ceux qui restent à l’arrière, les familles…

Là, des soldats en OPEX. On en entend parler régulièrement dans nos journaux ou dans les médias, surtout lorsque l’un d’eux meurt sur un théâtre d’opération. Mais derrières ces soldats, il y a des hommes, et ceux qui les attendent, femme, enfants, parents. Ceux qui restent au pause, ceux qui les espèrent vivants.

Là, il y a aussi tous ces hommes d’une compagnie qui sont revenus vivants quand leur camarade est mort au bout du monde pour des missions parfois obscures, souvent risquées. Et cette fraternité d’arme que nul autre que ceux qui ont combattu ensemble ne peut comprendre. Liés à jamais par l’expérience et le partage de l’indicible.

Dans le premier roman de Jean Michelin il y a tous ceux là, tout cela, et plus encore.

Stéphane a quitté l’armée pour rentrer chez lui définitivement, au grand soulagement de Mathilde. Mais quitte t-on vraiment ce corps qui vous a fait vivre avec les camarades, dans les combats, la peur, la fraternité, et dans lequel vous sentez que vous êtes à votre place. La nuit, Stéphane ne dort pas, il court, seul, dehors, pour oublier cet autre qu’il ne veut plus être.

Lulu faisait partie de sa compagnie. Mais lulu a disparu et son épouse ne sait pas où il est parti. Alors ses anciens camarades et son nouveau chef partent à sa recherche. Pour rassurer Aurélie, pour lui éviter de se faire renvoyer de l’armée, par fraternité et par solidarité dans doute, parce qu’on ne lâche pas un frère d’arme.

L’auteur nous plonge dans ces jours intenses où tous les quatre partent à la recherche de lulu, mais sans doute aussi à la recherche deux même et de leurs véritables aspirations, de leurs souvenirs commun, de leur histoire à construire, des départs et des retours, des interrogations silencieuses de ceux qui attendent et des silences de ceux qui reviennent.

Ici ou là,
Ici ou ailleurs, le lecteur les suit dans leurs pérégrinations quelles soient réelles ou dans leur tête, car ces quelques jours de recherches les plongent tous dans les événements du passé, ou dans ce qui pourrait advenir au futur.

Un très bon premier roman sur la vie militaire, les questionnements et les atermoiements, les doutes et les regrets, la vie en somme. Des personnages complexes et attachants et une trame crédible en font un bon moment de lecture.

Un roman de la sélection 2023 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Comme chaque matin, l’aube grise se lève sur l’immuable routine de la garnison. Mais cette fois, Lulu manque à l’appel. Lulu, le caporal-chef toujours fiable, toujours solide, Lulu et son sourire en coin que rien ne semblait jamais pouvoir effacer, a disparu. Aurélie, sa femme, a l’habitude des absences, du lit vide, du quotidien d’épouse de militaire. Elle fait face, mais sait que ce départ ne lui ressemble pas. Quatre hommes, quatre soldats, se lancent alors à sa recherche. Ils sont du même monde et trimballent les mêmes fantômes au bord des nuits sans sommeil. Si eux ne le retrouvent pas, personne ne le pourra.
EAN : 9782350877891/ pages : 240 / 19.00 € / Date de parution : 18/08/2022

Nom, Constance Debré

Elle n’écrit pas, elle boxe

Nom, ce sont des mots balancés comme des coups de poings pour dire non. Non à la vie, à l’enfance obéissante, à la bourgeoisie, à la famille. À tout ce qu’elle a été pour se conformer aux règles mais qu’elle a rejeté en bloc et qu’elle ne veut plus jamais être.

Renier sa famille, sachant que ses propres parents sont décédés c’est enfin possible peut être, il faut dire qu’il sont vraiment singuliers, opium, alcool, drogue, violence, une forme de déchéance, pas facile de grandir dans cette famille là.

Renier aussi une sœur des oncles des cousins un mari un fils des amantes des femmes qui passent que l’on aime et puis que l’on n’aime plus.

Renier pour enfin vivre être aimer crier dire exploser se battre rejeter abandonner prendre, parce que c’est ça ou P. L. U. T. Ô. T  C. R. E. V. E. R

Rejeter tout héritage matériel ou immatériel, y compris filial, moral, mais pas que. Vivre dans une chambre de bonne ou squatter chez les amis ou chez les rencontres d’un jour. Quitter son métier, sa famille, sa vie. Même son nom, le refuser de toute son âme de tout son corps androgyne fluet mais solide comme un roc. Elle nage vers sa vie, solitaire et forte, après avoir accompagné le père vers sa mort, dans le silence et la communion, enfin. Celui à qui elle ressemble le plus sans doute. Celui qui dénote dans cette famille bourgeoise obéissant aux règles et patriote, qui a fourni ministres et députés, rabbins et médecins, savants et artistes, à la République qu’elle respecte et dont la constitution fut écrite par le grand-père.

C’est une drôle d’expérience de lire un roman de Constance Debré. Explosent à chaque page la négation et le rejet de tout ce qu’elle a été, le désir de ne plus rien posséder, l’envie de tout jeter… même les livres. Et pourtant désormais sa vie ce n’est plus d’être avocate pour défendre les pauvres et les bandits mais écrivain pour publier les livres qui vont réveiller tous ces lecteurs abrutis par la vie confortable ou désespérée qu’ils vivent sans même avoir l’idée de chercher à en sortir. Vous et moi en quelque sorte. Des livres signés Debré quand même. Rejet du nom mais seulement jusqu’à un certain point ?

Ça cogne et ça bouscule dans ces pages, je ne sais pas si l’idée est de choquer le lecteur pour lui donner envie de se réveiller, ou au contraire l’envie de refermer le livre en se contentant de continuer à vivre comme avant. Mais il me semble que ça doit changer bousculer éveiller quelque chose chez chaque lecteur, d’une façon ou d’une autre. A moins que ce ne soit pour se convaincre elle-même du bien fondé de tous ces rejets. Le livre d’une écorché vive peut-être. Si j’ai ressenti une profonde violence dans les mots, la façon de vivre, les actes, la solitude et le dénuement assumés, il m’a semblé aussi percevoir une douleur en trame de fond. Alors bien que l’on soit parfois mal à l’aise ou un peu dubitatif à cette lecture, elle est vraiment intense et j’avoue qu’elle ne m’a pas laissé indifférente.

Catalogue éditeur : J’ai lu, Flammarion

« J’ai un programme politique. Je suis pour la suppression de l’héritage, de l’obligation alimentaire entre ascendants et descendants, je suis pour la suppression de l’autorité parentale, je suis pour l’abolition du mariage, je suis pour que les enfants soient éloignés de leurs parents au plus jeune âge, je suis pour l’abolition de la filiation, je suis pour l’abolition du nom de famille, je suis contre la tutelle, la minorité, je suis contre le patrimoine, je suis contre le domicile, la nationalité, je suis pour la suppression de l’état civil, je suis pour la suppression de la famille, je suis pour la suppression de l’enfance aussi si on peut. »

Paru le 01/02/2023 / 7,00€ / 160 pages / EAN : 9782290380321

Les nuits bleues, Anne-Fleur Multon

L’amour par temps de confinement

Le confinement et le covid ont inspiré bien des romans. Les relations amoureuses aussi.

Lorsqu’elle rencontre Sara à sa soirée de fin d’année, la narratrice ne sait pas encore qu’elle va comme tant d’autres devoir rester confinée chez elle sans espoir de sortir. Comment imaginer alors vivre une aventure amoureuse et rencontrer l’âme sœur, celle qui apparaît sur les écrans de ses nuits bleues, par internet interposé.

C’est pourtant ce qu’elles vont réussir à faire. Se rencontrer, vivre ensemble cet amour neuf, un peu fou dans ce contexte. L’autrice nous fait vivre les gestes, les caresses, les sentiments amoureux, avec douceur et sensibilité. Mais on tourne vite en rond dans une petit appartement et sans espoir de sortie. Même si parfois l’imagination supplée au manque du monde extérieur.

Un roman sur l’amour et la rencontre, mais fade et sans trop de saveur à mon goût. Je retiens cependant l’originalité de l’écriture, qui se veut singulière parfois à l’excès, la poésie des mots pour dire les sentiments naissants, mais aussi la banalité des émoticônes lorsqu’ils sont décrits et surabondants. Un roman que j’ai cependant lu en une soirée, une histoire d’amour comme tant d’autres, entre deux jeunes femmes qui se cherchent, se trouvent, et partent vivre leurs rêves d’ailleurs, ailleurs.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : L’Observatoire

Dans les rues d’un Paris déserté, la narratrice avance la peur au ventre et la joie au cœur : c’est chez Sara qu’elle se rend, pour la toute première fois. Les premières fois, les deux amantes les comptent et les chérissent, depuis leur rencontre, les messages échangés comme autant de promesses poétiques, le désir contenu, jusqu’à l’apothéose du premier baiser, des premières caresses, de la première étreinte. Leur histoire est une évidence.

Débute une romance ardente et délicate, dont les héroïnes sont également les témoins subjuguées. La découverte de l’autre, de son corps, de ses affects, l’éblouissement sensuel et la douce ivresse des moments partagés seront l’occasion d’apprendre à se connaître un peu mieux soi-même.

Anne-Fleur Multon redonne ses lettres de noblesse et d’humanité au roman d’amour et nous entraîne dans les dédales d’une passion résolument joyeuse, souvent charnelle et parfois mélancolique, mais toujours étourdissante.

Nombre de pages:  208 / ISBN: 979-10-329-2229-3 / Date de parution: 05/01/2022

L’inclinaison, Corentin Durand

Poser un autre regard sur le sida et l’homosexualité

Le narrateur traîne sa vie de soirées interlopes en petit trafic de drogue, qu’il consomme avidement au passage. C’est là qu’il rencontre le Bleu, un jeune homme qui l’attire immédiatement. Perdu dans les vapeurs de drogue, les relations ambiguës et sa vie de petit trafiquant, il a dû mal à savoir où il en est. Mais le jour où le bleu se fait la malle sans rien dire, il se rend compte qu’il lui manque et part le chercher jusqu’en Espagne.

Dès lors, les souvenirs, les envies, le passé familial et les réticences sont l’objet de bien des divagations, délires, craintes, fuite en avant. Car fort de l’empreinte laissée dans la famille par l’oncle André, il lui est impossible d’affirmer et d’accepter son homosexualité.

Cette fuite en avant pour rejeter sa nature la plus profonde devient alors sujet de ses pensées, ses délires, ses angoisses, ses attentes.

Un roman qui m’a très vite lassée par ses délires et descriptions des soirées, des rencontres. Par une construction que j’ai trouvé bancale, embrouillée, lourde et difficile à suivre. Et pourtant il a également une forme d’écriture assez maîtrisée. J’ai eu dans les premières pages et à plusieurs reprises une très forte envie de le poser définitivement. Pourtant, en continuant à tourner les pages, et surtout lors de l’arrivée en Espagne, je dois dire que l’auteur a su raccrocher mon attention. Bien m’en a pris car sinon je n’aurai pas saisi la complexité du poids de la famille et du passé sur la vie de ce garçon aussi paumé que compliqué à suivre.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : Gallimard

Fuyant une vie nocturne inquiétante, un jeune homme qui refoule son homosexualité part pour la côte espagnole. À l’ombre de stations balnéaires décrépies, il noue et dénoue des relations violentes et éphémères, teintées de petits trafics et de mélancolie. Au fil de son road trip improvisé, l’évocation de deux figures tutélaires — un écrivain oublié et un aîné mort du sida — éclaire pourtant ce qui, loin avant sa naissance, a scellé son destin.

Parution : 25-08-2022 / 304 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072948619 / 20,00 €

Faire corps, Charlotte Pons

Peux-t-on porter un enfant sans devenir mère ?

D’un côté, Sandra, jeune femme bien dans sa peau, sa vie, son emploi, sûre d’elle, aucune envie de devenir mère un jour, et un peu ras-le-bol de tous ceux qui sans cesse lui demandent, alors cet enfant, c’est pour quand ?

De l’autre côté, Romain et Marc. Romain l’ami d’enfance, celui avec lequel Sandra a le plus en commun, souvenirs, vécu, passé, et Marc, son mari pour la vie. Romain et Marc et leur envie folle d’être enfin pères, d’élever un enfant, d’être enfin un couple de parents accomplis. Des années qu’ils suivent toute la procédure, aux USA, pour avoir enfin un bébé avec une mère porteuse. Mais ils vont d’échec en échec et se désespérément. Jusqu’au jour où Sandra cède à la demande en toute amitié de Romain, ou qui sait si elle ne le lui propose pas au fond, il y a un peu des deux sans doute, et la voilà qui accepte de devenir cette mère porteuse qui va réaliser cette GPA pour son ami.

Porter un enfant, mais ne pas devenir mère, car cet enfant, elle n’en veut pas. C’est son credo, son cri, sa certitude. Un bébé contrat, neuf mois à le porter, puis à l’abandonner à ce couple qui l’attend de tout son cœur, de toute son énergie, de tout son amour. Commence alors une période entre deux, porter sans vivre vraiment, jusqu’au jour où elle reçoit ce courrier qui lui indique que dans cinq mois elle sera mère.

Mère, pas du tout, jamais ! Et pourtant ? Neuf mois et puis s’en vont, ou va-t-elle réellement devenir maman ?

Un roman d’amitié, d’entraide, de relation homme femme, de relation à l’autre, mais aussi à ce corps qui change, qui accueille une autre vie, cet autre qui est un étranger mais qui est un peu de vous aussi. L’analyse des personnages et la construction du roman autour de cette évolution, à la fois de la grossesse et des idées, sentiments, envies, angoisses est tout à fait bien explicité, montré à travers les doutes, les questionnements, les certitudes et les craintes de Romain futur et déjà père, comme de Sandra, porteuse mais pas encore mère. Et surtout, qu’est-ce qu’être mère, porter un enfant, le sentir dans son corps, l’élever, l’aimer, un peu de tout ça au fond, et sans doute plus encore.

Si j’ai eu quelques craintes à commencer cette lecture, je l’ai trouvé particulièrement intéressante, émouvante, constructive et forte en questionnements pour tous. L’autrice aborde de nombreux thèmes, pour ou contre parentalité, couple gai, mère porteuse, désir d’enfant, être mère ou pas, que de questions, que de doutes, que d’espoirs.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Flammarion

« Et votre projet, c’en est où ? » Voilà plusieurs années que Sandra observe Romain et son compagnon se confronter au parcours épineux de la GPA aux États-Unis. Ce désir d’enfant que rien ne semble faire vaciller l’intrigue, elle qui est catégorique depuis toujours: elle ne sera jamais mère. À bout, son ami va lui demander de porter son bébé. Commence alors un corps-à-corps avec un enfant qui ne sera pas le sien. Neuf mois de bouleversements physiques que la raison ne peut pas ignorer et qui font naître des sentiments d’une intensité insoupçonnée.
Dans ce deuxième roman à fleur de peau, Charlotte Pons met très subtilement en scène une femme qui consent, sans en mesurer toute la portée, à réparer le mal d’enfant de son ami. Jusqu’où son geste l’emportera-t-elle ?

Paru le 24/02/2021 / 240 pages / 138 x 211 mm / EAN : 9782081486225 / 19€

Un baiser qui palpite là, comme une petite bête, Gilles Paris

Harcèlement à l’école, suicide adolescent, un sujet tristement d’actualité

Le roman débute par le témoignage d’Iris. L’adolescente parle de son beau-père, de ses petits copains et de tous ces garçons qui ont déjà défilé entre ses bras malgré sa courte vie, explique comment sa mère la considère, le peu d’intérêt que lui porte sa famille, mais aussi ses amis et camarades du lycée. Puis son suicide frappe le lecteur d’un grand coup de poing dans l’estomac.

Et pourtant, qui est coupable parmi les élèves, les amis, les camarades ? Sans doute chacun d’eux tour à tour, par leurs attitudes, leurs actions, leurs mots et leurs railleries. Tous par leurs silences, à l’ignorer, la décrier, l’insulter. Et les réseaux sociaux, complices de ceux qui ont agit, dit, filmé, montré.

Viennent ensuite les témoignages de la très sage Emma, de Sarah et Chloé ses meilleures copines, de Solal son amoureux, de Tom, le jumeau d’Emma, l’inséparable, puis Romane, Timothée, Aaron, Julian, Léon, Virgile, etc. Chacun à son tour se sent en partie coupable, raconte, essaie de comprendre, de s’excuser, de s’accuser, de remonter le temps pour que cela ne soit pas, mais aussi de continuer le fil de sa propre vie, au milieu de tant de questions, d’interrogations, d’incompréhension.

Ils sont jeunes, boivent beaucoup, fument de la beuh au lycée ou les soirs de fête et de beuverie. Ces soirs-là, comme l’argent ne semble pas un problème pour en trouver, l’alcool coule à flot, les filles saoules deviennent faciles et les garçons se croient beaux et forts. Les jalousies s’exacerbent pourtant lorsque les beaux gars du lycée s’intéressent à d’autres, y compris aux copines.

J’ai eu un peu de mal à les entendre ces lycéens, garçons ou filles, qui semblent trouver normal de boire autant, de fumer, se droguer, d’avoir des expériences sexuelles avec tous ceux qui le souhaitent, et de les enchaîner sans se poser de question. Pourtant, il est évident que cette façon de vivre cache aussi une profonde détresse, des doutes et des questions sur sa propre personnalité, ses désirs, ses envies. L’intérêt de ce roman, c’est aussi qu’il aborde les conséquences du harcèlement scolaire. Un sujet d’actualité dont on parle trop peu, à part sans doute lorsque des affaires éclatent au grand jour et qu’elles sont reprises un court moment par les médias. En parler, le faire lire, et sans doute ensuite l’évoquer avec ses ados est sans doute une excellente solution pour éviter le pire ou pour dédramatiser.

Ah, merci Gilles Paris pour le lexique en fin du livre, car même si j’en connaissais certains, les acronymes ou mots expliqués m’ont permis de suivre et qui sait d’avoir l’air moins bête lors de conversation future avec des jeunes.

Catalogue éditeur : Hors Série Giboulées, Gallimard Jeunesse

«Je me suis laissée prendre, comme une fille facile.» Ainsi parle Iris avant de se donner la mort. C’est un choc pour l’ensemble du lycée mais surtout pour Emma, Tom et leurs amis. Conscients d’avoir mal agi, ils tiennent à mieux comprendre ce qui s’est passé et à défendre la mémoire d’Iris.

À partir de 15 ans / 224 pages / 13,50 € / Parution : 09-09-2021 / ISBN : 9782075153034

De mon plein gré, Mathilde Forget

Un court roman qui déstabilise, dit les non-dits, et ne laisse personne indifférent

Quand une jeune femme vient d’elle-même raconter les faits au commissariat de police, est-elle coupable ou victime ? Lorsqu’elle arrive au commissariat pour expliquer ce qu’elle vient de faire, elle ne sait plus vraiment quel rôle elle a joué. Comment en être certaine alors que tout l’accuse pendant ces interminables heures d’interrogatoire. A force de répéter, dire, redire, elle va se rendre compte qu’elle doit faire très attention à la façon dont chacune de ses phrases va être interprétée. Car elle est ensuite écrite dans son procès verbal par celui qui l’interroge depuis des heures pour comprendre, lui faire dire, la faire douter…

C’est une jeune femme qui ressemble à un adolescent filiforme. Une jeune femme qui depuis ses huit ans sait qu’elle est amoureuse des filles. Qui a longtemps pleuré à cause de cette soit disant hérésie de la nature qui choquait tant ses parents. Elle s’est habituée à souffrir de ses différences, de l’incompréhension des autres, de leur regard sur elle.

Mais aujourd’hui, elle vient dire. L’homme qui la suit, son incapacité à refuser, sa violence lorsqu’elle lui dit quelle est lesbienne, le viol, les coups…
Mais aujourd’hui tout l’accuse, comment, vous n’avez pas réagit, vous n’avez rien dit, vous ne l’avez pas…

Des questions comme des accusations, des doutes dans les regards, des mots qui expriment violence et suspicion, rien n’est fait pour apaiser, pour comprendre, aucune empathie n’est exprimée envers celle qui ose dénoncer.

Un livre nécessaire pour comprendre la difficulté que connaissent celles qui osent dénoncer, pour entendre les mots de ceux qui reçoivent sans les comprendre les plaintes de celles qui ont souffert avant, mais qui devront encore souffrir après car elles ne sont souvent ni comprises, ni entendues, ni même écoutées. Pour entendre l’ironie, la suspicion, les moqueries, qui les font douter à leur tour, se demander s’il est raisonnable ou pas de venir porter plainte. Un livre important pour savoir écouter, pour ne plus entendre les doutes, encore moins les « après tout, elles l’ont peut-être cherché ».

Catalogue éditeur : Grasset

Elle a passé la nuit avec un homme et est venue se présenter à la police. Alors ce dimanche matin, au deuxième étage du commissariat, une enquête est en cours. L’haleine encore vive de trop de rhum coca, elle est interrogée par le Major, bourru et bienveillant, puis par Jeanne, aux avant-bras tatoués, et enfin par Carole qui vapote et humilie son collègue sans discontinuer.

Elle est expertisée psychologiquement, ses empreintes sont relevées, un avocat prépare déjà sa défense, ses amis lui tournent le dos, alors elle ne sait plus exactement. S’est-elle livrée à la police elle-même après avoir commis l’irréparable, cette nuit-là  ?

Inspiré de l’histoire de l’auteure, De mon plein gré est bref, haletant, vibrant au rythme d’une ritournelle de questions qui semblent autant d’accusations. Mathilde Forget dessine l’ambiguïté des mots, des situations et du regard social sur les agressions sexuelles à travers un objet littéraire étonnant, d’une grâce presque ludique. Il se lit comme une enquête et dévoile peu à peu la violence inouïe du drame et de la suspicion qui plane très souvent sur sa victime.

Auteure, compositrice et interprète, Mathilde Forget a publié un premier roman très remarqué, À la demande d’un tiers (Grasset, 2019).

Parution : 24 Mars 2021 / Format : 120 x 185 mm / Pages : 140 / EAN : 9782246827160 prix : 15.00€ / EAN numérique: 9782246827177 prix : 10.99€

Certains cœurs lâchent pour trois fois rien, Gilles Paris

Un récit à la fois intime et universel dans lequel l’auteur se livre sans concession

L’enfance, le départ du père et ce deuil impossible de l’amour par cette mère abandonnée à cinquante ans qui restera seule, à vivre dans le souvenir du mari volage toute sa vie. La relation au père, sa violence tant verbale que physique, les silences, la douleur du manque d’amour paternel et de reconnaissance.
Comment se construire sur autant de violence et aussi peu d’amour.

Un métier, attaché de presse, avec ses hauts et ses bas, mais toujours exercé par passion.
Des amours et des amants de passage puis la rencontre avec Laurent, mari, ami, amant, fidèle jusque dans la maladie, les crises, les dépressions. L’indispensable soutien depuis vingt ans.

Et ces dépressions qui ponctuent la vie d’années de silence, d’hospitalisation, de traitements, avant la lumière qui enfin apparaît à celui qui se tient là, sur un banc et soudain revit. Huit dépressions plus ou moins longues, pour lesquelles il est parfois difficile de guérir. Mais toujours une forme de lumière pour ce warrior qui va renaître à chaque crise de ses propres cendres pour le meilleur et pour la vie.

Un récit sans concession je l’ai dit, et surtout d’une grande sincérité. La violence de cette relation père fils est presque incompréhensible pour qui ne l’a pas vécue. On est admiratif face à l’énergie déployée pour s’en sortir malgré tout. Malgré les obstacles, les chutes, les aléas de la vie.

Si j’avais quelques hésitations à entrer dans ce récit, des dépressions ce n’est pas forcément vendeur à priori, je dois avouer que je n’ai pas du tout eu envie de le lâcher avant la fin. Il n’y a rien de morbide ou d’exhibitionniste dans ces révélations, mais au contraire une certaine pudeur à dire l’amour ou le désamour, une force aussi à parler de ses failles les plus intimes, de ses combats pour s’en sortir, qui rendent l’auteur encore plus attachant. Un récit à la fois intime et universel, tant il nous parle de lui et sans doute un peu de nous à travers lui.

Catalogue éditeur : Flammarion

Une dépression ne ressemble pas à une autre. Gilles Paris est tombé huit fois et, huit fois, s’est relevé. Dans ce récit où il ne s’épargne pas, l’auteur tente de comprendre l’origine de cette mélancolie qui l’a tenaillé pendant plus de trente ans. Une histoire de famille, un divorce, la violence du père. Il y a l’écriture aussi, qui soigne autant qu’elle appelle le vide après la publication de chacun de ses romans. Peut-être fallait-il cesser de se cacher derrière les personnages de fiction pour, enfin, connaître la délivrance. «Ce ne sont pas les épreuves qui comptent mais ce qu’on en fait », écrit-il. Avec ce témoignage tout en clair-obscur, en posant des mots sur sa souffrance, l’écrivain nous offre un récit à l’issue lumineuse. Parce qu’il n’existe pas d’ombre sans lumière. Il suffit de la trouver.

Paru le 27/01/2021 / 224 pages – 138 x 208 mm / ISBN : 9782081500945 / Prix : 19€

Over the rainbow, Constance Joly

Quand l’intime rejoint l’universel, le magnifique hommage d’une fille à son père

Un livre pour dire l’amour d’une fille pour son père, pour dire la liberté et la difficulté d’être soi dans un monde qui ne vous comprend pas et ne vous accepte pas tel que vous êtes, pour dire la force d’un homme qui décide enfin de vivre la vie pour laquelle il est fait, envers et contre tous.

À la fin des années 60, Jacques le père de Constance quitte Nice et sa vie de couple avec Lucie. Il part vivre à Paris la vie pour laquelle il est fait depuis toujours, mais qu’il n’avait sans doute pas réussi à accepter avant. Le vent de liberté qui souffle en mai 68 a-t-il aidé, ou est-ce la rencontre avec Ivan qui lui montre où est sa vraie place ? Toujours est-il qu’il accepte enfin de se reconnaître homosexuel à une époque où c »était encore un crime ou une maladie qu’il fallait combattre.

La relation avec son ex femme, cette amoureuse meurtrie d’avoir été abandonnée, est d’abord compliquée, puis s’apaisera et deviendra plus sereine au fil du temps. Mais toujours le père saura s’occuper de sa fille, les week-ends, les vacances, l’éducation pas toujours facile à mesure que les enfants deviennent des ados. et la fillette, puis l’adolescente, trouve sa place au sein du couple qu’il compose avec Ivan.

Il est solaire ce père, à la fois artiste, amoureux, séducteur, passionné, professeur d’italien, amateur de théâtre et d’opéra, d’art, de belles choses, mort à cinquante quatre ans d’avoir eu le courage d’être enfin lui-même, de vivre, et de ce que certains appelaient alors le cancer des homosexuels.

Car après les années bonheur viendront les années 90, les années sida, terribles faucheuses de vies souvent regardées par les bien-pensants avec un dédain affligeant. Cette maladie sournoise est souvent tue par ceux que la contractent, surtout dans ces années-là. Elle est synonyme de différence, puisqu’elle touche en particulier le milieu des homosexuels. Elle est d’abord mal soignée, car méconnue de la médecine. Et si aujourd’hui on en meurt moins, elle est toujours présente et fait toujours des ravages.

L’auteur écrit pour dire ce père aimant, ce père présent, ses incompréhensions sans doute à certains moments, quand les ados préfèrent les vacances avec les copains à celles avec les parents. Mais aussi peut-être le regret de n’avoir pas vécu ces moments où ils auraient pu se retrouver et qui sont perdus à jamais.

C’est surtout un texte d’amour, d’empathie, de reconnaissance pour la vie donnée. C’est le livre des regrets, de l’absence, des silences que l’on aimerait combler, des mots que l’on voudrait dire, des regards que l’on ne peut plus poser sur l’autre, sur ce père qui forcément manque tant.

C’est beau comme l’amour d’une fille pour son père, d’un père pour sa fille, lumineux comme sait l’être la vie et sombre parfois comme le sont la maladie et la mort. On ressort de cette lecture bouleversé, ému, avec l’envie de les prendre tous les deux dans nos bras et de les remercier de vivre et d’aimer aussi fort, aussi bien, aussi vrai. Merci Constance Joly de nous avoir emmené avec autant de sensibilité, de justesse et de poésie Over the rainbow à la rencontre de Jacques, cet homme que j’ai presque l’impression d’avoir connu.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Flammarion

Celle qui raconte cette histoire, c’est sa fille, Constance. Le père, c’est Jacques, jeune professeur d’italien passionné, qui aime l’opéra, la littérature et les antiquaires. Ce qu’il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se mêler à l’effervescence parisienne, c’est la force d’être enfin lui-même, de se laisser aller à son désir pour les hommes. Il est parmi les premiers à mourir du sida au début des années 1990, elle est l’une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d’hommes.
Over the Rainbow est le roman d’un amour lointain mais toujours fiévreux, l’amour d’une fille grandie qui saisit de quel bois elle est faite : du bois de la liberté, celui d’être soi contre vents et marées.

Constance Joly travaille dans l’édition depuis une vingtaine d’années et vit en région parisienne. Le matin est un tigre, son premier roman (Flammarion, 2019), a été très bien accueilli par la critique et les libraires.

Paru le 06/01/2021 / 192 pages – 136 x 210 mm / ISBN : 9782081518650 / 17,00